{"id":318,"date":"2018-12-29T08:01:00","date_gmt":"2018-12-29T07:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=318"},"modified":"2020-12-29T11:07:20","modified_gmt":"2020-12-29T10:07:20","slug":"la-sympathie-des-israelites-de-tunisie-envers-le-protectorat-francais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/29\/la-sympathie-des-israelites-de-tunisie-envers-le-protectorat-francais\/","title":{"rendered":"La sympathie des isra\u00e9lites de Tunisie envers le protectorat fran\u00e7ais"},"content":{"rendered":"<p>Ceux d&#8217;entre les Isra\u00e9lites qui parvenaient, par un moyen quelconque, \u00e0 se soustraire \u00e0 la juridiction du gouvernement local, en se pla\u00e7ant sous la protection d&#8217;un des consuls accr\u00e9dit\u00e9s aupr\u00e8s du bey, et surtout ceux qui, gr\u00e2ce \u00e0 leur origine europ\u00e9enne, se trouvaient naturellement dans ce cas, s&#8217;effor\u00e7aient, par tous les moyens, de se distinguer de leurs coreligionnaires par des signes ext\u00e9rieurs dans le costume, afin de n&#8217;\u00eatre pas en butte, aux mauvais traitements des agents de l&#8217;autorit\u00e9 et de la populace. Cette circonstance a donn\u00e9 lieu \u00e0 un \u00e9pisode caract\u00e9ristique, qu&#8217;on a d\u00e9sign\u00e9 vulgairement sous la d\u00e9nomination de \u00ab\u00a0l\u2019affaire du chapeau \u00bb.<\/p>\n<p>Les Isra\u00e9lites europ\u00e9ens avaient conserv\u00e9 le costume et la coiffure de leurs pays d\u2019origine ; quelques-uns parmi les indig\u00e8nes, qui avaient pass\u00e9 quelque temps on Europe, avaient \u00e9galement adopt\u00e9 le m\u00eame costume et le m\u00eame chapeau. Le bey Mahmoud, choqu\u00e9 le cette libert\u00e9 prise par quelques Isra\u00e9lites, ordonna, dans les premiers jours de l&#8217;ann\u00e9e 1823, que tous les Juifs habitant la Tunisie, quelle que fut leur nationalit\u00e9, devraient se coiffer du bonnet noir et rev\u00eatir le costume que l&#8217;usage leur avaient assign\u00e9 depuis des si\u00e8cles<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Les agents de l&#8217;autorit\u00e9, charg\u00e9s de surveiller l&#8217;ex\u00e9cution de cet ordre, arr\u00eat\u00e8rent un Isra\u00e9lite anglais, originaire de Gibraltar, qui avait refus\u00e9 de s&#8217;y conformer. L&#8217;Isra\u00e9lite leur \u00e9chappa et se r\u00e9fugia chez le consul d&#8217;Angleterre, qui se rendit ; aussit\u00f4t aupr\u00e8s du bey demander r\u00e9paration de l&#8217;injure faite \u00e0 un sujet de S. M. Britannique par un agent de l&#8217;autorit\u00e9. Le bey Mahmoud, irascible par nature, et furieux de voir le repr\u00e9sentant d&#8217;une grande puissance crier si fort pour une insulte faite \u00e0 un Juif, r\u00e9pondit s\u00e8chement qu&#8217;il entendait que son ordre f\u00fbt ex\u00e9cut\u00e9, et que celui qui refuserait de s&#8217;y conformer serait expuls\u00e9 de ses Etats.<\/p>\n<p>Le consul quitta le bey en le mena\u00e7ant de demander l&#8217;appui de son gouvernement et de faire venir \u00e0 la Goulette, pour obtenir r\u00e9paration, l&#8217;escadre que Lord Exmouth commandait alors dans la M\u00e9diterran\u00e9e. Mais le bey, apr\u00e8s r\u00e9flexion, lui d\u00e9p\u00eacha un des plus hauts dignitaires de sa cour pour lui faire des excuses et l&#8217;informer que, d\u00e9sormais, les Isra\u00e9lites \u00e9trangers seraient libres de porter tels habillements et telle coiffure que bon leur semblerait<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>L&#8217;interdiction de porter le chapeau, lev\u00e9e en faveur des Isra\u00e9lites \u00e9trangers, ne fut que plus strictement observ\u00e9e vis-\u00e0-vis de leurs coreligionnaires indig\u00e8nes. Les Isra\u00e9lites qui formaient la communaut\u00e9 <em>grana<\/em> obtinrent comme une faveur sp\u00e9ciale, et au prix de grandes sommes d&#8217;argent, l&#8217;autorisation de remplacer le bonnet noir traditionnel par un bonnet blanc en coton. Quelques-uns d&#8217;entre eux, dont les parents \u00e9taient originaires de Toscane, manifest\u00e8rent des vell\u00e9it\u00e9s de garder le chapeau ; ils furent emprisonn\u00e9s et soumis au supplice de la bastonnade. Il ne fallut pas moins, pour les faire \u00e9largir que l&#8217;intervention \u00e9nergique de M. Nyssen, consul g\u00e9n\u00e9ral de Hollande et d&#8217;Autriche, et qui avait \u00e9t\u00e9 nagu\u00e8re charg\u00e9 de n\u00e9gocier un trait\u00e9 entre le bey de Tunis et le grand doc de Toscane<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La projection efficace que trouvaient, aupr\u00e8s des repr\u00e9sentants des puissances, les Isra\u00e9lites originaires d&#8217;Europe, dont l&#8217;ensemble constituait, en grande partie, la communaut\u00e9 <em>grana<\/em>, et le despotisme avec lequel le ca\u00efd exer\u00e7ait son influence sur