{"id":445,"date":"2018-12-26T12:49:29","date_gmt":"2018-12-26T12:49:29","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=445"},"modified":"2020-12-21T15:30:29","modified_gmt":"2020-12-21T14:30:29","slug":"tunisi-les-israelites-pendant-la-conquete-musulmane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/tunisi-les-israelites-pendant-la-conquete-musulmane\/","title":{"rendered":"Tunisie: Les isra\u00e9lites pendant la conqu\u00eate musulmane"},"content":{"rendered":"<p>Lors de la premi\u00e8re invasion des Arabes sous la conduite d&#8217;Okba, et lors de la fondation de Ka\u00efrouan (en 665), un certain nombre d&#8217;Isra\u00e9lites de l&#8217;Arabie, de l&#8217;Egypte et de la Cyr\u00e9na\u00efque, suivirent les hordes envahissantes, et s&#8217;\u00e9tablirent dans la nouvelle cit\u00e9 et dans les villes conquises \u00e0 la domination musulmane<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. C&#8217;est donc de J&#8217;\u00e9poque m\u00eame de la fondation de la ville que datent les premiers fondements de la communaut\u00e9 juive de Ka\u00efrouan, qui fut si florissante \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des Gh\u00e9onim (\u05d2\u05d0\u05d5\u05e0\u05d9\u05dd).<\/p>\n<p>Ces nouveaux \u00e9migrants servaient de trait d&#8217;union entre leurs coreligionnaires, qu&#8217;ils avaient trouv\u00e9s dans le pays, et les nouveaux conqu\u00e9rants. Les Isra\u00e9lites voyaient sans doute dans les sectateurs de Mahomet des amis venus, comme eux, de l&#8217;Orient ; parlant une langue presque identique \u00e0 la leur; proclamant comme eux l&#8217;id\u00e9e d&#8217;un Dieu unique; dont les temples, d\u00e9pourvus d&#8217;images et de symboles, contrastaient singuli\u00e8rement avec les \u00e9glises des anciens ma\u00eetres du pays. Il n&#8217;est donc pas \u00e9tonnant qu&#8217;un grand nombre d&#8217;entre eux se soient attach\u00e9s aux nouveaux arrivants. Les anciens ma\u00eetres du pays gard\u00e8rent aux Isra\u00e9lites rancune de cette sympathie pour les envahisseurs, et la leur firent payer bien cher<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Un nouveau flot d&#8217;\u00e9migration vint, \u00e0 la fin du septi\u00e8me si\u00e8cle, augmenter le nombre des Juifs de l&#8217;Afrique du nord, surtout ceux de Ka\u00efrouan. Les historiens arabes racontent que le calife Abdel Malek ben Marouan demanda \u00e0 son fr\u00e8re Abd Aziz, gouverneur de l&#8217;Egypte, d&#8217;envoyer \u00e0 Ka\u00efrouan 1,000 familles coptes ou juives. Cette \u00e9migration se fit sous la conduite du m\u00eame Hassen ben Naaman qui combattit el vainquit Kahina \u00e0 Thysdrus, et qui fit la conqu\u00eate de Carthage<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>C&#8217;est ce m\u00eame Hassen qui \u00e9tablit eu Tunisie, en 701, l&#8217;imp\u00f4t d\u00fb par les \u00e9trangers, d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de Kharaj, et qui \u00e9tait pay\u00e9 par tous les non musulmans indistinctement. Cet imp\u00f4t, dont furent dispens\u00e9s les chr\u00e9tiens \u00e0 des \u00e9poques diverses, \u00e0 la suite de n\u00e9gociations avec les Puissances, \u00ab toujours \u00e9t\u00e9 pay\u00e9 par les Juifs, jusqu&#8217;au jour de l&#8217;av\u00e8nement au tr\u00f4ne du Bey Mohammed, successeur d&#8217;Ahmed-hey, en 1855<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Le gouvernement du Maghreb fut, dans la suite, confi\u00e9 \u00e0 Ahou-Djafar, descendant de la famille des Abbassides. Les Isra\u00e9lites, plus encore que les Maures et les Berb\u00e8res, ont eu \u00e0 se plaindre des concussions de ce gouverneur, mais ils ne paraissent avoir pris aucune part au complot ourdi contre lui \u00e0 l&#8217;instigation de Mohammed ben Abou Taleb. Malgr\u00e9 la guerre prolong\u00e9e entre Djafar et Mohammed, et entre le fils du premier, Mahdi, et le plus jeune fr\u00e8re du second, Imam Edris<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9lites rest\u00e8rent fid\u00e8les \u00e0 leur chef et combattirent, sous ses ordres, contre son adversaire.