{"id":597,"date":"2018-12-31T09:40:10","date_gmt":"2018-12-31T09:40:10","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=597"},"modified":"2020-11-01T16:55:01","modified_gmt":"2020-11-01T15:55:01","slug":"reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-introduction-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-introduction-1\/","title":{"rendered":"R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (1\/4)"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\">INTRODUCTION<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s ce que j&#8217;ai dit, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans <a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-avant-propos\/\">l&#8217;avant-propos<\/a> sur l&#8217;origine et la tendance de cet ouvrage, je r\u00e9p\u00e9terai plus explicitement ici que je l&#8217;ai \u00e9crit dans un double but, tout en visant au m\u00eame r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, je veux r\u00e9veiller le patriotisme des ul\u00e9mas et des hommes d&#8217;\u00c9tat musulmans, et les engager \u00e0 s&#8217;entraider dans le choix intelligent des moyens les plus efficaces pour am\u00e9liorer l&#8217;\u00e9tat de la nation islamique, accro\u00eetre et d\u00e9velopper les \u00e9l\u00e9ments de sa civilisation, \u00e9largir le cercle des sciences et des connaissances, augmenter la richesse publique, par le d\u00e9veloppement de l&#8217;agriculture, du commerce et de l&#8217;industrie, et pour \u00e9tablir avant tout, comme base principale, un bon syst\u00e8me de gouvernement d&#8217;o\u00f9 naisse la confiance, qui produit &amp; son tour la pers\u00e9v\u00e9rance dans les efforts et le perfectionnement graduel en toutes choses, tel enfin qu&#8217;il existe aujourd&#8217;hui en Europe.<\/p>\n<p>En second lieu, j&#8217;ai \u00e9crit mon ouvrage pour d\u00e9tromper certains musulmans fourvoy\u00e9s, qui, fermant les yeux sur tout ce qu&#8217;il y a de louable et de conforme aux enseignements de notre propre loi th\u00e9ocratique chez les peuples d&#8217;une religion diff\u00e9rente de la n\u00f4tre, se croient, par suite d&#8217;un funeste pr\u00e9jug\u00e9, dans l&#8217;obligation de le d\u00e9daigner et de ne pas m\u00f4me en parler, et consid\u00e8rent comme suspects ceux qui approuvent ce qu&#8217;il y a de bon comme syst\u00e8me ou comme institutions chez les non-musulmans. Cela pris dans un sens absolu est la plus grande des erreurs; car, si ce qui vient du dehors est bon en soi et conforme \u00e0 la raison, particuli\u00e8rement s&#8217;il s&#8217;agit de ce qui a d\u00e9j\u00e0 exist\u00e9 chez nous et nous a \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9, non-seulement il n&#8217;y a pas de raison pour le repousser et le n\u00e9gliger, mais, au contraire, il y a obligation de le recouvrer et d&#8217;en profiter.<\/p>\n<p>Nous admettons que tout homme attach\u00e9 \u00e0 sa religion consid\u00e8re n\u00e9cessairement comme \u00e9gar\u00e9s ceux qui suivent un culte diff\u00e9rent; mais cela ne doit pas l&#8217;emp\u00eacher de les imiter en ce qu&#8217;il voit de bien chez eux concernant les affaires de ce monde, comme font justement les Europ\u00e9ens, qui ne cessent d&#8217;emprunter aux \u00e9trangers, sans distinction de race et de religion, ce qui est bon en soi, et sont parvenus par cette conduite \u00e0 faire arriver leurs affaires temporelles au degr\u00e9 de prosp\u00e9rit\u00e9 qui se voit aujourd&#8217;hui. Or donc, tout individu de bon sens doit avant de s&#8217;opposer \u00e0 une innovation, la peser avec impartialit\u00e9 et l&#8217;examiner avec les yeux per\u00e7ants de l&#8217;intelligence, et s&#8217;il ta trouve bonne, il doit l&#8217;adopter et l&#8217;appliquer, que son auteur soit croyant ou non car ce ne sont pas les hommes qui font conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9, mais c&#8217;est la pratique de la v\u00e9rit\u00e9 qui fait conna\u00eetre les hommes. Du reste, c&#8217;est un des principes de notre croyance qu&#8217;il faut prendre la science l\u00e0 o\u00f9 elle se trouve ; et noua rappelons \u00e0 ce sujet que le khalife Ali a dit qu&#8217;il faut prendre les choses pour ce qu&#8217;elles valent, sans se pr\u00e9occuper de leur origine.<\/p>\n<p>Il a bien \u00e9t\u00e9 permis aux premiers p\u00e8res de l&#8217;islamisme d&#8217;emprunter aux Grecs, entre autres choses, la logique, dont notre grand jurisconsulte El-Ghazzeli a dit Celui qui ne conna\u00eet pas la logique ne peut \u00eatre reconnu ni suivi comme savant. Qu&#8217;est-ce qui nous emp\u00eache donc aujourd&#8217;hui de prendre chez ceux qui sont \u00e9trangers \u00e0 notre culte les connaissances dont nous ne saurions contester l&#8217;importance et la n\u00e9cessit\u00e9, pour nous garantir contre les \u00e9ventualit\u00e9s et procurer nos propres avantages.<\/p>\n<p>El Mouak, docteur du rite mal\u00e9ki, a dit \u00ab&nbsp; Il ne nous a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendu de suivre les autres qu&#8217;en ce qui est contraire aux bases de notre toi mais, si ce qu&#8217;ils ont fait se trouve conforme \u00e0 ce qu&#8217;elle conseille, prescrit ou permet, nous ne devons pas le rejeter \u00e0 cause de son origine, car la religion ne d\u00e9fend pas d&#8217;imiter celui qui fait ce que Dieu a ordonn\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Nous lisons en outre dans le commentaire du c\u00e9l\u00e8bre jurisconsulte Han\u00ebfi Mohamed ben Abbydin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n&#8217;est pas d\u00e9fendu d&#8217;imiter les \u00e9trangers, quand c&#8217;est pour le bien des cr\u00e9atures de Dieu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Cependant, si