{"id":607,"date":"2018-12-31T09:54:17","date_gmt":"2018-12-31T09:54:17","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=607"},"modified":"2020-11-05T12:41:41","modified_gmt":"2020-11-05T11:41:41","slug":"histoire-generale-de-la-tunisie-prehistoriques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/histoire-generale-de-la-tunisie-prehistoriques\/","title":{"rendered":"HISTOIRE G\u00c9N\u00c9RALE DE LA TUNISIE: Les temps pr\u00e9historiques"},"content":{"rendered":"<h3>La p\u00e9riode N\u00e9olithique (4500 \u00e0 2000 environ avant J.-C.)<\/h3>\n<p>Le N\u00e9olithique ou \u00ab \u00e2ge de la pierre polie \u00bb commence assez tard pour la Tunisie. Traditions locales et apports ext\u00e9rieurs se conjuguent pour donner au pays un nouveau visage et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des formes \u00e9volu\u00e9es du Capsien, on trouve des outils en pierre polie et des poteries. Ce N\u00e9olithique se prolongera jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e des Ph\u00e9niciens et m\u00eame au-del\u00e0 puisqu&#8217;on continuera pendant longtemps \u00e0 utiliser des fl\u00e8ches en pierre et des modes de s\u00e9pulture n\u00e9olithiques et protohistoriques comme les m\u00e9galithes, les dolmens et les haouanets creus\u00e9s aux flancs des rocs et particuli\u00e8rement abondants dans le Cap Bon.<\/p>\n<p>Le plus grand changement \u00e0 l&#8217;\u00e9poque n\u00e9olithique c&#8217;est le dess\u00e8chement du climat qui devient \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu&#8217;il est aujourd&#8217;hui. Certaines esp\u00e8ces animales comme l&#8217;hippopotame et le rhinoc\u00e9ros disparaissent, par contre les animaux domestiques comme le chien et le cheval font leur apparition. Bien que notre connaissance des temps n\u00e9olithiques demeure incompl\u00e8te, il ne semble pas que l&#8217;on puisse dater de cette \u00e9poque l&#8217;apparition d&#8217;une vraie agriculture. St. Gsell se contente, pour sa part, d&#8217;affirmer prudemment que les indig\u00e8nes de l&#8217;Afrique du Nord n&#8217;ont pas attendu la venue des Ph\u00e9niciens pour pratiquer l&#8217;\u00e9levage et l&#8217;agriculture.<\/p>\n<p>D&#8217;autres savants, comme G. Camps, tout en admettant que l&#8217;agriculture nord-africaine est ancienne, h\u00e9sitent \u00e0 la faire remonter au N\u00e9olithique. Ils fondent leur doute sur l&#8217;absence de graines et de plantes cultiv\u00e9es dans les gisements n\u00e9olithiques. Ils consid\u00e8rent que certaines sc\u00e8nes de vannage ou de broyage repr\u00e9sent\u00e9es sur des peintures rupestres peuvent tout aussi bien se rapporter au traitement de graines sauvages que de graines de c\u00e9r\u00e9ales. Les documents arch\u00e9ologiques et historiques permettent uniquement d&#8217;affirmer, que l&#8217;agriculture appara\u00eet et commence \u00e0 s&#8217;organiser entre la fin du N\u00e9olithique et l&#8217;\u00e9poque punique. C&#8217;est une agriculture protohistorique qui ne doit rien aux Carthaginois. Le probl\u00e8me est complexe et seules de nouvelles d\u00e9couvertes et une meilleure connaissance du N\u00e9olithique permettront de le r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Contentons nous donc, en attendant, d&#8217;affirmer ce qui para\u00eet acquis : aucune certitude absolue en ce qui concerne l&#8217;existence d&#8217;une agriculture r\u00e9ellement N\u00e9olithique mais des donn\u00e9es incontestables, confirm\u00e9es notamment par l&#8217;arch\u00e9ologie