{"id":351,"date":"2020-12-28T12:27:00","date_gmt":"2020-12-28T11:27:00","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=351"},"modified":"2020-12-29T14:50:58","modified_gmt":"2020-12-29T13:50:58","slug":"les-juifs-de-tunisie-entre-lorient-et-loccident","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2020\/12\/28\/les-juifs-de-tunisie-entre-lorient-et-loccident\/","title":{"rendered":"Les Juifs de Tunisie : entre l&#8217;Orient et l&#8217;Occident"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00c9crit par : Guy Fitoussi<br \/>\nPubli\u00e9, le 18.01.2011 (<a href=\"https:\/\/blogavocat.fr\/space\/guy.fitoussi\/contents\/201101\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">sur son blog<\/a>)<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p><strong>A l&#8217;occasion de la r\u00e9volution tunisienne dite &#8220;du jasmin&#8221;, qu&#8217;il nous soit permis de rappeler quelques \u00e9l\u00e9ments de l&#8217;histoire tunisienne, li\u00e9e inexorablement \u00e0 celle de la communaut\u00e9 juive dans ce pays puis sa dispersion dans les pays occidentaux.<\/strong><\/p>\n<p>Le 12 mai 1881, un trait\u00e9 institue le protectorat de la R\u00e9publique fran\u00e7aise sur la Tunisie, une r\u00e9gence ou province autonome de l&#8217;empire ottoman.<\/p>\n<p>C&#8217;est l&#8217;aboutissement de manigances politiques, diplomatiques et financi\u00e8res qui ont compl\u00e8tement \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l&#8217;opinion publique fran\u00e7aise, laquelle d\u00e9couvre du jour au lendemain que son empire colonial s&#8217;est encore agrandi.<\/p>\n<p>Mais le protectorat tunisien est aussi lourd de cons\u00e9quences. Pour le gouvernement fran\u00e7ais, il appara\u00eet comme une premi\u00e8re revanche sur le destin apr\u00e8s la guerre franco-prussienne. Mais \u00e0 l&#8217;Angleterre, il fournit le pr\u00e9texte \u00e0 une mainmise sur l&#8217;\u00c9gypte. Et pour l&#8217;ensemble des pays europ\u00e9ens, il amorce le partage de l&#8217;Afrique puis du Proche-Orient suite \u00e0 la chute de l&#8217;Empire ottoman.<\/p>\n<p>La Tunisie, au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, est gouvern\u00e9e par un bey ind\u00e9pendant de fait du sultan d&#8217;Istamboul. En 1830, il voit avec quelque inqui\u00e9tude la France occuper l&#8217;Alg\u00e9rie voisine. Son inqui\u00e9tude grandit quand, en 1835, le sultan r\u00e9tablit par la force son autorit\u00e9 sur la Libye voisine.<\/p>\n<p>Le pays recense alors un million d&#8217;habitants dont une moiti\u00e9 d&#8217;agriculteurs, sur la c\u00f4te, et une autre moiti\u00e9 de bergers nomades. \u00c0 Tunis et Kairouan, qui comptent respectivement 100.000 et 15.000 habitants, l&#8217;artisanat traditionnel tente de r\u00e9sister \u00e0 la concurrence occidentale.<\/p>\n<p>Sous le r\u00e8gne du m\u00e9diocre Mohammed es-Sadok, de 1859 \u00e0 1882, il souffre de famines, de mauvaises r\u00e9coltes et d&#8217;\u00e9pid\u00e9mies de chol\u00e9ra, ce qui met \u00e0 mal les tentatives de r\u00e9forme du bey et de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n<p>La France prend pied dans la r\u00e9gence en 1869, par le biais d&#8217;une commission Anglo-italo-fran\u00e7aise destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9sorber la dette ext\u00e9rieure de l&#8217;\u00c9tat.<\/p>\n<p>Mais le Premier ministre Khair-Eddine (on \u00e9crit aussi Khair-Eddine ou Khayr al-D\u00een) r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9tablir les finances et entreprend avec un certain succ\u00e8s une nouvelle et vaste politique de r\u00e9formes.<\/p>\n<p>Les Europ\u00e9ens n&#8217;auraient-ils plus rien \u00e0 faire dans ce pays ? Absolument pas ! Entre-temps, au congr\u00e8s de Berlin de 1878, la France a obtenu l&#8217;accord tacite des autres puissances europ\u00e9ennes pour renforcer sa pr\u00e9sence en Tunisie avec pour justification de prot\u00e9ger la colonie voisine d&#8217;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Le 24 avril 1881, sur ordre du chef du gouvernement Jules Ferry, un corps exp\u00e9ditionnaire de 35.000 hommes traverse la fronti\u00e8re, officiellement pour poursuivre des montagnards khoumirs qui s\u00e8ment le trouble en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Le 12 mai, ils arrivent \u00e0 proximit\u00e9 du Bardo, dans la banlieue de Tunis, , o\u00f9 se situe le palais du bey et laissent \u00e0 celui-ci deux heures pour examiner un projet de trait\u00e9 en dix articles qui met fin \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance de la Tunisie. Mohammed es-Sadok n&#8217;a gu\u00e8re d&#8217;autre choix que de se soumettre.<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;il signe en son palais de Kassar-Sa\u00efd un trait\u00e9 par lequel il confie \u00e0 la France les affaires \u00e9trang\u00e8res, la d\u00e9fense du territoire et la r\u00e9forme de l&#8217;administration. De fait, il se place sous la \u00ab protection \u00bb de la France m\u00eame si la Tunisie ne devient officiellement un \u00ab protectorat \u00bb que le 8 juin 1883, \u00e0 la signature du trait\u00e9 de La Marsa, qui confirme le pr\u00e9c\u00e9dent et donne \u00e0 la France le droit d&#8217;instaurer des \u00ab r\u00e9formes administratives, judiciaires et financi\u00e8res \u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la soumission de la Tunisie, la France est naturellement port\u00e9e \u00e0 regarder avec concupiscence du c\u00f4t\u00e9 du Maroc, dernier \u00c9tat d&#8217;Afrique du Nord qui ne soit pas encore pass\u00e9 sous tutelle fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Mais le trait\u00e9 du Bardo soul\u00e8ve aussi l&#8217;irritation de l&#8217;Italie qui se serait bien vue protectrice de la Tunisie, si proche d&#8217;elle. Du coup, Rome signe le 20 mai 1882 avec Berlin et Vienne le trait\u00e9 de la Triple-Alliance par lequel l&#8217;Allemagne, l&#8217;Autriche-Hongrie et l&#8217;Italie se promettent aide et assistance en cas d&#8217;agression par la France ou la Russie. Ce trait\u00e9 sera r\u00e9guli\u00e8rement renouvel\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&#8217;Angleterre, l&#8217;\u00e9ternelle rivale, elle prend pr\u00e9texte de ce trait\u00e9 pour pr\u00e9cipiter sa propre intervention dans les affaires \u00e9gyptiennes. D\u00e8s l&#8217;ann\u00e9e suivante, elle \u00e9tablit son protectorat sur cette ancienne province ottomane, pr\u00e9lude \u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement du mandat britannique en Palestine puis de la cr\u00e9ation de l&#8217;Etat d&#8217;Isra\u00ebl gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;aide des empires coloniaux (d\u00e9claration Balfour en 1917), mais aussi des pays arabes (correspondance Hussein-Mac Mahon en 1915).