nous examinons la conduite de ces musulmans d\u00e9daigneux dont nous parlons, nous trouvons que, tout en refusant d&#8217;imiter les \u00e9trangers, ce qui est utile comme institutions, ils ne se refusent pas \u00e0 eux-m\u00eames d&#8217;en consommer les produits dans une proportion nuisible aux int\u00e9r\u00eats du pays, sans se pr\u00e9occuper de la production nationale. Ce qui le prouve, c&#8217;est que leur habillement, leur ameublement, leurs armes, leur mat\u00e9riel de guerre et mille autres choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie ne viennent que de l&#8217;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Il est facile de comprendre combien un pareil syst\u00e8me de consommation est humiliant, anti\u00e9conomique et antipolitique. Humiliant, parce que le besoin de recourir \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger pour presque tous les objets de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, d\u00e9montre l&#8217;\u00e9tat arri\u00e9r\u00e9 des arts dans le pays anti\u00e9conomique, parce qu&#8217;il favorise l&#8217;industrie \u00e9trang\u00e8re au d\u00e9triment de l&#8217;industrie nationale, qui ne peut se livrer \u00e0 la transformation des produits indig\u00e8nes, transformation qui constitue une des principales sources de la richesse publique antipolitique et surtout, parce que la n\u00e9cessit\u00e9 pour un \u00e9tat de recourir constamment \u00e0 un autre est un, obstacle \u00e0 son ind\u00e9pendance et une cause de faiblesse, particuli\u00e8rement si cette n\u00e9cessit\u00e9 a rapport aux armes et au mat\u00e9riel de guerre car si on peut acheter ces choses en temps de paix, de gr\u00e9 \u00e0 gr\u00e9 chez l&#8217;\u00e9tranger, il est impossible de se les procurer dans la m\u00eame source en temps de guerre, \u00e0 n&#8217;importe quel prix.<\/p>\n<p>Nous ne poss\u00e9dons, dans notre \u00e9tat actuel, comme produits, que des mati\u00e8res premi\u00e8res. En effet, chez nous, l&#8217;\u00e9leveur du b\u00e9tail, le cultivateur du coton, et le s\u00e9riciculteur, passent toute l&#8217;ann\u00e9e dans dos travaux p\u00e9nibles, et Unissent par vendre \u00e0 bas prix leurs produits bruts aux Europ\u00e9ens, qui, dans un court d\u00e9lai, les leur revendent transform\u00e9s par tour industrie \u00e0 un prix dix fois plus \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>Cela n&#8217;a d&#8217;autre cause que la sup\u00e9riorit\u00e9 et les progr\u00e8s de l&#8217;Europ\u00e9en dans les connaissances dont le d\u00e9veloppement est favoris\u00e9 par dos institutions, politiques bas\u00e9es sur la justice et la libert\u00e9. Nous disons donc \u00e0 nos contradicteurs \u00e9gar\u00e9s : Comment peut-il \u00eatre permis \u00e0 un homme de bon sens de se priver de ce qui est bon et utile par des raisons purement humoristiques ? Comment, sur un simple scrupule, sans fondement s\u00e9rieux, peut-il renoncer si facilement a ce qui int\u00e9resse sa propre existence ?<\/p>\n<p>A l&#8217;appui de notre th\u00e8se, rappelons ici ce qu&#8217;enseignent les auteurs europ\u00e9ens dans leurs ouvrages sur la politique de la guerre, savoir, que les \u00c9tats qui n&#8217;imitent pas leurs voisins dans le perfectionnement des armes et du syst\u00e8me militaire, finissent t\u00f4t ou tard par devenir la conqu\u00eate de ces m\u00eames voisins.<\/p>\n<p>Ces \u00e9crivains n&#8217;ont cit\u00e9 naturellement que des exemples militaires, \u00e0 cause de la sp\u00e9cialit\u00e9 du sujet qu&#8217;ils traitaient ; mais nous en concluons que la n\u00e9cessit\u00e9 de l&#8217;imitation et de l&#8217;assimilation de ce qui se fait en mieux chez les voisins, ne doit pas se borner aux choses militaires, mais qu&#8217;elle s&#8217;\u00e9tend \u00e0 tout ce qui peut favoriser le progr\u00e8s et le bien-\u00eatre de la nation.<\/p>\n<p>Ce qui doit rendre encore plus pr\u00e9cieux pour nous l&#8217;enseignement de ces \u00e9crivains militaires, c&#8217;est qu\u2019il est est conforme aux instructions donn\u00e9es par le khalife Abou Baker \u00e0 son g\u00e9n\u00e9ral Khaled-ibn-el-Oualid, charg\u00e9 du commandement d&#8217;une arm\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je vous recommande, lui dit-il, la crainte de Dieu, le soin de vos subordonn\u00e9s et les plus grandes pr\u00e9cautions lorsque vous serez sur les terres de l&#8217;ennemi. Si vous rencontrez son arm\u00e9e, combattez-la avec les m\u00eames armes dont elle se servira opposez l&#8217;arc \u00e0 l&#8217;arc, la lance \u00e0 la lance, le sabre au sabre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et si c&#8217;\u00e9tait aujourd&#8217;hui, il aurait mentionn\u00e9 sans aucun doute les canons ray\u00e9s, les fusils \u00e0 aiguille, et, au besoin, les navires cuirass\u00e9s. Car, parmi les devoirs qu&#8217;impose la d\u00e9fense nationale ordonn\u00e9e par la loi se trouve celui de conna\u00eetre la position, la force et les moyens de l&#8217;ennemi, pour pouvoir \u00e9galiser les chances et le combattre avec succ\u00e8s. Or, pourrait-on, de nos jours, ex\u00e9cuter tout cela, sans \u00eatre \u00e0 la hauteur du progr\u00e8s actuel ? Pourrait-on arriver \u00e0 cette hauteur sans des institutions dans le genre de celles que nous voyons ailleurs, institutions appuy\u00e9es sur la justice et la libert\u00e9, base fondamentale de notre loi th\u00e9ocratique?