{"id":443,"date":"2018-12-26T12:48:31","date_gmt":"2018-12-26T12:48:31","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=443"},"modified":"2020-12-26T15:18:04","modified_gmt":"2020-12-26T14:18:04","slug":"les-israelites-de-tunis-du-xiie-au-xiiie-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/les-israelites-de-tunis-du-xiie-au-xiiie-siecle\/","title":{"rendered":"Les isra\u00e9lites de Tunis du XIIe au XIIIe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<p>A l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 le rabbin Duran \u00e9tait venu \u00e0 Alger, la communaut\u00e9 juive de Tunis \u00e9tait compos\u00e9e d&#8217;une partie s\u00e9dentaire, faisant son commerce dans la ville m\u00eame, et d&#8217;une autre partie dont les affaires \u00e9taient au dehors et qui quittaient la ville le dimanche pour n&#8217;y rentrer que le vendredi. Elle ne faisait qu&#8217;\u00e9baucher une organisation du culte. Nous avons vu que les \u00e9tudes religieuses \u00e9taient presque totalement abandonn\u00e9es, et que rien ne rappelait les vastes lumi\u00e8res de la communaut\u00e9 de Kairouan, ni de celle de Kalaa Hamad, Les rabbins \u00e9taient devenus fort rares; \u00e0 un moment m\u00eame il n&#8217;y en avait pas du tout. Ainsi nous trouvons plusieurs lettres de Duran adress\u00e9es \u00e0 Tunis aux fid\u00e8les (ou aux notables) qui y habitent. La plupart des lettres qu&#8217;il adresse \u00e0 Tunis, aussi bien que celles \u00e9crites par son fils Salomon, sont adress\u00e9es \u00e0 des rabbins orientaux ou alg\u00e9riens de passage \u00e0 Tunis. C&#8217;est ainsi que nous trouvons un rabbin Hakkim, un rabbin Sasport\u00e8s, que la communaut\u00e9 de Tunis l\u00e2chait de retenir aupr\u00e8s d&#8217;elle le plus longtemps possible, pour suppl\u00e9er \u00e0 l&#8217;absence totale des rabbins indig\u00e8nes.<\/p>\n<p>On sait que dans les pays musulmans, la justice a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme faisant partie du culte, et administr\u00e9e par les chefs religieux ; aussi les gouvernements ont-ils toujours laiss\u00e9 aux chefs des communaut\u00e9s isra\u00e9lites le soin de rendre la justice \u00e0 leurs coreligionnaires. Cette justice se rendait, naturellement d&#8217;apr\u00e8s les principes de la loi juive. C&#8217;\u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement les rabbins, l\u00e0 o\u00f9 il y en avait, qui \u00e9taient charg\u00e9s de prononcer les jugements et de rendre les sentences. Or, les docteurs de la loi avaient disparu \u00e0 Tunis. On y organisa un conseil de vieillards, qui menait comme il le pouvait les affaires de la communaut\u00e9. Il se r\u00e9unissait \u00e0 la synagogue, et les plaideurs se pr\u00e9sentaient devant lui et exposaient leur cause. C&#8217;\u00e9tait une sorte de tribunal arbitral, devant les d\u00e9cisions duquel tout le monde s&#8217;inclinait. Les anciens rendaient la justice selon leur conscience, d&#8217;apr\u00e8s ce qu&#8217;ils croyaient juste et utile dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la communaut\u00e9 naissante.<\/p>\n<p>Mais le rendement de la justice n&#8217;\u00e9tait pas la fonction la plus importante du conseil des anciens. Son r\u00f4le principal \u00e9tait de s&#8217;occuper des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la communaut\u00e9 ; c&#8217;est dans ce but qu&#8217;il prit certaines dispositions et \u00e9tablit des r\u00e8gles en vue de l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, au sujet des mariages, des divorces, des d\u00e9c\u00e8s, des successions, etc., ainsi qu&#8217;au sujet des revenus de la communaut\u00e9, dont il confiait l&#8217;administration mat\u00e9rielle \u00e0 une commission de sept membres choisis dans son sein et qu&#8217;on d\u00e9signait sous la d\u00e9nomination de sept notables de la ville (\u2026).