{"id":666,"date":"2018-12-31T11:39:50","date_gmt":"2018-12-31T11:39:50","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=666"},"modified":"2020-10-25T16:48:43","modified_gmt":"2020-10-25T15:48:43","slug":"la-tunisie-grenier-de-rome-decrite-en-1872","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/la-tunisie-grenier-de-rome-decrite-en-1872\/","title":{"rendered":"La Tunisie: \u00ab grenier de Rome \u00bb d\u00e9crite en 1872"},"content":{"rendered":"<p>Le Moyen-Age s&#8217;est arm\u00e9 au nom de la religion pour refouler au c\u0153ur de l&#8217;Asie les peuplades musulmanes qui mena\u00e7aient l&#8217;Europe d&#8217;une puissante invasion. Les Crois\u00e9s, patriotes religieux, s&#8217;enr\u00f4laient avec la sublime esp\u00e9rance de faire la conqu\u00eate de l&#8217;Orient au profit du Christianisme et d&#8217;\u00e9tablir sur toute la terre une unit\u00e9 religieuse plus grandiose que l&#8217;unit\u00e9 politique dans l&#8217;univers Romain.<\/p>\n<p>De nos jours, par un myst\u00e9rieux retour des m\u00eames lois dans l&#8217;humanit\u00e9 et sous une forme appropri\u00e9e au go\u00fbt du si\u00e8cle, la politique et l&#8217;industrie d&#8217;Europe reprennent en Orient l&#8217;entreprise des arm\u00e9es chr\u00e9tiennes. Le g\u00e9nie de l&#8217;Occident pr\u00e8le une seconde fois ses lumi\u00e8res au g\u00e9nie de l&#8217;Orient et l&#8217;invasion des id\u00e9es succ\u00e8de glorieusement \u00e0 l&#8217;invasion des armes.<\/p>\n<p>La Providence pour rendre cette conqu\u00eate plus facile, a inspir\u00e9 au g\u00e9nie de l&#8217;homme l&#8217;invention de la vapeur et de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, afin que la civilisation franchisse les distances sans compter avec les obstacles. Mais pour que l&#8217;union soit parfaite, le bienfait utile \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9, il faut que l&#8217;esprit des peuples suive le progr\u00e8s des sciences, et que la rapidit\u00e9 des rapports sociaux s&#8217;\u00e9tablisse au profil d&#8217;une paix universelle, d&#8217;une paix inalt\u00e9rable fond\u00e9e sur les principes les plus \u00e9lev\u00e9s de la morale.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s qui d\u00e9borde tourne souvent \u00e0 mal : il y a une puissance \u00e0 d\u00e9placer, une s\u00e8ve \u00e0 diriger dans des branches \u00e9trang\u00e8res plus jeunes et plus faibles. L&#8217;activit\u00e9, devenue moins utile par les inventions de la science, cherche un but et s&#8217;use dans de malheureuses tentatives. Les richesses du sol escompt\u00e9es n&#8217;offrent plus au pauvre industrieux les joies d&#8217;un patrimoine laborieusement acquis. Il convient donc, pour r\u00e9tablir l&#8217;\u00e9quilibre, de donner cette exub\u00e9rance de forces aux nations qui, moins favoris\u00e9es, n&#8217;ont pas grandi avec les si\u00e8cles et attendent de l&#8217;avenir et do la civilisation le d\u00e9veloppement complet de leur puissance. Les id\u00e9es du temps y poussent, l&#8217;int\u00e9r\u00eat le demande, le rapprochement de tons les peuples le rend n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Au nombre des royaumes dont la France a entrepris l&#8217;agrandissement, se place celui de Tunis: s&#8217;il est un des plus petits, les qualit\u00e9s du prince qui le gouverne, la richesse de son sol, les liaisons qui le rattachent \u00e0 la France, le rendent sans doute un des plus int\u00e9ressants \u00e0 \u00e9tudier au point de vue de son pass\u00e9 et de son avenir.