{"id":354,"date":"2018-12-28T09:27:00","date_gmt":"2018-12-28T08:27:00","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=354"},"modified":"2020-12-28T12:35:57","modified_gmt":"2020-12-28T11:35:57","slug":"les-israelites-de-tunisie-au-18eme-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/28\/les-israelites-de-tunisie-au-18eme-siecle\/","title":{"rendered":"Les isra\u00e9lites de Tunisie au 18\u00e8me si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<h2>L\u2019ARRIV\u00c9E DES JUIFS D&#8217;ESPAGNE, LE SCHISME DES GRANA<\/h2>\n<p>La communaut\u00e9 de Tunis, ainsi que celles des autres villes de la R\u00e9gence, surtout telles de Sfax, de Mahdia et de Djerba, continuaient ainsi \u00e0 se d\u00e9velopper petit \u00e0 petit, et \u00e0 augmenter chaque jour avec le nombre de leurs membres, leur bien-\u00eatre mat\u00e9riel et moral. Lorsque les Isra\u00e9lites d&#8217;Espagne furent, en 1492 bannis de leur pays, quelques-uns des exil\u00e9s de la P\u00e9ninsule vinrent chercher asile en Tunisie. Les Isra\u00e9lites de la R\u00e9gence accueillirent ; avec empressement et bienveillance les nouveaux venus et leur facilit\u00e8rent l&#8217;\u00e9tablissement parmi eux. Un grand nombre de musulmans, bannis comme eux de leur patrie, venaient, en m\u00eame temps qu&#8217;eux, demander asile \u00e0 la terre africaine. Cent ans plus tard, vers la fin du XVIe si\u00e8cle, nous trouvons les nouveaux venus group\u00e9s ensemble sous le nom de Communaut\u00e9 de l\u2019exil (\u2026) et formant noyau distinct.<\/p>\n<p>Des usages diff\u00e9rents de ceux des Isra\u00e9lites indig\u00e8nes facilitaient ce groupement sp\u00e9cial. Les m\u0153urs n&#8217;\u00e9taient pas strictement les m\u00eames, pas plus que les pratiques religieuses ; la prononciation m\u00eame de l&#8217;h\u00e9breu diff\u00e9rait, ainsi que la composition et l&#8217;arrangement de quelques-unes des pri\u00e8res du rituel. Les Isra\u00e9lites tunisiens, toujours hospitaliers et tol\u00e9rants, accord\u00e8rent \u00e0 ces fr\u00e8res malheureux une place sp\u00e9ciale dans le grand temple, place que l&#8217;on d\u00e9signe encore aujourd&#8217;hui sous le nom de <em>Place ou coin des Livournais<\/em>.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque d\u00e9j\u00e0 (fin du XVIe si\u00e8cle), la situation des Isra\u00e9lites de Tunis s&#8217;est notablement am\u00e9lior\u00e9e ; le bien-\u00eatre est plus grand, la s\u00e9curit\u00e9 augmente, Un rabbin d&#8217;Alg\u00e9rie, descendant de Duran, Salomon Serour, chass\u00e9 de sa patrie, vient chercher un asile \u00e0 Tunis, o\u00f9 il est re\u00e7u avec beaucoup d&#8217;empressement et d&#8217;honneurs. Les livres, bien qu&#8217;encore assez rares, commencent cependant \u00e0 s&#8217;y trouver ; le m\u00eame rabbin Serour dit qu&#8217;il a trouv\u00e9 \u00e0 Tunis, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu (\u2026), un ouvrage de Ma\u00efmonide (probablement le \u2026 et un \u2026.<\/p>\n<p>Dans un autre coin de la Tunisie, les Isra\u00e9lites venaient d&#8217;\u00eatre soumis \u00e0 une rude \u00e9preuve En 1530, les arm\u00e9es de Charles-Quint envahirent le littoral de la Tunisie. Plusieurs villes de la R\u00e9gence ont \u00e9t\u00e9 occup\u00e9es par les Espagnols, qui portaient avec eux le cort\u00e8ge d&#8217;intol\u00e9rance, de pers\u00e9cutions et d&#8217;inquisitions dont ils avaient gratifi\u00e9 la p\u00e9ninsule, La ville de Mehdia fut la premi\u00e8re qu&#8217;ils occup\u00e8rent. La communaut\u00e9 Isra\u00e9lite qui, depuis la fondation de la ville arabe, s&#8217;y \u00e9tait \u00e9tablie et d\u00e9velopp\u00e9e, dut fuir l&#8217;arm\u00e9e envahissante et chercher un refuge dans l&#8217;int\u00e9rieur des terres. Elle se fixa dans la ville de Moknine, distante d&#8217;environ 25 kilom\u00e8tres de Mehdia. Elle y resta apr\u00e8s le d\u00e9part des troupes castillanes, et elle y est encore de nos jours.