{"id":280,"date":"2018-12-26T07:41:21","date_gmt":"2018-12-26T07:41:21","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=280"},"modified":"2020-11-06T12:20:21","modified_gmt":"2020-11-06T11:20:21","slug":"hannibal-et-la-deuxieme-guerre-punique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/hannibal-et-la-deuxieme-guerre-punique\/","title":{"rendered":"Hannibal et la deuxi\u00e8me guerre punique"},"content":{"rendered":"<h3>Les Barcides en Espagne et le d\u00e9clenchement de la guerre<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re guerre punique et la r\u00e9volte des mercenaires ont fait appara\u00eetre Amilcar Barca comme un grand strat\u00e8ge doubl\u00e9 d&#8217;un habile politicien, c&#8217;est-\u00e0-dire comme l&#8217;homme providentiel indispensable au r\u00e9tablissement de la puissance carthaginoise. Ayant beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi aux diverses causes de la d\u00e9faite de sa patrie, celui-ci va essayer de rem\u00e9dier aux deux d\u00e9fauts qui lui ont paru caract\u00e9riser le r\u00e9gime carthaginois, \u00e0 savoir la faiblesse du commandement militaire et l&#8217;instabilit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Des exemples de solution s&#8217;offraient \u00e0 lui chez les rois hell\u00e9nistiques dont le pouvoir \u00e9tait intimement li\u00e9 \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 militaire. Les rois hell\u00e9nistiques s&#8217;assuraient un indiscutable ascendant sur leurs troupes de mercenaires gr\u00e2ce \u00e0 une mystique tendant \u00e0 les faire passer pour d\u00e9tenteurs de dons divins et surnaturels leur conf\u00e9rant l&#8217;invincibilit\u00e9 militaire. La le\u00e7on hell\u00e9nistique a \u00e9t\u00e9 bien retenue par Amilcar auquel il ne restait plus qu&#8217;\u00e0 adapter ces id\u00e9es \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 punique tant sur le plan politique qu&#8217;id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Or les conditions de r\u00e9alisation se trouvaient facilit\u00e9es par la grande crise de la guerre des mercenaires et par la victoire d&#8217;Amilcar sur les r\u00e9volt\u00e9s. Sorti aur\u00e9ol\u00e9 de prestige et de gloire, il aurait pu imposer \u00e0 Carthage une esp\u00e8ce de tyrannie. Il ne le fit pas, car il avait \u00e9galement tir\u00e9 la le\u00e7on de pr\u00e9c\u00e9dentes tentatives malheureuses de dictature \u00e0 Carthage et, de plus, il voyait loin et sentait que les besoins en ressources \u00e9conomiques et militaires primaient tout pour l&#8217;imm\u00e9diat. Tout ce qu&#8217;il fit \u00e0 Carthage c&#8217;est, peut-\u00eatre, une modification de la constitution dans un sens plus d\u00e9mocratique en diminuant la toute puissance de l&#8217;oligarchie.<\/p>\n<p>Les Barcides utilis\u00e8rent, au sein de Carthage, le parti d\u00e9mocratique qui commen\u00e7a \u00e0 se manifester d\u00e8s la fin du IVe s., pour assurer la liaison entre leur pouvoir militaire et le gouvernement int\u00e9rieur de Carthage. Cependant, ce n&#8217;est pas dans sa patrie qu&#8217;Amilcar va fonder son pouvoir mais en Espagne, province suffisamment \u00e9loign\u00e9e de Rome et de Carthage, et suffisamment riche pour pallier l&#8217;\u00e9touffement de l&#8217;\u00e9conomie punique en cas de guerre. Carthage avait d\u00e9j\u00e0 des int\u00e9r\u00eats en Espagne dont Amilcar connaissait la richesse et la valeur militaire. Il comprit qu&#8217;il trouverait l\u00e0 les bases du pouvoir monarchique et militaire et les ressources \u00e9conomiques et en hommes dont il avait besoin. Il partit donc pour l&#8217;Espagne et parvint \u00e0 soumettre une grande partie du pays et \u00e0 l&#8217;organiser en s&#8217;inspirant dans son action des grands fondateurs d&#8217;empire comme Alexandre. Il fonda son pouvoir politique sur l&#8217;arm\u00e9e et d\u00e9veloppa la mystique de la victoire due au chef inspir\u00e9 et invincible. Il pratiqua une politique d&#8217;assimilation des indig\u00e8nes par l&#8217;enr\u00f4lement des soldats vaincus et de nombreux mariages mixtes.