{"id":620,"date":"2018-12-31T10:02:12","date_gmt":"2018-12-31T10:02:12","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=620"},"modified":"2020-11-01T16:57:25","modified_gmt":"2020-11-01T15:57:25","slug":"reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-3\/","title":{"rendered":"R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (3\/4)"},"content":{"rendered":"<p>Il est donc d&#8217;une importance extr\u00eame que les souverains musulmans, les ul\u00e9mas et les hommes d&#8217;\u00c9tat, travaillent d&#8217;un commun accord \u00e0 l&#8217;introduction d&#8217;institutions bas\u00e9es sur le contr\u00f4le et sur la justice, contenant des \u00e9l\u00e9ments qui puissent suffire au progr\u00e8s moral des sujets et \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration de leur \u00e9tat mat\u00e9riel, et organis\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 leur inspirer l&#8217;Omar du pays, et \u00e0 faire ressortir aux yeux de tous les avantages qu&#8217;elles produisent.<\/p>\n<p>Ils ne doivent nullement se pr\u00e9occuper des attaques que certains adversaires int\u00e9ress\u00e9s dirigent contre ces institutions, en pr\u00e9tendant qu&#8217;elles sont inapplicables \u00e0 la nation musulmane, et en formulant contre leur adoption les quatre objections suivantes, savoir: L&#8217;opposition des institutions avec les principes de la loi religieuse l&#8217;inopportunit\u00e9 des institutions, \u00e0 cause de l&#8217;ignorance et de l&#8217;incapacit\u00e9 des masses la longueur de la proc\u00e9dure et la lenteur dans la d\u00e9cision des affaires, et enfin le surcroit de d\u00e9penses qu&#8217;occasionnerait la cr\u00e9ation des emplois n\u00e9cessaires au fonctionnement des institutions redout\u00e9es.<\/p>\n<p>Tout homme \u00e9clair\u00e9 peut voir que ces objections H n&#8217;ont aucun fondement. Quant \u00e0 la pr\u00e9tendue on position avec la loi religieuse, ce que nous avons dit plus haut prouve suffisamment qu&#8217;elle n&#8217;existe point et d\u00e9montre au contraire que cette loi recommande l&#8217;adoption de ces institutions politiques et administratives, particuli\u00e8rement \u00e0 une \u00e9poque comme la n\u00f4tre, avec ses exigences sp\u00e9ciales.<\/p>\n<p>La seconde objection, tir\u00e9e de l&#8217;ignorance et de l&#8217;incapacit\u00e9 des masses, ne saurait \u00eatre concluante ; car, lorsque les autres nations, qui, gr\u00e2ce \u00e0 leurs institutions, sont parvenues au plus haut degr\u00e9 de civilisation, ont commenc\u00e9 leur mouvement ascensionnel, les masses y \u00e9taient plus arri\u00e9r\u00e9es que les n\u00f4tres no le sont maintenant.<\/p>\n<p>Nous admettons qu&#8217;actuellement l&#8217;instruction du peuple et ses connaissances pratiques sont bien moins avanc\u00e9es que dans certains \u00c9tats de l&#8217;Europe; mais il faut reconna\u00eetre aussi, comme doivent le faire tous les hommes impartiaux apr\u00e8s un examen s\u00e9rieux, que ce peuple, dont on ne saurait contester la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&#8217;intelligence par rapport \u00e0 d&#8217;autres nations d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9es, a, dans les d\u00e9bris de son ancienne civilisation et dans ses traditions vivantes, de quoi se relever et marcher plus rapidement que toute autre dans la voie du progr\u00e8s, une fois que des institutions vraiment lib\u00e9rales en raviveraient la s\u00e8ve, et l&#8217;appelleraient \u00e0 intervenir dans ses affaires politiques et administratives par l&#8217;exercice d&#8217;un contr\u00f4le s\u00e9rieux et cela se ferait dans un temps relativement bien court et qui \u00e9tonnerait le monde; car, bien qu&#8217;il soit pr\u00e9sentement \u00e9touff\u00e9 chez nous par l&#8217;arbitraire, ce sentiment de la libert\u00e9 et de la dignit\u00e9 individuelle qui enfante des prodiges, et qui presque partout ailleurs n&#8217;est que le r\u00e9sultat des institutions et de l&#8217;\u00e9ducation, est acquis au musulman d\u00e8s l&#8217;enfance, comme un enseignement de sa propre religion.