<\/p>\n<p>Comment se situe l&#8217;attitude des Juifs de Tunis \u00e0 cette m\u00eame \u00e9poque. Entre Orient et Occident, qui choisir ? C&#8217;est ce que nous essaierons de v\u00e9rifier dans la suite.<\/p>\n<p>Lors de la prise de Tunis par les Espagnols en 1535, de nombreux Juifs sont faits prisonniers et vendus comme esclaves dans plusieurs pays chr\u00e9tiens. Apr\u00e8s la victoire des Ottomans sur les Espagnols en 1574, la Tunisie devient une province de l&#8217;Empire ottoman dirig\u00e9e par des deys, \u00e0 partir de 1591, puis par des beys, \u00e0 partir de 1640. Dans ce contexte, les Juifs arriv\u00e9s en provenance d&#8217;Italie joueront peu \u00e0 peu un r\u00f4le important dans la vie du pays et dans l&#8217;histoire du juda\u00efsme tunisien.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, des familles marranes rejuda\u00efs\u00e9es apr\u00e8s leur \u00e9tablissement \u00e0 Livourne \u00e0 la fin du XVe si\u00e8cle, quittent la Toscane pour s&#8217;installer en Tunisie, dans le cadre de l&#8217;\u00e9tablissement de relations commerciales. Ces nouveaux arrivants, appel\u00e9s Granas en arabe et Gorneyim (\u05d2\u05d5\u05e8\u05e0\u05d9\u05dd) en h\u00e9breu, sont plus riches et moins nombreux que leurs coreligionnaires indig\u00e8nes, d\u00e9nomm\u00e9s Twansa. Ils parlent et \u00e9crivent le toscan, parfois encore l&#8217;espagnol, et constituent une \u00e9lite \u00e9conomique et culturelle tr\u00e8s influente dans le reste de la communaut\u00e9 italienne. Leurs patronymes rappellent leur origine espagnole ou portugaise. Rapidement introduits aupr\u00e8s de la cour beylicale, ils exercent des fonctions ex\u00e9cutives de cour &#8212; collecteurs de taxes, tr\u00e9soriers et interm\u00e9diaires sans autorit\u00e9 sur des musulmans &#8212; et des professions nobles dans la m\u00e9decine, la finance ou la diplomatie.<\/p>\n<p>M\u00eame s&#8217;ils s&#8217;installent dans les m\u00eames quartiers, ils n&#8217;ont quasiment aucune relation avec les Twansa, auxquels des Juifs du reste du bassin m\u00e9diterran\u00e9en se sont assimil\u00e9s. Les Twansa parlent le dialecte jud\u00e9o-tunisien et occupent une position sociale modeste. C&#8217;est pourquoi, contrairement \u00e0 ce qui se passe ailleurs dans le Maghreb, ces nouvelles populations ne sont gu\u00e8re accept\u00e9es, ce qui conduit peu \u00e0 peu \u00e0 la division de la communaut\u00e9 juive en deux groupes.<\/p>\n<p>Dans ce contexte, les Juifs jouent un grand r\u00f4le dans la vie \u00e9conomique du pays, dans le commerce et l&#8217;artisanat mais aussi dans le n\u00e9goce et la banque. Malgr\u00e9 les droits de douane sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux pay\u00e9s par les commer\u00e7ants musulmans ou chr\u00e9tiens (10 % contre 3 %), les Granas parviennent \u00e0 contr\u00f4ler et faire prosp\u00e9rer le commerce avec Livourne. Leurs maisons de commerce pratiquent en outre des activit\u00e9s bancaires de cr\u00e9dit et participent au rachat des esclaves chr\u00e9tiens captur\u00e9s par des corsaires et revendus \u00e0 profit. Les Twansa se voient quant \u00e0 eux conc\u00e9der le monopole du commerce du cuir par les beys mouradites puis husseinites. Juifs livournais comme tunisiens travaillent dans le commerce de d\u00e9tail au sein des souks de Tunis, \u00e9coulant ainsi les produits import\u00e9s d&#8217;Europe sous la houlette d&#8217;un Amin musulman, ou dans le quartier juif.<\/p>\n<p>En 1710, un si\u00e8cle de frictions entre les deux groupes conduit \u00e0 un coup de force de la communaut\u00e9 livournaise, avec un accord tacite des autorit\u00e9s. En cr\u00e9ant ses propres institutions communautaires, elle provoque un schisme avec la population autochtone. Chacune poss\u00e8de d\u00e9sormais son conseil de notables, son grand rabbin, son tribunal rabbinique, ses synagogues, ses \u00e9coles, sa boucherie et son cimeti\u00e8re distincts. Cet \u00e9tat de fait est ent\u00e9rin\u00e9 par une taqqana (d\u00e9cret rabbinique) sign\u00e9e en juillet 1741 entre les grands rabbins Abraham Ta\u00efeb et Isaac Lumbroso. Cet accord sera renouvel\u00e9 en 1784 avant d&#8217;\u00eatre annul\u00e9 en 1899. Cette taqqana fixe, parmi d&#8217;autres r\u00e8gles, le fait que tout Isra\u00e9lite originaire d&#8217;un pays musulman est rattach\u00e9 aux Twansa tandis que tout Isra\u00e9lite originaire d&#8217;un pays chr\u00e9tien l&#8217;est aux Granas. De plus, les Granas &#8212; communaut\u00e9 plus riche bien que ne constituant que 8 % de la population globale &#8212; assurent d\u00e9sormais un tiers du paiement de la jizya contre deux tiers pour les Twansa. Ce dernier point indique que la communaut\u00e9 livournaise, auparavant prot\u00e9g\u00e9e par les consuls europ\u00e9ens, s&#8217;est suffisamment int\u00e9gr\u00e9e en Tunisie pour que ses membres soient consid\u00e9r\u00e9s comme dhimmis et tax\u00e9s comme les Twansa.<\/p>\n<p>Les diff\u00e9rences socioculturelles et \u00e9conomiques entre ces deux communaut\u00e9s ne font que se renforcer au XIXe si\u00e8cle. Les Granas, en raison de leurs origines europ\u00e9ennes et de leur niveau de vie plus \u00e9lev\u00e9 mais aussi de leurs liens \u00e9conomiques, familiaux et culturels conserv\u00e9s avec Livourne, supportent difficilement de c\u00f4toyer leurs coreligionnaires autochtones, consid\u00e9r\u00e9s comme moins \u00ab civilis\u00e9s \u00bb, et de payer des contributions importantes alors qu&#8217;ils ne repr\u00e9sentent qu&#8217;une minorit\u00e9 des Juifs de Tunisie. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, les \u00e9lites autochtones ne souhaitent pas abandonner leur pouvoir aux nouveaux venus, contrairement \u00e0 ce que firent leurs voisins maghr\u00e9bins, sans doute en raison de l&#8217;arriv\u00e9e plus tardive des Granas en Tunisie. Les Granas se d\u00e9marquent aussi g\u00e9ographiquement des Twansa, en s&#8217;installant dans le quartier europ\u00e9en de Tunis, \u00e9vitant ainsi la Hara, et se rapprochent culturellement plus des Europ\u00e9ens que de leurs coreligionnaires. Pourtant, les deux groupes gardent les m\u00eames rites et les m\u00eames usages \u00e0 quelques variantes pr\u00e8s et, hors de Tunis, les m\u00eames institutions communautaires continuent \u00e0 servir l&#8217;ensemble des fid\u00e8les. De plus, l&#8217;ensemble des Juifs reste plac\u00e9 sous l&#8217;autorit\u00e9 d&#8217;un seul ca\u00efd choisi parmi les Twansa, sans doute pour \u00e9viter les interf\u00e9rences avec l&#8217;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Au cours des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, les Juifs font toujours l&#8217;objet de brimades et de mesures discriminatoires, notamment de la part du syst\u00e8me judiciaire qui se montre arbitraire \u00e0 leur \u00e9gard, \u00e0 l&#8217;exception toutefois des tribunaux han\u00e9fites plus tol\u00e9rants. Les Juifs sont toujours astreints au paiement collectif de la jizya &#8212; dont le montant annuel varie selon les ann\u00e9es, de 10 332 piastres en 1756 \u00e0 4 572 piastres en 1806 &#8212; et doivent s&#8217;acquitter d&#8217;impositions suppl\u00e9mentaires (ghr\u00e2ma) chaque fois que le tr\u00e9sor du souverain est en difficult\u00e9, comme le font parfois aussi les musulmans. De plus, ils sont p\u00e9riodiquement astreints \u00e0 des travaux d&#8217;utilit\u00e9 publique et se voient imposer des corv\u00e9es qui touchent principalement les plus pauvres des communaut\u00e9s. Au plan vestimentaire, la ch\u00e9chia qui leur sert de coiffe doit \u00eatre de couleur noire et envelopp\u00e9e d&#8217;un turban sombre, \u00e0 la diff\u00e9rence des musulmans qui portent une ch\u00e9chia rouge entour\u00e9e d&#8217;un turban blanc. Les Granas, qui s&#8217;habillent \u00e0 l&#8217;europ\u00e9enne, portent pour leur part des perruques et des chapeaux ronds comme les marchands chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle, le statut politique des Juifs s&#8217;am\u00e9liore quelque peu gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;influence croissante des agents politiques des puissances europ\u00e9ennes qui, cherchant \u00e0 am\u00e9liorer les conditions de vie des r\u00e9sidents chr\u00e9tiens, plaident \u00e9galement la cause des Juifs que la l\u00e9gislation musulmane classe ensemble. Mais, si les Juifs ais\u00e9s &#8212; qui exercent des charges dans l&#8217;administration ou dans le n\u00e9goce &#8212; parviennent \u00e0 se faire respecter, notamment via la protection de personnalit\u00e9s musulmanes influentes, les Juifs d\u00e9munis sont souvent victimes de brimades, voire assassin\u00e9s sans que les autorit\u00e9s ne semblent intervenir. Un observateur d\u00e9clare qu&#8217;on les reconna\u00eet \u00ab non seulement \u00e0 leur costume noir mais encore \u00e0 l&#8217;empreinte de mal\u00e9diction qu&#8217;ils portent sur leur front \u00bb.<\/p>\n<p>Toutefois, au-del\u00e0 de ce climat difficile, les Juifs ne font pas l&#8217;objet d&#8217;explosions de fanatisme religieux ou de racisme conduisant \u00e0 des massacres. M\u00eame si des pillages accompagn\u00e9s de violences sont parfois signal\u00e9s, ils se d\u00e9roulent toujours dans un contexte de troubles touchant aussi le reste de la population comme en juin 1752 et septembre 1756 \u00e0 Tunis. De plus, on n&#8217;assiste \u00e0 aucune expulsion massive et les Juifs disposent d&#8217;une libert\u00e9 de culte presque totale &#8212; associant souvent leurs voisins musulmans \u00e0 leurs f\u00eates &#8212; contrairement \u00e0 ce qui se pratique alors en Europe.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, Hammouda Pacha refuse aux Juifs le droit d&#8217;acqu\u00e9rir et de poss\u00e9der des propri\u00e9t\u00e9s immobili\u00e8res alors que l&#8217;apprentissage de l&#8217;arabe litt\u00e9ral et l&#8217;usage de l&#8217;alphabet arabe leur auraient aussi \u00e9t\u00e9 interdits durant cette p\u00e9riode. Enfin, quant au comportement de la population musulmane \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des communaut\u00e9s, il varie de la volont\u00e9 d&#8217;application rigoureuse de la dhimma pour les oul\u00e9mas \u00e0 l&#8217;absence d&#8217;hostilit\u00e9 de la population rurale, en passant par les violences de certaines franges urbaines marginalis\u00e9es mais assur\u00e9es de l&#8217;impunit\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;inclusion des Juifs dans la D\u00e9claration fran\u00e7aise des droits de l&#8217;homme et du citoyen, le 27 septembre 1791, et les d\u00e9crets napol\u00e9oniens de 1808 suscitent une certaine sympathie pour la France parmi les Juifs de Tunisie qui sont tous sujets du bey. Ainsi, le charg\u00e9 d&#8217;affaires espagnol rapporte en 1809 que \u00ab les Juifs sont les plus acharn\u00e9s partisans de Napol\u00e9on \u00bb. On rapporte m\u00eame que certains Juifs, y compris des Granas, portaient \u00e0 cette \u00e9poque une cocarde tricolore, acte s\u00e9v\u00e8rement r\u00e9prim\u00e9 par Hammouda Pacha, qui refuse toute tentative de la France de prendre sous sa protection ses sujets juifs originaires de la Toscane nouvellement conquise par Napol\u00e9on. C&#8217;est dans ce contexte que l&#8217;article 2 du trait\u00e9 du 10 juillet 1822, sign\u00e9 avec le Grand-duch\u00e9 de Toscane, fixe la dur\u00e9e du s\u00e9jour des Granas en Tunisie \u00e0 deux ans ; au-del\u00e0, ils passent sous la souverainet\u00e9 du bey et sont consid\u00e9r\u00e9s sur le m\u00eame plan que les Twansa.