<\/p>\n<p>Comme notre but ne peut \u00eatre atteint qu&#8217;en faisant conna\u00eetre l&#8217;\u00e9tat actuel politico-\u00e9conomique des nations europ\u00e9ennes, nous nous empresserons de remplir cette partie de notre t\u00e2che, en faisant ressortir successivement les avantages que peut en retirer la soci\u00e9t\u00e9 musulmane. Et nous disons d&#8217;abord que leur \u00e9tat social actuel n&#8217;est pas un h\u00e9ritage fort ancien car, apr\u00e8s l&#8217;invasion des barbares et la chute de l&#8217;empire romain en 476, l&#8217;Europe s&#8217;\u00e9tant trouv\u00e9e dans la plus d\u00e9plorable condition, \u00e0 cause de l&#8217;ignorance et de lu conduite arbitraire des gouvernants, commen\u00e7a \u00e0 r\u00e9trograder, ce qui ost beaucoup plus facile que d&#8217;avancer, et demeura sous le despotisme dos rois et dos soigneurs jusqu&#8217;en 768, date de l&#8217;av\u00e8nement de l&#8217;empereur Charlemagne, qui fit des efforts extraordinaires pour favoriser les sciences et le d\u00e9veloppement des connaissances utiles; mais, \u00e0 la mort do cet empereur, elle retomba dans les t\u00e9n\u00e8bres de l&#8217;ignorance et sous le despotisme de ses chefs ainsi que nous le verrons plus tard.<\/p>\n<p>C&#8217;est une erreur de croire que les Europ\u00e9ens soient parvenus \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 dont ils jouissent aujourd&#8217;hui, simplement \u00e0 cause de la fertilit\u00e9 du sol et de la bont\u00e9 de leur climat, car il existe des terres et des climats meilleurs; il ne faut pas croire non plus que cette prosp\u00e9rit\u00e9 soit le r\u00e9sultat direct des principes de leur religion; car, bien qu&#8217;elle recommande la pratique de la justice et l&#8217;\u00e9galit\u00e9, nous savons que leurs institutions politiques n&#8217;ont pas, comme les n\u00f4tres, une origine th\u00e9ocratique.<\/p>\n<p>J\u00e9sus-Christ a d\u00e9fendu aux ap\u00f4tres de s&#8217;immiscer dans les affaires temporelles, et il a dit, comme on le sait, que son royaume n&#8217;\u00e9tait pas de ce monde. Et en effet, l&#8217;empire de sa religion ne regarde que les \u00e2mes. Au surplus, le d\u00e9sordre mena\u00e7ant qui r\u00e8gne dans les \u00c9tats du pape, chef de la religion chr\u00e9tienne, et qui a pour cause le refus d&#8217;adopter des institutions politiques conformes \u00e0 celles des autres \u00c9tats de l&#8217;Europe, est une preuve de ce que nous venons d&#8217;avancer.<\/p>\n<p>Mais il faut en convenir, les Europ\u00e9ens ne sont parvenus \u00e0 jouir de la prosp\u00e9rit\u00e9 dont nous parlons que par leurs progr\u00e8s dans les sciences et les arts, et gr\u00e2ce \u00e0 leurs institutions, qui facilitent la circulation de la richesse publique, et font jaillir les tr\u00e9sors de la terre, par une protection \u00e9clair\u00e9e constamment accord\u00e9e \u00e0 l\u2019agriculture, \u00e0 l&#8217;industrie et au commerce&nbsp;: toutes cons\u00e9quences naturelles de la justice de libert\u00e9, deux choses qui sont devenues pour eux une seconde nature.<\/p>\n<p>Du reste, c&#8217;est la loi de la Providence que la justice, la bonne administration et les bonnes institutions politiques soient les causes de l&#8217;augmentation de la richesse, de la population et du bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral, et que l\u2019\u00e9tat contraire am\u00e8ne la d\u00e9cadence en toutes choses. Cela est pour nous une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e dans notre loi et dans les historiens musulmans et autres. Notre proph\u00e8te (que le salut soit sur Lui !) a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La justice est la gloire de la foi&nbsp;: le souverain y trouve sa grandeur, et la nation sa force.&nbsp;\u00bb C&#8217;est d&#8217;elle aussi que r\u00e9sultent la s\u00e9curit\u00e9 et le bien-\u00eatre des administr\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans l\u2019ouvrage intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Avertissement aux souverains&nbsp;\u00bb, on lit que le souverain doit poss\u00e9der mille belles qualit\u00e9s, toutes comprises dans deux principales qui font de lui un prince juste et accompli&nbsp;: c&#8217;est d&#8217;assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays et la s\u00e9curit\u00e9 des habitants.<\/p>\n<p>Celui qui a lu le troisi\u00e8me chapitre du premier livre de Ben-Khaldoun a pu voir des preuves payables que l&#8217;injustice, et l&#8217;arbitraire sont la cause de la ruine des \u00c9tats, quelle qu&#8217;ait \u00e9t\u00e9 leur condition, pr\u00e9c\u00e9dente. C&#8217;est du reste une cons\u00e9quence de, la nature humaine que, si on laisse au souverain une libert\u00e9 compl\u00e8te d&#8217;action, l&#8217;arbitraire r\u00e9gnera bient\u00f4t sous toutes ses formes: ce qui se pratique encore aujourd&#8217;hui dans quelques \u00c9tats musulmans, et ce ,qui s&#8217;est vu dans les \u00c9tats de l&#8217;Europe aux si\u00e8cles dont nous avons parl\u00e9, quand les souverains r\u00e9gnaient en ma\u00eetres absolus sur les cr\u00e9atures de Dieu, sans \u00eatre contenus par aucune institution, ni purement politique, car il n&#8217;en existait pas \u00e0 cette \u00e9poque, ni m\u00eame politico-religieuse, cela ne se trouvant pas au point de vue temporel dans la loi du Messie, qui a recommand\u00e9 de pr\u00e9f\u00e9rence la vie contemplative et l&#8217;\u00e9loignement du monde.<\/p>\n<p>Or, certains \u00c9tats europ\u00e9ens ne sont arriv\u00e9s \u00e0 une ruine presque compl\u00e8te, et ne se sont trouv\u00e9s en danger de perdre leur ind\u00e9pendance qu&#8217;\u00e0 cause de la mauvaise administration de leurs gouvernants, triste effet de la libert\u00e9 de tout faire laisser au souverain, tandis que les \u00c9tats musulmans, leurs voisins, \u00e9taient gouvern\u00e9s d&#8217;une mani\u00e8re parfaite, \u00e0 cause de la conformit\u00e9 des actes de leurs chefs avec la loi th\u00e9ocratique, dont il n&#8217;est pas hors de propos de rappeler les principales dispositions.