{"id":595,"date":"2018-12-31T09:39:08","date_gmt":"2018-12-31T09:39:08","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=595"},"modified":"2020-11-01T13:32:36","modified_gmt":"2020-11-01T12:32:36","slug":"reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-2\/","title":{"rendered":"R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (2\/4)"},"content":{"rendered":"<p>Ce qui, du reste, est conforme \u00e0 la tradition rapport\u00e9e par Moslem et recueillie par Mestour, dans une conversation qui eut lieu chez Omar-ben-el-Aas. Moslem raconte donc qu&#8217;un des interlocuteurs s&#8217;\u00e9tant exprim\u00e9 ainsi : \u00ab J&#8217;ai entendu dire au Proph\u00e8te \u00ab L&#8217;heure derni\u00e8re viendra et les Occidentaux seront les plus nombreux parmi les nations \u00bb, Omar lui demanda \u00ab Vous \u00eates-vous bien rendu compte de ce que vous dites? \u00bb et que l&#8217;interlocuteur ayant r\u00e9pondu: \u00ab Je n&#8217;ai fait que r\u00e9p\u00e9ter ce que j&#8217;ai entendu dire au Proph\u00e8te \u00bb, Omar reprit : \u00ab Puisque vous avez rappel\u00e9 ces paroles du Proph\u00e8te, je vous dirai, \u00e0 mon tour, que cela aura lieu, parce qu&#8217;on trouve en eux quatre qualit\u00e9s principales : ils sont tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reux dans les combats, tr\u00e8s-prompts \u00e0 recommencer la lutte apr\u00e8s un revers, tr\u00e8s-pers\u00e9v\u00e9rants dans la d\u00e9fense, tr\u00e8s-bienfaisants envers les faibles, les orphelins et les malheureux, et ils en ont une cinqui\u00e8me plus belle encore, qui est leur haine pour le despotisme des souverains. \u00bb<\/p>\n<p>Disons maintenant \u00e0 quel degr\u00e9 de richesse et de puissance est parvenue la soci\u00e9t\u00e9 islamique lorsque les principes salutaires que nous avons mentionn\u00e9s en partie \u00e9taient scrupuleusement respect\u00e9s, et que, sous des chefs vigilants se trouvait en vigueur une sage administration, bas\u00e9e sur la loi th\u00e9ocratique, et conforme aux prescriptions de la justice.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est, en effet, que par une pareille conduite que peut s&#8217;affirmer et se populariser la politique, et qu&#8217;il devient utile de la conna\u00eetre. Alors les opinions se forment dans le sens de l&#8217;\u00e9tat social tel que Dieu l&#8217;a voulu, et auquel il a donn\u00e9, comme moyen de salut, une balance infaillible, qui est la justice car c&#8217;est sur elle que le cr\u00e9ateur a assis son \u0153uvre, ce n&#8217;est que par elle que peut se r\u00e9aliser le bonheur de ses cr\u00e9atures, et sa b\u00e9n\u00e9diction est assur\u00e9e \u00e0 quiconque aura travaill\u00e9 sinc\u00e8rement \u00e0 le produire.<\/p>\n<p>L&#8217;auteur de l&#8217;ouvrage intitul\u00e9 Les opinions d\u00e9voil\u00e9es, rapporte ces paroles de quelques savants&nbsp;: \u00ab Si les hommes savaient au juste combien est agr\u00e9able \u00e0 Dieu la vivification, la fertilisation de sa terre, on ne trouverait pas sur toute sa surface une seule parcelle en ruine.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la richesse de l&#8217;empire islamique \u00e0 l&#8217;\u00e9poque dont nous parlons, l&#8217;historien Makrizi rapporte ce qui suit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le khalife El Mamoun, faisant une tourn\u00e9e en Egypte, avait l&#8217;habitude de s\u00e9journer vingt-quatre heures dans chaque ville ; mais ayant pass\u00e9, sans s&#8217;y arr\u00eater, devant un village nomm\u00e9 Taa-el-N\u00e9mel, il fut pri\u00e9 instamment d&#8217;y revenir, pour recevoir l&#8217;hospitalit\u00e9 d\u2019un vieux cophte, faisant partie des notables de la localit\u00e9.<\/p>\n<p>Le khalife consentit, et elle pourvut somptueusement \u00e0 son entretien et \u00e0 celui de sa nombreuse escorte. Au moment du d\u00e9part, elle lui lit pr\u00e9sent de dix bourses remplies de pi\u00e8ces d&#8217;or, toutes au m\u00eame mill\u00e9sime. Le khalife \u00e9tonn\u00e9, s&#8217;\u00e9cria&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui sait si le tr\u00e9sor public pourrait nous montrer autant de pi\u00e8ces de monnaie portant la m\u00eame date que celles-ci ?&nbsp;\u00bb et il pria cette femme de reprendre son or, pour lui \u00e9pargner un trop grand sacrifice ; mais elle s&#8217;y refusa obstin\u00e9ment, et ayant ramass\u00e9 de la terre dans sa main, elle dit au khalife Celui-l\u00e0, en indiquant l&#8217;or, m&#8217;a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9 par celle-ci, et par votre justice, \u00f4 commandeur des croyants; et j&#8217;en ai encore beaucoup chez moi. Le khalife finit par accepter, et, apr\u00e8s l&#8217;avoir r\u00e9compens\u00e9e on augmentant largement ses possessions, il partit, tout \u00e9merveill\u00e9 de tant de richesse priv\u00e9e. Ce qui \u00e9tait une preuve \u00e9vidente de la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays.<\/p>\n<p>Le m\u00eame historien rapporte encore que la capitation en \u00c9gypte, sous le gouvernement des premiers khalifes, monta \u00e0 14 millions de dinars en or ; ce qui ferait aujourd&#8217;hui \u00e0 peu pr\u00e8s 700 millions de francs. Or, cette somme n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une partie du revenu d&#8217;une seule province, et la perception, bien loin d&#8217;\u00eatre arbitraire, se faisait alors de la mani\u00e8re la plus \u00e9quitable.<\/p>\n<p>Ebn Khaldoun raconte aussi dans ses prol\u00e9gom\u00e8nes que les m\u00e9taux pr\u00e9cieux apport\u00e9s au tr\u00e9sor, sous le gouvernement de Reschid-el-Abbessi, s&#8217;\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 7,500 quintaux d&#8217;or ; ce qui repr\u00e9sente environ un milliard quatre cent mille francs.<\/p>\n<p>Les conqu\u00eates extraordinaires des musulmans, qui sont relat\u00e9es par nos historiens et par les \u00e9crivains \u00e9trangers, et les traces frappantes qu&#8217;elles ont laiss\u00e9es, attestent la grandeur de la puissance islamique, fond\u00e9e sur la justice de la loi et sur l&#8217;union de la nation. On lit, \u00e0 ce sujet, dans l&#8217;histoire du moyen \u00e2ge, traduite du fran\u00e7ais, par Seid Ahmed Zarabi, \u00e9gyptien, que l&#8217;islamisme a conquis en quatre-vingts ans plus de pays que n&#8217;en avaient conquis les Romains pondant huit si\u00e8cles.