{"id":617,"date":"2018-12-31T10:01:31","date_gmt":"2018-12-31T10:01:31","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=617"},"modified":"2020-11-01T13:14:56","modified_gmt":"2020-11-01T12:14:56","slug":"reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-4\/","title":{"rendered":"R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (4\/4)"},"content":{"rendered":"<p>A propos de l&#8217;enseignement, parmi les choses qu&#8217;il convient de noter ici, il ne faut pas oublier l&#8217;importance que les Europ\u00e9ens attachent \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation des princes de la famille r\u00e9gnante, au d\u00e9veloppement de leurs facult\u00e9s intellectuelles et \u00e0 l&#8217;\u00e9largissement du cercle de leurs connaissances, ce qui est sans contredit un des points les plus essentiels et les plus avantageux pour la bonne administration de l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Nous disons donc que chez eux, lorsque le prince est parvenu \u00e0 l&#8217;\u00e2ge o\u00f9 l&#8217;\u00e9ducation doit commencer, le chef de la famille lui choisit des professeurs d&#8217;un m\u00e9rite reconnu, pour lui enseigner les principes g\u00e9n\u00e9raux des lettres et des sciences, et diriger son \u00e9ducation d&#8217;une mani\u00e8re qui soit en rapport avec son rang et avec les institutions du pays.<\/p>\n<p>Lorsque le prince a compl\u00e9t\u00e9 son \u00e9ducation litt\u00e9raire et politique, on lui fait visiter les pays \u00e9trangers, pour qu&#8217;il puisse par lui-m\u00eame en constater l&#8217;\u00e9tat, et comparer la diff\u00e9rence qui existe entre ces pays et le sien, afin d&#8217;en tenir compte et de mettre \u00e0 profit ses observations, lorsqu&#8217;il gouvernera \u00e0 son tour, soit pour \u00e9viter ce qui pourrait faire r\u00e9trograder son pays, soit pour adopter ce qu&#8217;il a vu ailleurs de mieux organis\u00e9 et de plus favorable \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 des peuples, soit pour pers\u00e9v\u00e9rer dans le syst\u00e8me en vigueur dans son propre pays, s&#8217;il se trouve meilleur que ce qu&#8217;il a vu chez les autres.<\/p>\n<p>D\u00e8s qu&#8217;il a atteint l&#8217;\u00e2ge de la majorit\u00e9, qui varie selon les lois particuli\u00e8res de chaque nation, le prince h\u00e9r\u00e9ditaire devient membre du premier corps politique de l&#8217;\u00c9tat, comme, par exemple, le S\u00e9nat en France, mais avec cette diff\u00e9rence qu&#8217;il a seulement droit de pr\u00e9sence, et qu&#8217;il ne peut prendre part \u00e0 la discussion ni concourir au vote que lorsqu&#8217;il a accompli sa vingt-cinqui\u00e8me ann\u00e9e, qui est la condition d&#8217;\u00e2ge exige par les lois du pays pour l&#8217;admission de tout membre dans un corps politique.<\/p>\n<p>L&#8217;avantage qui en r\u00e9sulte pour le prince, c&#8217;est de contracter, apr\u00e8s un examen successif et approfondi, l&#8217;habitude des discussions politiques, et d&#8217;acqu\u00e9rir des notions compl\u00e8tes sur les th\u00e9ories gouvernementales, et une connaissance exacte de la valeur des hommes d&#8217;\u00c9tat, qui, devant lui, prennent part \u00e0 la discussion journali\u00e8re des affaires, connaissance de la plus haute importance pour celui qui, se trouvant sur les marches du tr\u00f4ne, est appel\u00e9 \u00e0 gouverner la nation et \u00e0 remplir, par cons\u00e9quent, la mission la plus haute et la plus difficile qui soit parmi les hommes, car rien n&#8217;\u00e9gale le poids du fardeau r\u00e9sultant de la direction supr\u00eame de l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Il est donc n\u00e9cessaire que celui qui accepte la responsabilit\u00e9 de la souverainet\u00e9 poss\u00e8de des connaissances g\u00e9n\u00e9rales et des qualit\u00e9s sp\u00e9ciales, qu&#8217;on doit exiger de lui plus encore que de tout autre fonctionnaire, et particuli\u00e8rement il faut qu&#8217;il connaisse les hommes