{"id":3464,"date":"2018-12-22T15:44:00","date_gmt":"2018-12-22T14:44:00","guid":{"rendered":"http:\/\/mehdi.name\/fr\/?p=3464"},"modified":"2020-12-22T16:04:08","modified_gmt":"2020-12-22T15:04:08","slug":"les-juifs-sous-la-domination-romaine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/22\/les-juifs-sous-la-domination-romaine\/","title":{"rendered":"Les juifs sous la domination Romaine, Vandale et Grec"},"content":{"rendered":"<p>Les questions ethniques pr\u00e9occupent depuis quelque temps, et \u00e0 juste titre, les savants, les historiens et les politiciens. Les origines des habitants de l&#8217;Afrique du Nord \u2014 Arabes et Berb\u00e8res \u2014 ont \u00e9t\u00e9 l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tudes tr\u00e8s consciencieuses et ont abouti \u00e0 des r\u00e9sultats qu&#8217;on peut consid\u00e9rer comme d\u00e9finitifs. Un troisi\u00e8me groupe ethnique, qui occupe ce m\u00eame pays depuis la plus haute antiquit\u00e9, et qui y a jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important, te groupe isra\u00e9lite, n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;ici \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 ce point de vue. On parle vaguement de l&#8217;ancienne communaut\u00e9 de Ka\u00efrouan, du r\u00f4le qu&#8217;ont jou\u00e9 les Juifs dans le pays lors de l&#8217;invasion musulmane, des tribus d&#8217;origine juive habitant le Sahara marocain et alg\u00e9rien, mais personne n&#8217;a \u00e9tudi\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ce jour d&#8217;une fa\u00e7on critique cl historique la question du premier \u00e9tablissement des Juifs de ce c\u00f4t\u00e9 du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, et les vicissitudes \u00e0 travers lesquelles ils ont pass\u00e9 pour parvenir \u00e0 l&#8217;\u00e9tal o\u00f9 ils sont aujourd&#8217;hui<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Notre but n&#8217;est pas actuellement d&#8217;embrasser une \u00e9tude aussi vaste, notre ambition n&#8217;est pas davantage de tracer un historique complet des Juifs del\u00e0 Tunisie. Nousnous proposons uniquement de demander aux auteurs anciens la solution de quel\u25a0que\u00bb probl\u00e8mes relatifs aux Isra\u00e9lites de l&#8217;ancienne province d&#8217;Afrique, et de rechercher dans les auteurs de l&#8217;\u00e9poque la trace des \u00e9v\u00e9nements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s dans ce pays, et qui ont laiss\u00e9 des vestiges chez les Isra\u00e9lites qui habitent actuellement la Tunisie.<\/p>\n<p>Quel est le d\u00e9but de r\u00e9tablissement des Isra\u00e9lites en Tunisie ? A quelle \u00e9poque et \u00e0 la suite de quelles circonstances sont-ils venus se fixer dans la R\u00e9gence ? Quand et par qui leurs institutions ont-elles \u00e9t\u00e9 fond\u00e9es et ont-elles re\u00e7u leur sanction ? Il est difficile de r\u00e9pondre \u00e0 cette question d&#8217;une fa\u00e7on cat\u00e9gorique et p\u00e9remptoire. Les Juifs tunisiens n&#8217;ont conserv\u00e9 \u00e0 ce sujet aucun document authentique, aucun acte ayant une valeur historique. Les historiens juifs qui, au moyen \u00e2ge, ont quelquefois fait mention des Isra\u00e9lites de Tunisie, ne se sont pr\u00e9occup\u00e9s que du sujet qui les absorbait, et n&#8217;ont mentionn\u00e9 qu&#8217;en passant un groupe de coreligionnaires dont l&#8217;importance ne leur \u00e9tait cependant pas inconnue. L&#8217;itin\u00e9raire de Benjamin de Tud\u00e8le, cette source pr\u00e9cieuse de documents statistiques des communaut\u00e9s juives du moyen \u00e2ge, ne fait pas mention de la Tunisie, quoi qu&#8217;en aient dit cl Constantin l\u2019Empereur de Ch\u00e2teaubriand, qui a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 et divulgu\u00e9 l&#8217;erreur du traducteur latin.<\/p>\n<p>On en est donc r\u00e9duit, sinon aux Conjectures du moins aux probabilit\u00e9s ; et faute de sources autoris\u00e9es y on est encore heureux de trouver, au milieu d&#8217;un amas de productions de plus d&#8217;un genre et datant de diverses \u00e9poques, quelques indices pouvant servir de guide aux curieux.<\/p>\n<p>M. Abr. Cahen, ancien grand-rabbin d&#8217;Alger, a publi\u00e9 une petite brochure o\u00f9 il consacre quelques pages \u00e0 l&#8217;histoire des Juifs d&#8217;Alg\u00e9rie avant la conqu\u00eate fran\u00e7aise.<\/p>\n<h3>Les juifs avant le domination Romaine<\/h3>\n<p>Il ne nous est parvenu aucun document authentique mentionnant l&#8217;existence des Juifs dans les anciens <em>Emporia<\/em> Sidoniens<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> ni dans la Carthage punique. Certains \u00e9crivains constatent leur pr\u00e9sence \u00e0 Utique, \u00e0 Hippo-Zaritus et \u00e0 Carthage. D&#8217;autres vont jusqu&#8217;\u00e0 leur assigner un quartier sp\u00e9cial dans celle derni\u00e8re ville. Quoiqu&#8217;il en soit de ces affirmations, il est certain que les tribus juives du nord-ouest de la Palestine, les Zabulonites principalement, se sont de tout temps associ\u00e9s aux excursions de leurs voisins les Sidoniens ; le Pentateuque en fait mention \u00e0 plusieurs reprises<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Il n&#8217;est donc pas impossible, on peut m\u00f4me dire qu&#8217;il est probable, que des Isra\u00e9lites aient \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9s aux Sidoniens lorsque ceux-ci firent leur premi\u00e8re apparition sur la c\u00f4te africaine, et qu&#8217;ils fond\u00e8rent Utique, Camb\u00e9, etc&#8230;<\/p>\n<p>Plus tard, lorsque la gloire de Tyr effa\u00e7a celle de sa voisine Sidon, les Isra\u00e9lites \u00e9taient les alli\u00e9s des Tyriens. La Bible nous a conserv\u00e9 le souvenir des alliances entre Juifs et Tyriens, entre Salomon et Hiram, des voyages entrepris de concert\u00e9es richesses apport\u00e9es \u00e0 J\u00e9rusalem et \u00e0 Tyr des bords de la M\u00e9diterran\u00e9e. Les historiens les plus autoris\u00e9s placent la fondation de Carthage en l&#8217;ann\u00e9e 925 \u00e0 950, c&#8217;est-\u00e0-dire quelques ann\u00e9es apr\u00e8s le r\u00e8gne brillant de Salomon et de Hiram. Nul doute donc que des Juifs ne se soient \u00e9tablis avec leurs voisins les Ph\u00e9niciens sur la c\u00f4te d&#8217;Afrique et n&#8217;aient pris une part active \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de la nouvelle ville. Le proph\u00e8te Isa\u00efe, qui ne s&#8217;occupe que des peuples avec lesquels Isra\u00ebl \u00e9tait en relations, parle de Tyr et de Sidon et de leurs \u00e9tablissements d&#8217;outre-mer, d&#8217;o\u00f9 l&#8217;on peut d\u00e9duire que les Juifs fr\u00e9quentaient les parages africains et y \u00e9taient peut-\u00eatre \u00e9tablis.