et la linguistique, et montrant que les autochtones de la protohistoire pratiquaient des cultures ant\u00e9rieurement \u00e0 la p\u00e9n\u00e9tration ph\u00e9nicienne. Parmi les cultures les plus anciennement connues en Afrique du Nord, on peut citer le bl\u00e9 dur auquel les Berb\u00e8res donnent le nom de \u00abirden\u00bb. E. Laoust a montr\u00e9 que ce m\u00eame mot est employ\u00e9 par tous les Berb\u00e8res depuis l&#8217;oasis Siouah (\u00e0 l&#8217;est de l&#8217;Egypte) jusqu&#8217;aux \u00eeles Canaries. Cela prouverait l&#8217;anciennet\u00e9 de l&#8217;appartenance du bl\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie nord-africaine.<\/p>\n<p>Les botanistes pensent que ce bl\u00e9 \u00e9tait venu d&#8217;Abyssinie, ce qui confirmerait quelque peu le point de vue des anthropologistes qui tendent \u00e0 rattacher l&#8217;origine des Berb\u00e8res \u00e0 l&#8217;Afrique orientale. Des arguments du m\u00eame genre peuvent montrer que l&#8217;orge, les c\u00e9r\u00e9ales secondaires et certains fruits ou l\u00e9gumes pr\u00e9existaient \u00e0 la conqu\u00eate ph\u00e9nicienne. Ainsi on peut affirmer que les f\u00e8ves, l&#8217;ail, les pois chiches, les melons, les courges et les navets sont tr\u00e8s anciennement connus.<\/p>\n<p>Les Berb\u00e8res de la protohistoire ne cultivaient peut \u00eatre pas l&#8217;olivier, mais les anciens habitants de Djerba savaient d\u00e9j\u00e0 tirer l&#8217;huile de l&#8217;olivier sauvage et le vin des fruits du jujubier. L&#8217;amandier, le figuier, la vigne et le palmier sont aussi tr\u00e8s anciens. De m\u00eame l&#8217;utilisation de la houe, de l&#8217;araire et de certains autres instruments de travail de la terre ne semble pas \u00eatre due \u00e0 une quelconque influence \u00e9trang\u00e8re. Parmi les vestiges les plus int\u00e9ressants du N\u00e9olithique et de la protohistoire nous trouvons les gravures rupestres, tant\u00f4t creus\u00e9es au silex et repr\u00e9sentant des sujets aux traits r\u00e9guliers, tant\u00f4t grossi\u00e8rement pointill\u00e9es et tr\u00e8s sch\u00e9matiques. Certains animaux auxquels on semble avoir vou\u00e9 un culte ont \u00e9t\u00e9 plus volontiers repr\u00e9sent\u00e9s que d&#8217;autres.<\/p>\n<p>Les quelques portraits humains qu&#8217;on y trouve sont g\u00e9n\u00e9ralement ceux de personnages v\u00eatus de peaux de b\u00eates et portant l&#8217;\u00e9tui phallique. Dans certains cas, ils ont la t\u00eate couverte d&#8217;une couronne de plumes, ou bien ils portent des colliers et des bracelets ou sont arm\u00e9s d&#8217;arcs, de fl\u00e8ches et de boomerangs. Les \u0153ufs d&#8217;autruche furent utilis\u00e9s comme bouteilles, coupes et parures depuis le Capsien. Souvent ils pr\u00e9sentent aussi un d\u00e9cor grav\u00e9 ou peint fait de motifs g\u00e9om\u00e9triques et parfois, comme \u00e0 Redeyef, de motifs figuratifs. De cette m\u00eame \u00e9poque semblent dater des poteries de facture certes m\u00e9diocre mais t\u00e9moignant d&#8217;un certain souci esth\u00e9tique et quelques statuettes d&#8217;aspect primitif. Au total nos connaissances sur les modes de vie, les croyances, les go\u00fbts et la production de cette \u00e9poque demeurent bien vagues.