<\/p>\n<p>La r\u00e9gence de Tunis, limitrophe de l&#8217;Alg\u00e9rie sur toute la fronti\u00e8re de l&#8217;Ouest, est baign\u00e9e par la M\u00e9diterran\u00e9e, \u00e0 l&#8217;Est et au Nord, sur une \u00e9tendue de c\u00f4tes d&#8217;environ 600 kilom\u00e8tres. Elle est born\u00e9e par la solitude du Sahara, au couchant par la province de Constantine et les montagnes du Djebel Aour\u00e8s qui la s\u00e9parent du d\u00e9sert. 8a superficie est d&#8217;environ 8000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, Les contr\u00e9es les plus importantes des quatre r\u00e9gions dont se compose la Tunisie sont, dans celle du Nord : Tunis, Radja et Rizerie; dans celle de l&#8217;Ouest le Kef, dans celle de l&#8217;Est : Ka\u00efrouan Soussa, Moneslcr et Memedie; dans celle du Sud enfin : Gafsa, Nefla et Gab\u00e8s. La population s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 trois millions d&#8217;habitants.<\/p>\n<p>Ce pays est le favori de la nature ; on y trouve des plaines et des vall\u00e9es d&#8217;une grande fertilit\u00e9 et les parties cultiv\u00e9es ressemblent \u00e0 des jardins ; mais la plus grande partie du territoire se compose de plateaux que la culture n&#8217;a pas encore abord\u00e9s. On y jouit du climat le plus heureux, car le voisinage de la mer temp\u00e8re les ardeurs du soleil. Le sol est arros\u00e9 par de nombreuses rivi\u00e8res qui fertilisent le pays \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des pluies, mais au d\u00e9triment dos contr\u00e9es dont elles enl\u00e8vent la tenue v\u00e9g\u00e9tale. La canalisation, parait-il, n&#8217;a pas dit son dernier mot. C&#8217;est aujourd&#8217;hui le moins \u00e9tendu des \u00e9tats barbaresques, mais le plus civilis\u00e9. Les indig\u00e8nes n&#8217;ont pas la f\u00e9rocit\u00e9 de ceux de l&#8217;Alg\u00e9rie ni des autres \u00e9tats barbaresques. Le progr\u00e8s dans les m\u0153urs et le caract\u00e8re des Tunisiens prend sa source dans un gouvernement \u00e9clair\u00e9, juste, lib\u00e9ral, ami des r\u00e9formes utiles au pays.<\/p>\n<p>La r\u00e9gence de Tunisie recueille une part dans l&#8217;histoire des temps anciens. Elle fut le berceau et le centre de la puissance Carthaginoise. Somptueusement \u00e9difi\u00e9e sur le versant d&#8217;une cha\u00eene de collines, la grande cit\u00e9 de Carthage ne comprenait pas moins de 700,000 habitants ; autour de la ville, des irrigations aliment\u00e9es par des aqueducs entretenaient \u00e9ternellement de magnifiques jardins. Au centre, s&#8217;\u00e9tendait un port militaire o\u00f9 reposaient \u00e0 l&#8217;ancre, et pr\u00eats \u00e0 d\u00e9ployer la voile, deux seuls navires de premier ordre. C&#8217;est devant l&#8217;immense brasier qui d\u00e9vorait la ville opulente que Scipion versait des larmes en pensant au sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 sa patrie. C&#8217;est sur ses cendres que vingt ans apr\u00e8s le tribun Ca\u00efus Cracchus, en face de la Sicile et des bouches du Tibre, fonda une Carthage romaine qui fut aussi la ville la plus importante d&#8217;Afrique. Dans toute cette partie des Echelles du Levant, on trouve encore des monuments des anciens Romains et on n&#8217;y voit pas un seul vestige le ceux des Chr\u00e9tiens quoiqu&#8217;il y e\u00fbt beaucoup plus d&#8217;\u00e9v\u00each\u00e9s que dans l&#8217;Espagne et dans la France. Il y en a deux raisons pensons-nous ; l&#8217;une que les plus anciens \u00e9difices b\u00e2lis de pierre dure, de marbre et de ciments dans les climats secs, r\u00e9sistent \u00e0 la destruction plus que les nouveaux ; l&#8217;autre que les tombeaux avec l&#8217;inscription \u00ab Diis MAnibus \u00bb que les indig\u00e8nes n&#8217;entendent point ne les r\u00e9voltent gu\u00e8re, taudis que la vue des symboles du christianisme a malheureusement bien des fois excit\u00e9 leur fureur.