<\/p>\n<p>Nous venons de voir que les \u00e9tudes h\u00e9bra\u00efques \u00e9taient totalement n\u00e9glig\u00e9es en Tunisie ; les connaissances bibliques \u00e9taient compl\u00e8tement oubli\u00e9es ; celle du Talmud l&#8217;\u00e9tait encore davantage, Nous voyons, d&#8217;apr\u00e8s les questions qu&#8217;elles posent aux rabbins d&#8217;Alger, \u00e0 quel point les communaut\u00e9s, autrefois si florissantes, \u00e9taient dans l&#8217;ignorance des choses les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la loi juive. On y ignorait jusqu&#8217;au formulaire du rituel, et on n&#8217;\u00e9tait pas au courent des changements qu&#8217;il fallait y faire \u00e0 l&#8217;occasion des f\u00eates, On n&#8217;avait qu&#8217;une id\u00e9e fort vague de l&#8217;importance relative des f\u00eates, des je\u00fbnes, etc., ni de ce qu&#8217;il \u00e9tait permis ou prohib\u00e9 de faire pendant les jours consacr\u00e9s au repos. Ceux qui \u00e9taient charg\u00e9s d&#8217;abattre les bestiaux \u00e9taient loin d&#8217;\u00eatre familiers avec les lois de la \u2026, et avaient besoin de s&#8217;adresser \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger pour des cas excessivement simples et \u00e9l\u00e9mentaires, Ou ignorait m\u00eame les chose qu&#8217;il \u00e9tait permis ou prohiba aux Isra\u00e9lites de manger.<\/p>\n<p>Les rares rabbins qui se trouvaient, de temps \u00e0 autre, de passage \u00e0 Tunis, \u00e9taient assaillis de demandes litigieuses ou de questions sur des difficult\u00e9s religieuses ou liturgiques ; les Isra\u00e9lites faisaient des efforts ou s&#8217;imposaient des sacrifices pour retenir parmi eux ces rabbins voyageurs. Pondant plusieurs si\u00e8cles, nous ne trouvons pas trace d&#8217;un seul rabbin instruit originaire de Tunisie. Tout ceux dont il est fait mention dans les consultations de l&#8217;\u00e9poque, et qui paraissent poss\u00e9der quelques connaissances, sont originaires de l&#8217;Orient ou de l&#8217;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>C&#8217;est sans doute \u00e0 cette absence presque absolue de chefs religieux qu&#8217;il faut attribuer la foi chancelante et les croyances peu s\u00fbres qu&#8217;on constate \u00e0 cette \u00e9poque chez les Isra\u00e9lites de Tunisie. Les bases en \u00e9taient si peu solides que dans des circonstances o\u00f9 ils \u00e9taient embarrass\u00e9s, ils n&#8217;h\u00e9sitaient pas, lorsqu&#8217;ils ignoraient les pr\u00e9c\u00e9dents ou les usages \u00e9tablis par la loi juive, \u00e0 se conformer \u00e0 la loi musulmane. Dans une demande faite par les notables de la ville, ils citent la loi musulmane, \u00e0 l&#8217;appui de leur dire.<\/p>\n<p>La situation que faisaient aux Isra\u00e9lites les musulmans ma\u00eetres de la ville \u00e9tait lamentable. Pour les mahom\u00e9tans, les Juifs \u00e9taient des \u00eatres inf\u00e9rieurs, faits pour les servir. Aussi, ils les tuaient avec, une grande facilit\u00e9. Les meurtres \u00e9taient tellement fr\u00e9quents que les isra\u00e9lites eux-m\u00eames finissaient parue presque plus s&#8217;en \u00e9mouvoir et par consid\u00e9rer presque avec indiff\u00e9rence ces assassinats occasionn\u00e9s par le fanatisme et la haine. Ils \u00e9taient tellement expos\u00e9s \u00e0 \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9s que des dispositions sp\u00e9ciales ont d\u00fb \u00eatre adopt\u00e9es \u00e0 ce sujet, afin de r\u00e9gler les responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Ils ne trouvaient d&#8217;ailleurs aucune protection aupr\u00e8s du gouvernement local, qui les traitait au contraire avec beaucoup de duret\u00e9, et qui portait \u00e0 leur commerce des entraves de plus d&#8217;une sorte. Non seulement il les obligeait \u00e0 porter un costume sp\u00e9cial et distinctif<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, mais encore il les accablait d&#8217;imp\u00f4ts de tout genre et les rendait collectivement responsables des sommes dont chacun d&#8217;eux \u00e9tait impos\u00e9.<\/p>\n<p>Voici les imp\u00f4ts auxquels \u00e9taient soumis les Isra\u00e9lites de Tunisie :<\/p>\n<p><em><strong>1\u00b0 L&#8217;imp\u00f4t collectif\u00a0:<\/strong><\/em> \u2014 Le gouvernement exigeait de chaque communaut\u00e9, en bloc, une somme dont l&#8217;importance variait chaque ann\u00e9e suivant l&#8217;\u00e9tat du commerce du pays, disait-on, ou suivant les b\u00e9n\u00e9fices pr\u00e9sum\u00e9s ; en r\u00e9alit\u00e9, suivant les besoins du tr\u00e9sor et le degr\u00e9 de p\u00e9nurie des finances, et le go\u00fbt plus ou moins dispendieux des gouvernant. Trois pr\u00e9pos\u00e9s (\u2026), nomm\u00e9s par le conseil des vieillards pour un temps d\u00e9termin\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement pour une ann\u00e9e, \u00e9taient charg\u00e9s d&#8217;en faire la r\u00e9partition et la perception, et d&#8217;en effectuer le versement dans les caisses de l&#8217;Etat. A l&#8217;expiration de leur mandat, les