capables et exp\u00e9riment\u00e9s pour les appeler aux emplois sup\u00e9rieurs, et qu&#8217;il n&#8217;ignore pas jusqu&#8217;o\u00f9 peuvent aller la dissimulation et les intrigues de la jalousie et de l&#8217;envie. Car le devoir des souverains n&#8217;est pas de rendre en personne la justice \u00e0 leurs sujets, comme cela se voit aujourd&#8217;hui dans certains pays musulmans, ni de se m\u00ealer des d\u00e9tails de l&#8217;administration, pour lesquels ils doivent \u00eatre suppl\u00e9\u00e9s par des magistrats et par d&#8217;autres employ\u00e9s \u00e0 ce destin\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais ce qu&#8217;on est en droit d&#8217;exiger d&#8217;eux personnellement, c&#8217;est la haute surveillance de l&#8217;administration g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;\u00c9tat, de mani\u00e8re \u00e0 corriger les erreurs et \u00e0 ne pas laisser les abus impunis, une \u00e9tude approfondie des besoins du pays, une protection \u00e9clair\u00e9e accord\u00e9e aux sciences, \u00e0 l&#8217;agriculture, au commerce et \u00e0 l&#8217;industrie, une bonne organisation des forces de terre et de mer, la d\u00e9fense des fronti\u00e8res, et enfin une sage direction des relations politiques et commerciales, dans le but de r\u00e9aliser tout ce qui peut contribuer \u00e0 la grandeur de la nation et au d\u00e9veloppement de sa richesse.<\/p>\n<p>Le bonheur ou le malheur des empires d\u00e9pend de ce que les souverains remplissent ou non leurs fonctions de la mani\u00e8re par nous indiqu\u00e9e, et de l&#8217;existence ou de la non-existence d&#8217;institutions bas\u00e9es sur la justice, comprises et respect\u00e9es de ceux qui sont charg\u00e9s de leur application pratique.<\/p>\n<p>Nous lisons dans Polybe : \u00ab De quelle utilit\u00e9 peut \u00eatre pour les malades un m\u00e9decin qui ne conna\u00eet pas les causes des maladies ? Que peut-on attendre d&#8217;un ministre d&#8217;\u00c9tat qui ne conna\u00eet ni la raison, ni l&#8217;origine des affaires qui arrivent dans un royaume ? Comme il n&#8217;y a pas d&#8217;apparence que le premier ne donne jamais de rem\u00e8de convenable, il n&#8217;est pas possible que le second, sans la connaissance de ce que nous venons de dire, prenne prudemment un parti\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On doit donc reconna\u00eetre que si le bonheur des peuples ne peut se r\u00e9aliser en pr\u00e9sence de l&#8217;ignorance dont nous venons de parler, \u00e0 plus forte raison devient-il impossible l\u00e0 o\u00f9 cette ignorance s&#8217;ajoute \u00e0 l&#8217;absence des institutions, qui seules peuvent servir de guide en pareille mati\u00e8re ; car, dans le premier cas, l&#8217;emp\u00eachement ne provient que de l&#8217;ignorance feinte ou r\u00e9elle ; mais ce n&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;une cause passai, qui peut \u00eatre facilement \u00e9cart\u00e9e en rempla\u00e7ant ou en \u00e9clairant les employ\u00e9s, ou bien encore en for\u00e7ant les faux ignorants \u00e0 se conformer aux prescriptions des institutions en vigueur.<\/p>\n<p>Mais s&#8217;il n&#8217;existe aucune loi \u00e0 laquelle on doive s&#8217;en rapporter, alors un large champ reste ouvert aux caprices et aux passions tant du chef que des subordonn\u00e9s et il y aurait vraiment de quoi s&#8217;\u00e9tonner si cela n&#8217;amenait pas la ruine compl\u00e8te de l&#8217;Etat, ainsi que nous en avons vu malheureusement des exemples frappants.