toutes les affaires du juda\u00efsme tunisien, inspir\u00e8rent aux Isra\u00e9lites livournais l&#8217;id\u00e9e de s&#8217;affranchir totalement de l&#8217;autorit\u00e9 du ca\u00efd. Ils poss\u00e9daient d\u00e9j\u00e0 leurs temples, leurs rabbins, leurs boucheries et leurs administrations ; la supr\u00e9matie et les pr\u00e9potences du ca\u00efd leur pesaient, et ils employ\u00e8rent pour s&#8217;en affranchir compl\u00e8tement tous les moyens en leur pouvoir. Apr\u00e8s s&#8217;\u00e8tre impos\u00e9 des sacrifices consid\u00e9rables, apr\u00e8s avoir soudoy\u00e9 bey, ministres, hauts fonctionnaires, ils obtinrent enfin, en 1824, du bey Hussein, \u00e0 l&#8217;occasion de l&#8217;inauguration d&#8217;une citerne b\u00e2tie ou restaur\u00e9e par les Juifs de corv\u00e9e aupr\u00e8s de la ville, dans le voisinage de la porte dite Bab Sidi Abd Es Salem, la reconnaissance de l&#8217;autonomie de leur communaut\u00e9 et la nomination d&#8217;un ca\u00efd sp\u00e9cial choisi parmi eux par l&#8217;autorit\u00e9, mais qui n&#8217;eut jamais ni les pr\u00e9rogatives, ni les attributions, ni l&#8217;influence de son coll\u00e8gue de la communaut\u00e9 indig\u00e8ne.<\/p>\n<p>Le long r\u00e8gne d&#8217;Ahmed bey a \u00e9t\u00e9 pour les Juifs de Tunisie une p\u00e9riode de repos et de prosp\u00e9rit\u00e9. Le bey aimait \u00e0 imiter les institutions et les usages europ\u00e9ens ; il visita la France et manifesta, \u00e0 son retour, le d\u00e9sir d&#8217;introduire, dans l&#8217;administration de son pays, les r\u00e8gles de justice et d&#8217;\u00e9quit\u00e9 dont il venait d&#8217;admirer les effets. Il avait \u00e0 son service des intendants, des m\u00e9decins, des fonctionnaires Isra\u00e9lites, et ces influences diverses procuraient quelque bien-\u00eatre aux Juifs tunisiens. Les rapports fr\u00e9quents avec les pays civilis\u00e9s, l&#8217;ascendant croissant des consuls, produisaient des effets heureux, et la situation des Juifs s&#8217;am\u00e9liorait sensiblement.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs Ahmed bey ne les oubliait jamais dans ses aum\u00f4nes, et, dans les aim\u00e9es de mauvaises r\u00e9coltes, il leur disait souvent distribuer plusieurs <em>caffiz<\/em> de bl\u00e9.<\/p>\n<h3>LES ISRA\u00c9LITES SOUS MOHAMMED BEY, LA CONSTITUTION TUNISIENNE<\/h3>\n<p>Le successeur d&#8217;Ahmed, Mohammed bey, inaugura son r\u00e8gne par une mesure fort heureux en faveur des Isra\u00e9lites. Le bey avait eu l\u2019occasion de conna\u00eetre et d&#8217;appr\u00e9cier le ca\u00efd Joseph Schmama qui, en qualit\u00e9 de payeur, suivait son arm\u00e9e alors qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait que bey du camp. Gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;influence qu&#8217;exer\u00e7ait sur lui le ca\u00efd des Isra\u00e9lites, il supprima, lors de son av\u00e8nement au tr\u00f4ne beylical, en l855, les corv\u00e9es qui \u00e9taient impos\u00e9es aux Isra\u00e9lites, ainsi que la surtaxe que leurs marchandises payaient \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e, et la responsabilit\u00e9 collective de tous les Isra\u00e9lites pour les imp\u00f4ts de chacun d&#8217;eux. D\u00e9sormais l&#8217;Isra\u00e9lite entra dans le droit commun, et aucune diff\u00e9rence fiscale ne fut plus admise entre lui et son concitoyen mahom\u00e9tan.<\/p>\n<h4>L&#8217;affaire Batto Sfez<\/h4>\n<p>Ce prince \u00e9tait toutefois fort attach\u00e9 \u00e0 la religion musulmane, et la m\u00eame ann\u00e9e de son av\u00e8nement, 1855, un Isra\u00e9lite de Tunis, nomm\u00e9 Batto Sfez, accus\u00e9 d&#8217;avoir blasph\u00e9m\u00e9 la religion mahom\u00e9tane, fut d\u00e9f\u00e9r\u00e9 par lui \u00e0 la justice du Schar\u00e2a (tribunal religieux du cadi), o\u00f9 il fut condamn\u00e9 \u00e0 mort. Les Isra\u00e9lites et les chr\u00e9tiens<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, indign\u00e9s de la rigueur et de la cruaut\u00e9 de celle sentence, et se sentant tous menac\u00e9s par ce jugement inqualifiable, s&#8217;unirent dans un m\u00eame effort et firent des d\u00e9marches pressantes et \u00e9nergiques aupr\u00e8s des autorit\u00e9s locales et consulaires pour en emp\u00eacher l&#8217;ex\u00e9cution. Les repr\u00e9sentants des puissances firent, \u00e0 la suite de ces d\u00e9marches, de s\u00e9v\u00e8res remontrances au bey, qui leur promit d&#8217;\u00e9pargner la vie du malheureux Sfez. Malgr\u00e9 cette promesse, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 une d\u00e9putation d&#8217;Isra\u00e9lites qui s&#8217;\u00e9taient rendus aupr\u00e8s de Mohammed bey pour implorer sa cl\u00e9mence en faveur du condamn\u00e9, malgr\u00e9 l&#8217;argent r\u00e9pandu \u00e0 flots par les Juifs pour sauver la vie de leur coreligionnaire, malgr\u00e9 les supplications des princesses qui, \u00e0 la pri\u00e8re des femmes juives, interc\u00e9d\u00e8rent en faveur du condamn\u00e9, le bey fui inflexible et Sfez fut ex\u00e9cut\u00e9.