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, avec ces migrations maritimes par le nord, nous avons \u00e0 en constater d&#8217;autres par terre, par l&#8217;ouest et le sud. Ibn Khaldoun, dans son histoire des Berb\u00e8res, et d&#8217;autres historiens apr\u00e8s lui, ont constat\u00e9 que la population berb\u00e8re est compos\u00e9e de trois races, correspondantes \u00e0 trois \u00e9migrations qui, venues de l&#8217;Asie, se sont r\u00e9pandues sur les territoires de l&#8217;Afrique du nord, depuis la mer Erythr\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;Atlantique. Ces trois races sont d\u00e9sign\u00e9es par les historiens sous le nom de races Chauaan\u00e9enne, Couschile et Egyptienne.<\/p>\n<p>On sait qu&#8217;\u00e0 plusieurs reprises, les Egyptiens avaient envahi en conqu\u00e9rants le pays du nord de l&#8217;Afrique. La derni\u00e8re de ces invasions remonte \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e 742; le Pharaon Tahraka (celui cui dans la Bible est d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de Pharaon Nechao) traversa \u00e0 cette \u00e9poque l&#8217;Afrique du nord et y laissa des tracas nombreuses de son passage. Tissot signale dans ces parages divers monuments pharaoniques et certains noms g\u00e9ographiques qui s&#8217;\u00e9taient encore conserv\u00e9s du temps des Romains, et qui prouvent, non seulement le passage du Pharaon, mais encore un \u00e9tablissement permanent dans le pays d&#8217;une partie des peuples venus \u00e0 sa suite.<\/p>\n<p>Or, on sait que vers cette \u00e9poque, le Pharaon Nechao (le Tahraka des historiens arabes) avait fait une campagne en Palestine, et emmen\u00e9 un grand nombre de Juifs en Egypte. On sait aussi que lors de la captivit\u00e9 de Babylone, plusieurs Isra\u00e9lites all\u00e8rent chercher en Egypte, un refuge, contre le despotisme des Babyloniens, il n&#8217;y a donc rien d&#8217;\u00e9tonnant qu&#8217;un certain nombre de Juifs soient all\u00e9s, en m\u00eame temps que les arm\u00e9es \u00e9gyptiennes, parcourir le nord de l&#8217;Afrique, et qu&#8217;un grand nombre d&#8217;entre eux, trouvant l\u00e0 un pays relativement libre, o\u00f9 se parlait une langue pareille \u00e0 la leur, et ayant d&#8217;ailleurs de la r\u00e9pugnance \u00e0 demeurer en Egypte, s&#8217;y soient \u00e9tablis. Ibn Khaldoun, en effet, qui divise les Berb\u00e8res en trois races, les Loua (Loudim, Lybiens), les Schanga (G\u00e9tules) et les Z\u00e9n\u00e8tes ou Iznaten, affirme que ces derniers \u00e9taient d&#8217;origine juive, issus d&#8217;une tribu juive venue \u00e0 la suite de l&#8217;\u00e9migration \u00e9gyptienne. La race Z\u00e9n\u00e8te s&#8217;est \u00e9tendue tout le long du nord de l&#8217;Afrique, depuis le lac Triton jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;Atlantique, et soutint avec les autres races des guerres dont l&#8217;unique cause \u00e9tait l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 d&#8217;origine et de croyance<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces Juifs venus du sud-est, trouvant dans le nord une population dont l&#8217;origine et la langue s&#8217;approchaient consid\u00e9rablement des leurs, ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00e9tablir avec elle des relations suivies, \u00e0 se fixer dans les villes et \u00e0 prendre leur part dans le commerce que la province ph\u00e9nicienne exer\u00e7ait avec toutes les contr\u00e9es du bassin m\u00e9diterran\u00e9en<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>On peut donc affirmer que la Carthage punique et les autres \u00e9tablissements ph\u00e9niciens de l&#8217;Afrique comptaient des Juifs parmi leur population. Le silence des historiens grecs et romains de l&#8217;\u00e9poque n&#8217;est pas une preuve suffisante pour en nier l&#8217;existence. En effet, tout ce que nous connaissons de l&#8217;Afrique ph\u00e9nicienne nous vient des Grecs, qui en parient par ou\u00ef-dire, et surtout des Romains. Or, ces derniers pouvaient ignorer l&#8217;existence \u00e0 Carthage des Juifs, qui parlaient la m\u00eame langue que le reste des habitants et qui se confondaient avec eux. D&#8217;ailleurs le m\u00e9pris des Romains pour les Juifs est notoire, et tous leurs \u00e9crivains, Tacite en t\u00eate, en parlent dans des termes qui ne permettent pas de se tromper sur le sentiment qu&#8217;ils leur inspiraient.<\/p>\n<p>D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, l&#8217;absence totale de statues et presque d&#8217;inscriptions lapidaires dans les synagogues juives est cause que leur trace \u00e0 Carthage n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9, jusqu&#8217;ici, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&#8217;arch\u00e9ologie.<a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\"><\/a><\/p>\n<h3>Les Juifs sous la domination Romaine<\/h3>\n<p>Lors du second temple, nous trouvons, les Juifs r\u00e9pandus dans tout le nord de l&#8217;Afrique. Les Isra\u00e9lites, qui s&#8217;\u00e9taient de bonne heure \u00e9tablis en \u00c9gypte, se fix\u00e8rent \u00e9galement en Cyr\u00e9na\u00efque et dans la province d&#8217;Afrique. Ils occupaient \u00e0 Carthage une position brillante et leur nombre est venu s&#8217;agrandir par des recrues provenant de Rome. Les Juifs, qui depuis longtemps s&#8217;\u00e9taient \u00e9tablis \u00e0 Rome, suivaient les convois nombreux qui mettaient en communication la Capitale du monde avec son nouveau grenier, r\u00e9cemment acquis.