<\/p>\n<p>Parmi les devoirs du l\u00e9gislateur charg\u00e9 de fonder les institutions, se trouve contrairement celui de tenir compte du l&#8217;\u00e9tat moral des masses et de leur avancement dans les connaissances utiles, pour savoir quel est le degr\u00e9 de libert\u00e9 politique qu&#8217;on peut accorder, et s&#8217;il convient, ou non, d&#8217;en g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019exercice et de l&#8217;\u00e9tendre \u00e0 tous indistinctement, ou de n&#8217;accorder cette libert\u00e9 qu&#8217;\u00e0 ceux qui se trouvent dans certaines conditions sp\u00e9ciales exig\u00e9es pour cela; mais, dans \u00e7a dernier cas, le l\u00e9gislateur doit songer \u00e0 faciliter la r\u00e9alisation de ces conditions, en cherchant \u00e0 accro\u00eetre et \u00e0 favoriser le d\u00e9veloppement de tous les \u00e9l\u00e9ments de progr\u00e8s et de civilisation.<\/p>\n<p>Or, quand m\u00eame les peuples musulmans ne seraient point assez m\u00fbrs pour obtenir un degr\u00e9 quelconque de libert\u00e9 politique, il faut admettre pourtant que chacun d&#8217;eux a le droit naturel d&#8217;exister comme nation, quelle que soit la forme du gouvernement qui la dirige il faut admettre aussi que, par suite, et tout en n&#8217;intervenant pas dans les affaires publiques, chacun d&#8217;eux a, du moins comme association civile, le droit d&#8217;exiger que l&#8217;administration soit organis\u00e9e et r\u00e9gl\u00e9e de mani\u00e8re que les fonctionnaires se trouvent oblig\u00e9s de rendre \u00e0 qui de droit un compte exact de leur gestion que les malversations et les abus soient r\u00e9prim\u00e9s, et surtout que les droits et les rapports des citoyens entre eux, ainsi que leurs personnes, leurs biens et leur honneur, soient garantis par le respect et l&#8217;inviolabilit\u00e9 des lois existantes, quelles qu&#8217;elles soient, et invariablement \u00e0 l&#8217;abri de tout acte arbitraire capable d&#8217;y porter, atteinte..<\/p>\n<p>Enfin, en admettant pour un moment que l&#8217;introduction d&#8217;institutions purement politiques soit inopportune, \u00e0 cause de cette pr\u00e9tendue ignorance et incapacit\u00e9, et que r\u00e9ellement, comme le soutiennent ces critiques int\u00e9ress\u00e9s, les peuples musulmans soient comparer \u00e0 un mineur auquel il faut un tuteur jusqu&#8217;\u00e0 sa majorit\u00e9, peuvent-ils nous fournir les preuves et nous d\u00e9montrer, la loi \u00e0 la main, que le tuteur dans sa gestion n&#8217;est pas tenu d&#8217;avoir constamment en vue les int\u00e9r\u00eats et l&#8217;avantage de son pupille? peuvent-ils nous d\u00e9montrer encore que l&#8217;on peut savoir que la tutelle est exerc\u00e9e ou non d&#8217;une mani\u00e8re favorable aux int\u00e9r\u00eats du mineur, sans que l&#8217;administration du tuteur soit soumise \u00e0 un contr\u00f4le bas\u00e9 sur la loi ?<\/p>\n<p>En descendant \u00e0 la troisi\u00e8me objection, nous r\u00e9pondrons d&#8217;abord que, sous le r\u00e9gime des institutions, la proc\u00e9dure devant les tribunaux r\u00e9guliers ne serait pas plus longue que celle qui est suivie devant nos tribunaux religieux, et que, par cons\u00e9quent, le retard dans la d\u00e9cision ne saurait provenir que de la difficult\u00e9 et de la complication de l&#8217;affaire \u00e0 examiner, ou de l&#8217;incapacit\u00e9 et de la n\u00e9gligence des juges.