<\/p>\n<p>Aussit\u00f4t les Isra\u00e9lites et les chr\u00e9tiens se r\u00e9unirent de nouveau, et d\u00e9cid\u00e8rent d&#8217;envoyer aupr\u00e8s de Napol\u00e9on III une d\u00e9putation charg\u00e9e de lui pr\u00e9senter un m\u00e9moire lui relatant le meurtre commis, et de lui demander aide et protection en faveur des non-musulmans, qui ne se sentaient plus en s\u00fbret\u00e9 dans le pays. Une commission compos\u00e9e de trois membres, MM. Fabre, Foa et Carcassonne, ces deux derniers Isra\u00e9lites fran\u00e7ais, fut charg\u00e9e de r\u00e9diger le m\u00e9moire et de se rendre \u00e0 Paris pour le pr\u00e9senter \u00e0 l&#8217;empereur. Quelque temps apr\u00e8s, alors que le bey croyait le meurtre de Sfez oubli\u00e9, il vit, de son balcon de la Marsa, arriver en rade de la Goulette une escadre fran\u00e7aise. L&#8217;amiral qui la commandait ne tarda pas \u00e0 se pr\u00e9senter au palais, accompagn\u00e9 de M. L\u00e9on Roches, consul g\u00e9n\u00e9ral de France, et imposa au bey, au nom de son gouvernement, d&#8217;octroyer promptement \u00e0 ses sujets une charte reconnaissant l&#8217;\u00e9galit\u00e9 absolue de tous les Tunisiens, sans distinction de religion, et l&#8217;exercice libre et sans entrave de tous les cultes en Tunisie. Devant une attitude aussi formelle et aussi cat\u00e9gorique, le bey c\u00e9da et tint parole.<\/p>\n<h4>La constitution de 1857<\/h4>\n<p>La Constitution, octroy\u00e9e et promulgu\u00e9e au mois de septembre 1857, abolissait toutes les pr\u00e9rogatives que les lois et les usages avaient \u00e9tablies en faveur des musulmans, et toutes les lois d&#8217;exception contre les Juifs. L&#8217;\u00e9galit\u00e9 la plus parfaite \u00e9tait \u00e9tablie entre tous les sujets du bey, quelle que f\u00fbt leur croyance, et la libert\u00e9 la plus absolue \u00e9tait accord\u00e9e \u00e0 la pratique de tous les cultes en Tunisie. Voici les articles de ce rescrit qui se rapportaient plus sp\u00e9cialement aux Isra\u00e9lites, ou qui leur accordaient l&#8217;\u00e9galit\u00e9 devant la loi<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> :<\/p>\n<p>\u00ab <em>D\u00e9claration pr\u00e9alable<\/em>, \u2014 Persuad\u00e9 qu&#8217;il faut suivre les prescriptions de Dieu en ce qui concerne toutes ses cr\u00e9atures, je suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne plus laisser peser sur celles qui sont confi\u00e9es \u00e0 mes soins ni l&#8217;injustice ni le m\u00e9pris. Je ne n\u00e9gligerai rien pour les mettre en pleine possession de leurs droits\u2026, J&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9, comme on le sait, \u00e0 all\u00e9ger les taxes qui pesaient sur mes sujets<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>&#8230;<\/p>\n<p>Pacte fondamental. \u2014 ART. 1. \u2014 Une compl\u00e8te s\u00e9curit\u00e9 est garantie formellement \u00e0 tous nos sujets, \u00e0 tous les habitants de nos Etats, quelles que soient leur religion, leur nationalit\u00e9 ou leur race. Cette s\u00e9curit\u00e9 s&#8217;\u00e9tendra \u00e0 leur personne (qui sera) respect\u00e9e, \u00e0 leurs biens sacr\u00e9s, \u00e0 leur r\u00e9putation honor\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>ART. 2. \u2014 Les musulmans et les autres habitants du pays seront \u00e9gaux devant la loi&#8230;<\/p>\n<p>ABT. 4. \u2014 Nos sujets isra\u00e9lites ne subiront aucune contrainte pour changer de religion, et ne seront point emp\u00each\u00e9s dans l&#8217;exercice de leur culte. Leurs synagogues seront respect\u00e9es et \u00e0 l&#8217;abri de toute insulte&#8230;<\/p>\n<p>ART. 6. \u2014 Lorsque le tribunal criminel aura \u00e0 se prononcer sur la p\u00e9nalit\u00e9 encourue par un Isra\u00e9lite, il sera adjoint audit tribunal des assesseurs \u00e9galement Isra\u00e9lites. La loi religieuse (musulmane) les rend d&#8217;ailleurs l&#8217;objet de recommandations bienveillantes&#8230;<\/p>\n<p>ART. 8, \u2014 Tous nos sujets, musulmans et autres, seront soumis \u00e9galement aux r\u00e8glements et usages en vigueur dans le pays ; aucun d&#8217;eux ne jouira \u00e0 cet \u00e9gard de privil\u00e8ge sur un autre\u2026.<\/p>\n<p><em>Commentaires sur le pacte fondamental<\/em><\/p>\n<p>CHAPITRE I<sup>er<\/sup> \u2014 Nous nous engageons devant Dieu, envers tous nos sujets, de quelque religion qu&#8217;ils soient, \u00e0 leur faciliter, par tous les moyens en notre pouvoir, le s\u00fbr et libre exercice de leur culte\u2026. Pour ce qui regarde leur s\u00fbret\u00e9 et libert\u00e9 religieuse, nos sujets non musulmans ne seront jamais ni contraints \u00e0 changer de religion, ni emp\u00each\u00e9s de le faire&#8230;. Ainsi il y aura \u00e9galit\u00e9 parfaite devant la loi, sans distinction de religion.