<\/p>\n<p>Depuis la conqu\u00eate de l&#8217;Afrique par les Romains, nous voyous, en effet, les Juifs \u00e9tablis et group\u00e9s autour des synagogues (qu&#8217;on d\u00e9signait \u00e9galement sous le nom d&#8217;amphith\u00e9\u00e2tres) tout le long de l&#8217;Afrique du nord, depuis la Pentapole jusqu&#8217;aux contins du Maroc<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. L&#8217;historien Jos\u00e8phe nous a conserv\u00e9 une ordonnance de l&#8217;empereur Auguste, adoss\u00e9e \u00e0 Flavius, gouverneur de la Libye, et parlant des Juifs qui demeurent en cette province. Il est facile de conclure, par les termes m\u00eames de l&#8217;ordonnance, qu&#8217;ils \u00e9taient \u00e9tablis dans un grand nombre de villes, o\u00f9 ils \u00e9taient enti\u00e8rement organis\u00e9s, ayant leurs synagogues et leurs institutions, ce qui d\u00e9note un \u00e9tablissement d\u00e9j\u00e0 ancien<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>On conna\u00eet \u00e9galement une inscription grecque, grav\u00e9e sur marbre blanc, trouv\u00e9e \u00e0 Tripoli de Berb\u00e9rie, d&#8217;apr\u00e8s laquelle les Isra\u00e9lites de B\u00e9r\u00e9nice (Benghazi moderne), r\u00e9unis en assembl\u00e9e \u00e0 la synagogue, pendant la f\u00eate d\u00e8s Tabernacles, voient des remerciements au gouverneur de la province, Marcus Zitius, Ce document est de plus de cent ans ant\u00e9rieurs \u00e0 la destruction du second temple<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Nous connaissons enfin divers rescrits des empereurs romains relatifs aux Juifs, entre autres celui d\u2019 Agrippa en faveur des Isra\u00e9lites de la Cyr\u00e9na\u00efque, dat\u00e9 de l&#8217;an 14 avant J.-C. (c&#8217;est-\u00e0-dire ant\u00e9rieur de quatre-vingt-quatre ans \u00e0 la destruction du Temple) et bien d&#8217;autres du m\u00eame genre en faveur des Juifs de la province d&#8217;Afrique et de S\u00e9tif. Un certain nombre de ces documents ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s et reproduits par l&#8217;historien Jos\u00e8phe<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Les fouilles entreprises depuis quelques ann\u00e9es par les troupes fran\u00e7aises, dans divers points de la Tunisie, devaient nous fournir de nouvelles preuves de l&#8217;existence des Juifs dans ce pays depuis une haute antiquit\u00e9. Le capitaine de Prudhomme, faisant faire quelques travaux de terrassement, a d\u00e9couvert, au mois de f\u00e9vrier 1883, \u00e0 Hammam-El-Enf, l\u2019ancienne Ad Aquas, \u00e0 deux pas de Carthage, un monument compos\u00e9 de trois parties, un portique, une salle et une esp\u00e8ce d&#8217;alc\u00f4ve ou de placard, le tout dall\u00e9 en mosa\u00efque bien conserv\u00e9e. Une inscription \u00e9tait trac\u00e9e dans chaque mosa\u00efque. Il est permis d&#8217;affirmer, par l&#8217;interpr\u00e9tation de ces inscriptions, que le monument ainsi d\u00e9couvert \u00e9tait une synagogue, et que l&#8217;esp\u00e8ce de placard qu&#8217;on y remarquait au fond repr\u00e9sentait l&#8217;emplacement r\u00e9serv\u00e9 aux rouleaux de la loi. L&#8217;inscription sp\u00e9ciale trouv\u00e9e dans celte partie de l&#8217;\u00e9difice le prouve suffisamment, ainsi que les dessins qui les accompagnent toutes les trois<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Tous ces documents prouvent surabondamment qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque de l&#8217;apparition du christianisme, les Juifs se trouvaient, depuis longtemps, \u00e9tablis dans le pays, ayant leurs chefs, leurs synagogues, c\u00e9l\u00e9brant leur culte en commun et formant des rassembl\u00e9es autoris\u00e9es et reconnues, ayant leurs administrations propres et leur part d&#8217;influence dans les affaires de la cit\u00e9.<\/p>\n<p>La prise de J\u00e9rusalem par Titus et la dispersion forc\u00e9e des Juifs de Palestine vinrent augmenter d&#8217;une mani\u00e8re consid\u00e9rable le nombre des Isra\u00e9lites de la province d&#8217;Afrique. Les Romains en effet, suivant en cela l&#8217;exemple des \u00c9gyptiens, des Assyriens, etc., avaient pour habitude de transporter les habitants d&#8217;un pays conquis dans un autre. Lorsqu&#8217;ils curent d\u00e9truit Carthage (l&#8217;an 146 avant J.-C.) et que, regrettant l&#8217;ancienne splendeur de la capitale de l&#8217;Afrique, ils voulurent plus tard la repeupler, ils y amen\u00e8rent une grande affluence de populations d&#8217;Asie et m\u00eame d&#8217;Europe. A la prise de J\u00e9rusalem, un grand nombre de Juifs furent dirig\u00e9s sur Carthage, et l&#8217;Historien Jos\u00e8phe nous parle de douze b\u00e2timents charg\u00e9s de juifs que les Romains transport\u00e8rent de Palestine vers la Provence d\u2019Afrique.<\/p>\n<p>Ces captifs ne furent pas bien malheureux ; ils trouvaient en Afrique des coreligionnaires qui les rachetaient, les secouraient et se les incorporaient. Aussi les communaut\u00e9s juives d&#8217;Afrique devinrent-elles bient\u00f4t prosp\u00e8res et les Isra\u00e9lites \u00e9taient, au deuxi\u00e8me si\u00e8cle de l\u2019\u00e8re vulgaire, les \u00e9gaux des plus nobles habitants du pays. Un historien de l&#8217;\u00e9poque nous raconte que le jeune Caracalla, fils de Septime S\u00e9v\u00e8re, jouait avec un enfant juif. A un moment le jeune juif lan\u00e7a une pierre \u00e0 Caracalla, et le gouverneur de ce dernier voulant ch\u00e2tier l&#8217;enfant, Caracalla ce mit \u00e0 pleurer, disant qu&#8217;il ne voulait pas qu&#8217;on punit son compagnon de jeu. Cela n&#8217;emp\u00eacha pas ce jeune homme de demander, avec son p\u00e8re, au S\u00e9nat romain, quelques ann\u00e9es plus tard, un triomphe juda\u00efque, pour avoir apais\u00e9 une r\u00e9volte qui avait \u00e9clat\u00e9 en Palestine<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette petite anecdote montre suffisamment que les Juifs, \u00e0 la lin du II<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de l&#8217;\u00e8re chr\u00e9tienne, occupaient \u00e0 Carthage une position brillante, et \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme les \u00e9gaux: des membres des plus nobles familles. Leur activit\u00e9 religieuse pour faire des pros\u00e9lytes \u00e9tait grande, et l&#8217;acharnement, qu&#8217;ils y mettaient, ainsi que leurs coreligionnaires de Rome, \u00e9tait si grand, qu&#8217;\u00e0 plusieurs reprises les gouverneurs durent intervenir pour arr\u00eater le mouvement<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Lorsque les premiers chr\u00e9tiens firent leur apparition \u00e0 Carthage, le gouvernement les confondait facilement avec les Juifs, Ceux-ci, s&#8217;en apercevant, tinrent \u00e0 marquer la distinction entre les deux confessions, et si l&#8217;on en croit les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, dont le t\u00e9moignage est fort suspect en la mati\u00e8re, \u00ab les Juifs \u00e9taient les plus ardents parmi ceux qui faisaient des d\u00e9monstrations contre les chr\u00e9tiens \u00bb<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. On les a accus\u00e9s d&#8217;\u00eatre en partie la cause du martyre de saint Cyprien et de sainte Perp\u00e9tue, ex\u00e9cut\u00e9s, comme on sait, \u00e0 Carthage.