<\/p>\n<p>Or, la lenteur qui proviendrait de la premi\u00e8re de ces deux causes, c&#8217;est-\u00e0-dire de la difficult\u00e9 et de la complication de l&#8217;affaire ne peut \u00eatre critiqu\u00e9e que par ceux qui feignent l&#8217;ignorance pour des motifs secrets, ou qui ignorent r\u00e9ellement et compl\u00e9tement les notions les plus \u00e9l\u00e9mentaires de l&#8217;administration de la justice; car l&#8217;examen auquel doit se livrer celui qui est appel\u00e9 \u00e0 prononcer une sentence, exige un certain temps avant que la conviction se forme dans son esprit, et ce temps dont la dur\u00e9e doit varier plus ou moins, selon la difficult\u00e9 et la complication des affaires, est, tant pour celui qui doit prononcer que pour les parties elles-m\u00eames, une n\u00e9cessit\u00e9 r\u00e9sultant de l&#8217;organisme humain, qui ne peut proc\u00e9der que par actes successifs.<\/p>\n<p>Ainsi, tout jugement, qu&#8217;il soit bas\u00e9 sur une loi \u00e9crite ou sur la simple \u00e9quit\u00e9, ne saurait \u00eatre l\u00e9gal et consid\u00e9r\u00e9 comme tel qu&#8217;autant que les parties ont eu des d\u00e9lais suffisants pour pr\u00e9parer leur d\u00e9fense et produire leurs preuves, et que le juge aussi a eu le temps n\u00e9cessaire pour bien examiner le tout et pouvoir prononcer en connaissance de cause ; et lorsque l&#8217;un ou l&#8217;autre de ces d\u00e9lais n&#8217;est pas accord\u00e9, il y a violation des droits du juge ou des parties.<\/p>\n<p>Comme il r\u00e9sulte de tout ce qui vient d&#8217;\u00eatre expos\u00e9 qu&#8217;un temps plus ou moins long dans la proc\u00e9dure est une n\u00e9cessit\u00e9 absolue, reconnue par la loi et par le bon sens, il doit nous \u00eatre permis de dire que cette troisi\u00e8me objection n&#8217;est formul\u00e9e que dans le but int\u00e9ress\u00e9 d&#8217;indisposer le peuple contre des institutions qui auraient pour cons\u00e9quence la r\u00e9gularit\u00e9 de la justice, et de le rendre favorable au maintien du syst\u00e8me suivi jusqu&#8217;ici par ses juges politiques, qui, dans la plupart des affaires soumises \u00e0 leur d\u00e9cision, et dont l&#8217;examen demanderait plusieurs jours, si elles \u00e9taient port\u00e9es devant le plus capable des juges, v\u00e9ritablement dignes de ce nom, prononcent au bout de quelques minutes, et sans appel, m\u00eame lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de la vie d&#8217;un homme\u00a0!<\/p>\n<p>Mais, quand m\u00eame l&#8217;appel serait admis en principe, il deviendrait illusoire et impossible dans la pratique contre des jugements non r\u00e9dig\u00e9s par \u00e9crit, et ne laissant cons\u00e9quemment aucune trace apparente de leur existence car pour pouvoir proc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9vision, il faut qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;un jugement motiv\u00e9 et appuy\u00e9 sur des preuves qui puissent \u00eatre pes\u00e9es et compar\u00e9es avec le jugement \u00e0 r\u00e9viser; et, dans le cas en question, il ne s&#8217;agirait que de jugements prononc\u00e9s verbalement, et dont il serait impossible de conna\u00eetre et d&#8217;examiner les v\u00e9ritables motifs.<\/p>\n<p>En effet, ou ces jugements a la minute dont nous parlons sont prononc\u00e9s \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re et au hasard, ce qui fait que nous voyons souvent des causes identiques amener des d\u00e9cisions contraires, ou bien ils ne sont appuy\u00e9s que sur des motifs qui ne sortent pas de l&#8217;esprit du juge et dans l&#8217;un comme dans l&#8217;autre cas, la r\u00e9vision n&#8217;en serait pas moins impossible et l&#8217;appel illusoire.