<\/p>\n<p>D&#8217;autres communaut\u00e9s, moins \u00e9prouv\u00e9es, \u00e0 Sfax, \u00e0 Sousse, \u00e0 Djerba surtout, se formaient ou se d\u00e9veloppaient, les Isra\u00e9lites de Djerba principalement, dont Ma\u00efmonide avait fait jadis un tableau si peu flatteur, et qui s&#8217;\u00e9taient depuis tenus \u00e0 l&#8217;\u00e9cart, commencent \u00e0 prendre part au mouvement commun et \u00e0 se signaler par leurs efforts pour leur rel\u00e8vement moral. A la fin du XVIe si\u00e8cle, nous trouvons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Djerba des <em>Dayanim<\/em> et une organisation presque compl\u00e8te du culte et de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes rabbiniques, n\u00e9glig\u00e9es d&#8217;abord, prirent bient\u00f4t \u00e0 Tunis, gr\u00e2ce aux efforts pers\u00e9v\u00e9rants des chefs de la communaut\u00e9 et \u00e0 la pr\u00e9sence de plusieurs rabbins, surtout de Salomon Serour, un d\u00e9veloppement consid\u00e9rable, au point que la ville de Tunis acquit, chez les Isra\u00e9lites des autres pays, la r\u00e9putation de ville de savants et d&#8217;\u00e9crivains. Les ouvrages du XVIIe si\u00e8cle qui en font mention ne manquent pas de lui donner le titre pompeux de \u00ab La grande ville de savants et d&#8217;auteurs\u00a0\u00bb (\u2026).<\/p>\n<p>C&#8217;est au commencement du XVIIe si\u00e8cle que nous trouvons, pour la premi\u00e8re fois, la trace de cet usage, \u00e9tabli par les deys, dont on a fini depuis une si grande application, et qui consistait, soit \u00e0 charger les Isra\u00e9lites de l&#8217;ex\u00e9cution de ceux qui \u00e9taient condamn\u00e9s \u00e0 la strangulation, soit \u00e0 leur livrer les cadavres des grands personnages ex\u00e9cut\u00e9s par l&#8217;autorit\u00e9, pour \u00eatre insult\u00e9s et tra\u00een\u00e9s par les rues de la ville. En agissant ainsi, le gouvernement poursuivait le but de livrer davantage ces supplici\u00e9s au m\u00e9pris public ; de leur c\u00f4t\u00e9, les Isra\u00e9lites y trouvaient une occasion d&#8217;assouvir leur col\u00e8re et de se venger sur les morts des exactions sans nombre que leur faisaient subir les vivants. Il \u00e9tait d&#8217;ailleurs rare que le condamn\u00e9, quel qu&#8217;il f\u00fbt pour peu qu&#8217;il rempl\u00eet une fonction \u00e9lev\u00e9e, n&#8217;e\u00fbt, exerc\u00e9 contre les Isra\u00e9lites quelque acte de cruaut\u00e9, dont on se vengeait sur son cadavre<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, au milieu de l&#8217;ann\u00e9e 1707, les Etats g\u00e9n\u00e9raux de Hollande envoy\u00e8rent \u00e0 Tunis ; en qualit\u00e9 d&#8217;ambassadeur extraordinaire, un Isra\u00e9lite, nomm\u00e9 Juda Cohen, charg\u00e9 de la mission de n\u00e9gocier avec le gouvernement du bey un trait\u00e9 de commerce et de navigation. La qualit\u00e9 de <em>Juif<\/em> de cet ambassadeur ne fit aucun obstacle \u00e0 l&#8217;accomplissement de la mission que lui avait confi\u00e9e son gouvernement ; les n\u00e9gociations se poursuivirent avec succ\u00e8s et le trait\u00e9 fut sign\u00e9 par le Bey Hussein ben Ali (le chef de la dynastie Husseinite actuellement r\u00e9gnante) et Juda Cohen, le 24 mars 1708, et ratifi\u00e9 \u00e0 La Haye, le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre de la m\u00eame ann\u00e9e<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. On a conserv\u00e9, aux archives du consulat de Hollande \u00e0 Tunis, avec l&#8217;un des originaux de ce trait\u00e9, une lettre par laquelle le bey Hussein manifeste toute sa satisfaction pour la fa\u00e7on dont le sieur Juda Cohen, ambassadeur des Etats g\u00e9n\u00e9raux de Hollande, sut mener \u00e0 bien les n\u00e9gociations, et les faire aboutir si heureusement \u00e0 la conclusion du trait\u00e9.<\/p>\n<p>Vers la m\u00eame \u00e9poque, le gouvernement de la Grande-Bretagne envoya \u00e0 Tunis un Isra\u00e9lite, muni d&#8217;un rescrit royal, avec le litre de drogman et courtier du consulat d&#8217;Angleterre. Le titulaire du consulat s&#8217;int\u00e9ressa vivement \u00e0 ce fonctionnaire, le prit sous sa protection particuli\u00e8re et lui offrit m\u00eame un logement dans la maison consulaire.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 ces nouvelles recrues qui relevaient, aux yeux de la population, la situation des Isra\u00e9lites, gr\u00e2ce \u00e9galement \u00e0 l&#8217;influence, chaque jour plus grande, qu&#8217;acqu\u00e9raient aupr\u00e8s du gouvernement local les repr\u00e9sentants des puissances \u00e9trang\u00e8res, plusieurs familles Isra\u00e9lites europ\u00e9ennes vinrent, principalement de Livourne, s&#8217;\u00e9tablir dans le pays et y exercer, qui le commerce, qui la m\u00e9decine, qui les divers emplois de commis ou autres. Tous ces nouveaux arriv\u00e9s allaient grossir le nombre et fortifier le noyau de la petite