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, l&#8217;action politique est vue comme un moyen pouvant mettre fin au statut d&#8217;exception frappant les Juifs, constituant \u00ab une v\u00e9ritable rupture dans l&#8217;univers mental des communaut\u00e9s juives, rupture qui brise le vieux monde de la soumission \u00e0 l&#8217;ordre des choses \u00bb (Jacques Ta\u00efeb, \u00ab R\u00e9alit\u00e9 et perception de la condition juive en Tunisie (1705-1857) : un mod\u00e8le maghr\u00e9bin ? \u00bb, p. 129). En 1853, le ca\u00efd de la communaut\u00e9 tunisienne, Nessim Samama, obtient l&#8217;abolition des corv\u00e9es auxquelles ses coreligionnaires \u00e9taient jusqu&#8217;alors contraints. Malgr\u00e9 tout, les Juifs restent soumis au paiement de la jizya et de taxes exceptionnelles r\u00e9clam\u00e9es par le bey selon les besoins et font aussi l&#8217;objet de discriminations. Sur le plan vestimentaire, ils sont contraints de porter une ch\u00e9chia noire et non rouge, un turban noir ou bleu fonc\u00e9 et non blanc et des chaussures noires et non de couleur vive. Ils ne peuvent vivre hors des quartiers qui leur sont attribu\u00e9s et ne peuvent acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 immobili\u00e8re. Enfin, lorsqu&#8217;ils sont les victimes de vexations ou de violences, ils ne re\u00e7oivent pas de r\u00e9paration pour le tort subi.<\/p>\n<p>Pourtant, la relation entre Juifs et Arabes se transforme radicalement \u00e0 partir du milieu du si\u00e8cle, du fait de l&#8217;irruption en Tunisie de puissances coloniales europ\u00e9ennes, et en particulier la France. En effet, celles-ci s&#8217;appuient sur la pr\u00e9sence de Juifs pour promouvoir leurs int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et commerciaux : la situation de ceux-ci, souvent trait\u00e9s de mani\u00e8re in\u00e9quitable par les tribunaux tunisiens, sert de pr\u00e9texte \u00e0 des pressions sur le bey. L&#8217;affaire Sfez en 1857 est une illustration de ce nouveau contexte et l&#8217;occasion pour la France et le Royaume-Uni d&#8217;intervenir au nom de la d\u00e9fense des droits de l&#8217;homme et du combat contre l&#8217;absolutisme et le fanatisme afin de favoriser leurs entreprises.<\/p>\n<p>Batou Sfez est un cocher juif au service du ca\u00efd de sa communaut\u00e9, Nessim Samama. \u00c0 la suite d&#8217;un incident de circulation et \u00e0 une altercation avec un musulman, il est accus\u00e9 par ce dernier d&#8217;avoir injuri\u00e9 l&#8217;islam ; des t\u00e9moins confirment par la suite devant notaire avoir assist\u00e9 \u00e0 la sc\u00e8ne. Inculp\u00e9 et jug\u00e9 coupable, selon le droit malikite et malgr\u00e9 ses protestations, il est condamn\u00e9 par le tribunal du Chara\u00e2 \u00e0 la peine de mort pour blasph\u00e8me et d\u00e9capit\u00e9 \u00e0 coup de sabre le 24 juin. Le souverain Mohammed Bey cherche par ce geste \u00e0 apaiser les ranc\u0153urs n\u00e9es de l&#8217;ex\u00e9cution d&#8217;un musulman accus\u00e9 d&#8217;avoir tu\u00e9 un Juif et \u00e0 prouver que sa justice traite ses sujets \u00e9quitablement. N\u00e9anmoins, la rigueur de la peine soul\u00e8ve une vive \u00e9motion dans la communaut\u00e9 juive et chez les consuls de France et du Royaume-Uni, L\u00e9on Roches et Richard Wood. Ceux-ci en profitent alors pour exercer une pression sur le souverain afin qu&#8217;il s&#8217;engage dans la voie de r\u00e9formes lib\u00e9rales similaires \u00e0 celles promulgu\u00e9es dans l&#8217;Empire ottoman en 1839. D&#8217;ailleurs, l&#8217;historien Ibn Abi Dhiaf \u00e9voque les Juifs tunisiens comme des \u00ab fr\u00e8res dans la patrie \u00bb (Ikhwanoun fil watan), m\u00eame s&#8217;il reproche \u00e0 certains d&#8217;entre eux de rechercher la protection des consuls \u00e9trangers avec exag\u00e9ration.<\/p>\n<p>L&#8217;arriv\u00e9e d&#8217;une escadre fran\u00e7aise en rade de Tunis oblige le bey \u00e0 proclamer le Pacte fondamental le 10 septembre 1857, avec l&#8217;appui d&#8217;Ibn Abi Dhiaf semblant repr\u00e9senter l&#8217;attitude la plus favorable \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Juifs parmi les r\u00e9formateurs, alors que d&#8217;autres sont plus sceptiques. Le texte change radicalement la condition des non musulmans : les Juifs tunisiens, consid\u00e9r\u00e9s jusque-l\u00e0 comme des sujets de second rang, \u00e9chappent au statut s\u00e9culaire de la dhimma.<\/p>\n<p>Toutefois, la hausse des d\u00e9penses publiques engendr\u00e9es par les nouvelles institutions et de nombreux travaux publics conduit \u00e0 une hausse de la mejba et \u00e0 une r\u00e9volte en avril 1864, la crise \u00e9tant aggrav\u00e9e par des d\u00e9tournements de fonds et la d\u00e9gradation des conditions \u00e9conomiques. Des attaques ont alors lieu contre les Juifs &#8212; accus\u00e9s de profiter de ces r\u00e9formes &#8212; ou leurs biens \u00e0 Sousse, Gab\u00e8s, Nabeul, Sfax et Djerba. M\u00eame si la constitution est suspendue d\u00e8s les premiers jours de la r\u00e9volte, finalement r\u00e9prim\u00e9e, les r\u00e9formes pr\u00e9c\u00e9dentes restent en vigueur et les Juifs l\u00e9s\u00e9s sont indemnis\u00e9s par le pouvoir. N\u00e9anmoins, les juridictions tunisiennes continuent de faire preuve d&#8217;une particuli\u00e8re s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Juifs dont les notables se tournent vers les consuls et des Juifs sont toujours l&#8217;objet de crimes rest\u00e9s impunis. Le pays devient le th\u00e9\u00e2tre des luttes d&#8217;influence entre les nations europ\u00e9ennes qui conf\u00e8rent \u00e0 certains notables des patentes de protection qui leur permettent, tout en conservant la nationalit\u00e9 tunisienne de se placer sous la protection des juridictions consulaires ; les principales puissances europ\u00e9ennes qui y sont les plus favorables peuvent ainsi justifier leurs interventions dans les affaires int\u00e9rieures du pays.<\/p>\n<p>Les pressions de la France, qui trouve aupr\u00e8s de l&#8217;\u00e9lite juive autochtone un m\u00e9diateur r\u00e9ceptif, mais aussi de l&#8217;Italie et du Royaume-Uni, conduisent finalement \u00e0 ce que le bey donne son accord pour l&#8217;ouverture d&#8217;une \u00e9cole de gar\u00e7ons \u00e0 Tunis, effective le 7 juillet 1878, dirig\u00e9e par David Caz\u00e8s. L&#8217;ensemble du programme public fran\u00e7ais y est enseign\u00e9, dont le fran\u00e7ais, ainsi que l&#8217;h\u00e9breu et l&#8217;histoire juive, r\u00e9pondant ainsi aux attentes des familles souhaitant concilier enseignement moderne et culture traditionnelle. La prise en charge des enfants pour les repas, les v\u00eatements, etc. contribue \u00e0 accro\u00eetre les effectifs, m\u00eame si les \u00e9coles publiques continuent \u00e0 accueillir le plus grand nombre d&#8217;\u00e9l\u00e8ves. Quant \u00e0 la suppression rapide de l&#8217;italien, elle se fait au d\u00e9triment de la communaut\u00e9 livournaise qui tente alors de promouvoir les int\u00e9r\u00eats politiques italiens et qui joue le r\u00f4le de mod\u00e8le que les Twansa s&#8217;efforcent d&#8217;imiter en empruntant la voie de la culture fran\u00e7aise. Un syst\u00e8me d&#8217;apprentissage de quatre ans est aussi mis en place pour former des jeunes \u00e0 divers m\u00e9tiers &#8212; menuisier, tapissier, forgeron, carrossier, horloger, \u00e9lectricien ou peintre &#8212; afin qu&#8217;ils occupent un emploi salari\u00e9 ou s&#8217;\u00e9tablissent \u00e0 leur compte.