<\/p>\n<p>Nous ne nions pus que, dans les commencements il ne puisse se produire dans l&#8217;exp\u00e9dition des affaires quelques retards exceptionnels, \u00e0 cause du manque d&#8217;habitude mais cet inconv\u00e9nient ne serait que passager et dispara\u00eetrait bient\u00f4t devant l&#8217;exp\u00e9rience acquise, par des d\u00e9cisions sommaires pour les affaires de minime importance, et par le concours empress\u00e9 des magistrats pour maintenir l&#8217;action r\u00e9guli\u00e8re de la justice et sa prompte application, de mani\u00e8re qu&#8217;apr\u00e8s bien peu de temps les affaires ne subiraient d&#8217;autre retard que celui que n\u00e9cessiterait leur propre nature.<\/p>\n<p>Mais en admettant pour un moment que la longueur de la proc\u00e9dure et la lenteur dans l&#8217;exp\u00e9dition des affaires soient une cons\u00e9quence directe et in\u00e9vitable des institutions, ainsi que le pr\u00e9tendent nos adversaires, nous leur r\u00e9pondons que les institutions ne sont pas seulement \u00e9tablies pour que les affaires priv\u00e9es soient d\u00e9cid\u00e9es d&#8217;une mani\u00e8re impartiale, ainsi qu&#8217;on est en droit de l&#8217;exigea mais elles le sont encore pour des motus tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s dont le plus important, \u00e0 d\u00e9faut de la libert\u00e9 politique est d&#8217;\u00e9viter le despotisme des chefs. Or, en supposant que du retard en question puisse r\u00e9sulter un dommage quelconque, qui, dans tous les cas, ne saurait \u00eatre que n\u00e9gatif, serait-il \u00e0 comparer avec le dommage r\u00e9el, direct et g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9sultant de la libert\u00e9 laiss\u00e9e aux chefs de porter \u00e0 volont\u00e9 la main sur les personnes, sur leurs biens et sur leur honneur ?<\/p>\n<p>Quant au retard provenant de la seconde des causes \u00e9nonc\u00e9es plus haut, c&#8217;est-\u00e0-dire, de la n\u00e9gligence et de l&#8217;incapacit\u00e9 des fonctionnaires, on ne saurait en aucune mani\u00e8re le mettre sur le compte des institutions il ne faudrait s&#8217;en prendre qu&#8217;au gouvernement, qui ne surveillerait pas la conduite de ses fonctionnaires, et qui proc\u00e9derait \u00e0 leur nomination sans examen pr\u00e9alable, et sans s&#8217;assurer s&#8217;ils ont les qualit\u00e9s requises pour bien remplir leurs devoirs.<\/p>\n<p>En ce qui concerne les institutions, nous dirons que les fonctionnaires peuvent \u00eatre class\u00e9s de la mani\u00e8re suivante les fonctionnaires qui aiment et approuvent sinc\u00e8rement le syst\u00e8me des institutions et pr\u00e9f\u00e8rent l&#8217;utilit\u00e9 qui en r\u00e9sulte pour la libert\u00e9, pour la dignit\u00e9 et pour le bien-\u00eatre public aux avantages personnels qu&#8217;ils pourraient obtenir sous le syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire les fonctionnaires qui, m\u00e9connaissant compl\u00e9tement les bienfaits des institutions, ne trouvent pas une grande diff\u00e9rence entre elles et le syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire, consid\u00e8rent m\u00eame leur introduction comme un signe de la fin des temps, et ne voient de salut que dans le maintien du statu quo; enfin, les fonctionnaires qui, n&#8217;ignorant pas l&#8217;excellence des institutions et les heureux fruits qu&#8217;elles produisent pour le bien-\u00eatre de la nation; pr\u00e9f\u00e8rent \u00e0 tous ces bienfaits les avantages particuliers qu&#8217;ils peuvent retirer du syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire et du despotisme. Cette indigne pr\u00e9f\u00e9rence ne peut avoir d&#8217;autre cause que le manque absolu de sinc\u00e9rit\u00e9 et de dignit\u00e9 de caract\u00e8re, et l&#8217;oubli des cons\u00e9quences qui en r\u00e9sultent pour ce monde et pour l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Cela pos\u00e9, nous disons que les institutions les plus parfaites sous le rapport de l&#8217;opportunit\u00e9 et de l&#8217;organisation, ne sauraient produire des effets salutaires que si les fonctionnaires