<\/p>\n<p>Elle d\u00e9fend \u00e0 tout individu d&#8217;agir capricieusement, d&#8217;apr\u00e8s ses seuls penchants personnels elle ordonne de prot\u00e9ger les droits des particuliers, qu&#8217;ils soient musulmans ou non elle recommande l&#8217;adoption de moyens et de rem\u00e8des appropri\u00e9s aux temps et aux circonstances elle impose l&#8217;obligation de commencer par emp\u00eacher le mal avant m\u00eame de s&#8217;occuper du bien, et de deux maux dont l&#8217;alternative est in\u00e9vitable, elle ordonne de pr\u00e9f\u00e9rer le moindre. Une des plus importantes prescriptions de cette m\u00eame loi, au point de vue politique, est l&#8217;obligation de prendre conseil avant d&#8217;agir, impos\u00e9e par Dieu \u00e0 son proph\u00e8te impeccable, quoique comme tel, il n&#8217;e\u00fbt besoin de consulter personne, puisque agissait sous l&#8217;inspiration divine et qu&#8217;il \u00e9tait dou\u00e9 de toutes les perfections. Or, cela n&#8217;a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 au proph\u00e8te que pour une haute raison, qui \u00e9tait d&#8217;\u00e9tablir une r\u00e8gle obligatoire pour tous les chefs qui viendraient apr\u00e8s lui.<\/p>\n<p>Ebn-el-Arabi a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&#8217;obligation de prendre conseil est une base de la loi et une r\u00e8gle \u00e0 observer par tous, sans distinction ni exception, depuis le Proph\u00e8te jusqu&#8217;au dernier des hommes.&nbsp;\u00bb Le khalife Ali a dit aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pas de conseil, pas de sagesse.&nbsp;\u00bb Une autre disposition, extr\u00eamement importante, qui constitue en m\u00eame temps l&#8217;un des principes fondamentaux de la loi, c&#8217;est l&#8217;obligation de s&#8217;opposer au mal par tous les moyens l\u00e9gaux, impos\u00e9e formellement \u00e0 tout musulman majeur et jouissant de toutes ses facult\u00e9s intellectuelles.<\/p>\n<p>C&#8217;est de cette disposition capitale que r\u00e9sultent la l\u00e9gitimit\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 parmi nous du contr\u00f4le des actes publics. Et justement, \u00e0 propos de contr\u00f4le, el Ghazz\u00e9li, surnomm\u00e9 <em>la preuve de l&#8217;islamisme<\/em>, a dit en parlant des anciens chefs musulmans&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les khalifes et les souverains musulmans aimaient \u00e0 voir discuter leurs actes, m\u00eame lorsqu&#8217;ils \u00e9taient en chaire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Omar ben Khattab \u00e9tant un jour mont\u00e9 en chaire, adressa au peuple ces paroles : \u00ab&nbsp;Vous tous qui m&#8217;\u00e9coutez, si vous apercevez des \u00e9carts dans mon administration, veuillez les redresser.&nbsp;\u00bb Et aussit\u00f4t quelqu&#8217;un des assistants lui r\u00e9pondit : \u00ab&nbsp;En v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, si nous vous avions vu commettre des \u00e9carts, nous les aurions redress\u00e9s avec nos sabres.&nbsp;\u00bb Et le khalife, bien loin de se f\u00e2cher, reprit&nbsp;: \u00ab&nbsp;B\u00e9ni soit Dieu qui a permis qu&#8217;on trouve parmi nous des hommes capables de redresser au besoin avec leurs sabres les \u00e9carts d&#8217;Omar.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Il est incontestable qu&#8217;un homme comme ce khalife, ami de la justice et d\u00e9fenseur s\u00e9v\u00e8re de la religion et de la dignit\u00e9 souveraine, s&#8217;il n&#8217;avait pas reconnu que ce langage \u00e9nergique et sans aucun m\u00e9nagement \u00e9tait conforme aux prescriptions de la loi, n&#8217;en aurait pas rendu gr\u00e2ces \u00e0 Dieu, mais qu&#8217;au contraire il aurait relev\u00e9 l&#8217;expression et confondu l&#8217;interlocuteur.<\/p>\n<p>El Ghazz\u00e9li, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, commentant les pr\u00e9ceptes relatifs au contr\u00f4le dans son ouvrage intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;De l&#8217;accomplissement du bien et de l\u2019emp\u00eachement du mal&nbsp;\u00bb, rapporte que Maouhia ayant mis du retard il op\u00e9rer quelques versements pour le compte de l&#8217;\u00c9tat, Abou Meslem el Khawlani l&#8217;interpella publiquement \u00e0 ce sujet, pendant qu&#8217;il \u00e9tait en chaire, en disant: L&#8217;argent de l&#8217;\u00c9tat n&#8217;est le patrimoine ni de vous, ni de votre p\u00e8re, ni de votre m\u00e8re&nbsp;\u00bb, et que Maouhia r\u00e9pondit r\u00e9solument apr\u00e8s r\u00e9flexion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Meslem a raison, cela n&#8217;appartient en propre ni \u00e0 moi, ni \u00e0 mon p\u00e8re, ni \u00e0 ma m\u00e8re venez tous prendre ce qui vous est d\u00fb.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Je conclus de cela que, sans cette opposition raisonn\u00e9e dont nous venons de citer des exemples, et qui est le contr\u00f4le en action, il ne saurait y avoir de v\u00e9ritable gouvernement parmi les hommes; car l&#8217;existence d&#8217;un pouvoir dirigeant est sans contredit une condition indispensable \u00e0 la vie de toute soci\u00e9t\u00e9 humaine mais si l&#8217;on permettait au chef investi de ce pouvoir de faire ce qu&#8217;il veut et de commander comme il l&#8217;entend, la n\u00e9cessit\u00e9 sociale, qui l\u00e9gitime l&#8217;existence du pouvoir, n&#8217;aurait plus de raison d&#8217;\u00eatre, et les d\u00e9sordres, publics deviendraient l&#8217;\u00e9tat normal de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Il faut donc que tout chef dirigeant subisse lui-m\u00eame une direction salutaire, r\u00e9sultant d&#8217;une loi, soit th\u00e9ocratique, soit purement politique et comme toute loi, si elle n\u2019est pas