<\/p>\n<p>Lorsque \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ces d\u00e9bris gigantesques on consid\u00e8re l&#8217;\u00e9conomie de l&#8217;art moderne, il parait que la structure colossale des monuments est toujours en raison de l&#8217;espace de temps qui nous en s\u00e9pare. Aux premiers jours de la cr\u00e9ation l&#8217;homme lutte avec la nature ; il cherche a \u00e9galer mat\u00e9riellement ce qu&#8217;il ne peut comprendre. Ses efforts changent de but avec le progr\u00e8s des si\u00e8cles ; au fur et \u00e0 mesure que l&#8217;esprit grandit, les monuments diminuent. L&#8217;homme sent assez son impuissance pour ne plus d\u00e9penser ses forces dans des structures colossales ; il les met dans sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 une province florissante du vaste empire romain, elle fut occup\u00e9e pendant pr\u00e8s d&#8217;un si\u00e8cle par les Vandales, r\u00e9unie ensuite par les compl\u00e8tes de H\u00e9lisaire \u00e0 l&#8217;Empire Greco-Romain de Constantinople, incorpor\u00e9e enfin au VII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de l&#8217;\u00e8re chr\u00e9tienne \u00e0 celui des Califes. Plus tard vous voyez. Charles-Quint donnez un roi \u00e0 cet \u00c9tal et le rendre tributaire de l\u2019Espagne ; don Juin le reprendre encore sur les Maures avec le m\u00eame succ\u00e8s que Charles-Quint son p\u00e8re ; puis l&#8217;amiral de S\u00e9lim III remettre Tunis sous la domination mahom\u00e9tane et y exterminer tous les Chr\u00e9tiens trois ans apr\u00e8s cette fameuse bataille de L\u00e9pante qui couvrit de gloire don Juan et les V\u00e9nitiens. D&#8217;un long sommeil ce pays se r\u00e9veille d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es du XLV si\u00e8cle sous l&#8217;impulsion de Hamouda-Pacha, un des plus grands princes qui ait r\u00e9gn\u00e9 \u00e0 Tunis et secou\u00e9 le joug des Turcs. Il regagne son ind\u00e9pendance M&#8217;aide de l&#8217;habilet\u00e9 de ceux qui le gouvernent, et \u00e0 l&#8217;exemple du Maroc, d\u00e9cline la suzerainet\u00e9 \u00able la Porte, A part le point de vue religieux, l&#8217;autorit\u00e9 du Grand Seigneur disparait peu \u00e0 peu comme une ombre. Son droit se borne a faire battre monnaie en son nom et proclamer ses hautes vertus, chaque jour, \u00e0 midi par un h\u00e9raut, devant un fauteuil qui repr\u00e9sente son tr\u00f4ne.<\/p>\n<p>Si telle fut la fertilit\u00e9 de ce pays qu&#8217;on le dota dans les temps anciens du surnom de \u00ab grenier de Rome \u00bb n&#8217;est-il-pas int\u00e9ressant d&#8217;interroger aujourd&#8217;hui ses richesses et leur progression possible sous l&#8217;influence d&#8217;un prince qui s&#8217;inspire, dans tous les actes de son gouvernement, de la politique la plus morale et la plus civilisatrice ? Essayons donc ce travail pour l&#8217;honneur du bey et la tranquillit\u00e9 de ceux qui sont int\u00e9ress\u00e9s sp\u00e9cialement \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de la R\u00e9gence.<\/p>\n<p>La ville de Tunis, capitale de la R\u00e9gence, est b\u00e2tie sur la rampe d&#8217;un coteau au fond du lac de Tunis. Tunis appel\u00e9e par les Romains Tenis ou Teinta situ\u00e9e \u00e0 5 lieues de remplacement de Carthage, le dispute par son industrie et sa population aux villes les plus florissantes de l&#8217;Afrique. Au temps des Croisades, enrichie d\u00e9j\u00e0 du produit d&#8217;un commerce immense et largement munie de tours et de remparts, elle vil mourir sous ses murailles Louis IX, les comtes de Vend\u00f4me et de la Marche, les seigneurs do Montmorency, de Piennes et de Brissac.