pr\u00e9pos\u00e9s rendaient compte de leur gestion devant une assembl\u00e9e compos\u00e9e de rabbins (\u2026) et du conseil des vieillards<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p><strong><em>2\u00b0 L\u2019imp\u00f4t personnel ou de capitation\u00a0:<\/em><\/strong> \u2014 Cet imp\u00f4t, nous l&#8217;avons vu, a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli, sous le nom de Kharadj, d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de la conqu\u00eate musulmane, tous ceux des habitants du pays qui ne professaient pas la religion mahom\u00e9tane y \u00e9taient soumis. Il \u00e9tait pay\u00e9 individuellement et les agents du fisc, \u00e9taient charg\u00e9s de le percevoir directement. Ils en op\u00e9raient la rentr\u00e9e avec un attirait extraordinaire de punitions et de vexation. Personne n&#8217;\u00e9tait dispens\u00e9 d&#8217;acquitter cet imp\u00f4t ; riches ou pauvres, sains ou infirmes, tous devaient l&#8217;acquitter. Naturellement les riches s&#8217;ing\u00e9ni\u00e8rent pour venir \u00e0 ce sujet en aide \u00e0 leurs coreligionnaires indigents. C&#8217;est dans ce but surtout que l&#8217;administration de la communaut\u00e9 s&#8217;empara du monopole de la vente de la viande de boucherie, que l&#8217;on vendait avec majoration de prix et dont les b\u00e9n\u00e9fices servaient \u00e0 payer l&#8217;imp\u00f4t du Kharadj des pauvres. Nous aurons \u00e0 revenir sur cette importante institution du monopole de la boucherie, dont l&#8217;origine remonte, on le voit, au XIIe ou au XIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p><em><strong>3\u00b0 La corv\u00e9e, ou prestation en nature\u00a0:<\/strong> <\/em>\u2014Tous les travaux d&#8217;utilit\u00e9 publique, tels que citernes, ponts, etc., les habillements, les chaussures et les tentes des arm\u00e9es, etc., etc., devaient \u00eatre faits par les Isra\u00e9lites, \u00e0 qui le gouvernement allouait quelquefois pour ces travaux un salaire d\u00e9risoire<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Lorsqu&#8217;on \u00e9tait oblig\u00e9 de s&#8217;adresser, pour la construction des palais, \u00e0 des ouvriers sp\u00e9ciaux venus de l&#8217;\u00e9tranger, les Isra\u00e9lites servaient d&#8217;hommes de peine. On les obligeait m\u00eame de r\u00e9curer et de laver les habitations des beys et des chefs, et d&#8217;en frotter les marbres \u00e0 la pierre ponce. Le ca\u00efd des Isra\u00e9lites, fonctionnaire dont il sera question plus loin, \u00e9tait charg\u00e9 de d\u00e9signer les hommes de corv\u00e9e et de les envoyer aux endroits indiqu\u00e9s. L&#8217;on s&#8217;imagine combien ce syst\u00e8me \u00e9tait f\u00e9cond en abus de toutes sortes.<\/p>\n<p>En dehors de ces trois imp\u00f4ts, qui s&#8217;appliquaient \u00e0 tous les Isra\u00e9lites sans exception, les industriels et les n\u00e9gociants \u00e9taient tenus de payer aux amin (chefs des corporations) une somme en rapport avec les b\u00e9n\u00e9fices qu&#8217;ils r\u00e9alisaient. Les n\u00e9gociants isra\u00e9lites payaient, pour leurs marchandises, import\u00e9es ou export\u00e9es, des droits plus forts que ceux que l&#8217;on exigeait des Chr\u00e9tiens<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>; les cafetiers, les restaurateurs, etc., \u00e9taient tax\u00e9s ; les musiciens eux-m\u00eames \u00e9taient oblig\u00e9s de verser au fisc une partie de leur recette<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Le gouvernement central et les divers fonctionnaires de l&#8217;Etat accueillaient favorablement et encourageaient m\u00eame les d\u00e9lateurs (\u2026). Ceux-ci s&#8217;\u00e9taient tellement multipli\u00e9s, gr\u00e2ce \u00e0 ces encouragements, que des mesures ont \u00e9t\u00e9 prises peur mettre un frein \u00e0 ce qui devenait une industrie. II fut d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9citer contre eux une impr\u00e9cation nouvelle, plus terrible que celle qui existait ant\u00e9rieurement et qu&#8217;on avait ins\u00e9r\u00e9e dans les pri\u00e8res quotidiennes. On avait m\u00f4me la pr\u00e9caution de r\u00e9citer en arabe les passages les plus importants de celle impr\u00e9cation, afin de les rendre compr\u00e9hensibles \u00e0 la partie de la population, peu vers\u00e9e dans la langue h\u00e9bra\u00efque, qui se livrait \u00e0 la d\u00e9lation. L&#8217;impr\u00e9cation avait \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e lors de l&#8217;arriv\u00e9e du rabbin Duran \u00e0 Alger, o\u00f9 elle \u00e9tait lue au temple par l&#8217;officiant. Lorsque le nombre des d\u00e9lateurs s&#8217;accrut \u00e0 Tunis, les Isra\u00e9lites de cette ville s&#8217;adress\u00e8rent au fils de Duran, qui leur en envoya une copie.