de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie sont charg\u00e9s de leur mise \u00e0 ex\u00e9cution ; car ils sont les seuls \u00e0 la foi desquels on peut confier le soin des int\u00e9r\u00eats publics, les seuls dont le concours \u00e9clair\u00e9 ne fera jamais d\u00e9faut. Mais on arriverait \u00e0 un r\u00e9sultat tout \u00e0 fait contraire au but que l&#8217;on poursuit, si l&#8217;on confiait l&#8217;application des institutions aux fonctionnaires des deux autres cat\u00e9gories, et particuli\u00e8rement \u00e0 ceux de la troisi\u00e8me, parce qu&#8217;ils ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 les faire avorter.<\/p>\n<p>Or, tout gouvernement qui voudrait s\u00e9rieusement introduire le syst\u00e8me des institutions, et qui saurait ce qu&#8217;il doit attendre des deux derni\u00e8res cat\u00e9gories de fonctionnaires, ne pourrait leur en confier ni la garde ni le d\u00e9veloppement, avant de s&#8217;\u00eatre bien assur\u00e9 par l&#8217;exp\u00e9rience que ceux de la seconde y ont adh\u00e9r\u00e9 sans restriction, et que ceux de la troisi\u00e8me se sont amend\u00e9s au point de pr\u00e9f\u00e9rer l&#8217;int\u00e9r\u00eat public \u00e0 leurs avantages particuliers, et qu&#8217;ils ont acquis les qualit\u00e9s sans lesquelles on ne peut accepter des fonctions qu&#8217;on ne saurait remplir dignement. En r\u00e9sum\u00e9, confier le soin d&#8217;un \u00e9tablissement \u00e0 ceux qui en d\u00e9sirent la destruction, c&#8217;est lui cr\u00e9er la plus puissante cause de ruine.<\/p>\n<p>La quatri\u00e8me objection tir\u00e9e du pr\u00e9tendu surcroit de d\u00e9penses, est le r\u00e9sultat de la plus grossi\u00e8re ignorance de ce qui se passe ; et si ceux qui la formulent s&#8217;\u00e9taient donn\u00e9 la peine de comparer les r\u00e9sultats du syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire avec ceux du syst\u00e8me r\u00e9glemente par des institutions, ils n&#8217;auraient jamais hasard\u00e9 une pareille objection, qui doit \u00e9tonner tout homme de bon sens ; car c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment le contraire qui est la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, c&#8217;est le syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire qui entraine le plus de d\u00e9penses, parce que le gouvernement tire des contribuables non seulement ce qu&#8217;il faut, mais plus qu&#8217;il ne faut, pour le d\u00e9penser le plus souvent sans n\u00e9cessit\u00e9 et sans motifs raisonnables tandis que le syst\u00e8me r\u00e9gl\u00e9 par des institutions, le gouvernement, se trouvant astreint \u00e0 ne prendre que le n\u00e9cessaire, et \u00e0 ne l&#8217;employer qu&#8217;\u00e0 des d\u00e9penses d&#8217;une utilit\u00e9 incontestable, ne fait peser sur la nation que des charges raisonnables, auxquelles les contribuables se soumettent de bon c\u0153ur quand ils voient r\u00e9gner la justice et la r\u00e9gularit\u00e9 dans la perception et dans l&#8217;emploi des deniers publics.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;on envisage la question avec impartialit\u00e9 et dans toute sa r\u00e9alit\u00e9, il faut donc reconnaitre que les emplois nouveaux qu&#8217;exige le fonctionnement des institutions, loin d&#8217;\u00eatre une cause de ruine, apportent au contraire une v\u00e9ritable \u00e9conomie car, si nous comparons la d\u00e9pense qu&#8217;exigent ces emplois avec la diminution de frais qu&#8217;ils am\u00e8nent dans d&#8217;autres branches du service public, par une plus grande diligence et par la suppression des sin\u00e9cures, nous trouvons que la diff\u00e9rence en moins est au-dessus de toute proportion, d&#8217;autant plus que ceux qui sont charg\u00e9s du maniement des deniers publics rencontrent, sous ce syst\u00e8me, un frein salutaire contre toute malversation.