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit de celle assertion, qui n&#8217;a d&#8217;ailleurs jamais \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e, elle fournit un t\u00e9moignage \u00e9clatant de la situation pr\u00e9pond\u00e9rante qu&#8217;occupaient les Juifs, non seulement \u00e0 Carthage, mais dans toute la province romaine d&#8217;Afrique. Mais la situation pr\u00e9pond\u00e9rante qu&#8217;ils occupaient en Afrique ne leur faisait pas oublier leurs fr\u00e8res malheureux de Palestine et de Babylone ; ils leur envoyaient r\u00e9guli\u00e8rement des secours et m\u00f4me les plus courageux et les plus z\u00e9l\u00e9s allaient de temps en temps leur faire visite.<\/p>\n<p>Quelques-uns m\u00eame paraissent s&#8217;\u00eatre adonn\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tude des \u00c9critures Saintes et le Talmud fait souvent mention des rabbins \u00eele Carthage. Nous trouvons \u00e0 diverses reprises la mention de \u2026 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du nom d&#8217;un rabbin<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> et les auteurs du Talmud paraissent conna\u00eetre, non seulement les Isra\u00e9lites et les antres habitants des grandes villes d&#8217;Afrique, mais m\u00e9mo les habitants des campagnes, leur vie et leurs m\u0153urs<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 mesure que la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne se d\u00e9veloppait en Afrique, l&#8217;influence des Juifs diminuait. Aussit\u00f4t que les chr\u00e9tiens devinrent influents dans l&#8217;empire romain, les pers\u00e9cutions contre les Juifs commenc\u00e8rent, et les derniers des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise se sont souvent acharn\u00e9s contre eux.<\/p>\n<p>Les divers conciles tenus \u00e0 Carthage ont eu souvent \u00e0 s&#8217;occuper des Juifs, et pendant qu&#8217;au d\u00e9but on s&#8217;effor\u00e7ait seulement d&#8217;en d\u00e9tacher les chr\u00e9tiens, en leur d\u00e9fendant d&#8217;aller aux synagogues, on prit plus tard l&#8217;initiative de mesures vexatoires, que le gouvernement romain s&#8217;empressait de sanctionner et d&#8217;appliquer. Aussi nous ne trouvons \u00e0 chaque instant que des rescrits, supprimant telle et telle franchise dont jouissaient les Juifs d&#8217;Afrique, leur imposant des amendes collectives, etc., rarement leur octroyant quelque bienfait, pour lequel les Isra\u00e9lites s&#8217;empressaient, d&#8217;ailleurs, de &#8216;donner des t\u00e9moignages de gratitude,<\/p>\n<p>Un \u00e9rudit allemand, Marcus Fischer, a consacr\u00e9 une grande partie de sa vie \u00e0 rechercher, dans les documents anciens, tout ce qui se rapporte aux Isra\u00e9lites qui ont habit\u00e9 le nord de l&#8217;Afrique depuis la destruction du second temple et jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement de la domination arabe en Afrique, et il a publi\u00e9 le r\u00e9sultat de ses recherches dans un petit volume intitul\u00e9 \u2026, imprim\u00e9 \u00e0 Pest en 1817. L&#8217;auteur, qui a soin de nous indiquer, dans sa pr\u00e9face, et une fois pour toutes, les sources o\u00f9 il a puis\u00e9<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, donne sur ces populations, sur leurs institutions, leurs m\u0153urs, etc., des renseignements fort curieux et g\u00e9n\u00e9ralement vraisemblables, bien qu&#8217;accept\u00e9s par lui, pour ainsi dire, en bloc et sans aucun esprit de critique. Un grand nombre des faits cit\u00e9s par cet auteur sont toutefois confirm\u00e9s par d&#8217;autres documents! ce qui en d\u00e9note l&#8217;exactitude.<\/p>\n<p>L&#8217;auteur commence par affirmer ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli plus haut, sous l&#8217;autorit\u00e9 de l&#8217;historien Jos\u00e8phe, \u00e0 savoir que lors de la destruction du temple de J\u00e9rusalem par Titus (l&#8217;an 70 de J.-C), une tr\u00e8s grande quantit\u00e9 de Juifs ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s dans la province proconsulaire d&#8217;Afrique, que les Romains voulaient repeupler, et en Mauritanie. Un tr\u00e8s grand nombre des nouveaux \u00e9migrants se sont adonn\u00e9s \u00e0 l&#8217;agriculture<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, d&#8217;autres au p\u00e2turage et \u00e0 l&#8217;\u00e9levage du b\u00e9tail, quelques-uns enfin aux m\u00e9tiers manuels. Mais les uns et les autres gard\u00e8rent entre eux quelques liens, quelques rapports de famille. Leur autonomie a \u00e9t\u00e9 maintenue dans la terre d&#8217;exil, et l&#8217;organisation en tribus, si conforme au g\u00e9nie s\u00e9mitique, re\u00e7ut avec l&#8217;\u00e9migration une nouvelle cons\u00e9cration. Les membres d&#8217;une m\u00eame tribu \u00e9taient-ils tous issus d&#8217;une m\u00eame famille ? Cela ne para\u00eet pas probable, et il est permis, d&#8217;en douter, il semble plus plausible d&#8217;admettre que les groupes que les hasards de l&#8217;\u00e9migration ont mis ensemble se sont, petit \u00e0 petit, constitu\u00e9s en tribus, en se donnant pour chef le plus puissant et le plus capable d&#8217;entre eux, qui \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9 sous le nom d&#8217;Ethnarque. Les Romains favorisaient cette constitution, qui leur facilitait la perception des imp\u00f4ts. Ils chargeaient habituellement l\u2019Ethnarque de ce soin. Les Romains en effet imposaient d&#8217;une taxe de deux si\u00e8cles par an lotit individu valide, \u00c2g\u00e9 de seize \u00e0 soixante ans.<\/p>\n<p>Les nouveaux venus ne furent pas, d&#8217;abord, re\u00e7us par les Juifs \u00e9tablis ant\u00e9rieurement dans le paya sans une certaine m\u00e9fiance. Tandis que ces derniers avaient leurs temples dans les villes, accessibles aux ma\u00eetres du pays, dont ils flattaient souvent l&#8217;amour-propre par des inscriptions grecques ou romaines plac\u00e9es dans les endroits les plus visibles des temples, les premiers, au contraire, \u00e9taient \u00e0 peine tol\u00e9r\u00e9s, et oblig\u00e9s de c\u00e9l\u00e9brer leurs offices dans les champs, peut-\u00eatre en cachette.