communaut\u00e9 de l&#8217;exil (\u2026) \u00e0 laquelle les attachaient leur origine, leurs coutumes, leur rituel et m\u00eame leur langue<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La petite communaut\u00e9 europ\u00e9enne, qu&#8217;on d\u00e9signait sous le nom de communaut\u00e9 de l&#8217;Exil, communaut\u00e9 portugaise, ou plus commun\u00e9ment communaut\u00e9 livournaise<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, grossissait ainsi \u00e0 vue d&#8217;\u0153il et acqu\u00e9rait, gr\u00e2ce \u00e0 la situation de ses membres, pour la plupart riches, originaires des pays europ\u00e9ens, et, comme tels, soustraits aux exactions du gouvernement local, une influence consid\u00e9rable au soin du juda\u00efsme tunisien. Aussi des vell\u00e9it\u00e9s s\u00e9paratistes ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se manifester, et le schisme \u00e9clata en 1710.<\/p>\n<p>Ce schisme \u00e9tait in\u00e9vitable ; d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 les Isra\u00e9lites de Tunis, hospitaliers et empress\u00e9s au d\u00e9but envers les nouveaux venus, ne les voyaient pas sans une certaine envie acqu\u00e9rir chaque jour, par leur instruction, leur richesse et leur qualit\u00e9 de prot\u00e9g\u00e9s des puissances, l&#8217;influence qu&#8217;ils perdaient eux-m\u00eames. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9 les Isra\u00e9lites europ\u00e9ens ne consentaient pas volontiers \u00e0 \u00eatre trait\u00e9s en \u00e9trangers, et \u00e0 n&#8217;avoir qu&#8217;une part insignifiante dans l&#8217;administration du pays, tandis que leur situation de fortune les pla\u00e7ait au rang des contribuables les plus importants. Ce qu&#8217;ils supportaient le plus malais\u00e9ment, c&#8217;\u00e9taient les pr\u00e9potences du ca\u00efd et l&#8217;autorit\u00e9 despotique qu&#8217;il exer\u00e7ait sur la communaut\u00e9. Aussi saisirent-ils la premi\u00e8re occasion qui se pr\u00e9senta pour se s\u00e9parer de leurs coreligionnaires tunisiens et se constituer en communaut\u00e9 sp\u00e9ciale. Ils se cotis\u00e8rent pour construire un temple livournais, ils eurent leur tribunal rabbinique (\u2026) particulier, leur boucherie distincte et leur cimeti\u00e8re s\u00e9par\u00e9, en un mot toute une organisation nouvelle, fonctionnant ind\u00e9pendamment de celle de l&#8217;ancienne communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Les membres de cette derni\u00e8re congr\u00e9gation, les chefs et les rabbins principalement, ne virent pas sans une grande douleur cette division intestine. Les \u00e9crits de l&#8217;\u00e9poque sont pleins d&#8217;expressions qui d\u00e9notent l&#8217;affliction qu&#8217;ils en ont ressentie ; mais ils ne purent pas s&#8217;y opposer. Il est m\u00f4me probable, bien qu&#8217;aucun \u00e9crit de l&#8217;\u00e9poque ne le constate, que le nouveau groupe demanda et obtint l&#8217;autorisation de l&#8217;Etat pour se constituer en communaut\u00e9 distincte.<\/p>\n<p>Ce schisme apporta une perturbation consid\u00e9rable au sein du juda\u00efsme tunisien. Plusieurs Isra\u00e9lites, nullement \u00e9trangers, se faisaient admettre dans le nouveau groupe, afin de s&#8217;affranchir ainsi du paiement des taxes rabbiniques ; la boucherie livournaise faisait une concurrence tr\u00e8s forte \u00e0 celle des Tunisiens, et les recettes de cette derni\u00e8re diminuaient \u00e0 vue d&#8217;\u0153il. Tout en maudissant le schisme et en pronon\u00e7ant des impr\u00e9cations contre les ailleurs de cette division, les rabbins, sentant que tous leurs efforts ne parviendraient pas \u00e0 r\u00e9tablir l&#8217;union ni \u00e0 enrayer le fait accompli, song\u00e8rent enfin \u00e0 en att\u00e9nuer les cons\u00e9quences, et apr\u00e8s avoir longuement m\u00e9dit\u00e9 sur la question et entam\u00e9 des n\u00e9gociations 1res laborieuses, sign\u00e8rent une convention o\u00f9 sont stipul\u00e9es les conditions suivantes :<\/p>\n<p>1\u00b0 II \u00e9tait s\u00e9v\u00e8rement d\u00e9fendu aux Isra\u00e9lites appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 tunisienne d&#8217;acheter de la viande de la boucherie de la communaut\u00e9 livournaise ; les Isra\u00e9lites de cette derni\u00e8re communaut\u00e9, au contraire, pouvaient se servir des boucheries de l\u2019autre ;<\/p>\n<p>2\u00b0 Toutes les charges pesant sur la collectivit\u00e9 du juda\u00efsme tunisien (imp\u00f4ts collectifs, achat de cimeti\u00e8re, cadeaux aux princes, etc.,) \u00e9taient, r\u00e9parties entre les deux communaut\u00e9s, dans la proportion de deux tiers pour la communaut\u00e9 tunisienne, et un tiers pour la communaut\u00e9 livournaise.