<\/p>\n<p>Le choix ne saurait donc \u00eatre douteux entre le syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire, d&#8217;apr\u00e8s lequel l&#8217;argent des contribuables est pris et d\u00e9pens\u00e9 selon les caprices du chef et de ses agents, et le syst\u00e8me qui ne permet au gouvernement de le prendre et de le d\u00e9penser que conform\u00e9ment \u00e0 la loi car, en pr\u00e9sence du contr\u00f4le et de la libre appr\u00e9ciation des ayants droit, ils doivent craindre d&#8217;\u00eatre accus\u00e9s de n\u00e9gligence et de malversation.<\/p>\n<p>Ainsi, il demeure d\u00e9montr\u00e9 par ce qui pr\u00e9c\u00e8de que los nombreuses d\u00e9penses qui p\u00e8sent injustement sur la nation, ne peuvent exister que sous le r\u00e9gime de l&#8217;arbitraire, et que le contr\u00f4le, qui am\u00e8ne le bonheur des sujets, ne peut avoir lieu que dans un gouvernement soumis \u00e0 des institutions politiques et civiles. Cela suffit pour d\u00e9montrer les avantages d&#8217;un syst\u00e8me sur l&#8217;autre \u00e0 quiconque a des yeux pour voir. Si nous laissions un libre cours \u00e0 notre plume, afin de faire connaitre la situation financi\u00e8re de certains gouvernements et la mani\u00e8re d&#8217;y exercer le Bec, avant les institutions, pendant qu&#8217;elles \u00e9taient en vigueur, et depuis qu&#8217;elles sont tomb\u00e9es sous les attaques de ceux qui les calomnient encore, on verrait que l&#8217;ignorance, et l&#8217;ignorance la plus compl\u00e8te des avantages qu&#8217;elles procurent, a entra\u00een\u00e9 ces gouvernements et leurs adh\u00e9rents dans le plus d\u00e9plorable \u00e9garement; mais nous trouverions devant nous un si vaste champ, que nous ne saurions le parcourir sans nous \u00e9loigner du but de cet ouvrage.<\/p>\n<p>Ce que la Turquie, contre moderne de l&#8217;islamisme a fait jusqu&#8217;ici est d&#8217;un excellent exemple et nous fait esp\u00e9rer que la pers\u00e9v\u00e9rance et la sagesse de ses hommes d&#8217;\u00c9tat triompheront des obstacles qui lui sont propres, et parviendront \u00e0 compl\u00e9ter les r\u00e9formes qui doivent assurer le salut de l&#8217;empire et le maintien des droits des sujets. Mais les autres gouvernements musulmans, qui heureusement n&#8217;ont pas \u00e0 lutter chez eux contre les m\u00eames obstacles int\u00e9rieurs, ne sont entra\u00een\u00e9s que par leur aveugle passion pour le despotisme, source de tous les abus, quand ils refusent d&#8217;\u00e9tablir des institutions r\u00e9clam\u00e9es dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat de leur propre conservation.<\/p>\n<p>Or, en pr\u00e9sence de l&#8217;inertie de ces gouvernements et de leur obstination \u00e0 maintenir un \u00e9tat de choses qui n&#8217;est plus de notre \u00e9poque, il conviendrait, il serait juste et n\u00e9cessaire que les gouvernements civilis\u00e9s de l&#8217;Europe, qui se vantent si souvent, et non \u00e0 tort, de leur Omar pour le bien de l&#8217;humanit\u00e9, vinssent enfin sinc\u00e8rement en aide aux aspirations des populations, en faisant dispara\u00eetre les entraves qui s&#8217;opposent \u00e0 l&#8217;introduction et au fonctionnement des r\u00e9formes lib\u00e9rales chez les musulmans, qu&#8217;on voit g\u00e9mir encore sous le joug du despotisme. Quand nous parlons ainsi, nous nous adressons particuli\u00e8rement \u00e0 ces gouvernements qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 maintenir l&#8217;ind\u00e9pendance des nations musulmanes, chez lesquelles se trouvent beaucoup plus d&#8217;\u00e9l\u00e9ment de vitalit\u00e9 et de progr\u00e8s qu&#8217;on ne le suppose g\u00e9n\u00e9ralement en Europe.