<\/p>\n<p>Il est donc impossible \u00e0 tout homme impartial de no pas reconna\u00eetre ce qu&#8217;il y eut alors, dans la soci\u00e9t\u00e9 musulmane, de prosp\u00e9rit\u00e9, de richesse et de puissance militaire, d\u00e9coulant de la justice et de la concorde, qui sont la force des royaumes, de l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 des magistrats dans l&#8217;administration publique, de la protection accord\u00e9e aux lettres, aux arts et aux sciences, toutes choses que les Europ\u00e9ens nous ont presque toujours emprunt\u00e9es, et dans lesquelles leurs historiens impartiaux reconnaissent, comme nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9, la priorit\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 musulmane. Nous lisons, \u00e0 ce sujet, dans un livre destin\u00e9 \u00e0 l&#8217;instruction de la jeunesse, intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Histoire de France et du moyen \u00e2ge du V<sup>e<\/sup> au XIV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, par M. Duruy, actuellement ministre de l&#8217;instruction publique en France: \u00ab&nbsp;Tandis que l&#8217;Europe, etc.&nbsp;\u00bb L&#8217;auteur traduit et cite textuellement tout le passage relatif \u00e0 la civilisation des Arabes, pages 200 \u00e0 204. Il ajoute ensuite la traduction de la pr\u00e9face et de plusieurs passages de l&#8217;histoire des Arabes par M. S\u00e9dillot, puis il continue en ces termes&nbsp;:<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cette p\u00e9riode de splendeur, l&#8217;empire musulman commen\u00e7a \u00e0 tomber en d\u00e9cadence, en se partageant en trois royaumes : celui des Abbassides, \u00e0 Bagdad; celui des Fatimides, en Egypte et en Afrique, et celui des Omeyades, en Espagne. Survinrent ensuite d&#8217;autres guerres civiles, et ces royaumes eux-m\u00eames subirent des d\u00e9membrements, particuli\u00e8rement celui d&#8217;Espagne, dont presque chaque province devint une principaut\u00e9 ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>La cause de ces d\u00e9membrements fut la rivalit\u00e9 et la jalousie r\u00e9ciproque des chefs, aid\u00e9s dans leurs tentatives d&#8217;ind\u00e9pendance par des esprits remuants et ambitieux. Ni les uns ni les autres n&#8217;avaient calcul\u00e9 le danger commun r\u00e9sultant de ces divisions, qui amen\u00e8rent la chute de la domination musulmane en Espagne. Dans les autres royaumes, on vit tant de d\u00e9sordres que leur ruine aurait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8te si la Providence n&#8217;avait suscit\u00e9 les sultans de la famille ottomane, qui r\u00e9unirent la plupart des pays musulmans sous leur glorieuse souverainet\u00e9, fond\u00e9e l&#8217;an 699 de l&#8217;h\u00e9gire.<\/p>\n<p>Alors l&#8217;empire musulman recouvra son ancien \u00e9clat, gr\u00e2ce \u00e0 leur bonne administration, \u00e0 leur sage politique, \u00e0 leur respect pour la loi et \u00e0 leur vigilance \u00e0 sauvegarder les droits des sujets gr\u00e2ce \u00e0 leurs conqu\u00eates surprenantes, qui ne peuvent \u00eatre compar\u00e9es qu&#8217;\u00e0 celles des premiers khalifes, et gr\u00e2ce aussi \u00e0 leur marche rapide dans la voie du progr\u00e8s, particuli\u00e8rement sous le r\u00e8gne de Soliman, fils du sultan S\u00e9lim, au X<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de l\u2019h\u00e9gire. Ce prince s&#8217;empressa de conjurer los dangers \u00e0 venir par la promulgation de son code politique d&#8217;une incontestable utilit\u00e9, qu&#8217;il jura le premier avec tous les grands de l&#8217;empire d&#8217;observer et de faire observer, et pour la confection duquel il s&#8217;aida du concours des hommes les plus \u00e9clair\u00e9s et les plus exp\u00e9rimentes de ses \u00c9tats. Voici les principales dispositions de ce code&nbsp;:<\/p>\n<p>L&#8217;administration de l&#8217;empire est plac\u00e9e sous la sauvegarde des ul\u00e9mas et des ministres, auxquels appartient le droit de faire des remontrances au souverain, dans le cas o\u00f9 il s&#8217;\u00e9carterait du droit chemin, parce que la souverainet\u00e9 est bas\u00e9e sur la loi politico-religieuse, qui, comme nous l&#8217;avons vu pr\u00e9c\u00e9demment, ordonne au chef de prendre conseil avant d&#8217;agir, et prescrit formellement \u00e0 tous d&#8217;emp\u00eacher le mal, ce \u00e0 quoi les ul\u00e9mas sont les plus propres, parce qu&#8217;ils poss\u00e8dent la science du droit de m\u00eame que les ministres sont plus particuli\u00e8rement en \u00e9tat d&#8217;appr\u00e9cier les affaires purement politiques et la raison des temps.<\/p>\n<p>Si les ul\u00e9mas et les ministres voient dans les actes du souverain quelque chose de contraire \u00e0 la loi politico-religieuse, ou \u00e0 ce m\u00eame code, qui n&#8217;en est que l&#8217;interpr\u00e9tation orthodoxe, ils devront suivre les prescriptions de la religion concernant l&#8217;emp\u00eachement du mal, c&#8217;est-\u00e0-dire, qu&#8217;ils commenceront par avertir le souverain ; et, si cela suffit, le but est atteint. Dans le cas contraire, ils devront pr\u00e9venir les chefs du l&#8217;arm\u00e9e que leurs remontrances sont rest\u00e9es sans effet. Enfin, le m\u00eame code indique le moyen extr\u00eame qui doit \u00eatre employ\u00e9, si le souverain persiste \u00e0 violer la loi et \u00e0 suivre ses caprices c&#8217;est de le d\u00e9poser et d&#8217;\u00e9lire \u00e0 sa place un autre membre de la famille r\u00e9gnante.<\/p>\n<p>Ainsi, selon les prescriptions et l&#8217;esprit de ce code, le r\u00f4le politique des ul\u00e9mas et des ministres est le m\u00eame que celui que remplissent aujourd&#8217;hui dans les gouvernements constitutionnels de l&#8217;Europe, les chambres repr\u00e9sentatives, dont nous aurons \u00e0 parler et on pourrait m\u00eame dire que ce r\u00f4le est encore plus \u00e9lev\u00e9, puisqu\u2019aux motifs d&#8217;ordre temporel qui n\u00e9cessitent et l\u00e9gitiment &#8216;le contr\u00f4le, se joint chez nous le commandement religieux.<\/p>\n<p>Par l&#8217;effet salutaire de ce code, le gouvernement continua sa marche vers le progr\u00e8s. Mais apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre maintenu quelque temps dans cette voie, il r\u00e9trograda et se cr\u00e9a lui-m\u00eame des causes de faiblesse et de d\u00e9cadence. On cessa de travailler, comme autrefois, au bien-\u00eatre du pays, et, par suite, on n\u00e9gligea les pr\u00e9ceptes de la loi religieuse et les prescriptions de la loi politique, octroy\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment avec tant d&#8217;\u00e9clat et de solennit\u00e9. On n&#8217;apporta plus une attention scrupuleuse dans le choix des fonctionnaires charg\u00e9s des branches les plus importantes de l&#8217;administration, et la plupart d&#8217;entre eux finirent par mettre leurs propres int\u00e9r\u00eats au-dessus de ceux du gouvernement et du bonheur des administr\u00e9s.