<\/p>\n<p>Ces deux conditions, tr\u00e8s dures pour le nouveau groupe, montrent suffisamment le caract\u00e8re pour ainsi dire coercitif que la convention dont nous nous occupons avait aux yeux des Isra\u00e9lites tunisiens. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, l&#8217;acceptation de ces clauses par les Juifs livournais indique chez eux le d\u00e9sir de sortir de l\u2019esp\u00e8ce d&#8217;ostracisme dont ils \u00e9taient l&#8217;objet de la part de ceux qui leur avaient fait nagu\u00e8re un accueil aussi sympathique.<\/p>\n<p>La m\u00eame convention r\u00e9glait, pour le pr\u00e9sent et pour l&#8217;avenir, afin de mettre fin aux d\u00e9sertions la base d&#8217;apr\u00e8s laquelle on ferait partie de l&#8217;un ou de l&#8217;autre groupe. Il fut convenu que tout Isra\u00e9lite d&#8217;origine tunisienne, ou venu des pays musulmans, ferait partie de la communaut\u00e9 tunisienne, et que tous ceux qui venaient des pays chr\u00e9tiens seraient incorpor\u00e9s dans la communaut\u00e9 <em>livronnaise<\/em>. Le m\u00eame principe fut adopt\u00e9 pour les indigents de passage, qu&#8217;il fallait nourrir et rapatrier, ou enterrer en cas de d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Cette convention, portant la date du 7 du mois de Ab 5501 (juillet 1741), \u00e9tait munie de la signature de tous les rabbins de l&#8217;\u00e9poque, ayant \u00e0 leur t\u00eate Abraham Ta\u00efeb, dit Baba Sidi (ou grand p\u00e8re), pour le distinguer d&#8217;un autre rabbin du m\u00eame nom, qui vivait quarante ans plus tard, et qui renouvela la m\u00eame convention (probablement \u00e0 la suite de la r\u00e9p\u00e9tition des m\u00eames abus) le 1<sup>er<\/sup> du mois de Eloul 5544 (ao\u00fbt 1784)<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<h2>LES ISRA\u00c9LITES DE TUNISIE AU XVIIIe SI\u00c8CLE<\/h2>\n<p>Ces divisions intestines n&#8217;emp\u00eachaient pas les rabbins de Tunis de s&#8217;occuper tr\u00e8s activement des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux des Isra\u00e9lites. En 1705, le tribunal rabbinique, pr\u00e9sid\u00e9 par le rabbin Semah Sarfati, fit une \u00e9lude approfondie du droit de pr\u00e9emption (\u2026) et s&#8217;occupa d&#8217;en r\u00e9gulariser les effets et d&#8217;assurer les droits de chacun. A la suite de cette \u00e9lude, il fut pris une d\u00e9cision (dat\u00e9e du mois de Schebat 5465) d&#8217;apr\u00e8s laquelle le droit de pr\u00e9emption \u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 30% de la valeur de l&#8217;immeuble grev\u00e9 de ce droit. Il fut \u00e9galement d\u00e9fendu aux Isra\u00e9lites de surench\u00e9rir sur les loyers des maisons occup\u00e9es par leurs coreligionnaires.<\/p>\n<p>A cette \u00e9poque (commencement du XVIIIe si\u00e8cle), la communaut\u00e9 de Tunis a accompli d&#8217;immenses progr\u00e8s. Elle se trouve d\u00e9j\u00e0 r\u00e9guli\u00e8rement constitu\u00e9e et munie de diverses administrations fonctionnant c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te pour atteindre un but commun ; elle dispose de revenus fixes et importants. Elle ne se contente plus des b\u00e9n\u00e9fices effectu\u00e9s par le monopole de la boucherie; elle \u00e9tablit, pour faire face \u00e0 ses besoins chaque jour plus grands, d&#8217;autres droits fiscaux auxquels elle oblige tous ses membres \u00e0 se conformer; modifiant l\u00e9g\u00e8rement et mettant en vigueur un ancien pr\u00e9cepte biblique, elle exigeait de chacun de ses membres de consacrer chaque ann\u00e9e, au profil des \u0153uvres pieuses de la communaut\u00e9, la dixi\u00e8me partie des b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s par lui; elle avait transform\u00e9 la peine du (\u2026) en une amende de quarante pi\u00e8ces d&#8217;or au profit des pauvres; elle avait, en outre, institu\u00e9 des administrations particuli\u00e8res pour chacun des services les plus importants de son \u0153uvre; elle les avait dol\u00e9es soit en y consacrant les revenus de certains immeubles ou de certains temples, soit en cr\u00e9ant des revenus particuliers avec des affectations sp\u00e9ciales. C&#8217;est ainsi que nous trouvons des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s (\u2026) particuliers et des revenus sp\u00e9ciaux pour le service des inhumations, pour l&#8217;entretien des \u00e9coles pour la jeunesse, pour le service des malades et pour diverses autres fondations pieuses.