<\/p>\n<p>En effet, les causes qui ont emp\u00each\u00e9 jusqu&#8217;ici l&#8217;introduction des r\u00e9formes ou leur d\u00e9veloppement graduel, et enfin l\u2019\u00e9tablissement d&#8217;une compl\u00e8te libert\u00e9 politique et administrative dans les pays musulmans, ce ne sont, nous croyons l&#8217;avoir prouv\u00e9, ni les pr\u00e9ceptes du Coran, qui favorisent au contraire la libert\u00e9 et le progr\u00e8s, ni l&#8217;incapacit\u00e9 et la pr\u00e9tendue ignorance des masses, excuse ordinaire des partisans du despotisme mais ce sont les causes politico-nationales, jointes \u00e0 l&#8217;apathie des princes et des hommes d&#8217;\u00c9tat musulmans, ainsi que nous l&#8217;avons indiqu\u00e9 sans esprit de parti, mais avec une conviction sinc\u00e8re, bas\u00e9e sur des faits permanents.<\/p>\n<p>Cet expos\u00e9 des causes du progr\u00e8s et de la d\u00e9cadence de la soci\u00e9t\u00e9 musulmane est en partie le r\u00e9sum\u00e9 de ce qu&#8217;ont \u00e9crit les savants et les historiens europ\u00e9ens et musulmans, et nous l&#8217;avons fait, d&#8217;abord pour que les europ\u00e9ens et les non-musulmans qui ne connaissent pas \u00e0 fond les bases de la loi islamique, ne puissent pas ignorer \u00e0 quel degr\u00e9 de prosp\u00e9rit\u00e9 et de progr\u00e8s est parvenue la soci\u00e9t\u00e9 musulmane lorsque la loi politico-religieuse \u00e9tait int\u00e9gralement et partout appliqu\u00e9e, et que les chefs \u00e9taient les premiers \u00e0 en observer les prescriptions, ce qui, nous le r\u00e9p\u00e9tons, est admis par les hommes impartiaux des deux c\u00f4t\u00e9s, europ\u00e9ens et musulmans; nous l&#8217;avons fait ensuite pour qu&#8217;on sache que la loi islamique ne s&#8217;oppose nullement \u00e0 l&#8217;existence des institutions purement politiques et administratives, tendant \u00e0 favoriser et \u00e0 augmenter les moyens de civilisation. Sur ce point les Europ\u00e9ens sont dans une \u00e9trange erreur quand ils expriment incessamment une opinion toute contraire dans leurs \u00e9crits et dans leurs feuilles politiques, par suite d&#8217;un pr\u00e9jug\u00e9 qui ce peut trouver d&#8217;excuse que dans les d\u00e9sordres qu&#8217;ils voient r\u00e9gner chez les musulmans en ce qui concerne l&#8217;administration et la justice et dans les dommages qui en r\u00e9sultent pour le bien\u00eatre des populations.<\/p>\n<p>Tous ces d\u00e9sordres et d&#8217;autres encore ont leur source dans l&#8217;administration arbitraire et capricieuse des chefs et dans leur n\u00e9gligence \u00e0 observer et \u00e0 faire appliquer la loi th\u00e9ocratique.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que la continuation de l&#8217;\u00e9tat de choses actuel constitue un grave danger, dont on ne saurait assez t\u00f4t conjurer les funestes cons\u00e9quences. Je citerai \u00e0 l&#8217;appui ce que m&#8217;a dit \u00e0 ce sujet un \u00e9minent homme d&#8217;\u00c9tat fran\u00e7ais, savoir\u00a0: \u00ab\u00a0Que la civilisation moderne est un torrent imp\u00e9tueux, qui a creus\u00e9 son lit \u00e0 travers l&#8217;Europe, renversant violemment tout ce qui s&#8217;oppose \u00e0 son cours que les peuples musulmans limitrophes doivent se tenir en garde contre lui, et qu&#8217;ils ne peuvent se garantir de ses d\u00e9bordements qu&#8217;en suivant le courant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette comparaison qui doit attrister tout bon musulman, sinc\u00e8rement attach\u00e9 \u00e0 son pays, est fond\u00e9e sur des faits qui frappent vivement les yeux; et ce qui en ressort est prouv\u00e9 par l&#8217;exp\u00e9rience car le voisinage produit naturellement des influences qui doivent s&#8217;accro\u00eetre en proportion des besoins, des relations r\u00e9ciproques et de l&#8217;avancement des arts et des diverses industries, dont les produits agglom\u00e9r\u00e9s rendent n\u00e9cessaire la cr\u00e9ation de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s