<\/p>\n<p>Cependant les immigrants observaient, comme les anciens Juifs du pays, tr\u00e8s scrupuleusement les lois de Mo\u00efse. Le repos du Sabbat \u00e9tait absolu et la viande de porc rigoureusement interdite ; les jours de f\u00eate \u00e9taient les m\u00eames, en un mot les principes fondamentaux de la croyance juive \u00e9taient communs aux uns et aux autres. Mais des diff\u00e9rences notables les s\u00e9paraient. Les uns partaient la langue du pays, les autres le chalda\u00efque ; les uns aimaient les Romains et s&#8217;effor\u00e7aient de s&#8217;acqu\u00e9rir leur sympathie, les autres n&#8217;y voyaient que les destructeurs de leur nationalit\u00e9 et de leur temple, et les ha\u00efssaient mortellement. Les diff\u00e9rences \u00e9taient \u00e9galement sensibles au point de vue des pratiques. Tandis que les Isra\u00e9lites \u00e9tablis tic longue date dans le pays ne connaissaient que les prescriptions sommaires de la Bible, les nouveaux arriv\u00e9s, impr\u00e9gn\u00e9s du grand mouvement qui avait \u00e9t\u00e9 imprime au culte juda\u00efque lors que la fin du 2e temple, avaient donn\u00e9 \u00e0 leurs croyances et \u00e0 leurs pratiques une tournure qui, sans \u00eatre talmudique, s&#8217;en rapprochait consid\u00e9rablement.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre aussi les Isra\u00e9lites du pays craignaient-ils de m\u00e9contenter les Romains en accueillant dans leur sein ceux qui venaient de leur faire une guerre aussi acharn\u00e9e, et les nouveaux venus ne voyaient sans doute pas sans un certain m\u00e9pris ceux qui fraternisaient avec les ennemis les plus redoutables de la nationalit\u00e9 et du culte juifs. Toutefois la fusion ne larda pas \u00e0 se faire entre les deux fractions, et bient\u00f4t, gr\u00e2ce aux rapports intimes, aux alliances, \u00e0 l&#8217;influence morale, l&#8217;ancienne colonie s&#8217;est noy\u00e9e dans la nouvelle, plus nombreuse, plus compacte, et dont la croyance avait plus d&#8217;intensit\u00e9 el de ferveur.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9lites ainsi \u00e9tablis dans le pays observaient rigoureusement les jours de f\u00eate, mais ne connaissaient pas les seconds jours additionnels \u2026<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Pendant les jours de f\u00eate, les jeunes gens se livraient aux exercices musicaux et se servaient dans ce but d&#8217;instruments \u00e0 vent, \u00e0 cordes ou \u00e0 percussion<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>; les jeunes filles pr\u00eataient \u00e0 ces concerts le concours de leur voix.<\/p>\n<p>Ils c\u00e9l\u00e9braient la f\u00eale de Hanouka, mais ne connaissaient pas ou du moins n&#8217;observaient pas celle de Pourim<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>D\u00e9sireux de combattre \u00e0 tout prix la prostitution et de conserver, chez leurs jeunes gens, la puret\u00e9 de m\u0153urs, dont ils faisaient grand cas, ils se mariaient g\u00e9n\u00e9ralement fort jeunes, les hommes \u00e0 16 ou 17 ans, les femmes \u00e0 13 ou 14. La polygamie, assez r\u00e9pandue parmi eux, et les mariages contract\u00e9s entre veufs et c\u00e9libataires, \u00e9tablissaient pourtant souvent entre \u00e9poux des disproportions d&#8217;\u00e2ge consid\u00e9rables Ils avaient cependant, au point de vue du veuvage et de la contractation de nouveaux mariages, des r\u00e8gles qu&#8217;ils n&#8217;enfreignaient pas. Ainsi, lorsqu&#8217;un homme avait successivement perdu deux femmes, il ne lui \u00e9tait plus permis d&#8217;\u00e9pouser que des veuves. Lorsqu&#8217;une femme devenait deux fois veuve, elle ne se remariait plus ; elle \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de : \u00ab tueuse de maris \u00bb<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>.<\/p>\n<p>Le divorce \u00e9tait usit\u00e9 parmi eux ; toutefois une femme qui avait divorc\u00e9 deux fois ne pouvait plus convoler en nouvelles noces. \u2014 Lorsqu&#8217;une femme mettait au monde deux jumeaux, ceux-ci recevaient les noms de P\u00e9rez et Z\u00e9rah, s&#8217;ils \u00e9taient m\u00e2les tous les deux, de Sara et de R\u00e9becca si c&#8217;\u00e9taient deux filles, d&#8217;Isaac et de R\u00e9becca, s&#8217;ils appartenaient \u00e0 des sexes diff\u00e9rents. \u2014 Les personnes qui \u00e9taient n\u00e9es le jour de Kippour \u00e9taient l&#8217;objet d&#8217;une v\u00e9n\u00e9ration sp\u00e9ciale ; elles \u00e9taient estim\u00e9es, car on voyait dans la circonstance de leur naissance pendant ce jour sacr\u00e9 une marque sp\u00e9ciale de faveur c\u00e9leste pour ces nouveau-n\u00e9s.<\/p>\n<p>Lorsqu&#8217;un membre de la tribu venait \u00e0 mourir, les proches parents, prenaient le deuil fondant sept jours et tous les parents, amis ou connaissances du d\u00e9funt, marchaient pieds nus pendant trois jours, en signe d&#8217;affliction cl de deuil. Ils n&#8217;ensevelissaient pas isol\u00e9ment chaque mort, mais ils avaient des caveaux de famille, o\u00f9 des compartiments ou niches \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s pour les cercueils de chacun des membres qui la composaient ; des \u00e9criteaux en conservaient les noms.<\/p>\n<p>Chaque chef de tribu ou Ethnarque rendait la justice entre les membres composant la tribu dont il \u00e9tait le chef ; lorsque les membres de plusieurs tribus \u00e9taient en cause, les chefs de ces tribus se r\u00e9unissaient et d\u00e9cidaient l\u2019affaire en commun.<\/p>\n<p>La justice \u00e9tait rendue en plein air, en pr\u00e9sence de tous les notables de la tribu. Le t\u00e9moignage de tous les hommes ayant atteint leur dix-huiti\u00e8me ann\u00e9e \u00e9tait admis, et tous les t\u00e9moins, riches ou pauvres, \u00e9taient \u00e9galement \u00e9cout\u00e9s et estim\u00e9s. Les femmes n&#8217;\u00e9taient pas admises en t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Ces Isra\u00e9lites \u00e9taient tr\u00e8s sobres. Les rares ivrognes qu&#8217;on rencontrait parmi eux \u00e9taient rel\u00e9gu\u00e9s au dernier rang de la soci\u00e9t\u00e9. Un homme trouv\u00e9 trois foison \u00e9tat d&#8217;ivresse n&#8217;\u00e9tait plus admis en t\u00e9moignage.