<\/p>\n<p>Imam Kdris essaya de d\u00e9tacher les Isra\u00e9lites de la cause de son ennemi Mahdi, il d\u00e9l\u00e9gua, dans ce but, aupr\u00e8s d&#8217;eux des messagers ayant mission de les attirer dans son parti. Mais ces d\u00e9marches n&#8217;ayant pas abouti, il eut recours \u00e0 la ruse, tactique assez fr\u00e9quente chez les Arabes. Il soudoya quelques Grecs qui calomni\u00e8rent les Juifs aupr\u00e8s de Mahdi, les accusant d&#8217;infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 leur chef Imam Edris esp\u00e9rait que la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des ch\u00e2timents inflig\u00e9s par Mahdi d\u00e9tacherait de sa cause les Isra\u00e9lites, qu&#8217;il gagnerait ainsi facilement. Mais les Juifs rest\u00e8rent fid\u00e8les au fils de Djafar, malgr\u00e9 les tortures que ce dernier leur avait fait subir, et malgr\u00e9 les ch\u00e2timents que leur infligea Mahdi lui-m\u00eame, \u00e0 la suite des calomnies et sous les instigations perfides des \u00e9missaires grecs d&#8217;Imam Edris. Ils support\u00e8rent m\u00eame avec courage, et r\u00e9signation les injures d&#8217;un chef subalterne, nomm\u00e9 Abondafia, dont ils s&#8217;\u00e9taient fait m ennemi<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Ils n&#8217;avaient nullement d&#8217;ailleurs \u00e0 esp\u00e9rer, de la part d&#8217;Imam Edris, une am\u00e9lioration, de leur sort ; ils savaient tr\u00e8s bien ce qui les attendait, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&#8217;autre. Il s&#8217;est produit, \u00e0 la suite d&#8217;une de ces batailles entre Mahdi et Imam Edris, un fait qu&#8217;il est int\u00e9ressant de signaler, non seulement parce qu&#8217;il nous fait conna\u00eetre la mani\u00e8re dont les Isra\u00e9lites \u00e9taient trait\u00e9s par les conqu\u00e9rants, mais aussi parce qu&#8217;il donne la preuve \u00e9vidente que, sans conna\u00eetre le Talmud, leurs chefs en poss\u00e9daient l&#8217;esprit tout casuistique.<\/p>\n<p>A un moment o\u00f9 les hasards du combat avaient donn\u00e9 la victoire \u00e0 Imam Kdris, celui-ci exigea des Isra\u00e9lites de mettre \u00e0 sa disposition dix de leurs femmes, dont la r\u00e9putation de beaut\u00e9 \u00e9tait g\u00e9n\u00e9rale. Les dix femmes furent choisies par la voie du sort parmi les plus belles Juives de la tribu. Imam Kdris les garda quelque temps dans son harem, puis les renvoya dans leurs familles.<\/p>\n<p>Il s&#8217;\u00e9leva alors \u00e0 leur sujet une discussion parmi les plus notables de la tribu, dont tes uns soutenaient que ces femmes devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme violent\u00e9es (\u05d4\u05ea\u05e2\u05dc\u05dc\u05d5) et, comme telles, permises pour leurs maris, et dont les autres pr\u00e9tendaient, au contraire, que le choix par le sort \u00e9cartait toute id\u00e9e de violence, puisque le tyran n&#8217;avait pas d\u00e9sign\u00e9 ces f\u00e9murs par leurs noms, ce qui serait indispensable pour les faire b\u00e9n\u00e9ficier de la situation de \u05d4\u05ea\u05e2\u05dc\u05dc\u05d5. Ce sont ct&gt;s derniers qui ont eu gain de cause<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>La fid\u00e9lit\u00e9 des Juifs \u00e0 la cause de Mahdi ne fut cependant pas g\u00e9n\u00e9rale ; ceux du Fezzan et de la Mauritanie orientale (Tunisie), lass\u00e9s par les cruaut\u00e9s de ce chef-barbare, ne tard\u00e8rent pas \u00e0 l&#8217;abandonner et \u00e0 se jeter dans les bras d&#8217;Imam Edris. Il se r\u00e9unirent en arm\u00e9s sous la conduite de leur chef Benjamin, fils de Josu\u00e9, fils d&#8217;Eli\u00e9zer, dans la vall\u00e9e de Tassut (aujourd&#8217;hui Testour, \u00e0 environ 30 km au S.