<\/p>\n<p>CHAPITRE II \u2014 Nous promotions formellement \u00e0 chacun de nos sujets la jouissance de toute s\u00fbret\u00e9 personnelle, morale et mat\u00e9rielle\u2026.<\/p>\n<p>CHAPITRE III \u2014 Nous promenons formellement \u00e0 tout propri\u00e9taire parmi nos sujets, et sans distinction de religion, une s\u00fbret\u00e9 compl\u00e8te de ses biens, meubles et immeubles&#8230;. Tous nos sujets, quelle que soit leur religion, pourront poss\u00e9der des biens immeubles&#8230;, &#8230;Le gouvernement ne forcera jamais aucun ouvrier ni aucun artiste \u00e0 travailler pour lui contre son gr\u00e9\u2026<\/p>\n<p>CHAPITRE IV \u2014 Nous renouvelons \u00e0 nos sujets, \u00e0 quelque religion qu&#8217;ils appartiennent, l&#8217;assurance que leur honneur sera respect\u00e9, qu&#8217;aucune peine infamante ne sera prononc\u00e9e contre eux pour le seul fait d&#8217;une accusation, quelque haute que soit la position de l&#8217;accusateur, car tous les hommes sont \u00e9gaux devant la loi<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p><em>Lois organiques<\/em> \u2014&#8230;&#8230;. ART. 78. \u2014 Tout sujet tunisien, \u00e0 quelque religion qu&#8217;il appartienne, qui n&#8217;aura pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une peine infamante, pourra arriver \u00e0 tous les emplois du pays, s&#8217;il en est capable, et participer \u00e0 tous les avantages offerts par le gouvernement \u00e0 ses sujets\u2026<\/p>\n<p>ART. 86. \u2014Tous les sujets du royaume tunisien, \u00e0 quelque religion qu&#8217;ils appartiennent, ont droit \u00e0 une s\u00e9curit\u00e9 compl\u00e8te quant \u00e0 leur personne, leurs biens et leur honneur, ainsi qu&#8217;il est dit \u00e0 l&#8217;article Ier du pacte fondamental&#8230;<\/p>\n<p>ART. 88. \u2014 TOUS les sujets du royaume, \u00e0 quelque religion qu&#8217;ils appartiennent, sont \u00e9gaux devant la loi&#8230;.<\/p>\n<p>ART. 91. \u2014 Tout Tunisien, n\u00e9 dans le royaume, lorsqu&#8217;il aura atteint l&#8217;Age de 18 ans, doit servir son pays pendant le temps fix\u00e9 pour le service militaire&#8230;<\/p>\n<p>ART. 94. \u2014-Tous les Tunisiens non musulmans qui changeront de religion continueront \u00e0 \u00eatre sujets tunisiens et soumis \u00e0 la juridiction du pays<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que le bey promulguait une Constitution aussi lib\u00e9rale, il instituait un Conseil d&#8217;Etat, auquel il donnait le litre de \u00ab Conseil supr\u00eame \u00bb, et qui avait \u00e0 la fois pour mission d&#8217;\u00eatre le gardien des lois constitutionnelles et de constituer la haute Cour de justice de l&#8217;Etat. Un certain nombre d\u00e9membres de ce Conseil supr\u00eame \u00e9taient nomm\u00e9s par le bey, d&#8217;autres par les notables. Dans une des premi\u00e8res s\u00e9ances de ce Conseil, une discussion fut engag\u00e9e parmi deux des membres les plus influents, Hauts dignitaires de l&#8217;Etat, sur la question de savoir s&#8217;il ne serait pas juste que l&#8217;\u00e9l\u00e9ment isra\u00e9lite f\u00fbt repr\u00e9sent\u00e9 au Conseil supr\u00eame. Le parti hostile \u00e0 la repr\u00e9sentation des Juifs se trouva en majorit\u00e9, et la porte du Conseil resta ferm\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9l\u00e9ment juif.<\/p>\n<p>Tels sont les articles \u00e9tablissant l&#8217;affranchissement des Juifs tunisiens, dans cette charte, octroy\u00e9e par un bey fanatique, Mohammed bey, sous la pression de la France, \u00e0 la suite d&#8217;un acte odieux de cruaut\u00e9 et de barbarie, qui avait soulev\u00e9 l&#8217;indignation de l&#8217;Europe. Les Isra\u00e9lites avaient pay\u00e9 du sang d&#8217;un des leurs l&#8217;\u00e9galit\u00e9 devant la loi, pour laquelle ils avaient combattu depuis des si\u00e8cles. La Constitution de 1857 la leur accordait officiellement, pleine et enti\u00e8re. En outre, ils l&#8217;obtenaient gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;intervention \u00e9nergique de la France, de cette nation g\u00e9n\u00e9reuse qu&#8217;on est s\u00fbr de trouver toujours, on l&#8217;a dit et on ne saurait trop le r\u00e9p\u00e9ter, \u00ab partout o\u00f9 il y a une cause juste \u00e0 d\u00e9fendre, et la civilisation \u00e0 faire pr\u00e9valoir. \u00bb<\/p>\n<p>Cette charte n&#8217;eut qu&#8217;une dur\u00e9e \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, et a d\u00fb \u00eatre rapport\u00e9e \u00e0 la suite de la sanglante r\u00e9volution qui \u00e9clata en Tunisie en 1864. Aussit\u00f4t qu&#8217;il parvint \u00e0 apaiser cette r\u00e9volution, qui faillit co\u00fbter au bey Mohammed es-Sadok son tr\u00f4ne et sa vie, ce souverain s&#8217;empressa de rapporter la Constitution octroy\u00e9e par son pr\u00e9d\u00e9cesseur, et qui s&#8217;accordait mal avec les m\u0153urs et les go\u00fbts autoritaires du bey et des hauts dignitaires de la cour. Il est juste d&#8217;ajouter que la grande majorit\u00e9 de la population n&#8217;\u00e9tait pas encore pr\u00eate \u00e0 jouir des lois lib\u00e9rales, qui mena\u00e7aient de devenir des instruments dangereux entre les mains de quelques intrigants ambitieux.