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient fort soigneux de leur personne, s&#8217;habillaient plut\u00f4t avec luxe et aimaient beaucoup \u00e0 se parer de beaux habits et de bijoux pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p>On voit par tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de que le flot des nouveaux arrivants engloba bien vite dans son sein le groupe isra\u00e9lite qui habitait la Tunisie avant la destruction du second temple. Ces descendants des tribus de Juda et de Benjamin ont attir\u00e9 l\u2019attention des historiens, ce qui n&#8217;\u00e9tait pas arriv\u00e9 au groupe primitif, Zabulonite ou \u00c9gyptien, qui les avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s dans le pays sur les m\u0153urs, les habitudes et les croyances de ces derniers en particulier, nous ne savons que bien peu de chose. Sur les nouveaux venus \u00e9galement, on n&#8217;a conserv\u00e9 que peu de d\u00e9tails. Il en est d&#8217;autres sur lesquels nous devons sans doute d\u00e9finitivement renoncer \u00e0 voir se faire la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Ainsi, on se demande involontairement quel \u00e9tait le nombre d&#8217;\u00e9migrants ? On nous parle tant\u00f4t de huit, tant\u00f4t de douze vaisseaux les ayant amen\u00e9s. Mais quel en \u00e9tait l&#8217;effectif ? Ailleurs les historiens de l&#8217;\u00e9poque nous parlent de 30,000 Juifs envoy\u00e9s par Titus de Palestine en Sardaigne. Y a-t- il eu des \u00e9migrations successives ou bien tous les \u00e9migrants sont- ils venus \u00e0 la fois ? Au point de vue de leur organisation, il serait int\u00e9ressant de conna\u00eetre l&#8217;importance de l&#8217;effectif de chaque tribu, la fa\u00e7on dont les chefs ou Ethnarques \u00e9taient \u00e9lus et nomm\u00e9s.<\/p>\n<p>Avaient-ils apport\u00e9 l&#8217;institution de l&#8217;assembl\u00e9e des Anciens (\u2026), dont les Berb\u00e8res ont gard\u00e9 jusqu&#8217;ici des traces tr\u00e8s distinctes, ou bien se donnaient-ils, comme cela est probable, vu leur vie aventureuse et guerri\u00e8re, un chef qui les conduisait \u00e0 la bataille, et qui pr\u00e9levait sur le butin une part plus importante que celle des autres ? Au point de vue de leurs croyances et de leurs pratiques religieuses, avaient-ils emport\u00e9 des livres sacr\u00e9s ? Sans doute, au moment o\u00f9 ils quittaient la Palestine, la Bible n&#8217;avait pas encore le caract\u00e8re d&#8217;un tout, d&#8217;un ensemble, Ici qu&#8217;elle l&#8217;a eu depuis ; mais les \u00e9migrants connaissaient-ils tous les livres qui la composent ? Avaient-ils des pri\u00e8res toutes faites eu des chants sacr\u00e9s ? Y avait-il parmi eux des scribes ou des savants ? Avaient-ils des Cohanim ou des Leviyim Faisaient-ils des sacrifices dans les champs o\u00f9 ils se r\u00e9unissaient pour adorer Dieu en commun ? Enfin, de quelle nature et de quelle importance \u00e9taient leurs rapports avec leurs fr\u00e8res de Palestine et de Syrie ?<\/p>\n<p>En noueront-ils avec ceux qui habitaient l&#8217;Italie el l&#8217;Espagne, ou avec ceux qui ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s en Sardaigne en m\u00eame temps qu&#8217;ils \u00e9taient dirig\u00e9s, eux, vers la Proconsulaire? Autant de questions auxquelles toute r\u00e9ponse positive est impossible, et pour la solution desquelles nous ne pouvons que nous livrer \u00e0 des conjectures plus ou moins invraisemblables.<\/p>\n<p>Les nouveaux juifs d&#8217;Afrique n&#8217;y ont gu\u00e8re longtemps trouv\u00e9 le repos. Leur caract\u00e8re, leurs croyances, leur mani\u00e8re de vivre diff\u00e9raient tellement de ceux des populations qui les entouraient que des dissensions ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00e9clater parmi eux. Toutefois, travailleurs industrieux el habiles comme ils l&#8217;\u00e9taient, ils ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se faire leur place au milieu de leurs voisins et m\u00eame \u00e0 acqu\u00e9rir une certaine influence dans les affaires publiques.<\/p>\n<p>Nous venons de voir avec quel acharnement les premiers chr\u00e9tiens et les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise poursuivaient les Juifs de leur haine. Nous savons qu&#8217;\u00e0 plusieurs reprises les conciles tenus \u00e0 Carthage se sont occup\u00e9s d&#8217;eux ; c&#8217;est une des meilleures preuves de l&#8217;importance qu&#8217;on leur attribuait.<\/p>\n<p>La domination romaine leur pesait. Ils ha\u00efssaient ce peuple avec toute l&#8217;ardeur que leur donnaient leur foi et le souvenir de leurs souffrances. Ils voyaient toujours en lui l&#8217;ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire, le destructeur du temple et de la nation d&#8217;Isra\u00ebl, le ma\u00eetre qui asservissait J\u00e9rusalem et qui avait fait figurer dans les triomphes de ses empereurs les vases sacr\u00e9s du temple de Dieu. Aussi prirent-ils pari au conseil tenu par Boniface, le gouverneur de la province, en l&#8217;an 429, et leur influence ne fui pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la d\u00e9cision qui y fut prise de chasser les Romains et d&#8217;appeler au secours de la province les Vandales d&#8217;Espagne, sous la conduite de Gens\u00e9ric.<\/p>\n<h3>LES JUIFS SOUS LA DOMINATION DES VANDALES ET DES GRECS<\/h3>\n<p>Pendant tout le temps que les Vandales se maintinrent dans le pays, les tribus isra\u00e9lites v\u00e9curent d&#8217;accord avec eux s&#8217;\u00e9tablissant dans les villes, y exer\u00e7ant des industries et du commerce, y b\u00e2tissant des maisons et des temples<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>Lorsque B\u00e9lisaire, envoy\u00e9 par l&#8217;empereur d&#8217;Orient, vint conqu\u00e9rir la Tunisie (en 534), ont vit les tribus juives combattre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Vandales et d\u00e9fendre courageusement le pays qui leur avait donn\u00e9 asile. Ils ne se soumirent qu&#8217;avec r\u00e9pugnance \u00e0 la domination du vainqueur. Un certain nombre d&#8217;entre eux suivirent en Espagne les anciens ma\u00eetres du pays, avec qui ils vivaient en si bonne intelligence ; d&#8217;autres, pr\u00e9f\u00e9rant la libert\u00e9 du d\u00e9sert \u00e0 l&#8217;esclavage de l&#8217;Empire, s&#8217;achemin\u00e8rent vers le sud et all\u00e8rent s&#8217;\u00e9tablir dans le Soudan, o\u00f9 l&#8217;on trouve encore aujourd&#8217;hui leurs traces<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Il existe, parmi les musulmans de Tuggurth, des chroniques locales qui affirment que les habitants les plus nobles de l&#8217;Oasis sont des descendants des Juifs, qui ont embrass\u00e9 l&#8217;islamisme lors de l&#8217;invasion musulmane<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Pendant la domination des Grecs, les Juifs \u00e9tablis dans le pays continuent \u00e0 prosp\u00e9rer, \u00e0 occuper les places les plus importantes, et \u00e0 exercer une si grande influence que la plupart des conciles tenus dans les villes de l&#8217;Afrique chr\u00e9tienne s&#8217;en pr\u00e9occupent et s&#8217;efforcent d\u2019attirer vers les chr\u00e9tiens une partie de celte influence. A la lecture des d\u00e9cisions de ces conciles, on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de conclure que les Juifs jouissaient dans le pays d&#8217;une influence consid\u00e9rable, influence qui portait souvent ombrage aux chefs de l&#8217;Eglise chr\u00e9tienne<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>Lorsque le patrice Gr\u00e9goire, voulant combattre les Arabes et en arr\u00eater l&#8217;invasion, en 647, se proposa de former une grande arm\u00e9e, il fit appel pour former son immense contingent (estim\u00e9 \u00e0 120,000 hommes), non seulement aux Grecs et aux Berb\u00e8res mercenaires, mais encore \u00e0 quelques tribus juives. C&#8217;est contre ces derni\u00e8res principalement que s&#8217;acharn\u00e8rent plus tard les musulmans vainqueurs, ainsi que nous le verrons dans la suite.