<\/p>\n<p>Comme ce que nous avons expos\u00e9 dans le cours de cette introduction tend positivement \u00e0 d\u00e9montrer que la libert\u00e9 est la base et la source du d\u00e9veloppement des sciences et de la civilisation chez les nations europ\u00e9ennes, nous croyons devoir expliquer comment la libert\u00e9 y est pratiqu\u00e9e, afin de pr\u00e9venir ou de dissiper tout doute \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p>Il existe chez les Europ\u00e9ens deux libert\u00e9s principales, dont l&#8217;une est la libert\u00e9 civile, qui consiste dans le droit reconnu \u00e0 tous les citoyens de disposer comme ils l&#8217;entendent de leurs personnes et de leurs biens, de jouir de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 devant la loi et d&#8217;une enti\u00e8re s\u00e9curit\u00e9 pour leurs personnes, pour leur fortune et pour leur honneur, de mani\u00e8re qu&#8217;ils ne puissent jamais \u00eatre expos\u00e9s \u00e0 craindre la violation arbitraire d&#8217;aucun de leurs droits ou \u00e0 \u00eatre jug\u00e9s contrairement aux lois du pays dont l&#8217;application est confi\u00e9e \u00e0 des tribunaux ind\u00e9pendants et l\u00e9galement constitu\u00e9s parce que, dans les pays de libert\u00e9, les lois lient aussi bien les gouvernants que les gouvern\u00e9s.<\/p>\n<p>La libert\u00e9 civile, telle que nous venons de la d\u00e9finir existe, sauf quelques l\u00e9g\u00e8res diff\u00e9rences, selon les constitutions sp\u00e9ciales, dans tous les \u00c9tats europ\u00e9ens, except\u00e9 dans ceux du pape et en Russie ; car ces deux gouvernements sont absolus, et quoiqu&#8217;ils aient des codes de lois et des tribunaux, cela ne suffit pas \u00e0 la compl\u00e8te garantie des sujets, parce que l&#8217;application r\u00e9guli\u00e8re des lois y d\u00e9pend en d\u00e9finitive de la seule volont\u00e9 du souverain.<\/p>\n<p>L&#8217;autre libert\u00e9 est la libert\u00e9 politique, qui est le droit qu&#8217;ont les citoyens de participer aux affaires politiques et d&#8217;exprimer leurs opinions sur ce qui convient le mieux aux int\u00e9r\u00eats de la nation. C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce droit que faisait allusion, ainsi que nous l&#8217;avons vu, le second khalife Omar ben el Khattab, quand il disait : \u00ab\u00a0O vous tous qui m&#8217;\u00e9coutez, si vous voyez des \u00e9carts dans mon administration, veuillez les redresser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais si la libert\u00e9 politique devait \u00eatre personnellement exerc\u00e9e par chaque citoyen, il en r\u00e9sulterait, \u00e0 cause du nombre et de la divergence des opinions, une grande confusion dans la d\u00e9lib\u00e9ration et un retard pr\u00e9judiciable dans l&#8217;adoption des mesures int\u00e9ressant le salut commun. On a donc rem\u00e9di\u00e9 \u00e0 cet inconv\u00e9nient en faisant nommer par la nation un nombre de repr\u00e9sentants fix\u00e9 proportionnellement d&#8217;apr\u00e8s la population, et dont la r\u00e9union constitue ce qu&#8217;on appelle les Chambres. Cela se pratique ainsi dans tous les \u00c9tats europ\u00e9ens, except\u00e9 dans ceux du pape et en Russie.<\/p>\n<p>Ce sont ces repr\u00e9sentants qui, agissant au nom et dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la nation, ont le droit de discuter et de voter les lois et les imp\u00f4ts, de contr\u00f4ler les actes du gouvernement et d&#8217;exprimer librement leur opinion devant les ministres, ainsi que nous le verrons en parlant des institutions politiques de l&#8217;Europe.<\/p>\n<p>La nation a encore d&#8217;autres privil\u00e8ges, tels que le droit de r\u00e9union pour discuter ses propres int\u00e9r\u00eats, et la libert\u00e9 de la presse, d&#8217;apr\u00e8s laquelle tout citoyen a le droit de publier ce qu&#8217;il croit avantageux \u00e0 la nation, dans des livres ou des journaux qui sont \u00e0 la port\u00e9e du peuple, et enfin d&#8217;adresser des p\u00e9titions aux corps constitu\u00e9s, quand bien m\u00f4me elles contiendraient la critique des actes du gouvernement.