<\/p>\n<h3>Les Berb\u00e8res<\/h3>\n<p>On dispose de ressources plus faibles encore quand il s&#8217;agit d&#8217;\u00e9tudier les hommes qui habit\u00e8rent notre pays avant l&#8217;arriv\u00e9e des Ph\u00e9niciens. Quelle que soit la p\u00e9riode de la pr\u00e9histoire \u00e0 laquelle nous tentons de nous placer pour d\u00e9gager des donn\u00e9es pr\u00e9cises nous nous heurtons \u00e0 de s\u00e9rieux obstacles. On a beaucoup de peine \u00e0 tirer la moindre conclusion claire de toutes les \u00e9tudes, anciennes ou r\u00e9centes, consacr\u00e9es \u00e0 ce difficile probl\u00e8me. Il est cependant admis que les Berb\u00e8res ne sont, \u00e0 l&#8217;origine, que des \u00e9trangers venus, vers le N\u00e9olithique, se fixer dans un pays jusqu&#8217;alors peupl\u00e9 d&#8217;hommes sur lesquels nous ne poss\u00e9dons presque pas de renseignements sinon qu&#8217;ils ont \u00e9t\u00e9 m\u00e9tiss\u00e9s d&#8217;\u00e9l\u00e9ments plus ou moins n\u00e9gro\u00efdes vers l&#8217;\u00e9poque capsienne.<\/p>\n<p>L&#8217;hypoth\u00e8se la plus vraisemblable, dans l&#8217;\u00e9tat actuel des \u00e9tudes, consid\u00e8re les Berb\u00e8res comme une race d&#8217;hommes proto-m\u00e9diterran\u00e9ens analogues aux populations m\u00e9diterran\u00e9ennes actuelles d&#8217;Orient ou d&#8217;Europe. Apparus au VIII e mill\u00e9naire, ils sont les auteurs de la civilisation capsienne. Toutefois c&#8217;est l&#8217;Orient qui semble avoir jou\u00e9 le r\u00f4le principal pour ces Berb\u00e8res dont la langue se rattache au groupe chamito-s\u00e9mitique du Proche-Orient. Leur nom de Berb\u00e8res (ou Barbares), leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par les Grecs et les Romains qui avaient l&#8217;habitude de qualifier ainsi tous les \u00e9trangers \u00e0 leur civilisation.<\/p>\n<p>Les peuples anciens les appelaient aussi les Libyens. Ce nom semble d\u00e9river du mot \u00e9gyptien Lebu utilis\u00e9 d\u00e8s le XIII e s. avant J.-C. pour d\u00e9signer un peuple africain, puis \u00e9tendu par les Grecs \u00e0 tous les Berb\u00e8res. Plus tard, seuls les habitants de l&#8217;Afrique du Nord-Est conserv\u00e8rent ce nom avant de devenir les Afri des Latins, et leur pays l&#8217;Africa.<\/p>\n<p>Cependant, comme l&#8217;a not\u00e9 G. Camps, il se peut que le v\u00e9ritable nom du peuple berb\u00e8re provienne de la racine M Z G ou M Z K qui se retrouve dans les noms des Mazices, Mazaces, Mazazeces des Romains, Maxyes d&#8217;H\u00e9rodote, Mazyes d&#8217;Hecat\u00e9e, et Meshwesh des \u00c9gyptiens. Il semble ainsi que les Imuzagh de l&#8217;ouest du Fezzan, les Imagighen de l&#8217;Air, les Imazighen de l&#8217;Aur\u00e8s, du Rif et du Haut Atlas ne soient que des survivances d&#8217;un m\u00eame nom ancien donn\u00e9 aux Berb\u00e8res. Avec la formation de peuples, puis de royaumes berb\u00e8res, les distinctions et les nuances se multiplient chez les auteurs anciens.<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi que les Berb\u00e8res, sujets de Carthage, conserv\u00e8rent le nom de Libyens ; ceux du Maghreb central furent appel\u00e9s Numides, et ceux du Maroc Maures. Dans le Sud de ces pays vivaient des Berb\u00e8res appel\u00e9s G\u00e9tules. Cependant certains auteurs parlent de Pharusiens au Sud du Maroc, de Garamantes au Fezzan. Les uns et les autres semblent avoir parl\u00e9 une langue commune qui est probablement \u00e0 l&#8217;origine des dialectes berb\u00e8res modernes et qui semble \u00eatre de la m\u00eame famille que l&#8217;\u00c9gyptien ancien. D&#8217;ailleurs l&#8217;Afrique du Nord de cette \u00e9poque a subi l&#8217;influence de l&#8217;Egypte pharaonique qui fut un des premiers berceaux de la civilisation.