<\/p>\n<p>Cette concurrence produit une \u00e9mulation entre les \u00e9lites respectives et peut expliquer le dynamisme de la scolarisation des jeunes Juifs. Apr\u00e8s cette \u00e9cole de gar\u00e7ons, une autre voit le jour \u00e0 La Goulette en 1881, puis une \u00e9cole de filles (1882), une \u00e9cole maternelle de filles (1891) et une \u00e9cole mixte (1910) ouvrent \u00e0 Tunis ; d&#8217;autres \u00e9coles ouvrent en 1883 \u00e0 Sousse et Mahdia et en 1905 \u00e0 Sfax. Une \u00e9cole agricole de gar\u00e7ons est \u00e9galement fond\u00e9e en 1895 \u00e0 Djedeida mais, n&#8217;attirant pas suffisamment de locaux, les \u00e9l\u00e8ves proviennent de Tripolitaine, d&#8217;Alg\u00e9rie et du Maroc. Pour la premi\u00e8re fois, les filles sont donc scolaris\u00e9es ce qui rompt avec la soci\u00e9t\u00e9 juive traditionnelle.<\/p>\n<p>Dans ces \u00e9coles de l&#8217;AIU (Alliance Isra\u00e9lite Universelle) accueillant pr\u00e8s de 3 500 \u00e9l\u00e8ves des deux sexes \u00e0 la veille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, outre l&#8217;apprentissage fondamental du fran\u00e7ais, c&#8217;est surtout un nouveau syst\u00e8me de valeurs qui est transmis aux \u00e9l\u00e8ves, en opposition aux tenants de la tradition au sein de la communaut\u00e9. Par ailleurs, les \u00e9coles chr\u00e9tiennes, catholiques ou protestantes, ouvertes \u00e0 Tunis dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle attirent de plus en plus d&#8217;enfants des familles juives les plus \u00e9clair\u00e9es. Ce processus s&#8217;\u00e9tale dans le temps, de la classe la plus ais\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 certains des plus modestes \u00e9l\u00e9ments de la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, toutes les communaut\u00e9s locales n&#8217;\u00e9voluent pas au m\u00eame rythme, et certaines ne sont que tr\u00e8s faiblement concern\u00e9es. Des difficult\u00e9s sont rencontr\u00e9es, comme \u00e0 Bizerte, B\u00e9ja et Mahdia, o\u00f9 les communaut\u00e9s ne peuvent fournir la contribution financi\u00e8re demand\u00e9e. Quant aux Juifs de Djerba, ils refusent l&#8217;ouverture d&#8217;une \u00e9cole de l&#8217;AIU, comme ils boycottent d\u00e9j\u00e0 l&#8217;enseignement s\u00e9culier instaur\u00e9 par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, malgr\u00e9 les pressions des notables juifs de la capitale et du ca\u00efd local et l&#8217;usage de la force; cette d\u00e9cision est un exemple rare et peut-\u00eatre unique dans l&#8217;histoire de l&#8217;AIU. En effet, les rabbins frappent d&#8217;excommunication tout membre de la communaut\u00e9 qui coop\u00e9rerait avec elle car, prenant l&#8217;exemple de Tunis o\u00f9 ils per\u00e7oivent un d\u00e9clin du savoir et de la pratique religieuse, ils consid\u00e8rent la proposition comme une atteinte \u00e0 l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 de leur communaut\u00e9, lui pr\u00e9f\u00e9rant le syst\u00e8me traditionnel d&#8217;enseignement rabbinique obligatoire pour les seuls gar\u00e7ons. En retour, les autorit\u00e9s du protectorat et les notables juifs de la capitale d\u00e9signent longtemps les Djerbiens comme des \u00ab communaut\u00e9s arri\u00e9r\u00e9es, maintenues dans l&#8217;abjection et l&#8217;ignorance par des rabbins r\u00e9fractaires \u00e0 tout progr\u00e8s \u00bb[Lucette Valensi et Abraham L. Udovitch, Juifs en terre d&#8217;islam : les communaut\u00e9s de Djerba, \u00e9d. Archives contemporaines, Paris, 1991, pp. 20-21].<\/p>\n<p>Avec l&#8217;\u00e9tablissement du protectorat fran\u00e7ais en Tunisie en 1881, une \u00e8re nouvelle s&#8217;ouvre pour les Juifs qui se trouvent face au pouvoir affaibli du bey et \u00e0 celui dominant de la France. Une grande partie d&#8217;entre eux ont alors espoir de se soustraire \u00e0 la domination auxquels ils sont assujettis depuis la conqu\u00eate musulmane du Maghreb. N\u00e9anmoins, les Juifs seront quelque peu d\u00e9\u00e7us par le nouveau pouvoir qui ne r\u00e9pondra pas toujours favorablement \u00e0 leurs attentes.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, les Juifs ne souffrent pas d&#8217;antis\u00e9mitisme de la part des nouveaux arrivants. Pourtant, le journal La Tunisie fran\u00e7aise se livre \u00e0 de r\u00e9guli\u00e8res attaques. De plus, du 26 au 29 mars 1898, une rixe entre Juifs et Arabes d\u00e9g\u00e9n\u00e8re en \u00e9meutes durant lesquelles les Juifs sont molest\u00e9s, leurs maisons pill\u00e9es et leurs magasins mis \u00e0 sac sans que la police n&#8217;intervienne. Malgr\u00e9 les condamnations prononc\u00e9es, la responsabilit\u00e9 des troubles n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 clairement \u00e9tablie. Le contexte troubl\u00e9 de l&#8217;affaire Dreyfus ajoute encore \u00e0 la crainte d&#8217;une explosion de violence ; sa r\u00e9solution contribue toutefois \u00e0 renforcer l&#8217;attachement des Juifs \u00e0 la France et les encourage \u00e0 pr\u00e9senter des revendications.