-O. de Tunis, et que traverse l&#8217;ancienne route romaine allant de Carthage \u00e0 Hippone), et l\u00e0 ils r\u00e9alis\u00e8rent leur jonction avec l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;Imam Edris et se battirent sous ses ordres contre celle de leur ancien chef Mahdi.<\/p>\n<p>Le choc fut terrible entre les deux arm\u00e9es, et le combat long et p\u00e9nible. Les troupes de Mahdi fuyaient vers l&#8217;ouest, et finirent par se r\u00e9fugier \u00e0 Milianah (Alg\u00e9rie), L&#8217;arm\u00e9e d&#8217;Imam Kdris, qui les poursuivait, entreprit le si\u00e8ge de cette ville. Mahdi, reconnaissant aux premiers rangs des bellig\u00e9rants les tribus juives nagu\u00e8re sous ses ordres, employa, pour se sauver, un stratag\u00e8me souvent mis on pratique, et toujours avec succ\u00e8s. Il fit mettre en avant, sur les murailles de la ville assi\u00e9g\u00e9e, d&#8217;autres Isra\u00e9lites, parmi ceux qui lui \u00e9taient rest\u00e9s fid\u00e8les, dans l&#8217;espoir que ceux-ci seraient \u00e9pargn\u00e9s par leurs fr\u00e8res, C&#8217;est \u00e0 la r\u00e9ussite de ce stratag\u00e8me que Milianah dut son salut<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Est-ce pour punir les Juifs de celte action qu&#8217;Imam Edris, \u00e0 partir de ce moment, redoubla de cruaut\u00e9 envers eux, ou bien faut-il attribuer celle recrudescence de s\u00e9vices \u00e0 la d\u00e9faite de ce prince, ou bien encore \u00e0 son caract\u00e8re ? Toujours est-il que les Juifs n&#8217;ont pas eu \u00e0 se louer de leur nouveau chef, qui ne respectait ni leurs biens ni leurs familles. C&#8217;est ainsi qu&#8217;\u00e0 un moment il viola la femme du chef d&#8217;une des tribus isra\u00e9lites nomm\u00e9 Obe\u00efd-Allah (Obadia). A la suite, de cet acte, toute cette tribu l&#8217;abandonna el retourna sur ses pas vers l&#8217;est<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Cependant la guerre recommen\u00e7a el la victoire resta \u00e0 Imam Edris Ma\u00efs au lieu de se montrer cl\u00e9ment pour les Isra\u00e9lites, \u00e0 qui il devait une bonne partie de ses succ\u00e8s, il devint, vis-\u00e0-vis d&#8217;eux, d&#8217;une cruaut\u00e9 extraordinaire, et leur imposa des conditions tr\u00e8s dures. Il voulut surtout les forcer \u00e0 embrasser l&#8217;islamisme el \u00e0 assister, dans les mosqu\u00e9es, aux pri\u00e8res foi tes au nom du proph\u00e8te Mahomet. Les Juifs, qui s&#8217;\u00e9taient soumis \u00e0 toutes les exigences du vainqueur, se r\u00e9volt\u00e8rent d\u00e8s qu&#8217;on voulut porter atteinte \u00e0 leur religion, et refus\u00e8rent \u00e0 Edris l&#8217;ob\u00e9issance, dont ils lui avaient prodigu\u00e9 tant de preuves. La r\u00e9volte dev\u00eent g\u00e9n\u00e9rale, el la guerre \u00e9clata, acharn\u00e9e el terrible, avec des p\u00e9rip\u00e9ties de d\u00e9faites cl de victoires pour les Juifs et les musulmans. Ces derniers, mieux pr\u00e9par\u00e9s, plus aguerris et plus nombreux, finirent par remporter une victoire \u00e9clatante sur les Juifs, dont la conversion \u00e0 l&#8217;islamisme fut ordonn\u00e9e. Mais sur ces entrefaites, Imam Kdris fut assassin\u00e9 par les ordres d\u2019Haroun El-Rachid (783), et sa semence contre les Juifs ne fut pas ex\u00e9cut\u00e9e. Les Isra\u00e9lites virent, dans cette mort violente d&#8217;Edris, une punition c\u00e9leste, dirig\u00e9e contre celui qui voulait porter atteinte \u00e0 leur religion.