<\/p>\n<p>Ce fait peut \u00eatre mis en rapport avec les multiples tentatives de p\u00e9n\u00e9tration libyenne en \u00c9gypte commenc\u00e9es d\u00e8s 3300 avant J.-C. et qui aboutirent \u00e0 la conqu\u00eate du Delta vers 950. Il semble enfin que notre pays fut, au lendemain du N\u00e9olithique, en relation avec la Sicile, la Sardaigne et m\u00eame le Sud de l&#8217;Italie. C&#8217;est par ces relations que l&#8217;on explique la diffusion au Cap Bon de ces haouanets qui \u00e9taient connus en Sicile et en Sardaigne<\/p>\n<h2>Les Ph\u00e9niciens et la fondation de Carthage<\/h2>\n<h3>Les \u00e9chelles ph\u00e9niciennes<\/h3>\n<p>La Tunisie \u00e9tait encore dans sa phase protohistorique et vivait donc \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des grands courants de la civilisation m\u00e9diterran\u00e9enne, lorsque vers la fin du XII e s. avant l&#8217;\u00e8re chr\u00e9tienne, les premiers Ph\u00e9niciens vinrent s&#8217;y installer. Si les nouveaux venus sont relativement bien connus, les conditions et les \u00e9tapes de leur installation demeurent, par contre, obscures. Ils paraissent avoir fond\u00e9 leur plus ancienne colonie, Utique, vers 1101 avant J.-C.<\/p>\n<p>L&#8217;absence de donn\u00e9es chronologiques pr\u00e9cises nous emp\u00eache d&#8217;avancer des dates pour leurs divers autres \u00e9tablissements. On peut cependant admettre que, d\u00e8s cette \u00e9poque lointaine, les Ph\u00e9niciens avaient \u00e9tabli un r\u00e9seau de stations et d&#8217;escales le long des rivages tunisiens afin de pouvoir rel\u00e2cher chaque soir apr\u00e8s une \u00e9tape de quarante kilom\u00e8tres environ. Ces \u00ab abris \u00bb co\u00efncidaient souvent avec des points d&#8217;eau o\u00f9 ils pouvaient se ravitailler et en m\u00eame temps r\u00e9parer leur navire, ou se r\u00e9fugier en cas de temp\u00eate. Pour ces grands navigateurs doubl\u00e9s de commer\u00e7ants habiles, la Tunisie ne constituait pas une fin en soi. Rien de prime abord, ne pouvait les y attirer. Le sous-sol n&#8217;\u00e9tait dot\u00e9 d&#8217;aucun m\u00e9tal pr\u00e9cieux, et si le sol \u00e9tait riche de possibilit\u00e9s, il \u00e9tait exploit\u00e9 d&#8217;une mani\u00e8re si rudimentaire qu&#8217;il ne livrait encore aucun produit agricole susceptible de les int\u00e9resser au point de les faire venir d&#8217;aussi loin.<\/p>\n<p>En fait, l&#8217;Espagne \u00e9tait le but ultime de cette aventure ph\u00e9nicienne en M\u00e9diterran\u00e9e occidentale. Le pays de Tartessos, v\u00e9ritable Eldorado du monde antique, fournissait, en abondance, l&#8217;\u00e9tain et le cuivre dont le transfert en Orient constituait une des bases de la richesse ph\u00e9nicienne. Les rivages de l&#8217;Afrique du Nord \u00e9taient providentiels, parce que, d&#8217;une part ils rendaient l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;Espagne singuli\u00e8rement facile en supprimant les al\u00e9as de la navigation en haute mer, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 on ne pratiquait que le cabotage, et d&#8217;autre part, ils permettaient de surveiller et de contr\u00f4ler la route du m\u00e9tal pr\u00e9cieux. Le site d&#8217;Utique, se trouvant \u00e0 mi-chemin entre le point de d\u00e9part et le point d&#8217;arriv\u00e9e de ce long parcours eut le privil\u00e8ge de susciter le premier grand \u00e9tablissement ph\u00e9nicien en Tunisie. Cette grande cit\u00e9 antique ne cessera de jouer un r\u00f4le important que le jour o\u00f9 la Medjerda aura enti\u00e8rement combl\u00e9 ses ports de nombreuses alluvions qui modifieront le paysage c\u00f4tier de toute la r\u00e9gion.