respect\u00e9e, est n\u00e9cessairement expos\u00e9e \u00e0 p\u00e9rir, il en r\u00e9sulte l&#8217;obligation directe pour les hommes sens\u00e9s et \u00e9clair\u00e9s de la nation de s&#8217;opposer \u00e0 toute violation de la loi, qui est la mod\u00e9ratrice supr\u00eame. Or, les citoyens, \u00e0 qui la loi musulmane impose cette obligation, sont appel\u00e9s \u00e0 remplir parmi nous le m\u00eame r\u00f4le que les chambres repr\u00e9sentatives et la presse en Europe, et, si ce devoir \u00e9tait bien compris, les souverains musulmans seraient oblig\u00e9s de compter avec eux, comme la plupart des souverains de l&#8217;Europe sont oblig\u00e9s de compter avec les repr\u00e9sentants de la nation et avec l&#8217;opinion publique de leur pays car le but des uns et des autres est le m\u00f4me, c&#8217;est de contr\u00f4ler les actes du gouvernement et de le ramener dans le droit chemin si jamais il s&#8217;en \u00e9carte, quoique les moyens pratiques \u00e0 employer puissent et doivent n\u00e9cessairement diff\u00e9rer.<\/p>\n<p>Ce que nous venons d&#8217;avancer est confirm\u00e9 par ben Khaldoun, dans son introduction au titre <em>Du Souverain<\/em>. Cet auteur dit en r\u00e9sume&nbsp;: Que l&#8217;existence du pouvoir souverain est bas\u00e9e sur une n\u00e9cessit\u00e9 sociale, c&#8217;est-\u00e0-dire, la garantie r\u00e9ciproque de chaque membre composant la nation, contre l&#8217;arbitraire et l&#8217;abus de la force individuelle, qui sont des imperfections de la nature humaine, et que, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de ces imperfections, comme les souverains, au lieu d&#8217;agir selon la justice, n&#8217;ont souvent command\u00e9 que d&#8217;apr\u00e8s leurs caprices, et ont accabl\u00e9 les peuples de charges \u00e9crasantes, il en est r\u00e9sult\u00e9 pour ceux-ci une autre n\u00e9cessit\u00e9, celle de se coaliser, pour se d\u00e9fendre contre les d\u00e9sordres qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;\u00e9viter \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par l&#8217;\u00e9tablissement du pouvoir, d\u00e9sordres r\u00e9sultant du despotisme des chefs, d&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 encore de revenir \u00e0 des institutions politiques indispensables, admises par la nation et ayant force de loi, comme cela s&#8217;est pratiqu\u00e9 chez les Persans et chez d&#8217;autres peuples; que tout gouvernement qui ne suivrait pas une pareille voie, qui ne serait pas organis\u00e9 de la sorte, ne saurait aboutir \u00e0 rien de bon, ni maintenir son ind\u00e9pendance il ajoute enfin que si de pareilles institutions n&#8217;ont eu pour auteurs que les grands et les hommes distingu\u00e9s do la nation, elles s&#8217;appellent rationnelles et purement politiques, tandis que si elles viennent d&#8217;en haut et qu&#8217;elles aient la sanction religieuse, elles s&#8217;appellent th\u00e9ocratiques, et sont utiles pour ce monde et pour l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Nous ajoutons que les effets salutaires des institutions ne peuvent se produire et durer qu&#8217;autant que les institutions elles-m\u00eames sont scrupuleusement respect\u00e9es, et qu&#8217;on est pr\u00eat \u00e0 d\u00e9fendre leur inviolabilit\u00e9 par tous les moyens l\u00e9gaux, comme le pr\u00e9cepte d\u00e9j\u00e0 \u00e9nonc\u00e9 de faire le bien et d&#8217;emp\u00eacher le mal nous en fait un devoir.<\/p>\n<p>Nous ne nions pas qu&#8217;on ne puisse rencontrer un prince dou\u00e9 do toutes les qualit\u00e9s n\u00e9cessaires pour gouverner sans contr\u00f4le de la mani\u00e8re la plus sage car, l&#8217;existence d&#8217;un tel prince \u00e9tant admise, son impartialit\u00e9 et son amour du bien le porteraient naturellement \u00e0 s&#8217;entourer des hommes les plus \u00e9minents de son pays, et \u00e0 choisir parmi eux des ministres capables, pour l&#8217;aider do leur concours loyal dans l&#8217;administration, et de leurs sages conseils dans les questions difficiles et d\u00e9licates concernant l&#8217;int\u00e9r\u00eat et le salut de l&#8217;\u00c9tat. Mais un pareil prodige, tr\u00e8s rare assur\u00e9ment, ne saurait entrer en ligne de compte, parce qu&#8217;il d\u00e9pend du concours de plusieurs qualit\u00e9s essentielles qui ne peuvent que difficilement se trouver r\u00e9unies d&#8217;une mani\u00e8re durable dans un seul homme, et qui, d&#8217;ailleurs, finiraient toujours avec lui.<\/p>\n<p>Il est donc \u00e9vident, et c&#8217;est pour nous une profonde conviction, que le contr\u00f4le pond\u00e9r\u00e9, fond\u00e9 sur des institutions en rapport avec l&#8217;\u00e9tat de la nation, pr\u00e9sente la meilleure et la plus s\u00fbre garantie pour l&#8217;existence et la dur\u00e9e d&#8217;un bon gouvernement.<\/p>\n<p>A l&#8217;appui de notre raisonnement, nous ajouterons que les souverains sont sujets, eux aussi, aux faiblesses de la nature humaine, et que tout souverain se trouve n\u00e9cessairement dans l&#8217;une des trois conditions suivantes, c&#8217;est-\u00e0-dire qu&#8217;il aura la capacit\u00e9 voulue pour commander l&#8217; \u00e0 soi et aux autres; ou il aura la capacit\u00e9, mais il ne sera pas assez ma\u00eetre de ses passions ou bien il n&#8217;aura ni capacit\u00e9 ni \u00e9nergie.