<\/p>\n<p>D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, parmi les janissaires, s&#8217;introduisirent de d\u00e9plorables abus, qui en affaiblirent l&#8217;organisation et l&#8217;ob\u00e9issance, &amp; tel point qu&#8217;ils intervinrent arbitrairement dans les affaires de l&#8217;\u00c9tat, et qu&#8217;ils troubl\u00e8rent souvent la tranquillit\u00e9 publique par toute sorte de violences, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 cit\u00e9s partout comme des mod\u00e8les de discipline et de courage sur les champs de bataille.<\/p>\n<p>De tout cela et d&#8217;une foule d&#8217;autres causes, il r\u00e9sulta un m\u00e9contentement g\u00e9n\u00e9ral dont les chefs des provinces \u00e9loign\u00e9es profit\u00e8rent pour ne plus ob\u00e9ir aux ordres du gouvernement central et pour donner libre carri\u00e8re &amp; leurs caprices et \u00e0 leurs passions effr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n<p>Tous ces d\u00e9sordres r\u00e9duisirent la plupart des sujets non musulmans &amp; chercher protection chez les gouvernements \u00e9trangers car l&#8217;homme qui a perdu l&#8217;espoir d&#8217;\u00eatre garanti par la loi du pays, dans sa personne; dans ses biens et dans son honneur, se donne volontiers \u00e0 celui qu&#8217;il croit le plus capable de le prot\u00e9ger, et il cherche m\u00eame, en obtenant protection, l&#8217;occasion de se venger, particuli\u00e8rement lorsqu&#8217;il n&#8217;est pas de la m\u00eame race et de la m\u00eame religion que ses gouvernants.<\/p>\n<p>Ces m\u00eames d\u00e9sordres r\u00e9sultant d&#8217;une administration sans contr\u00f4le, et n&#8217;ayant aucune sorte d&#8217;institutions soit politiques, soit politico-religieuses, ont fourni aux puissances \u00e9trang\u00e8res un sp\u00e9cieux pr\u00e9texte pour s&#8217;immiscer dans les affaires int\u00e9rieures de l&#8217;empire et pour entra\u00eener le gouvernement dans une politique presque toujours antinationale et souvent contradictoire, suivant les vues et les int\u00e9r\u00eats particuliers de ces m\u00eames puissances. Le mal s&#8217;accrut tellement que, sur plusieurs points du territoire, il en r\u00e9sulta des guerres civiles, dont la longue dur\u00e9e a d\u00e9vor\u00e9 une infinit\u00e9 d&#8217;existences et des sommes \u00e9normes, et a facilit\u00e9 \u00e0 des provinces importantes les moyens de se d\u00e9tacher de l&#8217;empire. Dans les provinces rest\u00e9es soumises, l&#8217;anarchie prit des proportions qui auraient caus\u00e9 des maux incalculables et la ruine compl\u00e8te de l&#8217;\u00c9tat, sans les rem\u00e8des \u00e9nergiques et intelligents apportes successivement par le sultan Mahmoud et par ses deux fils et successeurs, Abd-el-Medjid et Abd-el-Aziz Khan savoir&nbsp;:<\/p>\n<p>Le premier (le sultan Mahmoud), par la destruction des janissaires, que des troupes r\u00e9guli\u00e8res ont remplac\u00e9es, par la centralisation du pouvoir par la soustraction des provinces de l&#8217;empire \u00e0 l&#8217;action dissolvante des anciens chefs cupides et ambitieux, connus sous le nom de dera-beys ;<\/p>\n<p>Le second (le sultan Abd-el-Medjid), par la promulgation du khatti ch\u00e9rif de Gulhan\u00e9 en 1255 (1839) et du khatti houma\u00efoun (1856), r\u00e9formes incontestablement lib\u00e9rales, et qui sont encore aujourd&#8217;hui la base organique de l&#8217;administration de l&#8217;empire; Le troisi\u00e8me (le sultan Abd-el-Aziz), par son empressement \u00e0 ex\u00e9cuter et \u00e0 d\u00e9velopper les r\u00e9formes pr\u00e9c\u00e9dentes, au moyen de nombreuses ordonnances contenant toutes les ampliations reconnues conformes aux besoins de l&#8217;\u00e9poque, et bas\u00e9es sur l&#8217;exp\u00e9rience, et, en dernier lieu, par la loi sur les provinces, mesure de haute port\u00e9e dont on peut se promettre les plus heureux r\u00e9sultats.<\/p>\n<p>Au commencement du r\u00e8gne du sultan Abd-el-Medjid, la foule se montra contraire aux nouvelles institutions politiques, d\u00e9cr\u00e9t\u00e9es en vertu du khatti ch\u00e9rif de Gulhan\u00e9 et appel\u00e9es Tanzimat kha\u00efry\u00e9 et dans quelques parties de l&#8217;empire, il y eut des r\u00e9voltes foment\u00e9es par des gouverneurs et leurs partisans, qui ne demandaient pas mieux que de continuer \u00e0 administrer sans contr\u00f4le, et qui, sachant que l&#8217;application de ces cormes aurait mis fin \u00e0 leur gestion arbitraire et \u00e0 leurs concussions, simul\u00e8rent un faux z\u00e8le religieux et publi\u00e8rent parmi les populations tout ce qui pouvait rendre ces r\u00e9formes odieuses, entre autres choses, que ce qu&#8217;on venait de promulguer \u00e9tait une loi nouvelle en opposition avec la loi de l&#8217;islamisme.<\/p>\n<p>Et en cela, il faut le dire, ils ont \u00e9t\u00e9 puissamment aid\u00e9s par les gouvernements \u00e9trangers, qui avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 faire avorter ces r\u00e9formes, \u00e0 cause du bien qu&#8217;elles dussent produire, par la r\u00e9gularisation et l&#8217;am\u00e9lioration des affaires administratives. Mais, loin de profiter de ces m\u00e9contentements et de saisir l&#8217;occasion de revenir au syst\u00e8me de l&#8217;arbitraire, ainsi que cela s&#8217;est vu dans d&#8217;autres pays musulmans, le gouvernement s&#8217;appliqua \u00e0 d\u00e9truire ces insinuations calomnieuses et int\u00e9ress\u00e9es.<\/p>\n<p>A cet effet, le cheikh el Islam Aref Bek, personnage \u00e9minent et le plus pieux de son \u00e9poque, fut envoy\u00e9 dans les provinces o\u00f9 r\u00e9gnait l&#8217;agitation, avec mission d&#8217;\u00e9clairer les populations et de les faire rentrer dans le respect et l&#8217;ob\u00e9issance. Cet homme sup\u00e9rieur remplit son importante mission, en expliquant dans les chaires publiques que les tanzimats, loin d&#8217;\u00eatre en opposition avec la loi religieuse, lui servaient au contraire d&#8217;appui, par la r\u00e9organisation du temporel, qui avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 l&#8217;objet de l&#8217;ancienne loi politique; que le seul but de ces r\u00e9formes \u00e9tait d&#8217;am\u00e9liorer le pays, de prot\u00e9ger les droits des particuliers dans leurs personnes, dans leurs biens et dans leur honneur et d&#8217;\u00e9tablir une barri\u00e8re contre les actes arbitraires. Les m\u00e9contents, rentrant alors dans la bonne voie, rest\u00e8rent en repos, et les tanzimats furent partout appliqu\u00e9s et en vigueur autant que les circonstances le permirent.