<\/p>\n<h3>Elissa et la fondation de Carthage<\/h3>\n<p>Carthage ne devait voir le jour que de nombreuses ann\u00e9es apr\u00e8s Utique. Plus jeune \u00e9galement qu&#8217;Hadrum\u00e8te, semble-t-il, elle est plus vieille que Rome, puisque divers textes indiquent qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 814 avant J.-C. Son site est tr\u00e8s avantageux, car il se trouve dans un golfe ouvert sur le d\u00e9troit qui unit les deux bassins, occidental et oriental, de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>D&#8217;autre part, des lagunes s\u00e9parent la zone de Carthage du continent et lui assurent une certaine s\u00e9curit\u00e9 contre les attaques pouvant venir de l&#8217;int\u00e9rieur. La tradition place, d&#8217;ailleurs, un premier \u00e9tablissement, ph\u00e9nicien, ant\u00e9rieur \u00e0 Carthage et sur son emplacement m\u00eame. Dans l&#8217;\u00e9tat actuel des fouilles arch\u00e9ologiques ce fait ne peut \u00eatre confirm\u00e9. Pendant longtemps on s&#8217;est fond\u00e9 sur l&#8217;arch\u00e9ologie qui n&#8217;avait pas fourni de documents ant\u00e9rieurs \u00e0 la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du VIII e s., pour avancer la date de la fondation de la cit\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du VIII e s. ou au d\u00e9but du VIP s. Mais les d\u00e9couvertes r\u00e9centes tendent \u00e0 confirmer la date de 814 avant J.-C.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3115\" aria-describedby=\"caption-attachment-3115\" style=\"width: 292px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3115\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Elissa-et-la-fondation-de-Carthage-292x300.png\" alt=\"Elissa et la fondation de Carthage\" width=\"292\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Elissa-et-la-fondation-de-Carthage-292x300.png 292w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Elissa-et-la-fondation-de-Carthage.png 438w\" sizes=\"(max-width: 292px) 100vw, 292px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3115\" class=\"wp-caption-text\"><em>Elissa, la fondatrice de Carthage<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>En ce qui concerne les origines et les circonstances de la fondation de Carthage, nous disposons de plusieurs textes anciens, mais la r\u00e9alit\u00e9 s&#8217;y m\u00eale \u00e9troitement \u00e0 la l\u00e9gende. Les r\u00e9cits les plus circonstanci\u00e9s nous rapportent que le roi de Tyr avait institu\u00e9 comme h\u00e9ritiers son fils Pygmalion et sa fille Elissa. Celle-ci, \u00e9cart\u00e9e du tr\u00f4ne au profit de son fr\u00e8re, \u00e9pousa Acherbas, pr\u00eatre de Melquart et, de ce fait, second personnage du royaume apr\u00e8s le souverain. Acherbas \u00e9tait de surcro\u00eet immens\u00e9ment riche. Ses richesses ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00e9veiller la convoitise du jeune roi Pygmalion qui, dans l&#8217;espoir de s&#8217;en emparer, se d\u00e9barrassa d&#8217;Acherbas en le tuant. La belle Elissa con\u00e7ut contre son fr\u00e8re une haine implacable. Elle d\u00e9cida de fuir en compagnie de quelques puissants citoyens qui avaient accumul\u00e9 contre Pygmalion autant de haine que sa propre s\u0153ur. Celle-ci d\u00e9cida d&#8217;agir avec prudence : elle informa son fr\u00e8re de son d\u00e9sir de s&#8217;installer chez lui et de quitter la maison de son mari qui lui rappelait trop son triste deuil.