<\/p>\n<p>Les conversions \u00e0 l&#8217;islamisme \u00e9taient encourag\u00e9es et favoris\u00e9es non seulement par les chefs religieux et par les particuliers, mais encore par le gouvernement lui-m\u00eame, qui \u00e9tablit des lois en faveur des Juifs convertis. D&#8217;apr\u00e8s la teneur de ces lois, tout Juif devenu musulman h\u00e9ritait (le plus souvent \u00e0 exclusion des autres), de la fortune de ses parents rest\u00e9s Juifs, tandis que les membres isra\u00e9lites de la famille d&#8217;un ren\u00e9gat n&#8217;avaient aucune part \u00e0 son h\u00e9ritage.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 toutes ces exactions et ces lois d&#8217;exception, le gouvernement ne pouvait pas s&#8217;emp\u00eacher d&#8217;avoir recours aux Isra\u00e9lites pour tous les emplois difficiles ou de confiance\u00a0; il les chargeait de pr\u00e9f\u00e9rence de la perception de ses imp\u00f4ts, de la gestion de ses finances et de l&#8217;administration de ses revenus.<\/p>\n<p>Ils avaient \u00e9galement entre les mains tous les monopoles et toutes les fournitures de l&#8217;Etat. C&#8217;est ainsi que, depuis un temps imm\u00e9morial, le receveur g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9gence a \u00e9t\u00e9 un Isra\u00e9lite. Le gouvernement vendait volontiers aux Juifs ses imp\u00f4ts, ses douanes, le droit exclusif de p\u00eache dans les divers lacs du pays, ses fermages de poids public, de tannerie, d&#8217;extraction de cire, de vente de sel, de fabrication de divers objets. Toutes les fois qu&#8217;un monopole \u00e9tait cr\u00e9\u00e9 dans la R\u00e9gence, un Juif en devenait l&#8217;adjudicataire.<\/p>\n<p>La population musulmane \u00e9tait d&#8217;ailleurs anim\u00e9e du m\u00eame esprit que le gouvernement ; elle n&#8217;\u00e9tait pas tendre pour les Juifs, et loin de leur t\u00e9moigner de la sympathie ou del\u00e0 bienveillance, elle s&#8217;appliquait au contraire \u00e0 leur montrer son m\u00e9pris et \u00e0 chercher toutes les occasions de leur manifester sa haine. N\u00e9anmoins elle \u00e9tait forc\u00e9e de s&#8217;adresser \u00e0 eux pour tout ce qui se rapportait aux transactions, au commerce, aux \u00e9changes de toute sorte.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque, leur commerce pareil d\u00e9j\u00e0 bien d\u00e9velopp\u00e9 ; ils faisaient des affaires avec l&#8217;Espagne, la France, l&#8217;Italie, l\u2019Egypte, l&#8217;Orient, et surtout avec l&#8217;Alg\u00e9rie, et faisaient d\u00e9j\u00e0 usage de la lettre de change pour faciliter leurs transactions.<\/p>\n<p>Les principaux articles qui faisaient l&#8217;objet de leur commerce \u00e9taient la laine et les draps, les peaux et les cuirs, les bl\u00e9s, les orges, les huiles, la cire, l&#8217;indigo, la cochenille, la pourpre, les m\u00e9taux pr\u00e9cieux. Ils obtenaient, aupr\u00e8s des Arabes et des chr\u00e9tiens, de la ville ou de l&#8217;\u00e9tranger, des cr\u00e9dits d&#8217;une certaine importance. Ils exer\u00e7aient les m\u00e9tiers de tanneurs, de cordonniers, de tailleurs, de fabricants de bonnets rouges, surtout celui de bijoutiers et d&#8217;orf\u00e8vres, auxquels ils s&#8217;adonnaient volontiers, comme les m\u00e9tiers les plus riches et les plus lucratifs<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>C&#8217;est surtout les questions immobili\u00e8res qui donnent lieu au plus grand nombre de transactions et de proc\u00e8s. Les Isra\u00e9lites de Tunis avaient largement mis \u00e0 profit l&#8217;autorisation qui venait de leur \u00eatre accord\u00e9e de s&#8217;\u00e9tablir dans un quartier de la ville et d&#8217;y devenir propri\u00e9taires fonciers. Chacun voulut avoir sa maison. Les uns b\u00e2tissaient, les autres achetaient des immeubles tout pr\u00eats. Ces genres d&#8217;affaires donn\u00e8rent lieu \u00e0 d&#8217;innombrables questions sur les achats, ventes, mitoyennet\u00e9s, h\u00e9ritages, partages, baux, etc., etc., dont nous trouvons les traces \u00e0 chaque pas en parcourant les innombrables consultations (\u2026) de l&#8217;\u00e9poque. On voit que c&#8217;\u00e9tait, l\u00e0 la grande pr\u00e9occupation des Isra\u00e9lites de Tunis.