<\/p>\n<p>Si la pr\u00e9sence fran\u00e7aise entra\u00eene une francisation continue de la communaut\u00e9 juive, le rapprochement souhait\u00e9 par ses \u00e9lites ne se fait pas sans difficult\u00e9s. L&#8217;extension de la juridiction fran\u00e7aise aux Juifs tunisiens accompagn\u00e9e par la suppression du tribunal rabbinique et la possibilit\u00e9 de naturalisations individuelles deviennent des revendications prioritaires de l&#8217;intelligentsia moderniste ayant acc\u00e9d\u00e9 aux universit\u00e9s fran\u00e7aises. Elles sont expos\u00e9es pour la premi\u00e8re fois par Mardoch\u00e9e Smaja en 1905, puis d\u00e9fendues dans l&#8217;hebdomadaire La Justice fond\u00e9 en 1907. Si les repr\u00e9sentants des Fran\u00e7ais de Tunisie soutiennent ces id\u00e9es, l&#8217;administration du protectorat, le gouvernement fran\u00e7ais de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique et les instances rabbiniques conservatrices appuy\u00e9es par les fractions les plus populaires de la communaut\u00e9 les combattent. Les musulmans modernistes critiquent eux une atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 et la cr\u00e9ation d&#8217;une in\u00e9galit\u00e9 entre ressortissants d&#8217;un m\u00eame \u00c9tat.<\/p>\n<p>En raison de sa position socioculturelle interm\u00e9diaire, l&#8217;\u00e9lite juive autochtone francis\u00e9e s&#8217;identifie aux valeurs r\u00e9publicaine et la\u00efque pour refuser l&#8217;ordre arabe et musulman existant. Cette position permet \u00e0 la fois de viser la promotion sociale et culturelle de la communaut\u00e9 et le maintien d&#8217;une identit\u00e9 forte gr\u00e2ce \u00e0 un partenariat avec d&#8217;autres communaut\u00e9s et \u00e0 la garantie offerte par la France. L&#8217;id\u00e9ologie de l&#8217;\u00e9cole r\u00e9publicaine suscite aussi un grand enthousiasme au sein de la communaut\u00e9. En effet, la culture universaliste transmise permet d&#8217;\u00e9luder la question nationale tout en offrant une \u00e9chappatoire \u00e0 la domination via la promotion socioprofessionnelle, apr\u00e8s des si\u00e8cles de relative stagnation, et l&#8217;acquisition d&#8217;un statut social plus valoris\u00e9. Le d\u00e9cloisonnement relatif de la soci\u00e9t\u00e9, avec l&#8217;apparition de lieux de sociabilit\u00e9 ind\u00e9pendants comme l&#8217;\u00e9cole, les caf\u00e9s, le th\u00e9\u00e2tre ou les clubs sportifs, participent de l&#8217;affranchissement des individus par rapport \u00e0 leur groupe et leur religion et du d\u00e9laissement des formes traditionnelles de la culture jud\u00e9o-arabe qui perdurent toutefois dans les communaut\u00e9s de l&#8217;arri\u00e8re-pays. Si de nouvelles synagogues sont construites dans toutes les villes, un net recul de la pratique religieuse est constat\u00e9, m\u00eame si cela reste encore le fait d&#8217;une minorit\u00e9 parmi les plus ais\u00e9s et les instruits. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est associ\u00e9 \u00e0 une diminution de la connaissance de l&#8217;h\u00e9breu li\u00e9e \u00e0 l&#8217;absence de son enseignement dans l&#8217;\u00e9cole publique, o\u00f9 se rend une large majorit\u00e9 des enfants des deux sexes, m\u00eame si le Talmud Torah n&#8217;a pas disparu dans les grandes villes.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin du si\u00e8cle, les familles disposant de ressources financi\u00e8res suffisantes font poursuivre des \u00e9tudes secondaires voire sup\u00e9rieures \u00e0 leurs enfants. Dans le m\u00eame temps, la communaut\u00e9 prosp\u00e8re en profitant de l&#8217;\u00e9conomie coloniale. M\u00eame si les Juifs exercent toujours les m\u00e9tiers traditionnels du commerce, du n\u00e9goce et de l&#8217;artisanat, les jeunes sortant des \u00e9coles et des centres d&#8217;apprentissage se font de plus en plus embaucher dans les ateliers, les magasins et les bureaux. Ils int\u00e8grent aussi le r\u00e9seau de succursales de banques et d&#8217;assurances install\u00e9es par des soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises, se lancent dans de nouveaux m\u00e9tiers, participent \u00e0 la cr\u00e9ation des premi\u00e8res industries ou constituent des exploitations agricoles. La part d&#8217;employ\u00e9s augmente consid\u00e9rablement car les jeunes qui ont acquis la connaissance du fran\u00e7ais ma\u00eetrisent suffisamment le dialecte arabe pour servir d&#8217;interm\u00e9diaires entre leurs patrons fran\u00e7ais et leurs clients tunisiens.<\/p>\n<p>Les enfants de la g\u00e9n\u00e9ration suivante sont pouss\u00e9s \u00e0 aller au-del\u00e0 de l&#8217;instruction primaire et acc\u00e8dent aux professions lib\u00e9rales, apr\u00e8s une formation en France ou en Italie, de m\u00e9decins, de pharmaciens ou d&#8217;avocats. Les familles juives occidentalis\u00e9es abandonnent alors leurs habitations traditionnelles (oukalas) de la Hara pour s&#8217;installer dans des appartements individuels en bordure de celle-ci ou, pour les plus ais\u00e9s, dans les nouveaux quartiers europ\u00e9ens de Tunis. Ces transformations \u00e9conomiques conduisent \u00e0 une restructuration de la soci\u00e9t\u00e9 juive : une bourgeoisie commerciale, industrielle voire agricole, une bourgeoisie lib\u00e9rale (avocats, m\u00e9decins, pharmaciens et architectes), une classe moyenne (commer\u00e7ants, artisans, employ\u00e9s et fonctionnaires), une classe ouvri\u00e8re encore r\u00e9duite et une masse de journaliers sans qualification, de malades et d&#8217;infirmes aux moyens tr\u00e8s modestes qui ne survivent que par les subsides de la communaut\u00e9 ; ces derniers se retrouvent notamment dans la Hara de Tunis.<\/p>\n<p>La scolarisation participe aussi de l&#8217;acculturation des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. Ainsi, le fran\u00e7ais devient la langue maternelle au m\u00eame titre que l&#8217;arabe, quand il ne le remplace pas, et permet au quotidien l&#8217;\u00e9mancipation et la mobilit\u00e9 sociale des individus. Dans le m\u00eame temps, l&#8217;adoption de pr\u00e9noms europ\u00e9ens aux d\u00e9pens des pr\u00e9noms h\u00e9breux ou arabes, l&#8217;adoption du v\u00eatement europ\u00e9en, l&#8217;acceptation des rythmes de travail hebdomadaires, la distanciation \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des croyances et pratiques superstitieuses partag\u00e9es avec les musulmans se r\u00e9pandent. Les femmes s&#8217;\u00e9mancipent aussi par le changement de costume, mais \u00e0 moins vive allure que les hommes et avec des d\u00e9calages interg\u00e9n\u00e9rationnels et intrafamiliaux. Simultan\u00e9ment, l&#8217;autorit\u00e9 maritale et paternelle se module du fait du d\u00e9veloppement de l&#8217;instruction f\u00e9minine, de la diffusion croissante des valeurs modernistes et de la plus grande instruction des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. De plus, l&#8217;\u00e2ge au mariage se rel\u00e8ve, les unions consanguines se font plus rares et celles entre Twansa et Granas plus fr\u00e9quentes, la famille nucl\u00e9aire s&#8217;\u00e9loigne de la famille \u00e9largie, etc.