<\/p>\n<p>Le canal de la Goulet le qui est le port de Tunis, tend un bras au lac, le second \u00e0 la mer et les met en communication. Ce canal, creus\u00e9 de main d&#8217;homme, est sans \u00ab toute l&#8217;\u0153uvre des Carthaginois ; puisque Tunis est b\u00e2tie sur les ruines de l&#8217;antique Carthage.<\/p>\n<p>La Tunisie est le centre d&#8217;un grand mouvement commercial. Ses caravanes nombreuses, qu&#8217;on pourrait appeler les vaisseaux de l&#8217;Afrique, sillonnent les contr\u00e9es orientales et pratiquent sur une grande \u00e9chelle l&#8217;exportation et l&#8217;importation. S&#8217;il est certain que les sujets du Bey pourraient tirer un meilleur parti des richesses naturelles que la Providence a prodigu\u00e9es \u00e0 ce beau pays, nous remarquerons cependant, que gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;impulsion du souverain, plusieurs branches de l&#8217;agriculte ont fait de sensibles progr\u00e8s, et que l&#8217;industrie a bris\u00e9 les liens \u00e9troits de la routine et conquis les f\u00e9conds proc\u00e9d\u00e9s dus \u00e0 noire g\u00e9nie occidental. Cette sage imitation permet au commerce tunisien de charger des caravanes de draps, de mousseline, d&#8217;\u00e9toffes de soie, d&#8217;armes : riches produits qui vont r\u00e9veiller l&#8217;admiration \u00abtans l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;Afrique.<\/p>\n<p>La f\u00e9condit\u00e9 de la Tunisie est proverbiale. Le sol que l&#8217;on gratte \u00e0 peine est tellement impr\u00e9gn\u00e9 \u00able particules salines qu&#8217;il donne toujours \u00abte bonnes r\u00e9coltes. Quelle que soit sa nature, argileuse ou calcaire, s\u00e8che ou humide, la terre reste maniable, facile de culture. Les plaines immenses qui sont incultes pourraient \u00e9pancher des fruits merveilleux dans les mains de populations laborieuses et instruites.<\/p>\n<p>Ce pays aux belles et fra\u00eeches oasis distribue magnifiquement, \u00e0 l&#8217;homme, le froment, le ma\u00efs, le millet, tous les l\u00e9gumes, les oranges, les citrons, les figues, les grenades, les raisins, les amandes, des fruits plein de suc et de parfum ; les fleurs, les roses surtout ont d&#8217;incomparables senteurs, les \u0153illets, les tulipes et les narcisses croissent spontan\u00e9ment et donnent les c\u00e9l\u00e8bres essences de Tunis. Le gros b\u00e9tail y est abondant. On y rencontre de nombreux troupeaux de moutons charg\u00e9s d&#8217;une laine qui rivalise de finesse avec la soie. Chaque partie de cet Eden parait avoir sa richesse sp\u00e9ciale.<\/p>\n<p>Les campagnes voisines de la mer sont couvertes d&#8217;oliviers. L&#8217;olivier se pla\u00eet sur cette terre d&#8217;Afrique il y acquiert l&#8217;\u00e9l\u00e9vation et le d\u00e9veloppement les plus grands arbres de l&#8217;Europe ; sa dur\u00e9e est de plusieurs si\u00e8cles. C&#8217;est une des plus lucratives productions de la R\u00e9gence Un homme peut d\u00e9fricher, le terrain et planter cent oliviers par an. Apr\u00e8s cinq ans d&#8217;attente l&#8217;olivier rapporte, apr\u00e8s six ans il fournit une pleine r\u00e9colte.<\/p>\n<p>Sur les nombreux lacs qui abondent dans la partie m\u00e9ridionale, de longues bandes de flamands se livrent \u00e0 1a p\u00e8che. La nuit, ils reposent sur le bord de la sebkha et s&#8217;endorment aux l\u00e9gers murmures de l&#8217;eau, figurant de loin une arm\u00e9e rang\u00e9e en bataille. Le jour, ils en parcourent rapidement la surface, ou fendent \u00e0 lire d&#8217;aile les r\u00e9gions sup\u00e9rieures en projetant sur les lacs une ombre fugitive comme leur vol.