<\/p>\n<p>Si un homme comme ce grand juge religieux, dont la renomm\u00e9e est universelle parmi nous et dont la science, la pi\u00e9t\u00e9 et l&#8217;exp\u00e9rience ont \u00e9t\u00e9 reconnues et proclam\u00e9es par nos savants les plus distingu\u00e9s et particuli\u00e8rement par notre \u00e9minent et regrettable cheikh Sidi Ibrahim el Riahi, si un tel homme, dis-je, n&#8217;avait pas \u00e9t\u00e9 convaincu que les tanzimats \u00e9taient acceptables et conformes aux prescriptions et aux principes de la loi religieuse, jamais il n&#8217;en aurait demand\u00e9 le maintien et l&#8217;application, jamais il n&#8217;en aurait fait l&#8217;\u00e9loge dans la chaire sacr\u00e9e, et on no l&#8217;e\u00fbt point vu montrer toute l&#8217;ardeur de son z\u00e8le et la plus \u00e9nergique insistance pour \u00e9clairer ceux qui \u00e9taient charg\u00e9s de les appliquer.<\/p>\n<p>En consid\u00e9rant ces r\u00e9formes d&#8217;un \u0153il impartial, on doit convenir de leur bont\u00e9 et de leur opportunit\u00e9 ; mais il faut admettre aussi et proclamer hautement que l&#8217;application franche et loyale de ces m\u00eames r\u00e9formes et leur d\u00e9veloppement successif et pond\u00e9r\u00e9 sont les plus fermes garanties de la dur\u00e9e du gouvernement et les moyens les plus efficaces pour lui de recouvrer son ancienne splendeur.<\/p>\n<p>La voie lib\u00e9rale dans laquelle ces trois souverains sont entr\u00e9s et les r\u00e9formes salutaires qu&#8217;ils ont op\u00e9r\u00e9es, ont sensiblement am\u00e9lior\u00e9 les affaires de l&#8217;empire et augment\u00e9 le bonheur dos sujets,desorte que tout homme impartial qui comparera l&#8217;\u00e9tat de choses actuel avec celui qui pr\u00e9c\u00e9dait ces r\u00e9formes, sera forc\u00e9 de reconna\u00eetre qu&#8217;elles ont produit de bons r\u00e9sultats. Mais un certain nombre de musulmans, d&#8217;accord avec les sujets non musulmans de l&#8217;empire, trouvant ces r\u00e9formes insuffisantes, r\u00e9clament instamment la libert\u00e9 la plus large pour contr\u00f4ler les actes du gouvernement, en vertu d&#8217;institutions que devrait \u00e9tablir et sauvegarder une assembl\u00e9e compos\u00e9e de membres \u00e9lus par.la nation tout enti\u00e8re ; et, dans ces derniers temps, si l&#8217;on en croit les feuilles publiques, ils auraient accentu\u00e9 leurs pr\u00e9tentions avec un redoublement d&#8217;\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Quoique nous n&#8217;ayons pas sur l&#8217;administration actuelle de l&#8217;empire, et particuli\u00e8rement sur l&#8217;application des r\u00e9formes \u00e9dict\u00e9es, des renseignements suffisants pour pouvoir appr\u00e9cier exactement la justesse des raisons sur lesquelles s&#8217;appuie ce parti, cependant nous approuvons on principe ses demandes, persuad\u00e9 qu&#8217;elles renferment des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9gularit\u00e9, de force, de prosp\u00e9rit\u00e9 et de consid\u00e9ration pour les \u00c9tats et de v\u00e9ritable dignit\u00e9 pour les sujets.<\/p>\n<p>Nous ne doutons pas qu&#8217;en demandant ces r\u00e9formes, les musulmans n&#8217;aient en vue que le bien de l&#8217;\u00c9tat et le bonheur g\u00e9n\u00e9ral mais qu&#8217;il nous soit permis de leur demander s&#8217;ils sont bien s\u00fbrs que les sujets non musulmans qui r\u00e9clament ces m\u00eames libert\u00e9s visent au but sans arri\u00e8re-pens\u00e9e, et m\u00e9ritent qu&#8217;on leur accorde une confiance pleine et enti\u00e8re. Selon nous, il existe des indices qui permettent de supposer que le butdela plupart d&#8217;entre eux estdese soustraire \u00f9 la dominationde;a Sublime-Porte, puisque, apr\u00e8s avoir obtenu les libert\u00e9s actuelles, ils n&#8217;ont donn\u00e9 aucune preuve de d\u00e9vouement et d&#8217;affection H l&#8217;empire, et qu&#8217;au contraire, ils ont montr\u00e9 des tendances il se rapprocher du ceux qui sont de la m\u00eame race et de la m\u00eame croyance religieuse qu&#8217;eux-m\u00eames, en recherchant toutes les occasions de se proclamer opprim\u00e9s, et m\u00eame en fomentant des r\u00e9voltes partielles, aid\u00e9s en cela par les suggestions incessantes de quelques gouvernements \u00e9trangers, qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 s&#8217;attirer leur sympathie et \u00e0 leur inspirer de la haine et de l&#8217;\u00e9loignement pour la race dominante par des motifs qui ne sauraient \u00e9chapper \u00e0 un observateur attentif.<\/p>\n<p>La concession d&#8217;une libert\u00e9 telle que ce parti la demande, avant d&#8217;en avoir bien pes\u00e9 les cons\u00e9quences, pourrait devenir un moyen de favoriser les vues secr\u00e8tes des sujets non musulmans ; car la libert\u00e9 politique a pour cons\u00e9quence l&#8217;\u00e9galit\u00e9 pour tous Us citoyens dans la jouissance et l&#8217;exercice de tous les droits. Or, cette \u00e9galit\u00e9 peut amener au pouvoir et aux emplois sup\u00e9rieurs tout homme ayant les capacit\u00e9s requises, et, dans ce cas, la libert\u00e9 ne peut \u00eatre compl\u00e8tement donn\u00e9e que lorsque, l&#8217;union r\u00e9gnant entre les sujets, ils sont d&#8217;accord sur le maintien int\u00e9gral de l&#8217;\u00c9tat, quelle que soit d&#8217;ailleurs la divergence des opinions sur les moyens les plus propres \u00e0 en d\u00e9velopper la prosp\u00e9rit\u00e9 et la puissance.<\/p>\n<p>C&#8217;est pour des motifs moins importants encore que certains gouvernements europ\u00e9ens, ainsi que nous le verrons bient\u00f4t en parlant de la libert\u00e9 en Europe, ont jusqu&#8217;ici refus\u00e9 d&#8217;accorder la libert\u00e9 en question, dans la crainte des partis hostiles dont le triomphe pourrait amener un changement de dynastie. Or, si un pareil refus est reconnu excusable l\u00e0 o\u00f9 ici changement \u00e0 redouter ne serait qu&#8217;int\u00e9rieur et se bornerait \u00e0 \u00e9lever au souverain pouvoir une dynastie qui ne serait \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la nation ni par son origine, ni par ses croyances religieuses, il doit l&#8217;\u00eatre encore davantage l\u00e0 o\u00f9 la pr\u00e9pond\u00e9rance des partis hostiles am\u00e8nerait n\u00e9cessairement le bouleversement de l&#8217;\u00c9tat, une dynastie nouvelle et le remplacement d&#8217;une race par l&#8217;autre.