<\/p>\n<p>Leurs affaires mat\u00e9rielles ne leur faisaient pas n\u00e9gliger toutefois les int\u00e9r\u00eats moraux de la communaut\u00e9. Ils avaient adopt\u00e9 un certain nombre de dispositions dans le but de consolider l&#8217;union de la famille, de prot\u00e9ger les mineurs et les incapables, enfin de donner \u00e0 leur soci\u00e9t\u00e9 une organisation solide et fonctionnant r\u00e9guli\u00e8rement.<\/p>\n<p>C&#8217;est dans ce but qu&#8217;on a \u00e9tabli, que tout contrat ; de mariage devait, pour \u00eatre valable, obtenir la sanction du conseil des anciens ; que la femme conservait des droits sur sa dot et sur son apport dans la famille, afin qu&#8217;en cas de veuvage elle ne se trouv\u00e2t pas expos\u00e9e \u00e0 \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9e par les h\u00e9ritiers directs ; et que des tuteurs \u00e9taient, d&#8217;office, constitu\u00e9s par le conseil des vieillards pour sauvegarder les int\u00e9r\u00eats des mineurs.<\/p>\n<p>Le divorce existait chez eux, mais il \u00e9tait soumis \u00e0 des restrictions s\u00e9v\u00e8res. Il n&#8217;\u00e9tait permis de divorcer que dans le cas de flagrant d\u00e9lit d&#8217;adult\u00e8re ou de maladie incurable chez la femme constat\u00e9e avant le mariage, et dont l&#8217;\u00e9poux n&#8217;aurait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu avant l&#8217;union. La polygamie, quoique permise, \u00e9tait tr\u00e8s rare et n&#8217;\u00e9tait gu\u00e8re pratiqu\u00e9e que dans le cas de st\u00e9rilit\u00e9 de la premi\u00e8re femme.<\/p>\n<p>C&#8217;est \u00e0 cette \u00e9poque recul\u00e9e, dans le courant du XIIe ou du XIIIe si\u00e8cle, que doit se placer l&#8217;\u00e9tablissement de trois institutions qui ont jou\u00e9, \u00e0 des litres divers, un bien grand r\u00f4le dans la soci\u00e9t\u00e9 juive de Tunis, et qui forment, aujourd&#8217;hui encore, la base de l&#8217;organisation de la communaut\u00e9 de la capitale. Nous voulons parler de l&#8217;institution du ca\u00efdat, de la <em>Hazzaka<\/em> et du monopole de la vente de la viande de boucherie.<\/p>\n<p><strong><em>1\u00b0 Institution du ca\u00efdat<\/em>\u00a0:<\/strong> \u2014Le gouvernement tunisien a eu, de tout temps, recours \u00e0 un Isra\u00e9lite pour g\u00e9rer ses finances. Le receveur g\u00e9n\u00e9ral du bey a toujours \u00e9t\u00e9, nous l&#8217;avons vu, un Isra\u00e9lite. Celui-ci \u00e9tait, en m\u00eame temps, charg\u00e9 de d\u00e9signer les Juifs corv\u00e9ables. Gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;influence qu&#8217;il acqu\u00e9rait par l&#8217;exercice de ces fonctions multiples, le ca\u00efd (c&#8217;est le titre qu&#8217;il portait et qu&#8217;il porte encore) devenait l&#8217;interm\u00e9diaire naturel entre le souverain et les Isra\u00e9lites. Peu \u00e0 peu il devint un fonctionnaire public, dont la mission consistait \u00e0 repr\u00e9senter l&#8217;autorit\u00e9 locale aupr\u00e8s de la communaut\u00e9, et d&#8217;\u00eatre le mandataire de cette derni\u00e8re aupr\u00e8s du gouvernement du bey. Il propose \u00e0 l&#8217;Etat ou nomme directement les grands rabbins (Dayanim), les sept notables, les pr\u00e9pos\u00e9s aux diverses administrations, les notoires et scribes. Sa signature figure la premi\u00e8re sur les documents publics, avant m\u00eame celle du grand rabbin, et tout document public ou priv\u00e9 doit, pour \u00eatre valable, porter la signature du ca\u00efd ou la mention qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9 avec son autorisation. Rien ne peut se faire dans la communaut\u00e9 sans son consentement, il a droit de <em>veto<\/em> sur toutes les d\u00e9cisions des rabbins, des sept notables et des administrateurs de la communaut\u00e9. On lui donne, devant la Torah, le litre de \u2026, et il exerce la juridiction parmi les Isra\u00e9lites, \u00e0 qui il peut infliger des amendes, la bastonnade ou prison. Les autorit\u00e9s de la ville sont tenues de pr\u00eater main forte; le chef de la police ex\u00e9cute ses sentences.