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9lites, d&#8217;ailleurs, occupaient alors dans le pays une situation pr\u00e9pond\u00e9rante et pouvaient aspirer aux positions les plus \u00e9lev\u00e9es. Un historien arabe, El Ka\u00efrouani, rapporte que la ville de Bizerte (Hippo Zaritus) \u00e9tait command\u00e9e par Un Juif, qui en \u00e9tait le gouverneur, lorsqu&#8217;elle fut attaqu\u00e9e et conquise par Hassan le Gassanide en 666<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p><em>Extrait du livre: \u201c<strong>Essai sur l\u2019histoire des Isra\u00e9lites de Tunisie<\/strong> depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du protectorat de la France en Tunisie\u201d. <strong>Auteur : <\/strong>David Caz\u00e8s (1851-1913). <strong>\u00c9diteur : <\/strong>A. Durlacher (Paris). <strong>Date d\u2019\u00e9dition : <\/strong>1887<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Sidon ou Sa\u00efda en arabe est une ville du Liban. Elle fut dans l&#8217;Antiquit\u00e9 la capitale incontest\u00e9e de la Ph\u00e9nicie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir Gen\u00e8se XLIX, 13; Deuter XXXIII, 18, 19. Dans le premier de ces passages, il est fait mention du go\u00fbt prononc\u00e9 qu&#8217;avaient les Zabulonites pour les voyages sur mer. Dans le second, il est question des richesses apport\u00e9es des voyagea lointains. L&#8217;expression \u2026 employ\u00e9e par le r\u00e9dacteur du Deut\u00e9ronome parait faire allusion \u00e0 la course maritime \u00e0 laquelle se seraient livr\u00e9s les Zabulonites et leurs voisins les Sidoniens. Le verset qui suit cette expression parait confirmer cette assertion, en faisant mention des richesses venant del\u00e0 mer, des tr\u00e9sors cach\u00e9s dans le sabl\u00e9, et des peuples qui font des sacrifices sur les montagnes en poussant de hauts cris.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir pour toute celte partie Ibn Khaldoun, Histoire des Berb\u00e8res, traduction de M. de Slane, 4 vol., <em>passim<\/em>. Voir \u00e9galement Mercier, Histoire des Arabes dans l&#8217;Afrique septentrionale, <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> L&#8217;union a, d&#8217;ailleurs, de tout temps \u00e9t\u00e9 intime entre les deux peuples. Nous tes voyons souvent, se marier entre eux, et les enfants n\u00e9s de ces mariages mixtes n&#8217;\u00e9taient pas, surtout \u00e0 certaines \u00e9poques de l&#8217;histoire, consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9trangers, puisque nous voyons Salomon les employer a l\u00e0 construction des objets les plus sacr\u00e9s du temple. (Voir I Rois VII, 13et suiv.).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> D&#8217;Avezac Cyr\u00e9na\u00efque, collection do l&#8217;Univers pittoresque, <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Jos\u00e8phe Flavius, Antiquit\u00e9s juda\u00efques, livre XVL chap. 10.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir \u00e0 la fin du volume (n\u00b01 de l&#8217;appendice) la traduction fran\u00e7aise de cette inscription. On y trouvera la preuve que les Juifs \u00e9taient \u00e9tablis dans le pays depuis tr\u00e8s longtemps. On y remarquera \u00e9galement qu&#8217;ils avaient, en g\u00e9n\u00e9ral adopt\u00e9 les noms grecs, et qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas encore de noms de famille.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir Flavius, Antiquit\u00e9s juda\u00efques, <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir n\u00b0 II de l&#8217;appendice, la transcription et la traduction de ces trois inscriptions, ainsi qu&#8217;un r\u00e9sum\u00e9 des d\u00e9bats auxquels elles ont donn\u00e9 lieu.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir Elianus Spartianus, Vie de Caracalla, chap. 1. Voir aussi l&#8217;Abb\u00e9 Pillet, Histoire de Sainte Perp\u00e9tue.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Edit d&#8217;Antonin, en 198 ; \u00e9dit de Septimo S\u00e9v\u00e8re, en 202, Voir pour cette p\u00e9riode, Saint-Justin, Apol. <em>passim<\/em>\u00a0; Tertullien, Ad nat, <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir les Actes de Saint Polycarpe, de Saint Pontien ; voir \u00e9galement l&#8217;ouvrage de M. E. Le Blant, tes Actes des Martyrs. Tertullien dit, en parlant de la communaut\u00e9 juive de Carthage : \u00ab Seminarium est infamiae nostrae \u00bb Voir \u00e9galement Saint Justin, Dialogues avec Tryphon, et l&#8217;Abb\u00e9 Pillet, Histoire de Sainte Perp\u00e9tue.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Le Talmud cite un \u2026, un \u2026 et un \u2026. Avons-nous affaire au m\u00eame personnage ? l\u2019auteur du \u2026 le croit, mais comme chacun de ces rabbins n&#8217;est mentionn\u00e9 qu&#8217;une fois, et pour des sujets n&#8217;ayant aucun rapport les uns avec les autres, il n&#8217;est pas impossible que ce soient des personnages diff\u00e9rents. Quoi qu&#8217;il en soit, ce fait prouve suffisamment que des relations suivies existaient entre les Juifs de Syrie et leurs coreligionnaires d&#8217;Afrique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Le Talmud (trait\u00e9 \u2026 83 b) parle des Berb\u00e8res et des Maures, dont l&#8217;habillement, y est-il dit, est tellement rudimentaire, qu&#8217;on les suppose marchant tout nus. \u2026 (Mauritanie) \u2026<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Dans la liste des ouvrages que l&#8217;auteur cit\u00e9 dans sa pr\u00e9face comme lui ayant servi de sources, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&#8217;auteurs s\u00e9rieux comme Ibn Khaldoun, L\u00e9on l&#8217;Africain et Mariol, nous en trouvons d\u2019autres bien peu dignes de foi, quelques-uns m\u00eame sans noms d&#8217;auteurs. On est donc oblig\u00e9 de chercher d&#8217;autres sources confirmant les dires de l&#8217;\u00e9rudit allemand.