<\/p>\n<p>Mais si la Constitution fut retir\u00e9e, les abus qu&#8217;elle avait \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e \u00e0 r\u00e9primer n&#8217;en disparurent pas moins. Si l&#8217;arbitraire \u00e9tait quelquefois exerc\u00e9, des peines corporelles appliqu\u00e9es, des confiscations pratiqu\u00e9es, c&#8217;\u00e9tait indiff\u00e9remment \u00e0 toute la population, aux musulmans aussi bien qu&#8217;aux Juifs. On pourrait m\u00eame dire que les Juifs y \u00e9taient moins expos\u00e9s que les Arabes, car \u00e0 la suite du meurtre de Sfez, les gouvernements europ\u00e9ens les avaient recommand\u00e9s \u00e0 la bienveillance de leurs repr\u00e9sentants \u00e0 Tunis, et ceux-ci ne se faisaient pas faute de les prot\u00e9ger toutes les fois qu&#8217;ils faisaient appel \u00e0 leur appui.<\/p>\n<h3>LES ISRA\u00c9LITES SOUS LE BEY SADOK<\/h3>\n<p>Une des manifestations \u00e9clatantes de l&#8217;appui que les Isra\u00e9lites trouvaient aupr\u00e8s des repr\u00e9sentants des puissances, surtout aupr\u00e8s du consul g\u00e9n\u00e9ral de France, fut donn\u00e9e en 1875. \u2014 Un musulman avait, en plein midi, assassin\u00e9 un Isra\u00e9lite dans une des rues les plus fr\u00e9quent\u00e9es de Tunis, puis s&#8217;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 dans une zaouia (mosqu\u00e9e), d&#8217;o\u00f9 les usages musulmans d\u00e9fendent de faire sortir un criminel, sous quelque pr\u00e9texte que ce soit. Les Isra\u00e9lites, certains de ne pas obtenir justice en s&#8217;adressant \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 locale, ferm\u00e8rent tous, comme un seul homme, leurs magasins, et transport\u00e8rent le cadavre de la victime devant la porte des consulats, demandant justice du meurtre commis. \u2014 Le consul g\u00e9n\u00e9ral de France provoqua une r\u00e9union du corps consulaire, qui se r\u00e9unit sous la pr\u00e9sidence de son doyen, M. Wood, consul d&#8217;Angleterre, et se rendit en corps aupr\u00e8s du bey pour lui demander justice imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tous les usages qui s&#8217;y opposaient, l&#8217;assassin, qui appartenait \u00e0 une famille de sch\u00e9rifs (descendants du proph\u00e8te), fut retir\u00e9 de la zaouia et ex\u00e9cut\u00e9. Cet acte de justice calma aussit\u00f4t la population juive. Les Isra\u00e9lites indig\u00e8nes restaient soumis, comme les Arabes d&#8217;ailleurs, au supplice de la bastonnade. Le gouverneur de la ville ne se faisait pas faute d&#8217;appliquer cette peine pour les contraventions les plus futiles. Ce fut au mois de d\u00e9cembre 1877 que, gr\u00e2ce aux d\u00e9marches du comit\u00e9 tunisien de l&#8217;Alliance isra\u00e9lite<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, des ordres furent donn\u00e9s au gouverneur de la ville pour que ce ch\u00e2timent ne f\u00fbt plus inflig\u00e9, \u00e0 l&#8217;avenir, aux Isra\u00e9lites de Tunis<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Pendant la r\u00e9volution qui \u00e9clata en Tunisie en 1864, les Isra\u00e9lites de plusieurs villes de la R\u00e9gence ont eu cruellement \u00e0 souffrir des fureurs de la populace. Ceux de Sfax, en particulier, o\u00f9 un musulman, Ben Gdahem, excitait ses coreligionnaires \u00e0 la guerre sainte, ont d\u00fb, ainsi que les chr\u00e9tiens, quitter la ville et chercher un refuge, les uns \u00e0 Tripoli, les autres \u00e0 Malte ou \u00e0 Tunis. Pendant leur absence, leur quartier fut pill\u00e9, leurs maisons saccag\u00e9es, leurs magasins incendi\u00e9s. Lorsque plus tard l&#8217;ordre fut r\u00e9tabli dans la ville, le gouvernement du bey fil accorder aux Isra\u00e9lites ainsi qu&#8217;aux Europ\u00e9ens, des indemnit\u00e9s pour les pertes qu&#8217;ils avaient subies \u00e0 la suite de la r\u00e9volte.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1866. 1867 et 1868 furent calamiteuses pour la Tunisie. La famine, le typhus, le chol\u00e9ra ravag\u00e8rent tour \u00e0 tour la R\u00e9gence tunisienne et lui enlev\u00e8rent le tiers de sa population. Les Isra\u00e9lites, dans leurs angoisses firent appel \u00e0 leurs fr\u00e8res d&#8217;Europe l\u2019Alliance Isra\u00e9lite de Paris ouvrit en leur faveur une souscription et leur fit parvenir des sommes consid\u00e9rables. <em>Le board of deputies<\/em> de Londres en fil autant et la population juive fut ainsi soulag\u00e9e et relativement \u00e9pargn\u00e9e.