<\/p>\n<p>Pour ce qui concerne l&#8217;extension des libert\u00e9s, il existe une certaine diff\u00e9rence parmi les nations europ\u00e9ennes car il y en a qui poss\u00e8dent les deux libert\u00e9s telles que nous les avons d\u00e9finies, et sont, par suite, en possession de la compl\u00e8te libert\u00e9. Il y en a chez qui la libert\u00e9 politique est restreinte pour des motifs int\u00e9ressant leurs gouvernements, qui croient ne pouvoir donner ce que d&#8217;autres ont accord\u00e9 sans inconv\u00e9nient ; et cela, parce que l&#8217;\u00e9tat des gouvernements diff\u00e8re suivant les tendances des sujets et le but dans lequel ils se serviraient de la compl\u00e8te libert\u00e9 politique.<\/p>\n<p>En effet, l\u00e0 o\u00f9 les sujets ne font qu&#8217;une opposition l\u00e9gitime, et seulement dans le cas o\u00f9 le gouvernement s&#8217;\u00e9carte de la bonne voie, pour l&#8217;engager \u00e0 adopter ce qui est avantageux \u00e0 l&#8217;\u00c9tat, on a pu accorder en toute s\u00e9curit\u00e9 la compl\u00e8te libert\u00e9 politique, \u00e0 cause de l&#8217;identit\u00e9 de vues des sujets et du gouvernement, concourant ensemble \u00e0 procurer l&#8217;avantage g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Mais il y a des adversaires syst\u00e9matiques qui, par leurs tendances bien connues, permettent de supposer que leur opposition n&#8217;a d&#8217;autre mobile que l&#8217;esprit de parti, la nation \u00e9tant divis\u00e9e en, partis politiques dont chacun d\u00e9sire voir triompher la forme de gouvernement qui, \u00e0 ses yeux, est la plus favorable au pays. Ainsi, il y a des partis qui pr\u00e9f\u00e8rent la r\u00e9publique \u00e0 la monarchie constitutionnelle; il y en a d&#8217;autres qui, tout en voulant la monarchie, pr\u00e9f\u00e8rent une dynastie \u00e0 une autre; d&#8217;o\u00f9 il r\u00e9sulte que le pouvoir a lieu de craindre que l&#8217;opposition qui lui est faite par les divers partis, dans le but apparent de ramener le gouvernement dans la bonne voie, n&#8217;ait pour principe des motifs secrets de la nature de ceux dont nous venons de parler. C&#8217;est \u00e0 cause de ces craintes que certains gouvernements ont pu se croire dispens\u00e9s d&#8217;accorder une compl\u00e8te libert\u00e9 politique.<\/p>\n<p>Le devoir des \u00c9tats o\u00f9 existe la libert\u00e9, c&#8217;est d&#8217;en profiter pour la rendre f\u00e9conde et pour en faire sortir les heureux effets par le d\u00e9veloppement des sciences, des arts, de l&#8217;agriculture et du commerce, sources du bien-\u00eatre mat\u00e9riel, qui est un compl\u00e9ment de l&#8217;ind\u00e9pendance et de la libert\u00e9, qui ne peut se r\u00e9aliser que lorsqu&#8217;il est favoris\u00e9 par la justice et par une bonne organisation de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour qu&#8217;il y ait du bien-\u00eatre quelque part, il faut que l&#8217;ordre social soit assis sur des bases solides, que la propri\u00e9t\u00e9 soit respect\u00e9e, que la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e8gne, il &amp;ut, en un mot, que l&#8217;homme qui travaille ne soit pas expos\u00e9 \u00e0 se voir ravir le fruit de ses peines. C&#8217;est en vain que la Providence aura plac\u00e9 un peuple sous un climat favoris\u00e9, au milieu des terres les plus fertiles si celui qui s\u00e8me n&#8217;est pas assur\u00e9 de r\u00e9colter, les terres demeureront incultes. Pourquoi les riches provinces de l&#8217;Asie et de l&#8217;Afrique sont-elles aujourd&#8217;hui frapp\u00e9es de st\u00e9rilit\u00e9 ? \u00c9videmment parce que le manque de s\u00e9curit\u00e9 d\u00e9truit la confiance et, par suite, l&#8217;activit\u00e9.<\/p>\n<p>Les moyens g\u00e9n\u00e9raux d&#8217;accro\u00eetre la production sont les voies de communication, les institutions de cr\u00e9dit et l&#8217;\u00e9ducation professionnelle.<\/p>\n<p>Par les voies de communication, l&#8217;on rapproche la production et la consommation, le producteur et les mati\u00e8res premi\u00e8res. Par les institutions de cr\u00e9dit, on fait circuler les capitaux, qui f\u00e9condent la production, et on les fait parvenir entre les mains les plus capables de les faire valoir. Par l&#8217;\u00e9ducation professionnelle, on fa\u00e7onne \u00e0 l&#8217;art de la production l&#8217;homme, qui en est l&#8217;agent essentiel.