<\/p>\n<p>Pygmalion s&#8217;empressa d&#8217;accepter dans l&#8217;espoir de voir arriver en m\u00eame temps que sa s\u0153ur l&#8217;or pour lequel il n&#8217;avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 tuer son beau-fr\u00e8re. Il mit \u00e0 la disposition d&#8217;Elissa de fid\u00e8les serviteurs, charg\u00e9s de l&#8217;aider \u00e0 transporter ses biens. Le soir, Elissa fit embarquer ses biens, gagna la haute mer et l\u00e0 elle obligea les serviteurs du roi \u00e0 jeter dans les flots des sacs pleins de sable leur faisant croire qu&#8217;ils renfermaient la fortune d&#8217;Acherbas. Elle man\u0153uvra ensuite si habilement que les serviteurs se crurent menac\u00e9s des plus cruels supplices s&#8217;ils retombaient sous la main de leur redoutable ma\u00eetre qui n&#8217;avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 tuer un proche parent pour s&#8217;emparer de ces m\u00eames richesses qu&#8217;ils venaient de jeter \u00e0 la mer. Ils n&#8217;eurent alors rien de plus press\u00e9 que d&#8217;accompagner Elissa dans sa fuite. Ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00eatre rejoints par tous ceux qui d\u00e9siraient fuir et qui \u00e9taient au courant du projet d&#8217;Elissa. Apr\u00e8s un sacrifice \u00e0 Melqart, le convoi se dirigea vers Chypre. Dans cette \u00eele, les fugitifs embarqu\u00e8rent avec eux le grand pr\u00eatre de Junon-Astart\u00e9 ainsi que quatre-vingts jeunes filles, enlev\u00e9es au moment o\u00f9 elles venaient sur le rivage pour offrir leur virginit\u00e9 \u00e0 V\u00e9nus et se constituer une dot, comme c&#8217;\u00e9tait la coutume \u00e0 Chypre.<\/p>\n<p>Cette op\u00e9ration \u00e9tait destin\u00e9e \u00e0 procurer des femmes aux jeunes gens parmi les fugitifs ph\u00e9niciens et une abondante prog\u00e9niture \u00e0 leur future ville. Apr\u00e8s un long p\u00e9riple, les Ph\u00e9niciens d\u00e9barqu\u00e8rent sur le site de Carthage o\u00f9 ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00e9tablir de bonnes relations avec les autochtones. Les coutumes locales interdisaient l&#8217;acquisition par les \u00e9trangers de terrains plus vastes qu&#8217;une peau de b\u0153uf. Elissa d\u00e9coupa la peau en lani\u00e8res si minces qu&#8217;elles suffirent \u00e0 cerner les plus vastes espaces. Elle r\u00e9ussit, gr\u00e2ce \u00e0 cette ruse, \u00e0 tourner la loi et \u00e0 avoir autant de terrain qu&#8217;elle voulait. Il ne restait plus alors qu&#8217;\u00e0 fonder la ville pour laquelle ces Ph\u00e9niciens \u00e9taient venus de si loin.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait l&#8217;acte le plus important que l&#8217;on p\u00fbt accomplir dans un monde antique domin\u00e9 par la superstition. Les origines de Rome ou d&#8217;Ath\u00e8nes ont, selon les Anciens, continuellement pes\u00e9 sur le destin de ces grandes m\u00e9tropoles, et le premier acte dans la fondation d&#8217;une ville est toujours consid\u00e9r\u00e9 comme un pr\u00e9sage. Les premiers travaux de fondation de la nouvelle colonie mirent au jour une t\u00eate de b\u0153uf, symbole d&#8217;une vie de labeur et de servitude que ne souhaitaient ni Elissa ni ses compagnons. Ils creus\u00e8rent le sol plus loin et d\u00e9terr\u00e8rent une t\u00eate de cheval, pr\u00e9sage d&#8217;un destin belliqueux et puissant qui correspondait aux v\u0153ux des fondateurs. Le choix se fixa donc sur ce deuxi\u00e8me emplacement.