<\/p>\n<p>Dans les autres villes de la R\u00e9gence des communaut\u00e9s se forment et s&#8217;organisent. Il est fait, dans les ouvrages du temps, mention de celles de Djerba, de Kef, de Moknine, de Nabeul, de Sousse, de Sfax, de Testour.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9tat moral des Isra\u00e9lites tunisiens s&#8217;est sensiblement am\u00e9lior\u00e9; les rabbins sont nombreux et instruits; les livres abondent; les universit\u00e9s talmudiques (\u2026) sont communes \u00a0et tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9es, et les disciples s&#8217;y groupent autour de ma\u00eetres v\u00e9n\u00e9r\u00e9s qui s&#8217;y r\u00e9unissent souvent pour discuter des questions talmudiques, casuistiques ou liturgiques, ou pour s&#8217;occuper des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>La vie intime est toujours aussi unie et aussi forte que par le pass\u00e9 ; l&#8217;esprit de famille continue \u00e0 \u00eatre chez eux tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9. On marie les adultes fort jeunes, et ce sont les parents qui d\u00e9cident et arrangent les alliances, selon la convenance des familles. Le fianc\u00e9 conna\u00eet rarement la femme qu&#8217;on lui destine et \u00e0 laquelle il va unir son existence. Ils ne tol\u00e8rent pas d&#8217;ailleurs volontiers les c\u00e9libataires parmi eux, et forcent presque les veufs \u00e0 se remarier, surtout si ce sont des rabbins ou des personnes de distinction. Le divorce, n\u00e9anmoins, \u00e9tait fort rare chez eux, et la polygamie ne se rencontrait presque que dans le cas de st\u00e9rilit\u00e9 de la premi\u00e8re union. Les alliances se contractent quelquefois, non seulement entre membres, des deux communaut\u00e9s, mais m\u00eame avec des familles de l\u2019\u00e9tranger ; c&#8217;est ainsi que nous trouvons plusieurs Isra\u00e9lites tunisiens qui vont prendre femme en Alg\u00e9rie, \u00e0 Livourne ou \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que leur \u00e9tat moral, leur situation mat\u00e9rielle s&#8217;am\u00e9liore consid\u00e9rablement ; leur commerce prend un grand d\u00e9veloppement et s&#8217;\u00e9tend \u00e0 toutes les branches de l&#8217;activit\u00e9 tunisienne et \u00e0 tous les pays qui sont en rapports avec la R\u00e9gence. Ils ont des relations suivies avec plusieurs villes de Turquie, d&#8217;Egypte, d&#8217;Italie, de France, sans compter l&#8217;Alg\u00e9rie, la Tripolitaine et l\u2019Ile de Malte, o\u00f9 ils n&#8217;ont jamais cess\u00e9 d&#8217;entretenir des relations multiples et vari\u00e9es.<\/p>\n<p>Leur commerce local est aussi vari\u00e9 et \u00e9tendu. Ils en ont adopt\u00e9 tous les usages et les syst\u00e8mes, comptabilit\u00e9, lettres de change, contrats, conventions, assurances, etc., etc.<\/p>\n<p>Tous les articles qui font, \u00e0 Tunis, l&#8217;objet d&#8217;un commerce quel qu&#8217;il soit, les int\u00e9ressent et les attirent ; ils ont des relations importantes non seulement entre eux, mais encore avec les musulmans et les chr\u00e9tiens auxquels ils servent d&#8217;interm\u00e9diaires ou de courtiers, et dont ils obtiennent des cr\u00e9dits s&#8217;\u00e9levant souvent \u00e0 des sommes consid\u00e9rables.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9lites de Tunis, ainsi que ceux d&#8217;Alger, avaient eu, de tout temps, la sp\u00e9cialit\u00e9 d&#8217;acheter les prises que les pirates apportaient dans le port. Apr\u00e8s les avoir achet\u00e9es, ils les r\u00e9exp\u00e9diaient \u00e0 Livourne, o\u00f9 ils les faisaient vendre. De l\u00e0 les grandes transactions qui se sont cr\u00e9\u00e9es entre la Tunisie et Livourne.