<\/p>\n<p>En 1874, une querelle intestine \u00e9clata entre les Isra\u00e9lites de Tunis, \u00e0 propos d&#8217;une question d&#8217;administration des \u00e9coles rabbiniques. La n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9formes se faisait sentir ; mais le parti du progr\u00e8s trouvait obstacle aupr\u00e8s de celui de la r\u00e9action, et la querelle, fort envenim\u00e9e \u00e0 un moment donn\u00e9, se termina par une transaction.<\/p>\n<p>En 1876, une autre querelle intestine \u00e9clata parmi les Isra\u00e9lites tunisiens. Cette fois, le pr\u00e9texte \u00e9tait l&#8217;administration de la boucherie. Un groupe d&#8217;Isra\u00e9lites, pour la plupart prot\u00e9g\u00e9s fran\u00e7ais \u00e0 litre d&#8217;originaires d&#8217;Alg\u00e9rie, m\u00e9contents de la fa\u00e7on dont les administrateurs de la communaut\u00e9 en g\u00e9raient les revenus, manifest\u00e8rent l\u2019intention de se s\u00e9parer de leurs coreligionnaires et de former une communaut\u00e9 distincte. M. Rouston, alors repr\u00e9sentant de la France, avait pris fait et cause pour le groupe de ses administr\u00e9s, tandis que le g\u00e9n\u00e9ral Khair-Eddine, alors premier ministre du bey, d\u00e9fendait l&#8217;ancienne communaut\u00e9.<\/p>\n<h4><strong>La sympathie des isra\u00e9lites de Tunisie envers le protectorat fran\u00e7ais<\/strong><\/h4>\n<p>Apr\u00e8s plusieurs conf\u00e9rences entre le premier ministre, le consul g\u00e9n\u00e9ral de France et les chefs des deux groupes en litige, on parvint \u00e0 \u00e9tablir un accord, d&#8217;apr\u00e8s lequel l&#8217;administration de la communaut\u00e9, et principalement la branche se rapportant \u00e0 l&#8217;exploitation du monopole de la boucherie, serait exerc\u00e9e par cinq notables isra\u00e9lites, dont trois parmi les sujets du bey et deux parmi ceux plac\u00e9s sous la juridiction de la France. Le ca\u00efd des Isra\u00e9lites \u00e9tait le pr\u00e9sident de ce conseil d&#8217;administration, qui devait \u00eatre renouvel\u00e9 tous les ans. Cet accord fut sanctionn\u00e9 par un d\u00e9cret beylical (Amar bey) dat\u00e9 du 23 schaban 1293 (11 septembre 1876), et dont une copie a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e au ca\u00efd des Isra\u00e9lites, et une autre au consul g\u00e9n\u00e9ral de France<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Le besoin des r\u00e9formes se faisait partout sentir. Il \u00e9tait naturel que l&#8217;attention des Isra\u00e9lites tunisiens f\u00fbt appel\u00e9e sur la situation de l&#8217;enfance et sur l&#8217;\u00e9ducation et l&#8217;instruction de la jeunesse indigente<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>De tout temps, il avait exist\u00e9 \u00e0 Tunis, comme dans tous les centres juifs du monde entier, des \u00e9tablissements o\u00f9 les enfants, surtout les fils des pauvres, \u00e9taient, sous la surveillance de quelques rabbins, r\u00e9unis dans des locaux sp\u00e9ciaux. Ces \u00e9coles, o\u00f9 l&#8217;on n&#8217;enseignait que la lecture de la Bible et du Talmud, et que l&#8217;on d\u00e9signait sous le nom de Talmud-Torah (enseignement de la Bible), avaient, nous l&#8217;avons vu, depuis longtemps des revenus sp\u00e9ciaux, g\u00e9r\u00e9s par des administrateurs particuliers. Il existait \u00e0 Tunis deux de ces \u00e9tablissements, un \u00e0 la charge et pour les enfants indigents de chaque communaut\u00e9<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. A plusieurs reprises, des esprits g\u00e9n\u00e9reux se sont pr\u00e9occupes de ces \u00e9tablissements et ont essay\u00e9 d&#8217;en am\u00e9liorer la situation. Mais la t\u00e2che \u00e9tait lourde, les besoins grands et les ressources trop faibles. Les petits rem\u00e8des devaient fatalement \u00e9chouer. Depuis plusieurs ann\u00e9es, <em>l\u2019Alliance isra\u00e9lite<\/em> de Paris et <em>l\u2019Anglo-Jewish<\/em> <em>Association<\/em> de Londres s&#8217;\u00e9taient pr\u00e9occup\u00e9es de la question. Ce n&#8217;est qu&#8217;\u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e 1877 que le projet d&#8217;une r\u00e9organisation scolaire radicale fut s\u00e9rieusement \u00e9tudi\u00e9.<\/p>\n<p>Le comit\u00e9 r\u00e9gional de l&#8217;Alliance isra\u00e9lite venait d&#8217;\u00eatre reconstitu\u00e9 ; les membres qui le compos\u00e8rent re\u00e7urent de leurs \u00e9lecteurs le mandat formel de s&#8217;occuper surtout de la question scolaire. Le nouveau comit\u00e9 ne faillit pas \u00e0 sa mission, et, d&#8217;accord avec les chefs des deux communaut\u00e9s, aborda courageusement l&#8217;\u00e9lude de la fondation d&#8217;une vaste \u00e9cole pour la jeunesse isra\u00e9lite de Tunis. Il fut convenu que l\u2019Alliance Isra\u00e9lite serait d\u00e9sormais charg\u00e9e de l&#8217;\u00e9ducation et de l&#8217;instruction de la jeunesse ; qu&#8217;\u00e0 cet effet on confierait \u00e0 son comit\u00e9 de Tunis l&#8217;administration de tous les revenus et de tous les immeubles des deux Talmud-Torah, dont les enfants seraient vers\u00e9s dans le nouvel \u00e9tablissement projet\u00e9.