<\/p>\n<p><strong><em>2\u00b0 Institution de la Hazzak\u00e0<\/em>\u00a0:<\/strong> \u2014 A l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 les Isra\u00e9lites de Tunis furent autoris\u00e9s, gr\u00e2ce \u00e0 la puissante et bienveillante intervention de Sidi Mehrez, \u00e0 s&#8217;\u00e9tablir dans le quartier de la Hara, et avant que chacun e\u00fbt le temps de s&#8217;assurer, par des acquisitions immobili\u00e8res, une habitation lui appartenant, il se produisit une telle demande de locaux, que les loyers augmentaient tous les jours, ce qui rendait la vie de tous plus difficile. En outre, il arrivait souvent qu&#8217;un individu s&#8217;effor\u00e7ait, par des moyens divers, d&#8217;obtenir en location du propri\u00e9taire \u2014 musulman \u2014 la maison occup\u00e9e par son prochain. Pour mettre fin \u00e0 cette concurrence effr\u00e9n\u00e9e, et afin d&#8217;arr\u00eater cette augmentation excessive des loyers, le conseil des anciens, les rabbins et les administrateurs de la communaut\u00e9 institu\u00e8rent le droit de <em>Hazzak\u00e0<\/em> (pr\u00e9emption) ou droit de premier occupant. Voici en quoi il consiste : Tout Isra\u00e9lite qui loue, le premier, un immeuble appartenant \u00e0 un non isra\u00e9lite, acquiert sur cet immeuble un droit de pr\u00e9emption que tous ses coreligionnaires sont tenus de reconna\u00eetre et de respecter.<\/p>\n<p>Les chefs de la communaut\u00e9 ont r\u00e9glement\u00e9 ce droit, en ont r\u00e9dig\u00e9 des titres le constituant, et il devint ainsi une esp\u00e8ce de rente ou de taxe dont les propri\u00e9t\u00e9s musulmanes \u00e9taient grev\u00e9es. Ou \u00e9prouva, naturellement, le besoin de l&#8217;estimer, il fut primitivement fix\u00e9, pour la vente, a 30% de la valeur de la propri\u00e9t\u00e9 ; de fa\u00e7on que si un Isra\u00e9lite achetait \u00e0 un Arabe une maison frapp\u00e9e de Hazzak\u00e0, il \u00e9tait tenu soit de payer au propri\u00e9taire de cette taxe 30% de ce qu&#8217;il avait pay\u00e9 l&#8217;immeuble, soit de lui en servir la rente annuelle. Plus lard, d&#8217;autres rabbins modifi\u00e8rent cette proportion, et la r\u00e9gl\u00e8rent m\u00eame par rapport aux loyers et aux r\u00e9parations.<\/p>\n<p>la suite de cette r\u00e9glementation, tout individu ayant lou\u00e9 le premier un immeuble \u00e0 un non-isra\u00e9lite devenait ainsi, sans bourse d\u00e9lier, en partie propri\u00e9taire de l&#8217;immeuble. Si un autre Isra\u00e9lite louait un immeuble grev\u00e9 de Hazzak\u00e0, il devait au propri\u00e9taire de ce droit un second loyer, dont la proportion a vari\u00e9, selon les \u00e9poques, de 30 \u00e0 50% du loyer principal. Le plus extraordinaire dans cette combinaison est que les musulmans propri\u00e9taires finirent par reconna\u00eetre le droit de Hazzak\u00e0 et par s&#8217;y conformer. Bien plus, ils ont fait payer au propri\u00e9taire de ta Hazzak\u00e0, le tiers des d\u00e9penses de r\u00e9paration ou d&#8217;entretien des immeubles ainsi grev\u00e9s. Ce droit, comme d&#8217;ailleurs tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablis par les Isra\u00e9lites de l&#8217;\u00e9poque, s&#8217;\u00e9tend \u00e0 toute la Tunisie, et s&#8217;applique m\u00eame aux immeubles appartenant \u00e0 l&#8217;Etat. Toutes ces consid\u00e9rations font supposer, avec assez de vraisemblance, que ce droit n&#8217;a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli qu&#8217;avec le consentement de l&#8217;autorit\u00e9 locale<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>3\u00b0 <em>Institution du monopole del\u00e0 vente del\u00e0 viande de boucherie<\/em>\u00a0:<\/strong> \u2014 Une des premi\u00e8res et des plus pressantes pr\u00e9occupations des chefs de la communaut\u00e9 naissante a \u00e9t\u00e9 de se cr\u00e9er des ressources en vue d&#8217;en alimenter le budget. Les besoins \u00e9taient grands, en effet. Non seulement il fallait b\u00e2tir et entretenir des temples, acheter des terrains pour en faire des cimeti\u00e8res, fournir aux indigents d\u00e9c\u00e9d\u00e9s linceul et s\u00e9pulture, secourir les pauvres, les malades, les infirmes, entretenir les \u00e9coles dont on avait tant besoin et encourager les \u00e9tudes religieuses si n\u00e9glig\u00e9es jusque-l\u00e0, secourir les voyageurs pauvres qui visitaient la ville et envoyer des subsides en Palestine, mais il fallait surtout faire face aux exigences du gouvernement, payer les imp\u00f4ts collectifs et l&#8217;imp\u00f4t personnel ou Kharadj des pauvre. On s&#8217;est vite aper\u00e7u que les offrandes volontaires, spontan\u00e9es ou sollicit\u00e9es, ne pouvaient pas suffire \u00e0 faite face \u00e0 tant de besoins, et il fallut chercher autre chose.