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Des vestiges de ces tribus adonn\u00e9es \u00e0 l&#8217;agriculture et \u00e0 l&#8217;\u00e9levage du b\u00e9tail se trouvent encore aujourd&#8217;hui en Tunisie. On rencontre des tribus juives, vivant tous la tente, la vie nomade, bergers ou Khamm\u00eas, dans les trois groupes suivants : 1- Parmi les tribus musulmanes des Drid, dans les environs de Gabes; 2- Parmi celles dites Henancha, \u00e9tablies pr\u00e8s du Kef, sur la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne ; 3- Parmi celles dites Khoumir (ou Kroumirs) sur le massif montagneux qui s&#8217;\u00e9tend entre B\u00e9ja et la Celle. Ces tribus isra\u00e9lites existent en Tunisie depuis une tr\u00e8s haute antiquit\u00e9. Nous avons vu plus haut quelques \u00e9crivains placer leur arriv\u00e9e en Tunisie au VIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle avant l&#8217;\u00e8re vulgaire. Nous verrons bient\u00f4t le r\u00f4le qu&#8217;elles ont jou\u00e9 lors de la conqu\u00eate musulmane. Depuis, ces tribus se sont m\u00eal\u00e9es aux habitants des villes voisines et ont perdu toute originalit\u00e9, mais les unes ont conserv\u00e9 la vie nomade, les autres sont rest\u00e9es fix\u00e9es au sol et adonn\u00e9es \u00e0 l&#8217;agriculture. Leurs croyances, leurs m\u0153urs, leurs coutumes, sont devenues celles des habitants des villes, mais ces derniers, qui sont parvenus \u00e0 introduire parmi ces tribus quelques usag\u00e9s rabbiniques, n&#8217;ont pas pu leur inculquer la connaissance de la langue h\u00e9bra\u00efque, que les membres actuels de ces tribus ignorent totalement.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> L\u00e0 c\u00e9l\u00e9bration des jouis additionnels des t\u00eates est, de nos jours encore, moins rigoureusement observ\u00e9e chez les Isra\u00e9lites de Tunisie que chez-leurs ; coreligionnaires des autres pays. Ainsi, lorsque le huiti\u00e8me jour de P\u00e9\u00e7ah ou te deuxi\u00e8me&#8221; jour de Schabouoth tombent un samedi, on y prononce l\u00e8s oraisons fun\u00e8bres des morts (\u2026), ce qui ne se frit pas pendant les autres jours de f\u00eat\u00e9s. Le huiti\u00e8me jour de P\u00e9\u00e7ah n&#8217;est pas observ\u00e9, au point de vu a de la nourriture, avec autant de rigueur que les autres, et oh y permet l&#8217;usage d&#8217;aliments strictement d\u00e9fendus les septs premiers jour.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> On Voit, par ce qui pr\u00e9c\u00e8de, que l&#8217;interdiction du \u2026 les jours de f\u00eate, non plus que le scrupule \u2026 n&#8217;existaient pas pour tes Isra\u00e9lites fra\u00eechement arriv\u00e9s de Palestine.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Cette particularit\u00e9 est en conformit\u00e9 de l&#8217;origine des Isra\u00e9lites tunisiens. En effet, la f\u00eate de Hanouka \u00e9tait observ\u00e9e en Palestine, tandis que celle de Pourim a d\u00fb \u00eatre, a l&#8217;origine une f\u00eate particuli\u00e8re sp\u00e9ciale \u00e0 une famille ou \u00e0 une petite tribu, ou aux habitants d&#8217;une ville. Nous trouvons encore aujourd&#8217;hui plusieurs &#8216; f\u00eates de ce genre chez les Isra\u00e9lites : ceux de Tripoli en c\u00e9l\u00e8brent deux par an, en dehors du Pourim d&#8217;Esther\u00a0; ceux d&#8217;Alger en c\u00e9l\u00e8brent \u00e9galement deux ; ceux de T\u00e9touan et d&#8217;Alcazar, au Maroc une ; ceux de Bagdad, une ; quelques Isra\u00e9lites d&#8217;Orient, qui se disent originaires de Saragosse, en c\u00e9l\u00e8brent \u00e9galement une. Chacun de ces Pourim \u00e0 sa \u2026 sp\u00e9ciale. Le Pourim d&#8217;Esther a d\u00fb \u00eatre, \u00e0 l&#8217;origine, une f\u00eale du m\u00eame genre. On observera que les E moral tes ont entour\u00e9 l&#8217;observation de la f\u00eate de Pourim d&#8217;une foule de prescriptions, et en ont fait le sujet d&#8217;une \u2026 sp\u00e9ciale, tandis que dans tout le Talmud il n&#8217;a \u00e9t\u00e9 qu&#8217;une seule fois question de Hanouka (\u2026), et cela incidemment. Cela prouve que la f\u00eale de Pourim avait besoin d&#8217;\u00eatre sp\u00e9cialement recommand\u00e9e.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Cette coutume existe encore aujourd&#8217;hui en Tunisie et au Maroc, mais uniquement \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de superstition.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> On voit encore aujourd&#8217;hui, dans les ruines situ\u00e9es pr\u00e8s des carri\u00e8res de marbre de Chemtou (l&#8217;ancienne Simitus), un monument de construction vandale ou romaine de la derni\u00e8re \u00e9poque, que les Arabes du pays d\u00e9signent encore de nos jours sous la d\u00e9nomination de Salat el \u00eehoud (temple des Juifs).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Un voyageur Isra\u00e9lite du Maroc, le rabbin Mardoch\u00e9e Abi Serrour, qui s&#8217;est rendu \u00e0 Tombouctou \u00e0 travers le Sahara, assure en avoir rencontr\u00e9 un certain nombre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Voir L\u00e9on Roches, Trente-deux ans \u00e0 travers l&#8217;Islam, 1<sup>er<\/sup> vol., p..338 (Paris, F. Didot, 1883).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Voir Janoski, Afrique Chr\u00e9tienne, collection de l\u2019univers pittoresque, <em>passim<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Mohamed el Ka\u00efrouani, traduction P\u00e9lissier et R\u00e9musat, p. 41 (Paris, impr. Royale, 1845).<\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/essai-sur-lhistoire-des-israelites-de-tunisie\/\">Introduction du livre<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les questions ethniques pr\u00e9occupent depuis quelque temps, et \u00e0 juste titre, les savants, les historiens et les politiciens. Les origines des habitants de l&#8217;Afrique du Nord \u2014 Arabes et Berb\u00e8res \u2014 ont \u00e9t\u00e9 l&#8217;objet d&#8217;\u00e9tudes tr\u00e8s consciencieuses et ont abouti \u00e0 des r\u00e9sultats qu&#8217;on peut consid\u00e9rer comme d\u00e9finitifs. 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