<\/p>\n<p>Pour faire face aux nouveaux besoins qu&#8217;exigeait l&#8217;entreprise, les Isra\u00e9lites de Tunis consentaient \u00e0 cr\u00e9er un nouvel imp\u00f4t, consistant en une majoration du prix de la viande, dont chaque livre serait augment\u00e9e <em>d\u2019une caroube<\/em>. Ce nouvel imp\u00f4t serait per\u00e7u au profil de l&#8217;\u00e9cole de l\u2019Alliance. Ces stipulations furent consign\u00e9es dans des documents qui furent rev\u00eatus des signatures de tous les rabbins et de tous les notables des deux communaut\u00e9s isra\u00e9lites. Le nouvel imp\u00f4t fut sanctionn\u00e9 par un d\u00e9cret beylical, dat\u00e9 du 24 Rebia-el-Aouel 1295 (8 mars 1878)<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>La nouvelle \u00e9cole, largement subventionn\u00e9e par <em>l\u2019Alliance isra\u00e9lite<\/em> de Paris et par <em>l\u2019Anglo-Jewish Association<\/em> de Londres, fut inaugur\u00e9e au mois de Juillet 1878, et l&#8217;inauguration fut pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&#8217;une f\u00eate \u00e0 laquelle assistaient les ministres du bey et tous les repr\u00e9sentants des puissances europ\u00e9ennes. Ajoutons que le consul g\u00e9n\u00e9ral de France avait pr\u00eat\u00e9 au comit\u00e9 de l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite un concours empress\u00e9 pour la r\u00e9ussite de l&#8217;\u0153uvre, et qu&#8217;il avait ouvert, parmi ses nationaux isra\u00e9lites, une souscription destin\u00e9e \u00e0 subvenir aux frais de premier \u00e9tablissement.<\/p>\n<p>En 1879, le bey Mohammcd es-Sadok donna un nouveau t\u00e9moignage de sympathie aux Isra\u00e9lites de Tunis, en leur accordant gratuitement un terrain d&#8217;une superficie de 1,000 m\u00e8tres carr\u00e9s, situ\u00e9 dans une des plus belles rues de la ville, dans le but d&#8217;y \u00e9riger une synagogue.<\/p>\n<p>Mais si dans la ville de Tunis les Juifs jouissaient de la plus grande tranquillit\u00e9, il n&#8217;en \u00e9tait pas de m\u00eame dans les villes de l&#8217;int\u00e9rieur. On a eu \u00e0 enregistrer, dans les ann\u00e9es 1878,1879 et 1880, plusieurs assassinats d&#8217;Isra\u00e9lites au Kef, \u00e0 Sfax, \u00e0 Djerba, \u00e0 Gafsa, etc. Il faut dire que l&#8217;autorit\u00e9 locale sup\u00e9rieure faisait toujours bon accueil aux plaintes des Isra\u00e9lites et que les consuls g\u00e9n\u00e9raux, surtout ceux de France et d&#8217;Angleterre, n&#8217;h\u00e9sitaient pas \u00e0 prendre leur d\u00e9fense et \u00e0 appuyer leurs r\u00e9clamations aupr\u00e8s du gouvernement du bey.<\/p>\n<p><strong>Enfin le protectorat de la France en Tunisie, proclam\u00e9 le 12 mai 1881, vint mettre d\u00e9finitivement un terme aux derni\u00e8res in\u00e9galit\u00e9s religieuses dans la R\u00e9gence. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Nous arr\u00eatons ici notre r\u00e9cit. Gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;administration juste, honn\u00eate et lib\u00e9rale que le gouvernement fran\u00e7ais a entrepris d&#8217;\u00e9tablir en Tunisie, la situation des Isra\u00e9lites va s&#8217;am\u00e9liorer. Ils vont acqu\u00e9rir tous leurs droits, avoir leur place et leur influence dans les affaires de leur pays, et relever, sous la protection bienveillante du gouvernement, leur situation mat\u00e9rielle, morale et intellectuelle.<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir Timis, par L\u00e9on Michel. Paris 1857.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir Annales tunisiennes, par Alph. Rousseau, p. 347 et suiv.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir Annales tunisiennes, par Alph. Rousseau, p. 349 et suiv. Voir \u00e9galement Journal de la Jeunesse, n\u00b0 427, du 5 f\u00e9vrier 1881.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Constatons encore avec joie l&#8217;union que nous trouvons toujours \u00e0 Tunis entre Isra\u00e9lites et Chr\u00e9tiens toutes les fois qu&#8217;un danger vient menacer les uns ou les autres.