<\/p>\n<p>On ne pouvait pas songer \u00e0 frapper les Isra\u00e9lites d&#8217;un nouvel imp\u00f4t ; d&#8217;abord les exigences de l\u2019Etat \u00e9taient trop grandes et on ne pouvait pas les augmenter, ensuite si une imposition nouvelle \u00e9tait \u00e9tablie, l&#8217;Etat s\u2019en serait empar\u00e9. Force fut donc aux chefs de la communaut\u00e9 d&#8217;avoir recours aux imp\u00f4ts indirects. La viande Cascher \u00e9tait, gr\u00e2ce \u00e0 la Schehita, la mati\u00e8re sur laquelle ils avaient le plus facilement prise. C&#8217;est \u00e0 cette substance qu&#8217;ils s&#8217;attach\u00e8rent. L&#8217;administration de la communaut\u00e9 s&#8217;adjugea donc le monopole, de la vente de la viande, dont elle fixa le prix selon ses besoins. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la majoration \u00e9tait de 50% sur les prix fix\u00e9s par les Amin aux bouchers arabes<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>C&#8217;est au moyen des b\u00e9n\u00e9fices ainsi r\u00e9alis\u00e9s que la communaut\u00e9 pouvait faire face \u00e0 tous les services du culte, de la bienfaisance et de l&#8217;instruction, et satisfaire aux exigences chaque jour plus grandes des autorit\u00e9s locales. C&#8217;est du produit de la boucherie que la plus grande partie des d\u00e9penses de la communaut\u00e9 sont pay\u00e9es encore de nos jours<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes religieuses \u00e9taient \u00e0 cette \u00e9poque, nous l&#8217;avons vu, fort n\u00e9glig\u00e9es \u00e0 Tunis. On \u00e9tait contraint d&#8217;y retenir comme rabbins ceux qui y venaient de passage, principalement ceux qui arrivaient de Palestine pour recueillir, des offrandes en faveur des Isra\u00e9lites de la Terre Sainte. Nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l&#8217;occasion de constater que tous les rabbins habitant Tunis, dont il est fait mention dans les ouvrages de l&#8217;\u00e9poque, n&#8217;y sont que de passage, ou bien ce sont des \u00e9trangers qui se sont fix\u00e9s \u00e0 Tunis. Ceux originaires de Tunisie se font remarquer par leur ignorance dans la s\u00e9rie des questions qu&#8217;ils posent aux rabbins d&#8217;Alger. Cette ignorance est si notoire que les rabbins de la famille Duran ne se g\u00eanent pas pour en parler, et qu&#8217;un rabbin \u00e9tranger, de passage \u00e0 Tunis, demanda si l&#8217;on ne devait pas d\u00e9fendre de rendre la justice \u00e0 un <em>Dayan<\/em> notoirement ignorant.<\/p>\n<p>Leur vie morale \u00e9tait fort correcte et le sentiment de famille tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9 parmi eux. La prostitution \u00e9tait tr\u00e8s rare, et les femmes de mauvaise vie \u00e9taient vou\u00e9es au m\u00e9pris public. Ils contractaient des alliances \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, surtout en Alg\u00e9rie, pays avec lequel ils \u00e9taient en rapports constants d&#8217;affaires.<\/p>\n<p>Les livres \u00e9taient fort rares parmi eux ; ils mettaient en gage, comme objet pr\u00e9cieux, un rituel de pri\u00e8res, et la vente ou l\u2019engagement des livres donnaient lieu \u00e0 des proc\u00e8s importants.<\/p>\n<p><em>Extrait du livre: \u201c<strong>Essai sur l\u2019histoire des Isra\u00e9lites de Tunisie<\/strong> depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du protectorat de la France en Tunisie\u201d. <strong>Auteur : <\/strong>David Caz\u00e8s (1851-1913). <strong>\u00c9diteur : <\/strong>A. Durlacher (Paris). <strong>Date d\u2019\u00e9dition : <\/strong>1887<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir a, ce sujet Alph. Rousseau, Annales tunisienne, p. 347 ; voir aussi L\u00e9on Michel, Tunis, p. 104 et suiv. Le signe distinctif du costume des Juifs tunisiens consistait plut\u00f4t dans la couleur que dans la foi-mode l&#8217;habillement. Ainsi ils ne pouvaient porter de turbans verts ni blancs, les premiers destin\u00e9s aux descendants du proph\u00e8te, les seconds aux autres musulmans ; leurs souliers devaient \u00eatre noir. Tandis que ceux des Arabes \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement jaunes ou rouges, leurs burnous d\u00e9voient \u00eatre bleus ou noirs, les couleurs claires et voyantes \u00e9tant l&#8217;apanage des musulmans. Ces interdictions dur\u00e8rent jusqu&#8217;\u00e0 la proclamation de 1a constitution de 1857, Il sera question plus loin du curieux incident dit <em>l&#8217;Affaire du chapeau<\/em>, qui a failli occasionner l&#8217;intervention arm\u00e9e de l&#8217;Angleterre dans le pays.