<\/p>\n<p>Or, il n&#8217;est pas besoin de d\u00e9montrer que le concours de la nation, la responsabilit\u00e9 minist\u00e9rielle, l&#8217;existence du contr\u00f4le enfin, ne sauraient aucunement emp\u00eacher le souverain de la premi\u00e8re cat\u00e9gorie de r\u00e9duire en fait le bien qu&#8217;il d\u00e9sire, puisque, au contraire, ce souverain trouverait dans les hommes charg\u00e9s de contr\u00f4ler ses actes une aide puissante, par le concours unanime de leur intelligence unie \u00e0 la sienne, pour faciliter l&#8217;application de toute mesure salutaire due \u00e0 l&#8217;initiative du souverain. De plus, tout alors concourrait \u00e0 assurer la transmission successive du pouvoir souverain parmi les membres de sa famille, quand m\u00eame ils seraient \u00e0 classer dans la seconde ou dans la troisi\u00e8me cat\u00e9gorie ; car, dans ces deux cas, le contr\u00f4le devenant indispensable, garantirait compl\u00e9tement la nation contre les caprices ou l&#8217;incapacit\u00e9 du chef. L&#8217;organisation d&#8217;un contr\u00f4le s\u00e9rieux est donc le seul moyen de salut pour l&#8217;existence et la dur\u00e9e de tout gouvernement, quand m\u00eame le chef dirigeant serait esclave de ses passions ou d&#8217;intelligence born\u00e9e.<\/p>\n<p>Le traducteur do Stuart Mill, M. Dupont Withe, fait remarquer que l&#8217;Angleterre n&#8217;a travers\u00e9 les phases les plus difficiles et n&#8217;a donn\u00e9 les plus grandes preuves de sa force et de sa grandeur que sous le r\u00e8gne do Georges III, qui \u00e9tait fou.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, il n&#8217;a pu en \u00eatre ainsi en Angleterre, malgr\u00e9 la folie du souverain, qu&#8217;\u00e0 cause de l&#8217;intervention de la nation dans les affaires publiques, par l&#8217;interm\u00e9diaire de ses repr\u00e9sentants et par suite do l&#8217;existence du contr\u00f4le et de la responsabilit\u00e9 des ministres ou conseillers de la couronne devant le Parlement.<\/p>\n<p>Quelques gens \u00e0 faible intelligence pr\u00e9tendent chez nous que la capacit\u00e9 sup\u00e9rieure et reconnue d&#8217;un ministre dirigeant rend le contr\u00f4le inutile, et qu&#8217;elle suffit pour parer aux inconv\u00e9nients d&#8217;un gouvernement qui aurait pour chef un souverain de la seconde ou de la troisi\u00e8me cat\u00e9gorie ce qui est une erreur manifeste. Disons d&#8217;abord que ce que nous avons avanc\u00e9 au sujet des souverains, quant aux imperfections de la nature humaine, s&#8217;applique aussi aux ministres. D&#8217;ailleurs, le choix des ministres appartenant exclusivement au souverain, peut-on esp\u00e9rer qu&#8217;il prendra pour ministre dirigeant un homme capable de s&#8217;opposer \u00e0 ses volont\u00e9s ?<\/p>\n<p>Si nous admettons le cas o\u00f9 le ministre choisi sera d&#8217;une capacit\u00e9 et d&#8217;une sup\u00e9riorit\u00e9 incontestables, il faut admettre aussi que ce ministre, malgr\u00e9 toutes ces qualit\u00e9s \u00e9minentes, ayant affaire \u00e0 un souverain esclave de ses passions et de ses caprices, se trouverait n\u00e9cessairement dans l&#8217;une des positions que nous allons indiquer.<\/p>\n<p>En effet, ou il est dispos\u00e9 \u00e0 favoriser les d\u00e9sirs du souverain et de son entourage pour se maintenir au pouvoir, et, dans ce cas, le malheur et la ruine de l&#8217;\u00c9tat sont in\u00e9vitables ou bien, ayant le courage de ne pas transiger avec son devoir, il ordonne \u00e0 ses subalternes de faire ce qu&#8217;il croit n\u00e9cessaire au bien du pays, et alors, sur quoi se baserait-il, d&#8217;o\u00f9 lui viendrait le droit, quelle raison pourrait-il donner de son opposition aux volont\u00e9s du souverain, particuli\u00e8rement en l&#8217;absence de toute institution qui p\u00fbt le garantir contre le ressentiment du chef et contre les intrigues des courtisans? Car il faut bien que le ministre compte, et compte s\u00e9rieusement avec ces derniers, qui, pr\u00e9voyant dans la sagesse des mesures recommand\u00e9es par le ministre l&#8217;amoindrissement de leur influence et le tarissement de la source de leurs gains illicites, se coaliseront pour entraver sa marche et pour lui nuire par tous les moyens possibles.<\/p>\n<p>Ils commenceront par faire en sorte que ses ordres ne soient pas ex\u00e9cut\u00e9s ou ne le soient qu&#8217;imparfaitement, ou que tout au moins l&#8217;ex\u00e9cution en soit retard\u00e9e, pour faire perdre l&#8217;\u00e0-propos aux mesures d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es, et par l\u00e0 en discr\u00e9diter l&#8217;auteur ils garderont le silence le plus absolu sur la plupart de ses bonnes qualit\u00e9s, et feront grand bruit de la moindre de ses fautes, en la grossissant outre mesure, et tout cela pour lui ali\u00e9ner les c\u0153urs.<\/p>\n<p>A propos de cette tactique, rappelons la pri\u00e8re du khalife Ali disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;O Dieu&nbsp;! prot\u00e8ge-moi contre un ennemi qui m&#8217;observe sans cesse, et qui, s&#8217;il voit en moi une bonne qualit\u00e9, la cache, et s&#8217;il y d\u00e9couvre un d\u00e9faut le proclame hautement.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais admettons que le ministre, par sa longanimit\u00e9 et par son habilet\u00e9 parvienne \u00e0 d\u00e9jouer les intrigues de ses adversaires int\u00e9ress\u00e9s c&#8217;est alors que ceux-ci, devenant des ennemis acharn\u00e9s, n&#8217;\u00e9pargneront rien pour lui nuire directement et s&#8217;en d\u00e9barrasser une fois pour toutes. Ils le noirciront aux yeux du souverain d\u00e9j\u00e0 irrit\u00e9 et jaloux, en disant que le ministre est devenu le souverain de fait, et que lui, le v\u00e9ritable chef, n&#8217;a qu&#8217;une souverainet\u00e9 nominale et, suivant le syst\u00e8me commode de la calomnie, ils lanceront contre leur adversaire toute sorte d&#8217;insinuations perfides, qui ne sauraient manquer leur effet sur un esprit faible et pr\u00e9venu. C&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui se voit, et malheureusement trop souvent, dans les gouvernements orientaux.