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Le Vacher, qui \u00e9tait consul de France \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle, \u00e9crit \u00e0 la Chambre de Commerce de Marseille, qui lui demandait de racheter les prises, afin que la perte des n\u00e9gociants f\u00fbt moins forte, que la concurrence des Juifs ne lui permettait pas de se conformer aux v\u0153ux de la Chambre<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais en m\u00eame temps que leur commerce augmentait et se d\u00e9veloppait, leur industrie, au contraire, para\u00eet avoir sensiblement diminu\u00e9 ; les m\u00e9tiers passent de leurs mains entre celles des musulmans ou des chr\u00e9tiens, et on ne rencontre gu\u00e8re parmi eux que des tailleurs, des passementiers et quelques rares cordonniers. Par contre, leurs femmes filaient et tissaient le lin, la laine et la soie, et contribuaient ainsi, par leur travail, \u00e0 l&#8217;aisance de la famille.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient, pour leur commerce ou les m\u00e9tiers qu&#8217;ils exer\u00e7aient, soumis \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 des <em>Amin<\/em> (chefs de corporations) que le gouvernement met \u00e0 la t\u00eate de chacune des branches de l&#8217;industrie, ou du commerce. Ces fonctionnaires percevaient de chaque n\u00e9gociant ou artisan une taxe proportionnelle au b\u00e9n\u00e9fice pr\u00e9sum\u00e9 qu&#8217;il r\u00e9aliserait. Les <em>Amin<\/em> avaient droit de juridiction sur tous les membres de la corporation dont ils \u00e9taient les chefs.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l&#8217;importance chaque jour plus grande que prenaient les affaires des Isra\u00e9lites et leurs relations commerciales, soit entre eux, soit avec les autres habitants du pays et de l&#8217;\u00e9tranger, leur position, en tant qu&#8217;Isra\u00e9lites, vis-\u00e0-vis du gouvernement local ou des musulmans en g\u00e9n\u00e9ral, ne s&#8217;\u00e9tait pas am\u00e9lior\u00e9e. Ils \u00e9taient souvent maltrait\u00e9s, pill\u00e9s, assassin\u00e9s sans que l&#8217;autorit\u00e9s s\u2019en souci\u00e2t ni pr\u00eat\u00e2t \u00e0 leurs plaintes une oreille attentive. Mais ce m\u00eame gouvernement, qui ne prot\u00e9geait ni leurs biens ni leur personne, ne se faisait pas faute de les accabler d\u2019imp\u00f4ts de tous genres. Toutes les anciennes mesures arbitraires \u00e9taient maintenues et \u00e9tendues ; leurs marchandises continuaient \u00e0 payer des droits de douane plus \u00e9lev\u00e9s que ceux impos\u00e9s aux chr\u00e9tiens, et la communaut\u00e9, nous l&#8217;avons dit, \u00e9tait toujours et collectivement responsable des imp\u00f4ts individuels de chacun de ses membres.<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me inique ne pouvait pas manquer de produire des cons\u00e9quences f\u00e2cheuses ; l&#8217;Isra\u00e9lite tunisien devenait rapace, accapareur ; oblig\u00e9 de faire face \u00e0 tant d&#8217;exigences, il devenait sordidement avare, cachait son or et se montrait mis\u00e9rable, de peur de r\u00e9veiller de nouvelles convoitises. Son jugement se faussait \u00e9galement, et il arrivait presque \u00e0 penser que tromper ses oppresseurs n&#8217;\u00e9tait pas une mauvaise action, et \u00e0 \u00e9tablir deux esp\u00e8ces de justice, selon qu&#8217;il s&#8217;agissait de rapports entre eux ou avec les chr\u00e9tiens, ou bien de leurs relations avec les musulmans<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Toutes ces pers\u00e9cutions et tous ces mauvais traitements n&#8217;emp\u00eachaient pas quelques-uns d&#8217;entre eux de se distinguer et de sortir des rangs. Certains Isra\u00e9lites acqu\u00e9raient, gr\u00e2ce \u00e0 leur instruction, \u00e0 leur capacit\u00e9 ou \u00e0 leur fortune, des situations fort \u00e9lev\u00e9es \u00e0 la cour, aupr\u00e8s des grands dignitaires ou des consuls des puissances \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p>Leurs affaires commerciales les amenaient souvent \u00e0 faire des voyages sur mer ; aussi leur arrivait-il quelquefois de tomber entre les mains des corsaires, qui les recherchaient comme constituant une prise d&#8217;un tr\u00e8s bon placement. Partout, en effet, o\u00f9 on les mettait en vente, pourvu qu&#8217;il s&#8217;y trouv\u00e2t des Isra\u00e9lites (et on s&#8217;arrangeait toujours pour qu&#8217;il en f\u00fbt ainsi), on \u00e9tait s\u00fbr que leurs coreligionnaires les rach\u00e8teraient et leur rendraient la libert\u00e9, sauf \u00e0 se faire rembourser le prix de la ran\u00e7on, lorsque le captif en avait le moyen. Dans beaucoup de villes maritimes \u2014 et Tunis \u00e9tait du nombre \u2014 il existait m\u00eame, sous la d\u00e9signation de Rachat des captifs (\u2026), un fonds sp\u00e9cial destin\u00e9 \u00e0 cet usage.