<\/p>\n<p>Nous avons constat\u00e9 nous-m\u00eame que les pays qui sont parvenus au plus haut degr\u00e9 de prosp\u00e9rit\u00e9 sont ceux o\u00f9 la libert\u00e9 a jet\u00e9 des racines profondes, et dont les sujets ont pu en utiliser les bienfaits, en mettant le plus grand empressement \u00e0 se procurer les avantages par nous indiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Une des cons\u00e9quences de la libert\u00e9, c&#8217;est l&#8217;ind\u00e9pendance individuelle dans les entreprises commerciales.<\/p>\n<p>L&#8217;association ou l&#8217;union entre plusieurs personnes, dans un int\u00e9r\u00eat commun, pour quelque entreprise, est un des moyens les plus f\u00e9conds pour la prosp\u00e9rit\u00e9 commerciale, ainsi que cela est admis par le bon sens et prouv\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience ; car la force qui r\u00e9sulte de l&#8217;union est un axiome incontestable et reconnu en toutes choses, et chaque fois que l&#8217;esprit d&#8217;association s&#8217;empare d&#8217;un peuple, on en voit sortir les plus heureux et les plus \u00e9tonnants r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>C&#8217;est cet esprit qui a multipli\u00e9 en Europe les soci\u00e9t\u00e9s de toute esp\u00e8ce, civiles et commerciales, financi\u00e8res, industrielles, maritimes, agricoles ; qui a cr\u00e9\u00e9 d&#8217;admirables institutions scientifiques ou charitables et les plus beaux \u00e9tablissements de l&#8217;industrie moderne ; les exploitations des mines et des carri\u00e8res, les canaux, les chemins de fer, les banques, et tant d&#8217;autres entrer prises qui n&#8217;auraient jamais pu exister sans lui.<\/p>\n<p>Quel individu n\u2019e\u00fbt jamais \u00e9t\u00e9 assez riche et assez puissant pour entreprendre un chemin de fer ? Peu de personnes auraient voulu engager toute leur fortune dans de pareils projets, rendus faciles de nos jours avec la r\u00e9union de deux ou trois cent mille associ\u00e9s ou actionnaires, ne risquant qu&#8217;une faible portion de leur fortune pour se cr\u00e9er une part de propri\u00e9t\u00e9 dans une grande compagnie, dont les statuts, apr\u00e8s un examen approfondi, sont approuv\u00e9s par le gouvernement, et que dirigent, sous le nom de Conseil d&#8217;administration, des hommes distingues par leurs lumi\u00e8res, leur fortune et leur position sociale, et d&#8217;ailleurs nomm\u00e9s par les actionnaires eux-m\u00eames, pour appliquer les statuts de ladite soci\u00e9t\u00e9, pour sauvegarder ses int\u00e9r\u00eats, rendre annuellement un compte exact des recettes et des d\u00e9penses et de toutes les op\u00e9rations qui s&#8217;y rattachent, enfin, pour fixer et r\u00e9partir les dividendes, c&#8217;est-\u00e0-dire, la part de b\u00e9n\u00e9fice qui revient \u00e0 chaque actionnaire.<\/p>\n<p>Sans le d\u00e9veloppement de l&#8217;esprit d&#8217;association, aurait-on pu songer de nos jours \u00e0 faire communiquer l&#8217;Europe avec l&#8217;Am\u00e9rique, au moyen d&#8217;un c\u00e2ble \u00e9lectrique, ce qui est le triomphe de la science positive appliqu\u00e9e \u00e0 la sp\u00e9culation ? Aurait-on song\u00e9 \u00e0 percer un canal \u00e0 travers l&#8217;isthme de Suez, \u00e0 faire communiquer les deux oc\u00e9ans sur le territoire de l&#8217;Am\u00e9rique centrale, \u00e0 percer tes Alpes, \u00e0 franchir les Pyr\u00e9n\u00e9es, \u00e0 faire un tunnel sous la Tamise, \u00e0 cr\u00e9er ces grandes compagnies maritimes, telles que les Messageries Imp\u00e9riales, qui sillonnent toutes les mers avec leurs magnifiques bateaux \u00e0 vapeur, en un mot, \u00e0 concevoir et \u00e0 mettre \u00e0 ex\u00e9cution tous les projets qui ont \u00e9tonn\u00e9 notre si\u00e8cle?<\/p>\n<p>Les hommes d&#8217;\u00c9tat, les inventeurs, les entrepreneurs, les ouvriers habiles, c&#8217;est-\u00e0-dire l&#8217;intelligence et le travail, trouvent dans l&#8217;esprit d&#8217;association un auxiliaire puissant pour se procurer le capital et les moyens n\u00e9cessaires d&#8217;appliquer leurs d\u00e9couvertes, de d\u00e9velopper leur industrie et d&#8217;augmenter la fortune publique.