<\/p>\n<p>Dans les conditions dont nous venons de parler, quelque capable que soit un ministre, comment pourrait-il faire marcher l&#8217;administration d&#8217;une mani\u00e8re avantageuse au pays, d\u00e8s qu&#8217;il se trouve en opposition avec celui qui est en m\u00eame temps juge et partie&nbsp;? En pr\u00e9sence des obstacles et des dangers que nous venons d&#8217;indiquer, le ministre qui aurait commenc\u00e9 par tenir t\u00eate \u00e0 l&#8217;orage, anim\u00e9 par le d\u00e9sir du bien, se trouverait forc\u00e9ment r\u00e9duit ou \u00e0 d\u00e9savouer sa politique et \u00e0 devenir l&#8217;instrument servile des caprices du souverain et le complice de son entourage, ce qui serait d\u00e9j\u00e0 un grand mal. et ne sauverait ni l&#8217;\u00c9tat, ni le souverain, ni le ministre lui-m\u00eame car le plaisir momentan\u00e9 de favoriser ou de satisfaire des d\u00e9sirs personnels est de beaucoup d\u00e9pass\u00e9 par l&#8217;amertume du repentir \u00e0 venir ou bien il devrait se retirer tout \u00e0 fait de la vie politique, sinon pour garantir sa personne, du moins pour \u00e9chapper \u00e0 l&#8217;animadversion publique, qui le poursuivrait s&#8217;il participait sciemment \u00e0 la ruine de l&#8217;\u00c9tat car l&#8217;on peut et on doit risquer sa vie pour le bien de la nation, mais jamais son honneur.<\/p>\n<p>En effet, la fid\u00e9lit\u00e9 au souverain et l&#8217;amour de la patrie se manifestent par les efforts les plus \u00e9nergiques pour d\u00e9fendre leurs v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats et pour s&#8217;opposer \u00e0 tout ce qui peut y porter atteinte. Mais, dans le cas d&#8217;impuissance sous ce dernier rapport, il faut du moins refuser de participer, de quelque mani\u00e8re que ce soit, \u00e0 ce qui pourrait avoir des cons\u00e9quences funestes pour l&#8217;un ou pour l&#8217;autre et toute conduite diff\u00e9rente serait une v\u00e9ritable trahison, malgr\u00e9 la satisfaction momentan\u00e9e qu&#8217;elle pourrait procurer.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte de tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de que le bonheur ou le malheur des \u00c9tats qui n&#8217;ont pas d&#8217;institutions politiques confi\u00e9es \u00e0 la garde de corps constitu\u00e9s, d\u00e9pend enti\u00e8rement du caract\u00e8re et des qualit\u00e9s personnelles du souverain. La preuve nous en est fournie par l&#8217;\u00e9tat des nations europ\u00e9ennes dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, avant l&#8217;introduction du syst\u00e8me constitutionnel il y a bien eu, \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques, des ministres qui ont l\u00e9gu\u00e9 leur nom \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 mais l&#8217;histoire nous apprend qu&#8217;ils n&#8217;ont pas pu emp\u00eacher le mal r\u00e9sultant du despotisme sous les deux formes pr\u00e9c\u00e9demment exprim\u00e9es.<\/p>\n<p>Il ne faudrait pas croire pourtant que nous ne voyions de salut pour l&#8217;\u00c9tat, dans les moyens que nous venons d&#8217;indiquer, qu&#8217;aux d\u00e9pens du prestige de la souverainet\u00e9, puisqu&#8217;il n&#8217;est permis \u00e0 aucun bon musulman de supposer que l&#8217;intervention de la nation, par l&#8217;entremise de ses repr\u00e9sentants, porte atteinte \u00e0 la pl\u00e9nitude du pouvoir souverain; car si une pareille appr\u00e9hension pouvait exister dans quelques esprits par trop timor\u00e9s, elle serait facilement \u00e9cart\u00e9e par l&#8217;examen de notre jurisprudence dans la partie o\u00f9 elle traite des principes g\u00e9n\u00e9raux de la politique, bas\u00e9e sur les pr\u00e9ceptes de la religion.<\/p>\n<p>En effet, tous les auteurs qui ont \u00e9crit sur cette partie politico-religieuse de notre jurisprudence, sont unanimes dans leur interpr\u00e9tation ; qui a force de loi, et soutiennent que la d\u00e9l\u00e9gation m\u00e9mo de la plus grande partie des pouvoirs souverains n&#8217;est pas une limitation de la souverainet\u00e9, mais qu&#8217;elle constitue, au contraire, un des droits souverains admis par la religion.<\/p>\n<p>El Maouardi, l&#8217;un des plus c\u00e9l\u00e8bres jurisconsultes d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s, soutenant la l\u00e9gitimit\u00e9 de la nomination d&#8217;un ministre par le souverain, comme son alter ego, rapporte a l&#8217;appui le passage du Coran dans lequel Mo\u00efse dit, en s&#8217;adressant au Seigneur&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026Donne-moi un conseiller de ma famille que ce soit mon fr\u00e8re Aaron ; qu&#8217;il fortifie ma faiblesse et qu&#8217;il partage mes fonctions.&nbsp;\u00bb Et il en conclut que, si la facult\u00e9 pour le souverain de d\u00e9l\u00e9guer son pouvoir ou d&#8217;y associer quelqu&#8217;un a \u00e9t\u00e9 admise par la religion sous le gouvernement d&#8217;un proph\u00e8te, \u00e0 plus forte raison doit-elle \u00eatre admise sous le gouvernement de souverains qui n&#8217;ont pas de mission divine.<\/p>\n<p>Nous disons \u00e0 notre tour que, s&#8217;il est admis que la d\u00e9l\u00e9gation m\u00eame de la plupart des pouvoirs souverains un ministre ne constitue ni une limitation, ni une atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9, on doit voir encore moins cette limitation et cette atteinte dans la participation au gouvernement par les d\u00e9l\u00e8gues de la nation et dans le contr\u00f4le par eux exerc\u00e9.<\/p>\n<p>Nous ajouterons que le fameux imam Saad-el- Din Teftez\u00e9ni, se fondant sur les traditions de l&#8217;islamisme, admet la l\u00e9gitimit\u00e9 du concours de plusieurs personnes dans l&#8217;exercice du pouvoir souverain, tout en soutenant l&#8217;incompatibilit\u00e9 et l&#8217;ill\u00e9galit\u00e9 de l&#8217;existence de plusieurs souverains ind\u00e9pendants dans le m\u00eame \u00c9tat, \u00e0 cause des graves inconv\u00e9nients qui en r\u00e9sulteraient pour la marche r\u00e9guli\u00e8re de l&#8217;administration et pour le bien public.