<\/p>\n<p>Un historien arabe g\u00e9n\u00e9ralement exact, El Ka\u00efrouani, dit que le calife Haroun-el-Rachid envoya \u00e0 son lieutenant Ibrahim lien Aghlab, gouverneur de Ka\u00efrouan, l&#8217;ordre de faire empoisonner Imam Edris, et que cet ordre fut mis \u00e0 ex\u00e9cution par un nomm\u00e9 Salomon Schemma, m\u00e9decin d&#8217;Aghlab. La famille Schemma a fourni, en effet, \u00e0 la Tunisie une pl\u00e9iade de savants et d&#8217;\u00e9crivains c\u00e9l\u00e8bres, et le m\u00eame El Ka\u00efrouani cite \u00e0 plusieurs reprises un historien nomm\u00e9 Ben Esch-Schemma<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 cette d\u00e9faite, les Isra\u00e9lites continuaient \u00e0 avoir dans le pays une certaine influence, et les autres habitants continuaient \u00e0 les estimer. La ville de-Bizerte garda longtemps ses gouverneurs Juifs, et leur administration \u00e9tait si sage et si habile que les habitants s&#8217;en montraient tr\u00e8s fiers<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>A partir du jour de cette d\u00e9faite, les Juifs renonc\u00e8rent \u00e0 jouer dans le pays un r\u00f4le politique. Plusieurs tribus embrass\u00e8rent l&#8217;islamisme et se m\u00eal\u00e8rent au reste de la population, il n&#8217;est pas impossible qu&#8217;il y en e\u00fbt parmi elles qui, tout en embrassant publiquement l&#8217;islamisme, continu\u00e8rent, pendant longtemps encore, \u00e0 exercer en secret la religion mosa\u00efque<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. D&#8217;autres, fuyant la pers\u00e9cution, se sont d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 quitter le pays et \u00e0 \u00e9migrer vers le sud ; un grand nombre enfin se d\u00e9cid\u00e8rent \u00e0 s&#8217;\u00e9tablir dans les villes et \u00e0 y exercer le commerce, notamment \u00e0 Ka\u00efrouan et \u00e0 Kalaa. Lorsque plus tard, en l&#8217;an 911 J-C., El Mehdi fonda la ville de Mehdia<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a> et El Mansour celle de Mansoura, pr\u00e8s de Ka\u00efrouan<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, les Juifs ne lard\u00e8rent pas \u00e0 s&#8217;y \u00e9tablir \u00e9galement.<\/p>\n<p><em>Extrait du livre: \u201c<strong>Essai sur l\u2019histoire des Isra\u00e9lites de Tunisie<\/strong> depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du protectorat de la France en Tunisie\u201d. <strong>Auteur : <\/strong>David Caz\u00e8s (1851-1913). <strong>\u00c9diteur : <\/strong>A. Durlacher (Paris). <strong>Date d\u2019\u00e9dition : <\/strong>1887<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Journal l\u2019Arabie (collection de l\u2019Univers pittoresque).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Plusieurs auteurs, et parmi eux Ibn Khaldoun et son commentateur Mercier, pr\u00e9tendent que l&#8217;h\u00e9ro\u00efne berb\u00e8re Kahina, qui tint pendant onze ans (de 697 \u00e0 708) si vaillamment t\u00eate aux envahisseurs musulmans conduits par Hassan Ibn Naaman, et dont la d\u00e9fense, \u00e0 Thysdrus EI Dem), est rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre, \u00e9tait Juive ou d&#8217;origine juive. Ibn Khaldoun pr\u00e9tend d&#8217;ailleurs, nous l&#8217;avons vu, qu&#8217;une grande partie des peuplades Berb\u00e8res, les Zenn\u00e8tes ou Iznaten, \u00e9taient d&#8217;origine juive, venus dans le pays \u00e0 la suite du Pharaon Tabraka (ou Nechao), en 712 avant J.-C. Le nom de Kahina, qui rappelle bien celui de \u2026 ou \u2026, est fait pour donner \u00e0 celte assertion un air de vraisemblance.