<\/p>\n<p>Cependant Hiarbas, roi autochtone, \u00e9bloui par l&#8217;\u00e9clatante beaut\u00e9 et la vive intelligence d&#8217;Elissa, voulut l&#8217;\u00e9pouser et d\u00e9clara aux Carthaginois qu&#8217;il leur ferait la guerre si l&#8217;illustre princesse lui refusait sa main. Pr\u00e9venue des intentions d&#8217;Hiarbas, Elissa se trouva fort embarrass\u00e9e, partag\u00e9e qu&#8217;elle \u00e9tait entre le d\u00e9sir de demeurer fid\u00e8le \u00e0 la m\u00e9moire de son premier mari et le souci d&#8217;\u00e9pargner \u00e0 sa jeune patrie les dures \u00e9preuves d&#8217;une guerre qui pourrait lui \u00eatre fatale. Elle d\u00e9cida n\u00e9anmoins d&#8217;accepter la proposition d&#8217;Hiarbas et ordonna \u00e0 ses hommes d&#8217;entamer les pr\u00e9paratifs de la c\u00e9r\u00e9monie de mariage.<\/p>\n<p>Quand tout fut pr\u00eat, elle fit dresser un b\u00fbcher pour effacer par un dernier sacrifice le souvenir de son ancien mari ; puis, apr\u00e8s avoir immol\u00e9 de nombreuses victimes, elle monta sur le b\u00fbcher et se jeta dans le feu apr\u00e8s avoir d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;elle allait rejoindre son \u00e9poux comme le voulaient ses compatriotes. Ce geste lui valut d&#8217;\u00eatre, par la suite, honor\u00e9e comme une divinit\u00e9. Plus tard, le po\u00e8te latin Virgile l&#8217;associant \u00e0 En\u00e9e, en fit une h\u00e9ro\u00efne de l&#8217;En\u00e9ide sous le nom de Didon. Ce nom semble d\u00fb aux Libyens pour les nombreuses p\u00e9r\u00e9grinations d&#8217;Elissa. Il semble signifier en langue punique \u00ab femme virile \u00bb, voire \u00ab meurtri\u00e8re de Ba\u00e2l \u00bb, \u00ab g\u00e9nie protecteur du bien \u00bb, ou \u00ab celle qui donne \u00bb. Virgile situe ainsi son histoire longtemps avant la date traditionnelle de la fondation de Carthage et ceci, dans le but de rendre possible la rencontre entre les deux personnages, impliqu\u00e9s dans la fondation des deux villes destin\u00e9es \u00e0 se disputer l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie du monde m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<h3>L\u00e9gende et r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n<p>Le premier r\u00e9cit de la fondation de Carthage semble s&#8217;\u00eatre constitu\u00e9 dans un milieu culturel grec ou carthaginois hell\u00e9nis\u00e9. Ce r\u00e9cit, en d\u00e9pit de son caract\u00e8re l\u00e9gendaire, contient un certain nombre de donn\u00e9es historiques telles que l&#8217;importance du culte vou\u00e9 \u00e0 Melqart \u00e0 Tyr, l&#8217;existence d&#8217;une aristocratie carthaginoise originaire de Tyr et la mention du lieu appel\u00e9 Byrsa. Cependant le recours \u00e0 la ruse de la peau de b\u0153uf semble reposer sur un jeu de mots : \u00ab Byrsa \u00bb, signifiant peau de b\u0153uf en grec, existait en ph\u00e9nicien mais avait un sens tout \u00e0 fait diff\u00e9rent (forteresse ?). De m\u00eame, l&#8217;\u00e9pisode de la t\u00eate de cheval d\u00e9terr\u00e9e lors des travaux de fondation et consid\u00e9r\u00e9e comme un bon pr\u00e9sage semble avoir \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 apr\u00e8s coup et inspir\u00e9 par la pr\u00e9sence sur les monnaies carthaginoises d&#8217;une t\u00eate de cheval.