<\/p>\n<p>Il faudrait consid\u00e9rer aussi que les sujets du gouvernement ottoman sont divis\u00e9s en plusieurs races, qui diff\u00e8rent de religion, de langue et de m\u0153urs, ignorant pour la plupart la langue officielle et ne se comprenant pas non plus entre elles, de mani\u00e8re que la d\u00e9lib\u00e9ration et la discussion deviendraient impossibles dans une assembl\u00e9e compos\u00e9e des repr\u00e9sentants de toutes ces races. D&#8217;ailleurs, il serait impolitique d&#8217;\u00e9tablir des distinctions et d&#8217;accorder la libert\u00e9 aux uns \u00e0 l&#8217;exclusion des autres, \u00e0 cause des inconv\u00e9nients, qui en r\u00e9sulteraient. L&#8217;\u00e9tat que nous venons d&#8217;indiquer est, selon nous, le principal obstacle \u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement des r\u00e9formes telles qu&#8217;on les demande et tout homme qui p\u00e8sera ces raisons avec impartialit\u00e9 ne saurait, en l&#8217;\u00e9tat actuel des choses, bl\u00e2mer la Sublime-Porte de n&#8217;avoir pas encore accord\u00e9 une compl\u00e8te libert\u00e9 politique et le parlement on question.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 les difficult\u00e9s que nous venons de signaler, c&#8217;est un devoir pour le gouvernement de pers\u00e9v\u00e9rer dans ses efforts et de lutter contre des obstacles dont la destruction restera, avec l&#8217;aide de Dieu, comme une trace glorieuse du r\u00e8gne du vicaire islamique de notre \u00e9poque. Anim\u00e9 des meilleures intentions, ce prince ayant pu voir de ses propres yeux l&#8217;\u00e9tat de l&#8217;Europe, et comparer ce qu&#8217;il en avait appris par de simples relations avec les faits constat\u00e9s par lui-m\u00eame, nous esp\u00e9rons qu&#8217;il s&#8217;empressera avec encore plus d&#8217;ardeur d&#8217;adopter tout ce qui peut conduire \u00e0 une compl\u00e8te libert\u00e9 avec le concours des Ul\u00e9mas et de ses hommes d&#8217;\u00c9tat agissant d&#8217;un commun accord dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la religion et de l&#8217;empire, et se tenant, par la connaissance de tout ce qui peut le favoriser, &amp; la hauteur du progr\u00e8s actuel.<\/p>\n<p>Parmi les obstacles qui, dans les pays musulmans; s&#8217;opposent \u00e0 l&#8217;introduction des institutions politiques dont nous parlons, il faut ranger le fait des puissances europ\u00e9ennes, qui, donnant plus de port\u00e9e qu&#8217;elles n&#8217;en ont r\u00e9ellement \u00e0 des capitulations qui devraient avoir fait leur temps, refusent, contrairement au droit des gens et de la souverainet\u00e9 territoriale, d&#8217;admettre que leurs sujets r\u00e9sidant dans les pays musulmans soient plac\u00e9s sous la juridiction des tribunaux locaux, une fois les institutions politico-civiles promulgu\u00e9es, all\u00e9guant que le peu de connaissances et d&#8217;instruction des juges musulmans ne pr\u00e9sente pas des garanties suffisantes, et que le fanatisme et la haine religieuse contre les chr\u00e9tiens les emp\u00eacheraient d&#8217;\u00eatre impartiaux.<\/p>\n<p>Quant au premier reproche d&#8217;ignorance et d&#8217;incapacit\u00e9, il n&#8217;est pas permis de supposer qu&#8217;on veuille l\u00e9 g\u00e9n\u00e9raliser et l&#8217;appliquer indistinctement \u00e0 tous nos juges, tant religieux que civils car tout homme sens\u00e9 et impartial, tant soit peu au courant des affaires musulmanes, ne peut pas ignorer que les ul\u00e9mas ont sur les lois et sur la jurisprudence les connaissances les plus \u00e9tendues et les plus compl\u00e8tes, ce qui leur vaut justement ce titre d&#8217;ul\u00e9mas. Il faut donc supposer que le reproche en question ne s&#8217;adresse qu&#8217;aux juges civils ; mais, dans ce cas, il n&#8217;est pas admissible qu&#8217;on puisse formuler une objection qui tendrait &amp; frapper de la m\u00eame incapacit\u00e9 presque tous les sujets d&#8217;un \u00c9tat, de mani\u00e8re \u00e0 faire croire qu&#8217;on ne pourrait rencontrer parmi eux des hommes capables de remplir le r\u00f4le de juges, et d&#8217;appliquer convenablement les lois qui seraient la cons\u00e9quence des institutions introduites dans cet \u00c9tat.<\/p>\n<p>Il est vrai que, dans les commencements, il peut se produire, comme cons\u00e9quence naturelle de toute innovation, des t\u00e2tonnements et des retards jusqu&#8217;\u00e0 ce que l&#8217;habitude et l&#8217;exp\u00e9rience n\u00e9cessaires soient suffisamment acquises mais cela ne peut aucunement fournir le motif d&#8217;une critique anticip\u00e9e des institutions ou d&#8217;un reproche permanent contre les personnes. Nous savons en effet que les gouvernements europ\u00e9ens qui ont adopt\u00e9 des institutions lib\u00e9rales n&#8217;ont pas atteint, d\u00e8s le commencement et d&#8217;un seul coup, la r\u00e9gularit\u00e9 et la perfection actuelles, mais qu&#8217;ils n&#8217;y sont parvenus que graduellement et gr\u00e2ce au concours qu&#8217;ils ont rencontr\u00e9 dans la concorde entre tes habitants et dans leur soumission \u00e0 la loi du pays, sans quoi ils n\u2019auraient pu retirer aucun avantage de ces m\u00eames institutions.<\/p>\n<p>Or, nous voyons que maintenant encore il existe une diff\u00e9rence marqu\u00e9e entre les Etats de l&#8217;Europe en ce qui concerne la bont\u00e9 des institutions, la science, la capacit\u00e9 et l&#8217;impartialit\u00e9 des juges ; et cette diff\u00e9rence n&#8217;emp\u00eache pas les gouvernements les plus avanc\u00e9s d&#8217;accepter pour leurs sujets r\u00e9sidant \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger la juridiction et les jugements des plus arri\u00e9r\u00e9s d&#8217;entre eux. Cela \u00e9tant, il faut reconnaitre qu&#8217;une pareille objection contre nous n&#8217;est que le r\u00e9sultat de craintes et de pr\u00e9jug\u00e9s qui ne sont justifi\u00e9s ni par l&#8217;exp\u00e9rience, ni par aucune raison vraiment solide. Puisque aucun sujet \u00e9tranger n&#8217;a encore \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 la juridiction locale, comment nos adversaires peuvent-ils nous contredire en connaissance de cause, et prouver, pi\u00e8ces en main, la partialit\u00e9 qu&#8217;ils reprochent pr\u00e9ventivement aux juges musulmans ? Nous r\u00e9p\u00e9tons donc que tout cela n&#8217;est qu&#8217;un vain pr\u00e9texte et la cons\u00e9quence d&#8217;un attachement exclusif \u00e0 des capitulations surann\u00e9es et ne convenant plus \u00e0 notre \u00e9poque, qui veut pour tous l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et l&#8217;impartialit\u00e9.