<\/p>\n<p>Mats si Kahina et sa tribu \u00e9taient d&#8217;origine juive, cette communaut\u00e9 d&#8217;origine ne lui a pas fait \u00e9pargner les Isra\u00e9lites du pays, car il existe en Alg\u00e9rie et en Tunisie une tradition vague et fort ancienne, conserv\u00e9s dans une vieille complainte en langue arabe, et dont quelques couplets m&#8217;ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s par un Isra\u00e9lite des plus \u00e9rudits de Constantine. La chanson fait mention des cruaut\u00e9s exerc\u00e9es sur les Isra\u00e9lites par Kahina et les siens. \u2014 Voici, vers par vers, une traduction des deux strophes et du refrain, les seules part us de cette complainte qu&#8217;il m&#8217;ait \u00e9t\u00e9 possible de me procurer :<\/p>\n<p>O fils de Yeschouroun N&#8217;oubliez pas vos pers\u00e9cuteurs ? tes Chald\u00e9ens, C\u00e9sar, et Adrien, et Kahiya Cette maudite femme, plus cruelle que tous les autres r\u00e9unis.<\/p>\n<p>Elle, donnait nos vierges \u00e0 ses guerriers ; Elle se lavait les pieds dans le sang de nos enfants ; Dieu l&#8217;avait cr\u00e9\u00e9e pour nous faire expier nos p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais Dieu hait ceux qui font souffrir son peuple. Et le refrain : Rends-moi mes enfants Pour qu&#8217;ils me pleurent (\u00e0 ma mort). \u2014 Je les ai laiss\u00e9s. Entre les mains de Kahiya.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> L&#8217;historien El Ka\u00efrouani, qui rapporte ce fait, le donne sur la foi d&#8217;un autre historien arabe plus ancien que lui, El Bakri.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Kl Ka\u00efrouani, loc. cit. Voir \u00e9galement S\u00e9dillot, Histoire des Arabes (collection Duruy).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> On sait que les noms de Mahadi (qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 la famille des Almohades) et d&#8217;Imam Edris (d&#8217;o\u00f9 sont issus les Edrissites) sont tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bres parmi les Arabes, et que les historiens donnent souvent ces noms \u00e0 un descendant de ces familles qui s&#8217;est distingu\u00e9 par une action d&#8217;\u00e9clat. De cette habitude peut na\u00eetre une certaine conclusion contre laquelle il faut se mettre en garde. L&#8217;Imam Kdris dont il est question dans ce passage est Edris I, chass\u00e9 de l&#8217;Arabie \u00e0 la suite d&#8217;une tentative de r\u00e9volte, qui r\u00e9gna a Oualili (ancienne Volubilis) et A Tlemcen (788-791), et qui mourut empoisonn\u00e9 par un \u00e9missaire du calife de Bagdad, Haroun el Rachid.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Marcus Fischer, loc. cit. passim. Il n&#8217;est pas impossible que les Isra\u00e9lites du Maghreb aient eu connaissance de la conduite cruelle d&#8217;Imam Edris A l&#8217;\u00e9gard de leurs fr\u00e8res d&#8217;Arabie, et que le souvenir do celte cruaut\u00e9 ait contribu\u00e9 \u00e0 les maintenir dans la fid\u00e9lit\u00e9 sous tes ordres de Mahdi.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Marcus Fischer, loc cit., p. 17 et suiv.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Marcus Fischer, foc. cit., p. 26.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> La tradition veut que tes Isra\u00e9lites de l&#8217;Ile de Djerba soient, en partie, les descendants de cette tribu, qui s&#8217;y serait r\u00e9fugi\u00e9e en quittant l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;Imam Edris. Le nom d&#8217;Obe\u00efd Allah (ou Abdallah, ou Obadia) est 1res fr\u00e9quent, m\u00eame de nos jours, parmi les Isra\u00e9lites de cette Ile. C&#8217;est d&#8217;ailleurs de Djerba que se d\u00e9clarent originaires Ici fa nulles isra\u00e9lites les plus anciennes de Tunis. C&#8217;est encore \u00e2 Djerba que l&#8217;on trouve le plus fr\u00e9quemment des noms de famille isra\u00e9lites, dont l&#8217;origine n&#8217;est ni h\u00e9breu, ni arabe.