pour augmenter le revenu par l&#8217;exportation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir r\u00e9sum\u00e9 ce qui pr\u00e9c\u00e8de pour faire conna\u00eetre les causes du progr\u00e8s et de la d\u00e9cadence de la soci\u00e9t\u00e9 islamique, nous allons tracer d&#8217;une mani\u00e8re sommaire l&#8217;\u00e9tat et la marche de la civilisation en Europe, depuis Charlemagne jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque actuelle, afin que le lecteur puisse embrasser d&#8217;un coup d&#8217;\u0153il les progr\u00e8s op\u00e9r\u00e9s dans les lettres, les sciences et les arts, et les noms des hommes illustres qui ont d\u00e9couvert ou mieux expliqu\u00e9 les secrets et les lois de la nature physique, morale et politique.<\/p>\n<p><em>L\u2019auteur fait ici le tableau d\u00e9taill\u00e9 de la marche de la civilisation europ\u00e9enne jusqu&#8217;\u00e0 nos jours; il donne ensuite un aper\u00e7u des principales d\u00e9couvertes et inventions, et un expos\u00e9 complet de l\u2019organisation de l\u2019instruction publique en France, qu&#8217;il propose pour mod\u00e8le; apr\u00e8s quoi il continue ainsi<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>Une preuve frappante du cas que les Europ\u00e9ens font de l&#8217;instruction et de leur empressement \u00e0 \u00e9largir le cercle des connaissances, qui sont la base de la civilisation et du perfectionnement de l&#8217;esp\u00e8ce humaine, r\u00e9sulte du grand nombre de leurs biblioth\u00e8ques publiques, renfermant les mat\u00e9riaux de toutes les sciences, et du soin qu&#8217;ils mettent \u00e0 en faciliter l&#8217;usage, par une bonne administration, dont le but principal est d&#8217;\u00e9carter tous les obstacles &#8216;qui pourraient s&#8217;opposer aux heureux effets qu&#8217;elles sont destin\u00e9es \u00e0 produire. Pour confirmer ce qui pr\u00e9c\u00e8de, nous prendrons pour guide, quant au nombre des volumes de ces biblioth\u00e8ques, le travail consciencieux qu&#8217;a publi\u00e9 M. Natoli, ministre de l&#8217;instruction publique, en Italie, et pour ce qui concerne le service des biblioth\u00e8ques, nous relatons ce que nous avons observ\u00e9 nous-m\u00eame en France.<\/p>\n<p><em>Suivent la statistique comparative des biblioth\u00e8ques publiques en Europe, et la nomenclature de Paris, avec les d\u00e9tails du service int\u00e9rieur<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Khair-Eddine Le Tunisien,<br \/>\nTraduit en fran\u00e7ais, le 9 septembre 1867<br \/>\n<\/strong><\/p>\n<h2><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-4\/\">R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (4\/4)<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est donc d&#8217;une importance extr\u00eame que les souverains musulmans, les ul\u00e9mas et les hommes d&#8217;\u00c9tat, travaillent d&#8217;un commun accord \u00e0 l&#8217;introduction d&#8217;institutions bas\u00e9es sur le contr\u00f4le et sur la justice, contenant des \u00e9l\u00e9ments qui puissent suffire au progr\u00e8s moral des sujets et \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration de leur \u00e9tat mat\u00e9riel, et organis\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 leur&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3082,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[165,107,197,212,91],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/620"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=620"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/620\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3639,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/620\/revisions\/3639"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3082"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}