<\/p>\n<p>Pour expliquer le d\u00e9part des Juifs de Tunisie, Lucette Valensi rappelle que l&#8217;int\u00e9gration \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la culture dominantes n&#8217;\u00e9tait pas possible dans un \u00c9tat se proclamant arabe et musulman, une s\u00e9cularisation ayant signifi\u00e9 la disparition de la communaut\u00e9 devenue une simple minorit\u00e9. M\u00eame si, pour Claude Tapia, \u00ab attribuer des causes ponctuelles \u00e0 ce vaste mouvement de population [&#8230;] ne rend pas compte du ph\u00e9nom\u00e8ne dans la totalit\u00e9 de ses dimensions ou de sa signification \u00bb[Claude Tapia, \u00ab Ruptures et continuit\u00e9s culturelles, id\u00e9ologiques, chez les juifs d&#8217;origine tunisienne en France \u00bb, Juifs et musulmans de Tunisie. Fraternit\u00e9 et d\u00e9chirements, p. 349], Catherine Nicault estime que c&#8217;est probablement \u00ab parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pas cru possible d&#8217;\u00e9chapper au courant d&#8217;une histoire partout d\u00e9favorable aux minoritaires dans les nouvelles nations arabes en formation, plus que pour toute autre raison conjoncturelle, que les Juifs de Tunisie ont d\u00e9cid\u00e9 finalement \u00bb de quitter le pays[Catherine Nicault, \u00ab Les relations jud\u00e9o-musulmanes en Tunisie. Rapport de synth\u00e8se \u00bb, Juifs et musulmans de Tunisie. Fraternit\u00e9 et d\u00e9chirements, p. 417]. Pour Ha\u00efm Saadoun, la situation au Proche-Orient a eu une influence marginale m\u00eame si certains \u00e9v\u00e9nements ont pu constituer un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur du d\u00e9part des Juifs. En r\u00e9action \u00e0 ce d\u00e9part \u00e9mergent l&#8217;incompr\u00e9hension et la perplexit\u00e9 des Tunisiens musulmans, d&#8217;o\u00f9 le chef d&#8217;accusation traditionnel de l&#8217;\u00ab ingratitude juive \u00bb.<\/p>\n<p>En France, les arrivants se divisent entre une bourgeoisie francis\u00e9e et une population plus modeste et moins occidentalis\u00e9e. Ils connaissent des trajectoires diff\u00e9rentes de celles de leurs coreligionnaires d&#8217;Alg\u00e9rie, devenus citoyens fran\u00e7ais depuis le d\u00e9cret Cr\u00e9mieux, puisqu&#8217;une partie d&#8217;entre eux sont des citoyens tunisiens, ce qui en fait des r\u00e9fugi\u00e9s et non des rapatri\u00e9s. Mais ils re\u00e7oivent largement permis de s\u00e9jour et cartes de travail, ce qui leur permet de retrouver une activit\u00e9 professionnelle, avant d&#8217;envisager une naturalisation. Install\u00e9s \u00e0 Paris (quartiers de Belleville et Montmartre), ils entament pour certains une migration vers les banlieues, au milieu des ann\u00e9es 1960, comme \u00e0 Sarcelles o\u00f9 ils repr\u00e9sentent 56 % de la population juive en 1970, mais aussi \u00e0 Massy, Antony, La Courneuve ou Cr\u00e9teil. Ils sont \u00e9galement nombreux dans le sud du pays (Marseille, Nice, Cannes, Montpellier, Toulouse) et la r\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes (Lyon, Grenoble).<\/p>\n<p>Comme les autres Juifs orientaux, ceux qui \u00e9migrent en Isra\u00ebl travaillent comme main d&#8217;oeuvre dans l&#8217;agriculture, l&#8217;industrie et les services. Install\u00e9s d&#8217;abord en Galil\u00e9e et dans le N\u00e9guev, ils se retrouvent de nos jours \u00e0 J\u00e9rusalem, Ha\u00effa et Tel Aviv, Kiryat Shmona, Be\u00eft Sh\u00e9an, Netivot, Ramla, Beer-Sheva et Dimona. Gardant des aspects de leur culture d&#8217;origine, certains continuent de c\u00e9l\u00e9brer les anniversaires de Rabbi Shimon bar Yoha\u00ef ou Rabbi Me\u00efr auxquels sont associ\u00e9s les rabbins tunisiens ; un p\u00e8lerinage connu sous le nom de Hiloula du N\u00e9guev est aussi organis\u00e9 sur la tombe d&#8217;un ancien rabbin de Gab\u00e8s, Ha\u00efm Houri, inhum\u00e9 \u00e0 Beer-Sheva.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">Conclusion<\/h3>\n<p>La s\u00e9paration entre Grana et Twansa fut reconnue officiellement en 1710, et deux communaut\u00e9s juives autonomes virent le jour. Le terme &#8220;Livournais&#8221; englobait l&#8217;ensemble des Juifs originaires de pays chr\u00e9tiens et suivant le rite portugais ou livournais. Au d\u00e9but du xixe si\u00e8cle, le consul am\u00e9ricain \u00e0 Tunis Mordecai Noah, d&#8217;origine juive, constatait: &#8220;Les Juifs italiens s&#8217;habillent comme les habitants chr\u00e9tiens, avec, en plus, un ha\u00efk, ou bournous, jet\u00e9 sur les \u00e9paules. Ils habitent un quartier distinct de la ville et sont gouvern\u00e9s par une personne d\u00e9sign\u00e9e par le bey, qui entend et juge tous les litiges et ordonne, si n\u00e9cessaire, d&#8217;infliger des ch\u00e2timents corporels, afin que l&#8217;on puisse dire qu&#8217;ils ont le privil\u00e8ge d&#8217;\u00eatre dirig\u00e9s par des hommes de leur confession&#8221; (M. Noah, Travels in England, France, Spain, and the Barbary States in the years 1813-1814 and 15, Londres, J. Miller, 1819, p. 311). En raison du r\u00f4le des Juifs dans le commerce europ\u00e9en, la question de leur statut devint un probl\u00e8me politique majeur entre l&#8217;Europe et la Tunisie. Les Juifs de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re ou ceux sous la protection des consulats profitaient de leur aide pour d\u00e9velopper leurs int\u00e9r\u00eats et \u00e9chapper \u00e0 la juridiction tunisienne. Fond\u00e9s sur les capitulations &#8211; syst\u00e8me de conventions entre le gouvernement ottoman et les \u00c9tats europ\u00e9ens instaur\u00e9 au XVIe si\u00e8cle pour faciliter le commerce -, les droits extraterritoriaux accord\u00e9s par les consulats \u00e9trangers \u00e9taient de plus en plus souvent accus\u00e9s de porter atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 de l&#8217;Etat ottoman. Avec la multiplication des interventions \u00e9trang\u00e8res au XIXe si\u00e8cle, ces droits furent consid\u00e9r\u00e9s par les dirigeants