<\/p>\n<p>On rencontre dans le Sahara des oasis dont la richesse jointe a une grande beaut\u00e9 de d\u00e9cors jette l&#8217;homme dans une admiration qui ne tarit point. Le soleil ne s&#8217;y tait pas, selon la parole du Dante. Des sources les parcourent et s&#8217;\u00e9panchent au sein de petits canaux qui d\u00e9versent leurs eaux f\u00e9condantes selon les besoins de l&#8217;agriculture. L&#8217;imagination des po\u00e8tes, le pinceau des peintres, n&#8217;ont jamais enfant\u00e9 de si d\u00e9licieux bocages. I1 semble que la belle nature avant de s&#8217;an\u00e9antir dans l&#8217;oc\u00e9an de sable des grands d\u00e9serts, ai rassembl\u00e9 ses forces et amoncel\u00e9 toutes ses richesses.<\/p>\n<p>Les voyageurs vantent surtout l&#8217;oasis de Gab\u00e8s et ses jardins comparables \u00e0 ceux de ta vieille Babylone, en tant que l&#8217;art peut souffrir une comparaison avec les bienfaits de la nature. Qu&#8217;on se figure \u00e0 droite et \u00e0 gauche de l&#8217;Oued-Gab\u00e8s une suite de vergers merveilleusement fertiles. L&#8217;Oued se divise en deux bras et nourrit plusieurs canaux qui alimentent \u00e0 leur tour une multitude de rigoles : les eaux qui s&#8217;en \u00e9chappent r\u00e9pandent la fra\u00eecheur et la f\u00e9condit\u00e9.<\/p>\n<p>Les jardins s\u00e9par\u00e9s par des haies de cactus, ou des murs en terre battue sur lesquels se h\u00e9rissent des branches de palmier sont eux-m\u00eames partag\u00e9s eu un grand nombre de compartiments autour desquels circulent \u00e0 certaines heures et en vertu de conventions r\u00e9ciproques des ruisseaux vivifiants. Les terrains compris dans ces compartiments sont sem\u00e9s de bl\u00e9, d&#8217;orge, de l\u00e9gumes. A l&#8217;entour croissent des figuiers, des amandiers, des citronniers, des grenadiers, des orangers et bien au-dessus de ces arbres planent confus\u00e9ment plant\u00e9s de superbes dattiers \u00e0 la tige svelte et \u00e9lanc\u00e9e qui dressent dans les airs leurs panaches verdoyants, La vigne est aussi un des plus gracieux ornements de ces jardins ; ces ceps puissants s&#8217;enroulent et grimpent autour des palmiers comme le lierre entoure, dans nos for\u00eats, le tronc vigoureux des ch\u00eanes.<\/p>\n<p>Quand elle est parvenue \u00e0 une certaine hauteur, la vigne court en l\u00e9gers lestons d&#8217;un palmier \u00e0 l&#8217;autre dessinant, sur les eaux qui la baignent, les plus gracieuses arabesques.<\/p>\n<p>Autrefois, les m\u00fbriers \u00e9taient nombreux \u00e0 Gab\u00e8s, et chacun de ces arbres nourrissait plus de vers \u00e0 soie que ne font cinq m\u00fbriers dans tout autre pays. La soie de Gab\u00e8s \u00e9tait fort renomm\u00e9e pour sa finesse. Aujourd&#8217;hui, la culture du m\u00fbrier est presque d\u00e9laiss\u00e9e, mais tout porte \u00e0 croire que le boy dont la sollicitude embrasse tous les int\u00e9r\u00eats du royaume, fera rena\u00eetre celte pr\u00e9cieuse branche de l&#8217;agriculture tunisienne par une diminution sensible des imp\u00f4ts qui p\u00e8sent sur la soie. Le Djerid est le pays des palmes ; vingt-deux vari\u00e9t\u00e9s s&#8217;y disputent la f\u00e9condit\u00e9. Cet arbre produit trois \u00e0 quatre quintaux de dattes. Des incisions profondes font couler la s\u00e8ve de l&#8217;arbre, qui, recueillie avec soin, devient une boisson agr\u00e9able connue eu Europe sous le nom de vin de palme.<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;elle produise l&#8217;ivresse, les Musulmans ne la consid\u00e8rent point comme d\u00e9fendue par la loi religieuse. Le palmier est un arbre dio\u00efque c&#8217;est-\u00e0-dire d&#8217;apr\u00e8s le syst\u00e8me de Linn\u00e9, un arbre dont les fleurs males sont sur un pied et les fleurs femelles sur un autre. Fontanus a compos\u00e9 un ing\u00e9nieux po\u00e8me sur les amours de cet arbre aussi po\u00e9tique que pr\u00e9cieux. Les individus maies peuvent f\u00e9conder la femelle \u00e0 une grande distance ; car le pollen vient sur les