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir \u2026, 2<sup>\u00e8me<\/sup> vol., dem. 33, p. 76 b. On voit par ce qui pr\u00e9c\u00e8de que l&#8217;absurde pr\u00e9tention des administrateurs de la communaut\u00e9 de ne pas rendre compte de leur gestion est d&#8217;invention moderne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Certains auteurs croient que des esclaves chr\u00e9tiens \u00e9taient quelquefois adjoints aux Isra\u00e9lites pour la confection de quelques-uns de ces travaux.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir \u2026, lettre \u2026, dem. 85, p. 180 b. Cette diff\u00e9rence de droits (qui \u00e9tait de 3% ad valorem pour les Chr\u00e9tiens et de 10% pour les Juifs) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 8% au commencement de ce si\u00e8cle, \u00e0 la suite des d\u00e9marches du consul de Toscane, et supprim\u00e9e totalement lors de l&#8217;av\u00e8nement au tr\u00f4ne de Mohammed Bey, en 1855.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Ces divers droits existent encore de nos jours. Les musiciens ont encore un chef (ou ca\u00efd) sp\u00e9cial, charg\u00e9 de percevoir la part du fisc sur la recette de chaque s\u00e9ance et d&#8217;en faire le versement dans la caisse du receveur g\u00e9n\u00e9ral de la R\u00e9gence.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir \u2026, dem. 105, p. 20 b. \u2026 2\u00b0 vol., dem. 17, p. 62 6. On sait que l&#8217;industrie de la fabrication des bonnets rouges, aujourd&#8217;hui exerc\u00e9e exclusivement par les musulmans, est une industrie import\u00e9e d&#8217;Espagne. On n&#8217;y emploie que la laine provenant des moutons dits m\u00e9rinos. Tous les outils en usage dans cette industrie portent encore aujourd&#8217;hui des noms espagnols, les diverses op\u00e9rations auxquelles elle donne lieu sont, actuellement, d\u00e9sign\u00e9es sous des d\u00e9nominations espagnoles.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Le m\u00eame syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 dans la ville de T\u00e9tuan (Maroc), lorsque les Isra\u00e9lites ont d\u00fb changer de quartier vers la fin du si\u00e8cle dernier. \u2014 On n&#8217;est pas bien d&#8217;accord sur l&#8217;origine premi\u00e8re de la Hazzak\u00e0 ; les uns en attribuent la cr\u00e9ation \u00e0 un pape, qui l&#8217;aurait fait \u00e9tablir dans le Ghetto de Rome; d&#8217;autres en placent l&#8217;origine en Palestine; d&#8217;autres enfin croient que c&#8217;est en Tunisie que ce droit a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli pour la premi\u00e8re fois, et que partout o\u00f9 on l&#8217;a trouva il y a \u00e9t\u00e9 import\u00e9 de Tunisie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> La communaut\u00e9 Isra\u00e9lite obtint-elle l&#8217;autorisation de l&#8217;Etat pour s&#8217;emparer de ce monopole\u00a0? II ne nous a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 aucun document de l&#8217;\u00e9poque qui l\u2019affirme d&#8217;une fa\u00e7on positive. II est toutefois une circonstance qui permet de le supposer : c&#8217;est que les Amin qui, pour toutes tes autres denr\u00e9es, fixaient les prix aussi bien pour les Isra\u00e9lites que pour les autres habitants de la ville, n&#8217;exer\u00e7aient pas leur autorit\u00e9 sur les bouchers isra\u00e9lites, tandis que les bouchers musulmans y \u00e9taient soumis. Nous verrons plus tard qu&#8217;\u00e0 deux reprises diff\u00e9rentes, en 1876 et en 1878, le gouvernement du bey a reconnu ce monopole.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Voir \u2026, lettre \u2026, dem,112, p. 103a. Voici quelques passages de cette curieuse \u2026, sur laquelle nous aurons d&#8217;ailleurs \u00e0 revenir.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/etablissement-des-israelites-dans-les-villes-de-la-tunisie\/\">Tunisie: \u00e9tablissement des isra\u00e9lites dans les villes<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 le rabbin Duran \u00e9tait venu \u00e0 Alger, la communaut\u00e9 juive de Tunis \u00e9tait compos\u00e9e d&#8217;une partie s\u00e9dentaire, faisant son commerce dans la ville m\u00eame, et d&#8217;une autre partie dont les affaires \u00e9taient au dehors et qui quittaient la ville le dimanche pour n&#8217;y rentrer que le vendredi. 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