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Cette Constitution, dat\u00e9e du 20 moharrem 1274 de l\u2019H\u00e9gire (10 septembre 1857), est divis\u00e9e en trois tarties : 1\u00b0 le pacte fondamental 2\u00b0 les explications ou commentaires au pacte fondamental, et 3\u00b0 la loi organique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Allusion \u00e0 la suppression de la corv\u00e9e et des autres taxes sp\u00e9ciales qui pesaient sur les Juifs, et que le bey Mohammed venait de supprimer lors de son av\u00e8nement au tr\u00f4ne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> On reconna\u00eetra facilement l&#8217;allusion assez, transparente \u00e0 l&#8217;accusation port\u00e9e contre Balto Sfez, et au terrible ch\u00e2timent qui l&#8217;a suivie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Cet article fait allusion aux individus que parvenaient \u00e0 convertir les missionnaires Catholiques et protestants, en leur offrant comme app\u00e2t la protection d\u2019une puissance \u00e9trang\u00e8re et, par-l\u00e0, l&#8217;affranchissement du paiement des imp\u00f4ts.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Un Comit\u00e9 de l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite s&#8217;\u00e9tait form\u00e9 \u00e0 Tunis depuis 1863. Ce comit\u00e9 venait d&#8217;\u00eatre r\u00e9organis\u00e9 sur des bases solides au mois d&#8217;octobre 1877.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Voir le Bulletin de l\u2019Alliance Isra\u00e9lite du mois de d\u00e9cembre 1877, p. 248.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Ce d\u00e9cret n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 abrog\u00e9 et a eu force de loi jusqu&#8217;au 13 juillet 1888, o\u00f9 le monopole a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par une taxe. \u00c0 ce titre, nous croyons utile de le reproduire. On en trouvera la traduction au n\u00b0 IV de l&#8217;appendice.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Les Isra\u00e9lites riches faisaient instruire leurs enfants dans les diverses \u00e9coles de la ville ; quelques-uns les envoyaient compl\u00e9ter leur \u00e9ducation en France o\u00f9 en Italie.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Il ne serait pas d\u00e9plac\u00e9 de faire conna\u00eetre l&#8217;\u00e9tat o\u00f9 se trouvaient ces \u00e9tablissements et la situation \u00e0 laquelle il s&#8217;agissait de porter rem\u00e8de. Dans ce but, nous donnons au n\u00b0 V de l&#8217;appendice quelques extraits d&#8217;un rapport adress\u00e9 au comit\u00e9 central de l&#8217;Alliance Isra\u00e9lite, au mois de f\u00e9vrier 1878, sur l&#8217;\u00e9tat du Talmud-Torah entretenu par la communaut\u00e9 tunisienne.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> On trouvera au n\u00b0 VI de l&#8217;appendice, la traduction de la lettre adress\u00e9e par le premier ministre du bey, Mohammed Khaznadar, au ca\u00efd des Isra\u00e9lites, lui annon\u00e7ant la sanction accord\u00e9e par le bey \u00e0 la perception de la nouvelle taxe au profil de l&#8217;\u00e9cole de l&#8217;Alliance isra\u00e9lite. Un d\u00e9cret du 13 juillet 1883 vient de donner une nouvelle sanction officielle \u00e0 cette disposition.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Extrait du livre: \u201c<strong>Essai sur l\u2019histoire des Isra\u00e9lites de Tunisie<\/strong> depuis les temps les plus recul\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du protectorat de la France en Tunisie\u201d. <strong>Auteur : <\/strong>David Caz\u00e8s (1851-1913). <strong>\u00c9diteur : <\/strong>A. Durlacher (Paris). <strong>Date d\u2019\u00e9dition : <\/strong>1887<\/em><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/28\/les-israelites-de-tunisie-au-18eme-siecle\/\">Les isra\u00e9lites de Tunisie au 18\u00e8me si\u00e8cle<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ceux d&#8217;entre les Isra\u00e9lites qui parvenaient, par un moyen quelconque, \u00e0 se soustraire \u00e0 la juridiction du gouvernement local, en se pla\u00e7ant sous la protection d&#8217;un des consuls accr\u00e9dit\u00e9s aupr\u00e8s du bey, et surtout ceux qui, gr\u00e2ce \u00e0 leur origine europ\u00e9enne, se trouvaient naturellement dans ce cas, s&#8217;effor\u00e7aient, par tous les moyens, de se distinguer&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3499,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,84,96,4],"tags":[260,261,100,101,112,116,91],"class_list":["post-318","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-history","category-litterature-coloniale","category-religions","tag-alliance-israelite","tag-batto-sfez","tag-colonisation","tag-france","tag-juifs","tag-protectorat","tag-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/318","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=318"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/318\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3503,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/318\/revisions\/3503"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=318"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=318"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=318"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}