ailes du vont ou peut-\u00eatre \u00e0 l&#8217;aide d&#8217;une myst\u00e9rieuse attraction. Mais les cultivateurs ne confient pas leurs esp\u00e9rances de r\u00e9colte aux simples lois de la nature : ils ins\u00e8rent au milieu des fleurs femelles les fleurs m\u00e2les d\u00e9tach\u00e9es de l&#8217;arbre. Ce proc\u00e9d\u00e9 de f\u00e9condation qui ne laisse rien au hasard a l\u2019avantage de r\u00e9server aux dattiers femelles, qui portent les fruits, la plus grande partie du terrain. On a reconnu que par la f\u00e9condation artificielle, un m\u00e2le suffisait pour vingt-cinq femelles.<\/p>\n<p>Parmi les tribus qui habitent ces fertiles r\u00e9gions, les unes sont s\u00e9\u00ablentaire3 et ne quittent jamais l&#8217;oasis les autres d\u00e9sertent leurs maisons aux toitures de palmier, apr\u00e8s la saison des fruits, et semblables aux patriarches bibliques, vivent \u00abtans la tente et m\u00e8nent pa\u00eetre leurs troupeaux dans les plaines; leurs courses continuelles, leur vie n\u00e9cessairement frugale, peu de repos go\u00fbt\u00e9 en passant sous une tente ou sur la terre en font des g\u00e9n\u00e9rations d&#8217;hommes robustes et endurcis \u00e0 la fatigue,<\/p>\n<p>Ces peuples tiennent encore de leurs anc\u00eatres un go\u00fbt pour la libert\u00e9 et la vie errante qui leur fait toujours regarder les villes comme les prisons ou les rois, disent-ils, tiennent leurs esclaves. Pour rendre \u00e0 ce territoire l&#8217;\u00e9clatante prosp\u00e9rit\u00e9 dont il jouissait dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, il ne manque que la volont\u00e9 de l&#8217;homme.<\/p>\n<p>Le voyageur qui s\u00e9journe dans ces contr\u00e9es de l&#8217;Orient \u00e9prouve quelque chose du sentiment de la patrie. C&#8217;est l\u00e0 que nous sommes n\u00e9s, et sous les plis de ce sol oubli\u00e9 dorment les d\u00e9pouilles de nos anc\u00eatres. L\u00e0, fut noire berceau la terre natale de l&#8217;humanit\u00e9. Dans ces campagnes labour\u00e9es par les si\u00e8cles, dans ces plaines o\u00f9 gisent selon l&#8217;\u00e9l\u00e9gante expression de Cic\u00e9ron, les cadavres de tant de cit\u00e9s, on croit rencontrer quelques monuments primitifs de Dieu, cl d\u00e9chiffrer l&#8217;origine de l&#8217;homme.<\/p>\n<p><em><strong>Extrait du livre &#8220;La Tunisie : son pass\u00e9, son avenir et la question financi\u00e8re&#8221;. <\/strong><\/em><em><strong>Auteur: Henry Pontet de Fonvent &#8211; 1872<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Moyen-Age s&#8217;est arm\u00e9 au nom de la religion pour refouler au c\u0153ur de l&#8217;Asie les peuplades musulmanes qui mena\u00e7aient l&#8217;Europe d&#8217;une puissante invasion. Les Crois\u00e9s, patriotes religieux, s&#8217;enr\u00f4laient avec la sublime esp\u00e9rance de faire la conqu\u00eate de l&#8217;Orient au profit du Christianisme et d&#8217;\u00e9tablir sur toute la terre une unit\u00e9 religieuse plus grandiose que&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2919,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"gallery","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,13],"tags":[100,101,186,179,91],"class_list":["post-666","post","type-post","status-publish","format-gallery","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique","category-monde","tag-colonisation","tag-france","tag-grenier","tag-rome","tag-tunisie","post_format-post-format-gallery"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=666"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2925,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/666\/revisions\/2925"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2919"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}