<\/p>\n<p>L&#8217;association, l&#8217;exp\u00e9rience le d\u00e9montre, est donc un principe d&#8217;une admirable f\u00e9condit\u00e9 en r\u00e9unissant les forces individuelles en un foyer, il en centuple la puissance. Dans l&#8217;industrie et le commerce en particulier, il est susceptible des plus nombreuses et des plus heureuses applications. Il n&#8217;est, pour ainsi dire, pas de travaux qu&#8217;il ne permette d&#8217;entreprendre, pas de r\u00e9sultat, quelque prodigieux qu&#8217;il soit, qu&#8217;il, ne puisse atteindre. Les deux plus colossales cr\u00e9ations des temps modernes, la Banque de France et les colonies britanniques dans l&#8217;Inde en sont la preuve.<\/p>\n<p><em>L&#8217;auteur donne ici l\u2019histoire de la Banque de France et en fait conna\u00eetre l&#8217;organisation ainsi que les prodigieux r\u00e9sultats. Il ajoute en outre quelques d\u00e9tails sur les encouragements donn\u00e9s en Europe aux sciences, aux arts, \u00e0 l&#8217;industrie et au commerce, et il explique \u00e0 ses coreligionnaires les avantages qui r\u00e9sultent des expositions industrielles et agricoles, apr\u00e8s quoi il continue ainsi<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>Le moment est venu de faire conna\u00eetre et d&#8217;expliquer les bases des institutions politiques en Europe, d&#8217;o\u00f9 d\u00e9coulent la civilisation et la prosp\u00e9rit\u00e9 auxquelles nous avons souvent fait allusion. Et d&#8217;abord, nous disons que les Europ\u00e9ens ayant constat\u00e9 par l&#8217;exp\u00e9rience que la libert\u00e9 laiss\u00e9e au souverain et \u00e0 ses agents de diriger les affaires du pays sans autre r\u00e8gle que leur volont\u00e9, \u00e9tait une source d&#8217;abus qui am\u00e8nent la ruine des \u00c9tats, et s&#8217;\u00e9tant confirm\u00e9s dans cette conviction par la connaissance que l&#8217;histoire leur a fournie des causes du progr\u00e8s et de la d\u00e9cadence des soci\u00e9t\u00e9s anciennes, ils ont fini par adopter le principe salutaire de l&#8217;intervention de la nation dans les affaires publiques par l&#8217;interm\u00e9diaire de ses repr\u00e9sentants, conform\u00e9ment \u00e0 des lois fondamentales \u00e9labor\u00e9es de concert par les gouvernants et par les gouvern\u00e9s. Ces lois sont de deux sortes celles qui r\u00e8glent les rapports entre le souverain et la nation, et celles qui r\u00e9gissent les rapports et les droits des particuliers entre eux.<\/p>\n<p><em>L&#8217;auteur rappelle les principes g\u00e9n\u00e9raux du droit public int\u00e9rieur communs aux diverses constitutions de l\u2019Europe ; il expose les droits et les devoirs des souverains ; il explique le droit \u00e9lectoral, le fonctionnement des chambres, le r\u00f4le des majorit\u00e9s, et ce qui am\u00e8ne la chute ou la d\u00e9mission des ministres il s&#8217;\u00e9tend sur la responsabilit\u00e9 minist\u00e9rielle, et fait comprendre aux musulmans ce que c&#8217;est que la dictature en Europe.<\/em> <em>Enfin, apr\u00e8s avoir fait ressortir la n\u00e9cessit\u00e9 pour le gouvernement de marcher d&#8217;accord avec la majorit\u00e9, les avantages qui en r\u00e9sultent pour lui et pour la nation il ajoute, <\/em><\/p>\n<p>On n&#8217;ignore pas tout ce que le syst\u00e8me du contr\u00f4le renferme d&#8217;amertume \u00e0 cause de la publicit\u00e9 et de l&#8217;\u00e9nergie des attaques dans la discussion, et qu&#8217;il doit r\u00e9pugner au temp\u00e9rament et au caract\u00e8re de certains princes et des hommes d&#8217;\u00c9tat qui les environnent mais heureusement pour les nations europ\u00e9ennes, les souverains et leurs ministres ont compris toute l&#8217;utilit\u00e9 des gouvernements libres et du contr\u00f4le, qui en est la cons\u00e9quence.