<\/p>\n<p>En 1772, le rabbin Joseph Azoula\u00ef (\u2026) vint \u00e0 Tunis. Il nous a laiss\u00e9 de son voyage une relation qui a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es sous le litre de \u2026 (Livourne 1879). Nous y voyons le ca\u00efd des Isra\u00e9lites, alors un nomm\u00e9 Salomon Nataf, exer\u00e7ant sur ses coreligionnaires une juridiction plus despotique encore que celle de son ma\u00eetre le bey. Il donna chez, lui l&#8217;hospitalit\u00e9 au c\u00e9l\u00e8bre voyageur, qui fut ainsi \u00e0 m\u00eame de se rendre compte de <em>visu<\/em> des choses qu&#8217;il nous relate. D&#8217;apr\u00e8s le dire du rabbin Azoula\u00ef, il y avait alors \u00e0 Tunis plus de trois cents rabbins. Le c\u00e9l\u00e8bre voyageur, qui s&#8217;y connaissait, en dit beaucoup de bien, et rend, avec beaucoup d&#8217;\u00e9loges, hommage \u00e0 leur intelligence et \u00e0 la profondeur de leur esprit et de leur savoir. Il constate cependant qu&#8217;ils ne sont pas, en g\u00e9n\u00e9ral, dou\u00e9s d&#8217;une grande m\u00e9moire. II est loin de dire du bien des femmes, qu&#8217;il trouve superstitieuses, grossi\u00e8res et mal \u00e9lev\u00e9es \u00e0 l&#8217;exc\u00e8s.<\/p>\n<p>Le m\u00eame voyageur raconte que le ca\u00efd Salomon Nataf, ayant soup\u00e7onn\u00e9 quelques Isra\u00e9lites venus de Livourne d&#8217;appartenir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 des francs-ma\u00e7ons, se proposait, dans le but de les faire condamner \u00e0 mort, de les d\u00e9noncer au bey, les accusant d&#8217;un crime imaginaire. Le rabbin Azoula\u00ef prit chaleureusement la d\u00e9fense de ces malheureux, et put ainsi les sauver d&#8217;une mort certaine. Mais malgr\u00e9 sa plaidoirie, il ne put emp\u00eacher le ca\u00efd de les soumettre \u00e0 la torture et de les faire jeter en prison, d&#8217;o\u00f9 ils ne sortirent qu&#8217;en prodiguant l&#8217;argent.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, en 1784 ; les Isra\u00e9lites et les chr\u00e9tiens de Tunis faillirent se r\u00e9volter, \u00e0 la suite d&#8217;un acte de barbarie commis par Hammouda pacha, le bey r\u00e9gnant alors en Tunisie. Un capitaine au long cours, originaire de Raguse<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, fut trouv\u00e9, avec une femme musulmane, dans la maison d&#8217;un Juif. Les trois individus furent tra\u00een\u00e9s par la populace devant le bey, qui les condamna aussit\u00f4t \u00e0 mort, avec ordre d&#8217;ex\u00e9cution imm\u00e9diate. Malgr\u00e9 les observations du premier ministre, Mustapha Khoja, qui conseillait \u00e0 son ma\u00eetre plus de mod\u00e9ration, la sentence fut ex\u00e9cut\u00e9e ; le capitaine eut la t\u00eate tranch\u00e9e, la femme musulmane fut pendue et le Juif br\u00fbl\u00e9 vif.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9lites et les chr\u00e9tiens s&#8217;assembl\u00e8rent aussit\u00f4t pour d\u00e9lib\u00e9rer sur ce qu&#8217;il y avait \u00e0 faire<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>. Les propositions les plus diverses et les plus extr\u00eames furent d&#8217;abord soumises \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e ; on ne parlait de rien moins que de mettre le feu \u00e0 la Kasbah et au palais du bey ; les consuls employ\u00e8rent tous leurs efforts pour calmer l\u2019effervescence de la population, et conseill\u00e8rent la mod\u00e9ration. Les conseils des repr\u00e9sentants des puissances pr\u00e9valurent enfin, malgr\u00e9 l&#8217;indignation qu\u2019ils avaient soulev\u00e9 ces ex\u00e9cutions sommaires. Les Juifs courb\u00e8rent de nouveau la t\u00eate. Mais cette circonstance n&#8217;\u00e9tait pas faite pour les d\u00e9courager dans leurs efforts de profiler de toutes les occasions pour se soustraire \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 arbitraire d&#8217;un gouvernement aussi barbare, et pour se placer sous la protection des puissances \u00e9trang\u00e8res<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir Annales tunisiennes, par Alphonse Rousseau, p. 311 et suiv. Voir \u00e9galement \u2026, lettre \u2026, item. 8, p. 248.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir Alphonse Rousseau, Annales tunisiennes, appendice, p. 519 et suiv.