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&#8217;objection qui s&#8217;appuie sur le fanatisme et la haine religieuse des musulmans contre les chr\u00e9tiens, elle peut \u00eatre ais\u00e9ment r\u00e9torqu\u00e9e comme s&#8217;appliquant aux chr\u00e9tiens aussi et les musulmans auraient \u00e9galement le droit de penser que les chr\u00e9tiens, par aversion ou par fanatisme, ne seraient pas \u00e0 leurs \u00e9gards impartiaux dans leurs jugements. Mais la v\u00e9rit\u00e9 est que la diff\u00e9rence des cultes ne peut avoir aucune influence sur le juge musulman, qui, connaissant le droit public et priv\u00e9, sait par \u00e9tat que la nationalit\u00e9 ou la croyance religieuse ne constitue ni un m\u00e9rite ni un d\u00e9faut aux yeux de la justice, que l&#8217;impartialit\u00e9 en est un des \u00e9l\u00e9ments essentiels, et qu&#8217;il doit, quelles que soient les parties, prononcer uniquement d&#8217;apr\u00e8s la loi, pour se conformer aux pr\u00e9ceptes de la religion, qui est le grand r\u00e9gulateur sur la mati\u00e8re et l&#8217;ennemie de toute partialit\u00e9. Nous lisons en effet qu&#8217;avant de se convertir \u00e0 l&#8217;islamisme, Z\u00e9id ben S\u00e2na s&#8217;\u00e9tant rendu chez le Proph\u00e8te (que le salut soit sur lui !) pour lui r\u00e9clamer le payement d&#8217;une dette, le saisit par son manteau et le tira si rudement que des traces de cette violence furent visibles sur son cou, et qu&#8217;il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00d4 descendants d&#8217;Abd-el-Mottaleb, vous \u00eates des d\u00e9biteurs n\u00e9gligents.&nbsp;\u00bb Omar, qui \u00e9tait pr\u00e9sent \u00e0 cette sc\u00e8ne, s&#8217;emporta contre ben S\u00e2na, et lui reprocha \u00e9nergiquement son \u00e9trange proc\u00e9d\u00e9 dans la mani\u00e8re de r\u00e9clamer sa cr\u00e9ance. Mais le Proph\u00e8te lui dit: \u00ab&nbsp;Lui et moi, nous attendions de toi autre chose que cela, Omar ; tu aurais d\u00fb d&#8217;abord me recommander \u00e0 moi t&#8217;exactitude dans le payement, et \u00e0 lui dos m\u00e9nagements dans la r\u00e9clamation. Puis, ayant ajout\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce cr\u00e9ancier est venu trois jours avant l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance,&nbsp;\u00bb le Proph\u00e8te ordonna n\u00e9anmoins \u00e0 Omar de le solder sur le-champ, et d&#8217;ajouter vingt mesures en sus pour la frayeur que lui avait caus\u00e9 son emportement. C&#8217;est alors que ben S\u00e2na se fit musulman.<\/p>\n<p>Les Sahaba (compagnons du Proph\u00e8te) ne se sont jamais \u00e9cart\u00e9s de cette r\u00e8gle d&#8217;impartialit\u00e9, recommand\u00e9e et ordonn\u00e9e par la loi, et ils l&#8217;ont pr\u00each\u00e9 d&#8217;exemple. En effet, on sait qu&#8217;un juif s&#8217;\u00e9tant rendu chez le khalife Omar ben-eI-Khattab, \u00e0 propos d&#8217;une contestation qu&#8217;il avait eue avec Ali, neveu et gendre du Proph\u00e8te, et qui fut plus tard quatri\u00e8me khalife, y trouva ce dernier assis. Omar dit alors \u00e0 Ali&nbsp;: \u00ab&nbsp;Levez-vous, \u00f4 mod\u00e8le des p\u00e8res, et asseyez-vous \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de votre adversaire.&nbsp;\u00bb Mais ayant vu qu&#8217;\u00e0 ces paroles Ali changea de visage et parut m\u00e9content, d\u00e8s que l&#8217;affaire fut termin\u00e9e, il lui dit : \u00ab&nbsp;Comment se fait-il que vous soyez f\u00e2ch\u00e9 de ce que je vous ai invit\u00e9 \u00e0 vous asseoir au m\u00eame rang que votre adversaire ?&nbsp;\u00bb Ali lui r\u00e9pondit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne suis pas f\u00e2ch\u00e9 de cela, mais parce que vous m&#8217;avez fait un compliment devant mon adversaire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, comment pourrait-on soup\u00e7onner de partialit\u00e9 en faveur de la partie musulmane contre la partie chr\u00e9tienne k juge \u00e0 qui sa religion fait un devoir d&#8217;imiter et de suivre exactement dans l&#8217;application de la loi, la pratique des premiers khalifes, \u00e9toiles de v\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, nous disons qu&#8217;un homme impartial no peut refuser de reconnaitre, dans les quart\u00e9sdejuge musulman, telles que nous venonsdeles indiquer, une garantie suffisante de sou impartialit\u00e9, comme il est oblig\u00e9 d&#8217;avouer qu&#8217;il est impossible qu&#8217;une loi, une fois sa n\u00e9cessit\u00e9 admise, atteigne le but pour lequel elle a \u00e9t\u00e9 promulgu\u00e9e, et produise les bons effets qu&#8217;on en attend, si elle ne peut \u00eatre appliqu\u00e9e qu&#8217;\u00e0 une partie seulement des habitants et particuli\u00e8rement si ceux qui sont ainsi soustraits, contrairement \u00e0 tous les principes, \u00e0 l&#8217;action de cette loi, ont entre leurs mains presque toutes les branches du commerce et de l&#8217;industrie du pays.<\/p>\n<p>De plus, non contents des obstacles apport\u00e9s \u00e0 l&#8217;introduction des r\u00e9formes, en emp\u00eachant leurs sujetsdese soumettre \u00f9 l&#8217;action des lois locales, une fois qu&#8217;elles seraient promulgu\u00e9es, certains gouvernements europ\u00e9ens ont cherch\u00e9 et cherchent encore \u00e0 soulever les sujets de quelques \u00c9tats musulmans contre l&#8217;acceptation des institutions politiques et administratives que leurs souverains voudraient octroyer de leur propre initiative, et ils disent \u00e0 ces sujets&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les institutions qu&#8217;on veut vous donner ne vous conviennent nullement; elles ne sont pas appropri\u00e9es \u00e0 votre \u00e9tat social, et il vaut mieux pour vous rester comme vous \u00eates&nbsp;\u00bb. Et, tout en faisant r\u00e9pandre de telles insinuations, ces gouvernements et leurs agents n&#8217;ignorent certainement pas qu&#8217;ils se mettent par l\u00e0 en contradiction avec les principesdeleur propre organisation politique, et qu&#8217;ils donnent ainsi des encouragements directs \u00e0 l&#8217;arbitraire et au despotisme, en profitant de l&#8217;ignorance des masses.