<\/p>\n<p><em>Ici l\u2019auteur fait ressortir ce que par suite des institutions lib\u00e9rales, les nations europ\u00e9ennes ont acquis en fait de progr\u00e8s, de prosp\u00e9rit\u00e9 de force int\u00e9rieure et de pr\u00e9pond\u00e9rance \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur; et, apr\u00e8s avoir compar\u00e9 ces nations avec les Persans, les Grecs et les Romains, en montrant que ces anciens peuples ne sont arriv\u00e9s \u00e0 l&#8217;apog\u00e9e de la gloire que par la sagesse de leurs institutions et par leur respect pour elles, et qu&#8217;ils ne sont tomb\u00e9s que pour les avoir n\u00e9glig\u00e9es, il termine ainsi\u00a0:<\/em><\/p>\n<p>Nous croyons avoir prouv\u00e9 d&#8217;une mani\u00e8re p\u00e9remptoire, dans cette introduction, que l&#8217;administration politique et civile, r\u00e9gie par des institutions lib\u00e9rales, constitue un des plus grands avantages pour l&#8217;\u00c9tat et pour les citoyens; que les heureux effets en sont visibles \u00e0 tous les yeux dans les gouvernements constitutionnels, et que, si l&#8217;administration politique et civile est exerc\u00e9e sans le contre-poids et le frein salutaire des institutions, il en r\u00e9sulte les maux les plus frappants et les plus d\u00e9sastreux. L&#8217;une et l&#8217;autre cons\u00e9quence ne peuvent \u00e9chapper \u00e0 l&#8217;\u0153il vigilant de tout homme qui aime sinc\u00e8rement son pays c&#8217;est pour cela que nous ne cesserons pas de r\u00e9p\u00e9ter que l&#8217;introduction d&#8217;institutions politiques lib\u00e9rales parmi nous est une des n\u00e9cessit\u00e9s absolues de notre \u00e9poque; et nous ajoutons, appuy\u00e9 sur la v\u00e9rit\u00e9 et sans crainte d&#8217;\u00eatre s\u00e9rieusement contredit, que tout fonctionnaire qui n&#8217;admet pas l&#8217;utilit\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 du contr\u00f4le, permet de suspecter son int\u00e9grit\u00e9 et son attachement \u00e0 l&#8217;\u00c9tat et \u00e0 la patrie. Car le pr\u00e9cepte que notre religion nous donne de conseiller le bien, ne peut \u00eatre suivi sans la connaissance des faits, et ce n&#8217;est que par le contr\u00f4le qu&#8217;on peut acqu\u00e9rir cette connaissance.<\/p>\n<p>Par ce que nous avons confi\u00e9 aux pages de cette introduction, nous croyons en avoir dit assez pour \u00eatre compris de tout lecteur intelligent.<\/p>\n<p><strong>Khair-Eddine Le Tunisien,<br \/>\nTraduit en fran\u00e7ais, 10 joumada el Awel 1284 (9 septembre 1867)<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">NOTE DU TRADUCTEUR<\/h3>\n<p><em><strong>Les deux livres qui viennent apr\u00e8s l&#8217;introduction renferment la partie statistique, et contiennent, sous la rubrique de chaque \u00c9tat.<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A propos de l&#8217;enseignement, parmi les choses qu&#8217;il convient de noter ici, il ne faut pas oublier l&#8217;importance que les Europ\u00e9ens attachent \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation des princes de la famille r\u00e9gnante, au d\u00e9veloppement de leurs facult\u00e9s intellectuelles et \u00e0 l&#8217;\u00e9largissement du cercle de leurs connaissances, ce qui est sans contredit un des points les plus essentiels&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3081,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[165,107,212,91],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/617"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=617"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/617\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3079,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/617\/revisions\/3079"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3081"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=617"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=617"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=617"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}