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> On sait que les Isra\u00e9lites, exiles d&#8217;Espagne \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle, ont conserv\u00e9 pendant longtemps, dans les pays o\u00f9 ils ont trouv\u00e9 asile, 1\u2019usage de se servir entre eux de la langue espagnole. Ceux qui se sont \u00e9tablis en Turquie parlent encore aujourd&#8217;hui cette langue ; ceux de Livourne, d\u2019Anc\u00f4ne et de plusieurs autres villes de l&#8217;Italie, la parlaient jusqu&#8217;au commencement de ce si\u00e8cle. M\u00eame lorsque les Juifs, se familiarisant davantage avec la langue du pays, abandonn\u00e8rent l&#8217;usage de l&#8217;espagnol, cette langue conserva chez eux un caract\u00e8re presque sacr\u00e9 ; on s&#8217;en servait surtout au Temple pour la vente des \u2026 et pour les offres d&#8217;aum\u00f4nes devant la Torah. Cette particularit\u00e9 s&#8217;observe encore aujourd&#8217;hui dans plusieurs Temples Sephardites d&#8217;Europe et dans ceux de la communaut\u00e9 livournaise de Tunis.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> On d\u00e9signe, en Tunisie, cette communaut\u00e9 sous le nom de grana. Ce mot est le pluriel de gorni, ou Legorni, Livournais, de Livourne (Legorna).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir \u2026, lettre \u2026, dem. 112, p. 103 a. Cette convention (\u2026) est l&#8217;une des plus importantes pour le juda\u00efsme tunisien. Aussi croyons-nous rendre service aux Isra\u00e9lites de Tunis en en reproduisant les passages les plus importants. On les trouvera dons l&#8217;appendice n\u00b0 III.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> On sait que la Chambre de Commerce de Marseille envoyait, dans tontes les \u00e9chelles du Levant, des n\u00e9gociants qui faisaient le commerce sous sa garantie. Les Consuls correspondaient directement avec elle.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Voir \u2026, lettre N, dem. 37, p. 17 a ; dem 42, p. 18 a; dem. 49, p. 19 a \u2014 On voudra bien remarquer que dans tous les pays o\u00f9 des pers\u00e9cutions ont \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9es, les pers\u00e9cut\u00e9s se sont toujours cru permis d&#8217;en agir envers les pers\u00e9cuteurs, leurs biens, leurs familles, etc., d&#8217;une autre fa\u00e7on que dans leurs rapports entre eux. On s&#8217;est toujours imagin\u00e9 que tromper, voler, etc., un pers\u00e9cuteur \u00e9tait chose bien moins grave que de commettre le m\u00eame crime envers un compagnon d&#8217;infortune. Des exemples r\u00e9cents de ces dispositions d&#8217;esprit sont pr\u00e9sents \u00e0 toutes les m\u00e9moires.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Raguse est une ville italienne, chef-lieu de la province de m\u00eame nom dans le sud-est de la Sicile<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il est consolant de constater que toutes les fois qu&#8217;un danger quelconque mena\u00e7ait les Juifs ou les Chr\u00e9tiens, les uns et les autres s&#8217;assemblaient et d\u00e9lib\u00e9raient en commun sur les mesures \u00e0 prendre; ils sentaient que les uns et les autres couraient le m\u00eame p\u00e9ril, et que leur cause \u00e9tait identique Nous en trouverons un nouvel et \u00e9clatant exemple dans la suite de ce r\u00e9cit.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Voir Desfontaines, Lettres. Paris 1838, <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><em>Extrait du livre: \u201c<strong>Essai sur l\u2019histoire des Isra\u00e9lites de Tunisie<\/strong> depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du protectorat de la France en Tunisie\u201d. <strong>Auteur : <\/strong>David Caz\u00e8s (1851-1913). <strong>\u00c9diteur : <\/strong>A. Durlacher (Paris). <strong>Date d\u2019\u00e9dition : <\/strong>1887<\/em><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/les-israelites-de-tunis-du-xiie-au-xiiie-siecle\/\">Les isra\u00e9lites de Tunis du XIIe au XIIIe si\u00e8cle<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019ARRIV\u00c9E DES JUIFS D&#8217;ESPAGNE, LE SCHISME DES GRANA La communaut\u00e9 de Tunis, ainsi que celles des autres villes de la R\u00e9gence, surtout telles de Sfax, de Mahdia et de Djerba, continuaient ainsi \u00e0 se d\u00e9velopper petit \u00e0 petit, et \u00e0 augmenter chaque jour avec le nombre de leurs membres, leur bien-\u00eatre mat\u00e9riel et moral. 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