<\/p>\n<p>En effet, cet \u00e9minent jurisconsulte parlant de l\u2019imamat (souverainet\u00e9) dans son ouvrage intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Explication des convictions&nbsp;\u00bb, s&#8217;exprime ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui n&#8217;est pas admis par la loi, c&#8217;est la coexistence de deux souverains compl\u00e8tement ind\u00e9pendants l&#8217;un de l&#8217;autre, et devant \u00eatre personnellement ob\u00e9is par la nation et cette inadmissibilit\u00e9 est bas\u00e9e sur l&#8217;opposition de leurs vues personnelles et de leur commandement, d&#8217;o\u00f9 r\u00e9sulterait le bouleversement de l&#8217;\u00c9tat. Mais l&#8217;exercice collecta du pouvoir souverain par plusieurs individus n&#8217;a rien de contraire \u00e0 son unit\u00e9, puisque les membres d\u00e9lib\u00e9rants et agissant collectivement ne repr\u00e9sentent et ne constituent en r\u00e9alit\u00e9 qu&#8217;un seul pouvoir dirigeant.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ou voit par que, quel que soit le nombre des individus exer\u00e7ant le pouvoir souverain, il ne s&#8217;opposa ni ne nuit \u00e0 son unit\u00e9 qui est bas\u00e9e sur l&#8217;identit\u00e9 de direction et de commandement. Et il ne faut pas oublier que Saad a \u00e9t\u00e9 constamment suivi dans sa doctrine politique par ses plus c\u00e9l\u00e8bres commentateurs, tels que El Khayali, A\u00efsam Eddin et Abd-el-Aqu\u00efm.<\/p>\n<p>De tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de d\u00e9coule donc, a fortiori, la l\u00e9gitimit\u00e9 de l&#8217;intervention de la nation dans le sens et les limites dont nous avons parl\u00e9. Car cette intervention ne va pas jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9tendre que la nation soit consult\u00e9e sur tous les d\u00e9tails de l&#8217;administration, et qu&#8217;elle exerce cette partie de la souverainet\u00e9 qui appartient exclusivement au pouvoir ex\u00e9cutif. D&#8217;ailleurs, le concours de la nation d\u00e9lib\u00e9rant dans le sens par nous indiqu\u00e9, n&#8217;apporte aucun emp\u00eachement \u00e0 l&#8217;exercice du pouvoir souverain; car le r\u00e9sultat pratique de la d\u00e9lib\u00e9ration en commun est le m\u00eame que si la d\u00e9cision venait d&#8217;un seul, d&#8217;autant plus que la sanction l\u00e9gale \u00e0 donner aux d\u00e9cisions prises en conseil ou apr\u00e8s d\u00e9lib\u00e9ration appartient au pouvoir ex\u00e9cutif seul, qui a en outre, dans les limites de la loi fondamentale de l&#8217;\u00c9tat, une compl\u00e8te libert\u00e9 d&#8217;action pour tout ce qui concerne la direction g\u00e9n\u00e9rale des affaires int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>II convient de rappeler ici ce que, dans son histoire du Consulat et de l&#8217;Empire, a dit M. Thiers, pr\u00e9sentement d\u00e9put\u00e9 au Corps l\u00e9gislatif, et jadis premier ministre sous le roi Louis-Philippe, savoir que le gouvernement d&#8217;un seul est toujours dangereux, quelle que soit la sup\u00e9riorit\u00e9 du chef. Apr\u00e8s avoir peint en d\u00e9tail Napol\u00e9on I<sup>er<\/sup>, apr\u00e8s l&#8217;avoir class\u00e9 parmi les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s qui ont donn\u00e9 leur nom \u00e0 leur si\u00e8cle, et \u00ab&nbsp;l&#8217;avoir compar\u00e9 aux grands hommes de l&#8217;histoire, quant \u00e0 l&#8217;ensemble de leurs qualit\u00e9s et de leurs destin\u00e9es, \u00bb l&#8217;\u00e9minent \u00e9crivain termine son ouvrage, qui est le plus beau monument historique de notre \u00e9poque, par les r\u00e9flexions suivantes : \u00ab&nbsp;Pour nous. Fran\u00e7ais, etc., etc. \u00bb <em>L&#8217;auteur traduit en entier cette remarquable conclusion. <\/em><\/p>\n<p>En m\u00e9ditant les paroles de cet homme d&#8217;\u00c9tat et la critique s\u00e9v\u00e8re qui en r\u00e9sulte contre le gouvernement d&#8217;un seul, quoi qu&#8217;il ait parl\u00e9 d&#8217;un homme dont la sup\u00e9riorit\u00e9 est admise sans conteste, on s&#8217;expliquera facilement l&#8217;existence de ce sentiment ardent, tellement enracin\u00e9 dans le c\u0153ur de la plupart des nations europ\u00e9ennes qu&#8217;il est devenu en quelque sorte pour elles &#8216;une seconde nature, et qui est l&#8217;amour de la libert\u00e9 et la haine du despotisme.<\/p>\n<p><strong>Khair-Eddine Le Tunisien,<br>Traduit en fran\u00e7ais, le 9 septembre 1867<br><\/strong><\/p>\n\n\n<h2><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-2\/\">R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (2\/4)<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s ce que j&#8217;ai dit, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans l&#8217;avant-propos sur l&#8217;origine et la tendance de cet ouvrage, je r\u00e9p\u00e9terai plus explicitement ici que je l&#8217;ai \u00e9crit dans un double but, tout en visant au m\u00eame r\u00e9sultat.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3067,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[124,165,107,130,212,91],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/597"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=597"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/597\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3638,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/597\/revisions\/3638"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3067"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}