husseinides comme un signe d&#8217;affaiblissement de l&#8217;Etat musulman. Un d\u00e9cret de 1823 refl\u00e9tant cette pr\u00e9occupation rendit ill\u00e9gal le port par les Juifs de chapeaux europ\u00e9ens. Un incident impliquant un Juif de Gibraltar, arr\u00eat\u00e9 pour avoir refus\u00e9 de se plier au nouveau d\u00e9cret, entra\u00eena l&#8217;envoi par les Anglais de leur flotte m\u00e9diterran\u00e9enne \u00e0 Tunis. Le bey fut contraint de retirer le d\u00e9cret, du fait qu&#8217;il s&#8217;appliquait aux Juifs de nationalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re (J. Ganiage, Les Origines du protectorat fran\u00e7ais en Tunisie (1861-1881), Paris, PUF, 1959, p. 50). Les Juifs livournais \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des sujets du bey au m\u00eame titre que les Twansa s&#8217;ils s&#8217;installaient et demeuraient effectivement \u00e0 Tunis. Cependant, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la conqu\u00eate de l&#8217;Italie par Napol\u00e9on, les Juifs livournais demand\u00e8rent \u00e9galement la protection fran\u00e7aise. En effet, depuis le XVIIe si\u00e8cle, par suite de capitulations entre la France et l&#8217;Empire ottoman, les commer\u00e7ants \u00e9trangers \u00e9taient souvent consid\u00e9r\u00e9s comme plac\u00e9s sous cette protection. Les \u00c9tats italiens se trouvant sous occupation fran\u00e7aise, la France se sentit oblig\u00e9e d&#8217;\u00e9tendre sa protection aux Juifs livournais. En outre, de nombreux Juifs ayant l&#8217;intention de s&#8217;installer \u00e0 Tunis obtinrent la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 Livourne.Au bout du compte, ce lien entre Juifs tunisiens et puissances \u00e9trang\u00e8res devait attacher inextricablement la communaut\u00e9 juive tunisienne aux int\u00e9r\u00eats du colonialisme fran\u00e7ais. Toutefois, \u00e0 la diff\u00e9rence de l&#8217;Alg\u00e9rie, o\u00f9 la communaut\u00e9 juive toute enti\u00e8re \u00e9tait int\u00e9gr\u00e9e au syst\u00e8me consistorial fran\u00e7ais et o\u00f9 tous les Juifs s&#8217;\u00e9taient vu accorder la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise par le d\u00e9cret Cr\u00e9mieux (1870), les autorit\u00e9s fran\u00e7aises \u00e9taient r\u00e9ticentes \u00e0 supprimer le statut &#8220;indig\u00e8ne&#8221; pour l&#8217;ensemble des Juifs tunisiens. Comme dans d&#8217;autres cadres coloniaux, la communaut\u00e9 juive fut subordonn\u00e9e aux autorit\u00e9s fran\u00e7aises, sans parvenir toutefois \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 juridique accompagnant les droits li\u00e9s \u00e0 la citoyennet\u00e9 (sur la mani\u00e8re dont le passage \u00e0 la domination coloniale a affect\u00e9 les Juifs, voir Y. Tsur, &#8220;Takrit halvayot: Yehude Tunis be-maavar le shilton Kolonyali&#8221;, Tsiyon, 66, 2001, p. 73-102).<\/p>\n<p>En fait, ce que les populations arabes avaient ressenti comme une trahison &#8211; l&#8217;adoption massive de la culture europ\u00e9enne par les Juifs de Tunisie &#8211; adoption li\u00e9e largement au traitement souvent vexatoire que l&#8217;Islam et l&#8217;empire ottoman r\u00e9servaient aux Dhimmis &#8211; ce sont les populations juives s\u00e9farades, dont celle de Tunisie &#8211; qui allaient tristement le ressentir en Isra\u00ebl m\u00eame par rapport \u00e0 une culture &#8220;europ\u00e9enne&#8221; ashk\u00e9naze plus vexatoire encore envers les populations dites &#8220;orientales&#8221;.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re assez paradoxale, ce sont les ashk\u00e9nazes d&#8217;Isra\u00ebl qui allaient r\u00e9v\u00e9ler &#8211; en les ostracisant &#8211; les racines profond\u00e9ment s\u00e9mites et orientales des juifs de Tunisie et du Maghreb qui pensaient, \u00e0 tort, s&#8217;\u00eatre \u00e9mancip\u00e9 de cette culture et de ces racines &#8220;gr\u00e2ce&#8221; aux empires coloniaux; exactement comme l&#8217;Allemagne nazie allaient faire ressurgir le pass\u00e9 &#8220;s\u00e9mite&#8221; d&#8217;une population qui s&#8217;estimait pourtant, \u00e0 juste titre, profond\u00e9ment europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Tout comme l&#8217;ashk\u00e9naze en Europe n&#8217;a pu \u00e9chapper \u00e0 son destin de Juif, le s\u00e9farade ne le pourra pas non plus.<\/p>\n<p>Le d\u00e9fi auquel est confront\u00e9 l&#8217;Etat d&#8217;Isra\u00ebl aujourd&#8217;hui r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans la reconnaissance de ce qu&#8217;il est v\u00e9ritablement: un peuple s\u00e9mite r\u00e9solument situ\u00e9 au proche-orient et qui doit composer avec ses fr\u00e8res arabes.<\/p>\n<p>Source: <a href=\"https:\/\/blogavocat.fr\/space\/guy.fitoussi\/contents\/201101\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Blog de l&#8217;avocat Guy Fitoussi<\/a>, avec une grande partie du texte apparait sur le site: Wikipedia (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Histoire_des_Juifs_en_Tunisie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Histoire des jufs de Tunisie)<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crit par : Guy Fitoussi Publi\u00e9, le 18.01.2011 (sur son blog) A l&#8217;occasion de la r\u00e9volution tunisienne dite &#8220;du jasmin&#8221;, qu&#8217;il nous soit permis de rappeler quelques \u00e9l\u00e9ments de l&#8217;histoire tunisienne, li\u00e9e inexorablement \u00e0 celle de la communaut\u00e9 juive dans ce pays puis sa dispersion dans les pays occidentaux. Le 12 mai 1881, un trait\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3492,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[84,4],"tags":[88,112,91],"class_list":["post-351","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-history","category-religions","tag-histoire","tag-juifs","tag-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=351"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3494,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/351\/revisions\/3494"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3492"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=351"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=351"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=351"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}