<\/p>\n<p>D&#8217;autres gouvernements europ\u00e9ens disent aux sujets dos pays musulmans, o\u00f9 des institutions sont en vigueur&nbsp;: \u00ab&nbsp;La libert\u00e9 dont on vous a gratifi\u00e9s est incompl\u00e8te ; elle n&#8217;est pas suffisante pour garantir et sauvegarder vos droits vous devez en r\u00e9clamer l&#8217;extension&nbsp;\u00bb. Et ils tiennent ce langage, quoiqu&#8217;ils sachent qu&#8217;on r\u00e9alit\u00e9 cette libert\u00e9 qu&#8217;ils d\u00e9clarent insuffisante pour les autres, est beaucoup plus grande que celle qu&#8217;ont pu obtenir d&#8217;eux leurs propres sujets.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s cela, et en pr\u00e9sence de ces contradictions, il faut n\u00e9cessairement admettre que les gouvernements dont nous venons de parler ne peuvent avoir, en donnant ces conseils, d&#8217;autre but que d&#8217;entretenir le m\u00e9contentement et l&#8217;agitation dans les pays musulmans, pour en emp\u00eacher le progr\u00e8s et la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>En r\u00e9sume, il est incontestable que la politique des gouvernements europ\u00e9ens, en ce qui concerne les pays musulmans, est contradictoire, et que celle des uns est de tous points oppos\u00e9s \u00e0 celle des autres. Car quelques-uns d&#8217;entre eux appuient certains gouvernements musulmans et sont dispos\u00e9s \u00e0 les aider pour l&#8217;introduction d&#8217;institutions politiques adapt\u00e9es \u00e0 leurs besoins sociaux. D&#8217;autres s&#8217;opposent \u00e0 toutes r\u00e9formes dans un pays musulman, tandis qu&#8217;ils insistent pour leur application dans un autre, selon que cela convient \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats politiques.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 ce qui vient d&#8217;\u00eatre dit au sujet de cette politique, je dois \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 d&#8217;ajouter qu&#8217;en ce qui concerne les capitulations, j&#8217;ai pu constater d&#8217;apr\u00e8s mes entretiens, avec des hommes d&#8217;Etat de plusieurs grandes puissances occidentales, que leurs gouvernements reconnaissent sans difficult\u00e9 que ces capitulations ne r\u00e9pondent plus aux besoins de l&#8217;\u00e9poque, et qu&#8217;en principe, ils ne sont pas oppos\u00e9s \u00e0 leur remplacement par des conventions en harmonie avec le droit international moderne.<\/p>\n<p>Mais, pour en venir l\u00e0, ils demandent avant tout, comme garantie efficace des droits de leurs sujets, l&#8217;organisation de tribunaux, dont le fonctionnement r\u00e9gulier leur permettrait de faire des concessions, au fur et \u00e0 mesure des progr\u00e8s acquis et de la consolidation du nouvel ordre de choses. Or, le maintien du r\u00e9gime actuel \u00e9tant, comme nous l&#8217;avons vu, un obstacle au d\u00e9veloppement r\u00e9gulier des affaires publiques, et, d&#8217;autre part, ces gouvernements europ\u00e9ens ne voulant consentir \u00e0 aucun changement, si ce n&#8217;est aux conditions ci-dessus \u00e9nonc\u00e9es, j&#8217;en conclus que les gouvernements musulmans sont dans l&#8217;obligation d&#8217;obvier \u00e0 toutes les difficult\u00e9s par la concession des garanties demand\u00e9es.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 islamique \u00e9tant r\u00e9gie dans ses affaires temporelles et spirituelles par une loi d&#8217;origine c\u00e9leste, qui se trouve renferm\u00e9e dans des limites fix\u00e9es par Dieu m\u00eame, et plac\u00e9e par cons\u00e9quent sur la balance la plus parfaite, doit trouver et trouve en effet dans cette m\u00eame loi toujours et partout les \u00e9l\u00e9ments essentiels de bonheur et de prosp\u00e9rit\u00e9 pour ce monde et pour l&#8217;autre. Or, cette soci\u00e9t\u00e9, comme toute autre, a des besoins d&#8217;une importance incontestable, qui, dans quelques circonstances, atteignent les proportions de n\u00e9cessit\u00e9s sociales, et dont la satisfaction est seule capable d&#8217;amener la r\u00e9glementation et le perfectionnement des affaires de l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Les moyens pour y parvenir peuvent \u00eatre de nature diff\u00e9rente et varier ind\u00e9finiment, selon les temps et l&#8217;\u00e9tat des m\u0153urs et lorsque notre loi ne les indique pas formellement, comme elle ne les interdit pas non plus, la saine interpr\u00e9tation de cette loi indique qu&#8217;il faut les prendre en consid\u00e9ration, les adopter et en favoriser l&#8217;application.<\/p>\n<p>Mais l&#8217;examen et l&#8217;emploi successif des moyens qui doivent rem\u00e9dier aux n\u00e9cessit\u00e9s sociales, et contribuer avec le progr\u00e8s, au bonheur de la nation, ne peuvent avoir lieu que par la concorde et par la r\u00e9union d&#8217;une partie de la nation, compos\u00e9e de membres \u00e9clair\u00e9s appartenant \u00e0 la classe des ul\u00e9mas et \u00e0 celle des hommes vers\u00e9s dans la politique, au courant des affaires int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures, connaissant les causes du mal et la nature des rem\u00e8des, et se pr\u00eatant, dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat du peuple, un appui r\u00e9ciproque pour procurer le bien et emp\u00eacher le mal.<\/p>\n<p>C&#8217;est donc aux hommes d&#8217;\u00c9tat, \u00e0 cause de leurs connaissances sp\u00e9ciales, d&#8217;indiquer les besoins ou le mal et de proposer les rem\u00e8des, et c&#8217;est aux ul\u00e9mas de prendre en consid\u00e9ration les moyens indiqu\u00e9s par les hommes d&#8217;\u00c9tat, et d&#8217;en l\u00e9gitimer l&#8217;application par une saine et savante interpr\u00e9tation de la loi. Or, tous les ul\u00e9mas qui examineront d&#8217;un \u0153il attentif la situation de leur pays, en tenant compte des conditions int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures, ne pourront se refuser n venir en aide aux hommes d&#8217;\u00c9tat dans l&#8217;organisation d&#8217;institutions appuy\u00e9es sur les bases de la loi th\u00e9ocratique et, partant du principe qu&#8217;il faut faire le plus de bien et \u00e9viter le plus de mal possible, ils veilleront avec empressement \u00e0 ce que ces institutions soient en rapport avec les principes fondamentaux de la loi th\u00e9ocratique, ou avec ce qui en d\u00e9coule naturellement et en constitue le d\u00e9veloppement et les ramifications, et ils se rappelleront surtout la maxime g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9e \u00e0 Omar ben Abd-el-Aziz&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que la politique, comme la jurisprudence pratique, doit varier selon les circonstances&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte de ce qui pr\u00e9c\u00e8de que seules les bases de la loi religieuse sont invariables et ne peuvent \u00eatre modifi\u00e9es par les r\u00e9volutions du temps.