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3119\" aria-describedby=\"caption-attachment-3119\" style=\"width: 263px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-3119\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Medaillon-en-terre-cuite-Pheniciens-Tunisie-1-263x300.jpg\" alt=\"Medaillon \/ ph\u00f6nikisch - Medallion \/ Phoenician - M\u00e9daillon \/ Art ph\u00e9nicien\" width=\"263\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Medaillon-en-terre-cuite-Pheniciens-Tunisie-1-263x300.jpg 263w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Medaillon-en-terre-cuite-Pheniciens-Tunisie-1.jpg 638w\" sizes=\"(max-width: 263px) 100vw, 263px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3119\" class=\"wp-caption-text\">Mus\u00e9e de Carthage Ce m\u00e9daillon trouv\u00e9 dans la n\u00e9cropole punique de Carthage, repr\u00e9sente un cavalier arm\u00e9 d&#8217;une lance et d&#8217;un bouclier. Sont repr\u00e9sent\u00e9s \u00e9galement un chien, une fleur de lys ainsi que le disque solaire et le croissant lunaire. VIe s. av. J.-C.<\/figcaption><\/figure>\n<p>En tout cas, on peut penser que, malgr\u00e9 la l\u00e9gende, qui entoure sa fondation, Carthage est due \u00e0 l&#8217;initiative de Ph\u00e9niciens venus de Tyr. Plusieurs facteurs se conjugu\u00e8rent pour les pousser \u00e0 r\u00e9aliser cette fondation : attrait des m\u00e9taux pr\u00e9cieux d&#8217;Espagne sur des commer\u00e7ants ; pression d\u00e9mographique \u00e0 Tyr ; pression tyrannique des Assyriens ; avantage du site&#8230; Aucun \u00e9l\u00e9ment ne permet de confirmer qu&#8217;Elissa, la s\u0153ur de Pygmalion, ait particip\u00e9 \u00e0 la fondation de Carthage. Cette ville au nom prestigieux (Qart Hadasht signifie capitale nouvelle) connut des d\u00e9buts assez modestes. Longtemps, tout comme Utique et les autres comptoirs ph\u00e9niciens, elle v\u00e9cut sous la d\u00e9pendance de Tyr, lui payant des d\u00eemes et faisant des offrandes au temple d&#8217;H\u00e9rakles (Melqart). L&#8217;arch\u00e9ologie, pour sa part, confirme des liens \u00e9troits avec l&#8217;Orient et l&#8217;Egypte (poteries d&#8217;Orient et divers bijoux et amulettes d&#8217;Egypte).<\/p>\n<p><strong><em>Extrai du livre &#8220;HISTOIRE G\u00c9N\u00c9RALE DE LA TUNISIE: Tome I (<\/em><\/strong><strong><em>Khaled Belkhoja, <\/em><\/strong><strong><em>Abdelmajid Ennabli, <\/em><\/strong><strong><em>Ammar Mahjoubi, <\/em><\/strong><strong><em>H\u00e9di Slim)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<h2><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/formation-de-lempire-carthaginois-et-conflit-avec-les-grecs\/\">Formation de l\u2019empire carthaginois et conflit avec les Grecs<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La p\u00e9riode N\u00e9olithique (4500 \u00e0 2000 environ avant J.-C.) Le N\u00e9olithique ou \u00ab \u00e2ge de la pierre polie \u00bb commence assez tard pour la Tunisie. Traditions locales et apports ext\u00e9rieurs se conjuguent pour donner au pays un nouveau visage et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des formes \u00e9volu\u00e9es du Capsien, on trouve des outils en pierre polie et&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3117,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[84],"tags":[140,88,218,219,91],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=607"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3134,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607\/revisions\/3134"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3117"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=607"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=607"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=607"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}