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Et Ka\u00efrouani, loc. cit. p. 170 et passim. Il n&#8217;est pas impossible que la famille Schemama, l\u2019une des plus anciennes et des plus r\u00e9pandues en Tunisie, descendre des anciens Esch-Schemma.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> El Ka\u00efrouani, loc. cit. p. 42. Voici d&#8217;ailleurs le passage de l&#8217;histoire d&#8217;El Ka\u00efrouani qui est assez curieux, et qui m\u00e9rite d&#8217;\u00eatre cit\u00e9. On y verra que, d\u00e8s cette \u00e9poque recul\u00e9e, on employait contre les Juifs un syst\u00e8me qui a \u00e9t\u00e9, de nos jours, mis en pratique par certaines puissances de l&#8217;est de l\u2019Europe, qui n&#8217;en ont m\u00eame pas le m\u00e9rite de l&#8217;invention. \u00ab\u00a0J\u2019ai entendu dire que les Juifs avaient jadis command\u00e9 \u00e0 Bizerte. Plus tard, lorsque cette ville a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite sous le joug, les habitants des environs, pour la punir de l&#8217;insolence qu&#8217;elle avait montr\u00e9e au temps de sa prosp\u00e9rit\u00e9, choisirent le samedi pour jour de march\u00e9, afin que les citadins ne puissent pas y faire leurs approvisionnements \u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> On m&#8217;a assur\u00e9 que, jusqu&#8217;en ces derniers temps, les habitants musulmans de Hammamet, ville dont le s\u00e9jour \u00e9tait d\u00e9fendu aux Juifs jusqu&#8217;en 1881, avaient l&#8217;habitude de fermer leurs boutiques le samedi, et que toutes les femmes, le vendredi apr\u00e8s-midi, lavaient et blanchissaient leurs maisons et le dehors de leurs portes.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> La ville de Mendia fut b\u00e2tie en l&#8217;an 300 de l&#8217;H\u00e9gire, sur l&#8217;emplacement de l\u2019ancienne Zella, par l&#8217;\u00e9mir El Mehdi, qui lui donna son nom. En faubourg de Mehdia, connu de nos jours sous le nom de Zouila, rappelle encore le nom de l&#8217;ancienne cit\u00e9 ph\u00e9nicienne Jemma (\u05d2&#8217;\u05de\u05d4) dont les Romains firent Zella, La petite communaut\u00e9 juive de Mehdia y resta jusqu&#8217;\u00e0 la prise de cette ville par les Espagnols, en 1530. A cette \u00e9poque, les Juifs de Mehdia se r\u00e9fugi\u00e8rent \u00e0 Moknine, o\u00f9 ils sont encore de nos jours. (Voir El Ka\u00efrouani, p. 95.).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> La ville de Mansoura fut fond\u00e9e, dans le voisinage de Ka\u00efrouan, par le calife Kl Mansour, en l&#8217;an 338 de l&#8217;H\u00e9gire. (Voir, \u00e0 ce sujet, El Ka\u00efrouani, p. 106.).<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/essai-sur-lhistoire-des-israelites-de-tunisie\/\">Introduction du livre<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lors de la premi\u00e8re invasion des Arabes sous la conduite d&#8217;Okba, et lors de la fondation de Ka\u00efrouan (en 665), un certain nombre d&#8217;Isra\u00e9lites de l&#8217;Arabie, de l&#8217;Egypte et de la Cyr\u00e9na\u00efque, suivirent les hordes envahissantes, et s&#8217;\u00e9tablirent dans la nouvelle cit\u00e9 et dans les villes conquises \u00e0 la domination musulmane[1]. C&#8217;est donc de J&#8217;\u00e9poque&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3440,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,84],"tags":[157,122,197],"class_list":["post-445","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-history","tag-israelites","tag-kairouan","tag-musulmans"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=445"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3444,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/445\/revisions\/3444"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3440"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}