<\/p>\n<p>En relisant la savante dissertation du chef des hanafias, le cheikh Sidi Mohamed Bayrem premier, on trouvera des preuves qui confirment ce que nous venons d&#8217;avancer. Apr\u00e8s avoir dit, comme d\u00e9finition, que \u00ab&nbsp;l\u2019action du gouvernement selon la loi comprend tous les moyens par lesquels on se trouve le plus pr\u00e8s du bien et le plus loin du mal, quand m\u00eame ils n&#8217;auraient \u00e9t\u00e9 ni indiqu\u00e9s par le Proph\u00e8te, ni r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par l&#8217;esprit de Dieu&nbsp;\u00bb, ce jurisconsulte \u00e9minent bl\u00e2me \u00e9galement ceux qui, dans l&#8217;interpr\u00e9tation relative au cercle dans lequel doit se mouvoir l&#8217;action du gouvernement, se tiendrait syst\u00e9matiquement dans les externes, et il dit que celui qui s&#8217;en tiendrait rigoureusement a la lettre, se mettrait dans le cas ou de ne pas sauvegarder le droit, ou d&#8217;emp\u00eacher l&#8217;action de la justice, ou de favoriser indirectement la violation de la loi; et que celui qui, dans l&#8217;interpr\u00e9tation rationnelle touchant l&#8217;esprit (le la loi, franchit les limites permises sort tout \u00e0 fait du cercle de la loi, et ouvre la voie \u00e0 l&#8217;injustice et \u00e0 l&#8217;arbitraire sous toutes ses formes.<\/p>\n<p>Le cheikh Bayrem cite ensuite Ebnou Kayem-el-Djowz\u00ef\u00e9, qui rapporte \u00e0 son tour que Ebni Akil, appel\u00e9 \u00e0 se prononcer sur cette proposition&nbsp;: \u00ab&nbsp;qu&#8217;il ne saurait y avoir d&#8217;autre politique (l&#8217;action du gouvernement quant au temporel) que celle qui est approuv\u00e9e par la loi&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit a son auteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si par-l\u00e0 vous entendez que, dans la latitude qui lui est laiss\u00e9, le gouvernement doit \u00e9viter de se mettre on opposition avec les principes explicites de la loi, ou avec ce qui est la cons\u00e9quence l\u00e9gitime, vous avez raison; mais si vous entendez que l&#8217;action du gouvernement ne peut s&#8217;exercer qu&#8217;autant que la loi a parl\u00e9, et qu&#8217;elle doit s&#8217;arr\u00eater devant son silence, c&#8217;est l\u00e0 une erreur grossi\u00e8re et une censure injuste de la doctrine des compagnons du Proph\u00e8te et de la pratique qu&#8217;ils ont constamment suivie&nbsp;\u00bb. Et il cita \u00e0 l&#8217;appui plusieurs exemples de la politique adopt\u00e9e par ces derniers.<\/p>\n<p>Le m\u00eame cheikh Bayrem dit encore qu&#8217;apr\u00e8s avoir relat\u00e9 ce qui pr\u00e9c\u00e8de, Ebn-el-Kayem ajouta, \u00e0 propos de la jurisprudence pratique, d&#8217;autres d\u00e9veloppements dont la conclusion est que, l\u00e0 o\u00f9 l&#8217;on voit des sentiers conduisant il la d\u00e9couverte de la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 l&#8217;application de la justice et de l&#8217;\u00e9quit\u00e9, de quelque c\u00f4t\u00e9 que viennent ces sentiers, qu&#8217;ils soient indiqu\u00e9s par la loi, ou simplement reconnus par l&#8217;homme, l\u00e0 est la loi temporelle de Dieu, car il r\u00e9pugne \u00e0 sa bont\u00e9 de supposer que, n&#8217;ayant indiqu\u00e9 que quelques-uns de ces sentiers, il ait voulu interdire tous les autres.<\/p>\n<p>A propos de la jurisprudence bas\u00e9e sur la coutume, on demanda \u00e0 El Karafi, \u00ab&nbsp;si, la coutume venant il changer, on doit changer aussi la loi, ou bien si l&#8217;on doit dire que nous no sommes que de simples observateurs des r\u00e8glements \u00e9tablis par nos pr\u00e9d\u00e9cesseurs, et que nous ne pouvons pas faire une loi nouvelle, n&#8217;ayant pas qualit\u00e9 pour prendre sur nous la responsabilit\u00e9 d&#8217;une innovation quelconque&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9pondit que&nbsp;: \u00ab&nbsp;la pr\u00e9tention d&#8217;appliquer des lois bas\u00e9es sur une coutume qui a cess\u00e9 d&#8217;exister aux actes qui sont le r\u00e9sultat d&#8217;une coutume nouvelle, provient de l&#8217;ignorance de la loi, et que la jurisprudence fond\u00e9e sur la coutume doit changer avec elle, sans que ceux qui reconnaissent la n\u00e9cessit\u00e9 de ce changement puissent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme auteurs d&#8217;une innovation interpr\u00e9tative de la loi, parce que c&#8217;est une maxime constante et reconnue par l&#8217;accord unanime des plus savants jurisconsultes. \u00bb<\/p>\n<p>Ebnou El-Kayem a rang\u00e9 parmi les effets de l&#8217;ignorance et les erreurs les plus grossi\u00e8res, la supposition que notre loi politico-religieuse ne puisse se pr\u00eater il toutes les exigences du temporel suivant les conjonctures, en ajoutant que cette ignorance et cotte erreur ont permis aux souverains de violer la loi politico-religieuse et de franchir les limites ax\u00e9es par la religion, pour commettre dans l&#8217;administration toute sorte d&#8217;actes arbitraires, sans m\u00eame respecter les apparences et sans pouvoir pr\u00e9texter la moindre excuse.<\/p>\n<p>Le m\u00eame cheihk, Bayrem, dit \u00ab&nbsp;enfin que la cause principale de tous ces d\u00e9sordres qui sont r\u00e9sult\u00e9 de l&#8217;ignorance et de l&#8217;erreur sur la pr\u00e9tendue insuffisance de la loi islamique, a \u00e9t\u00e9 l&#8217;interpr\u00e9tation mat\u00e9riellement litt\u00e9rale et par trop \u00e9troite de certains ul\u00e9mas, qui, ne tenant aucun compte de l&#8217;esprit de la loi, et voulant r\u00e9tr\u00e9cir ce que Dieu a \u00e9largi, ont ainsi pouss\u00e9 les chefs politiques \u00e0 violer, en d\u00e9sespoir de cause, la loi politico-religieuse, et, pour ce qui concerne le temporel, \u00e0 ne plus s&#8217;enqu\u00e9rir des prescriptions et des limites qu&#8217;elle a \u00e9tablies.<\/p>\n<p><strong>Khair-Eddine Le Tunisien,<br>Traduit en fran\u00e7ais, le 9 septembre 1867<\/strong><\/p>\n\n\n<h2><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/reformes-necessaires-aux-etats-musulmans-3\/\">R\u00e9formes n\u00e9cessaires aux \u00c9tats musulmans: Introduction (3\/4)<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce qui, du reste, est conforme \u00e0 la tradition rapport\u00e9e par Moslem et recueillie par Mestour, dans une conversation qui eut lieu chez Omar-ben-el-Aas. 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