<\/p>\n<p>Les Barcides s&#8217;orientent nettement vers le pouvoir monarchique en Espagne comme le prouvent l&#8217;\u00e9volution mon\u00e9taire et le comportement d&#8217;Hasdrubal, gendre et successeur d&#8217;Amilcar qui fonde une seconde Carthage, appel\u00e9e par les Romains Carthag\u00e8ne : c&#8217;est \u00ab Qart Hadasht \u00bb, la ville nouvelle mais aussi la capitale, donc une \u00ab nouvelle Tyr \u00bb, ce qui enl\u00e8ve \u00e0 Carthage le privil\u00e8ge d&#8217;\u00eatre la seule \u00ab nouvelle Tyr \u00bb. Le m\u00eame Hasdrubal construit un palais et se fait saluer du titre de roi. Il faut bien noter que ce pouvoir royal, les Barcides ne l&#8217;exercent qu&#8217;en Espagne et non \u00e0 Carthage. Un autre trait m\u00e9rite \u00e9galement d&#8217;\u00eatre soulign\u00e9, c&#8217;est l&#8217;ind\u00e9pendance de plus en plus grande que les Barcides prennent par rapport \u00e0 Carthage.<\/p>\n<p>D&#8217;habitude les g\u00e9n\u00e9raux \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s par le S\u00e9nat ou l&#8217;assembl\u00e9e populaire de Carthage, avec les Barcides c&#8217;est d\u00e9sormais l&#8217;arm\u00e9e qui d\u00e9signe son chef, puis le S\u00e9nat ratifie. Ainsi Hannibal jouit d&#8217;une libert\u00e9 compl\u00e8te au point de vue diplomatique : il n\u00e9gocie avec les diff\u00e9rents peuples, traite avec le roi de Mac\u00e9doine et semble ainsi diriger la politique ext\u00e9rieure et militaire ; le gouvernement int\u00e9rieur restant entre les mains des anciens organes du pouvoir. C&#8217;est une politique qui s&#8217;apparente bien plus avec les r\u00e9gimes monarchiques qu&#8217;avec les institutions traditionnelles de Carthage. La position personnelle des Barcides se renfor\u00e7ait donc de jour en jour et les bienfaits de la conqu\u00eate de l&#8217;Espagne ne tard\u00e8rent pas \u00e0 se faire sentir dans tout le monde carthaginois.<\/p>\n<p>Les progr\u00e8s de la conqu\u00eate et la prosp\u00e9rit\u00e9 qui en r\u00e9sulta finirent par inqui\u00e9ter Rome qui, sous la pression de son alli\u00e9e, Marseille, dont les int\u00e9r\u00eats en M\u00e9diterran\u00e9e et en Espagne \u00e9taient de plus en plus menac\u00e9s, obtint, en 226, d&#8217;Hasdrubal l&#8217;engagement de ne pas d\u00e9passer l&#8217;Ebre dans ses conqu\u00eates. \u00c0 la mort d&#8217;Hasdrubal, l&#8217;arm\u00e9e d\u00e9signa Hannibal, alors \u00e2g\u00e9 de 26 ans, pour lui succ\u00e9der. Celui-ci montra un talent exceptionnel dans la poursuite de l&#8217;action de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs. En moins de vingt ans, les Barcides avaient r\u00e9ussi \u00e0 alimenter abondamment le tr\u00e9sor de Carthage et \u00e0 r\u00e9nover sa puissance \u00e9conomique et militaire. De vastes horizons s&#8217;ouvraient d\u00e9sormais devant elle.<\/p>\n<p>Mais en 219, un incident \u00e9clata qui allait plonger Rome et Carthage dans les affres d&#8217;une nouvelle guerre. L&#8217;affaire de Sagonte fut \u00e0 l&#8217;origine des hostilit\u00e9s. Rome et Marseille intervinrent dans les affaires int\u00e9rieures de la petite cit\u00e9 pour intriguer et pousser au pouvoir une faction hostile aux Carthaginois. Le plan r\u00e9ussit et les amis de Carthage qui gouvernaient la ville furent massacr\u00e9s. Les Sagontais ne tard\u00e8rent pas \u00e0 entrer en conflit avec un peuple voisin alli\u00e9 de Carthage dont Hannibal prit le parti, ce qui le poussa \u00e0 s&#8217;emparer de Sagonte. Sous la pression de Marseille et d&#8217;un groupe politique activiste, pr\u00e9dominant au S\u00e9nat et partisan d&#8217;une intervention imm\u00e9diate contre Carthage dont la puissance, gr\u00e2ce \u00e0 ses nouvelles bases d&#8217;Espagne, devenait mena\u00e7ante, Rome d\u00e9cida d&#8217;exploiter l&#8217;affaire de Sagonte et de r\u00e9agir.<\/p>\n<p>Elle somma le S\u00e9nat carthaginois de s\u00e9vir contre Hannibal qui \u00e0 ses yeux, venait de violer le trait\u00e9 de 226 en portant atteinte \u00e0 une alli\u00e9e de Rome. Le S\u00e9nat carthaginois fit valoir que Sagonte se trouvait au sud de l&#8217;Ebre et qu&#8217;en 226 elle n&#8217;\u00e9tait pas l&#8217;alli\u00e9e de Rome et accepta la d\u00e9claration de guerre romaine. La responsabilit\u00e9 du d\u00e9clenchement de ce conflit a aliment\u00e9 d&#8217;abondantes discussions entre les historiens. La tradition historique favorable \u00e0 Rome rejette toute la responsabilit\u00e9 sur Carthage.<\/p>\n<p>En fait, il semble bien qu les Carthaginois envisag\u00e8rent, \u00e0 long terme, la revanche, mais en 219 ils ne s&#8217;estimaient pas pr\u00eats \u00e0 la tenter. En attaquant Sagonte, ils pensaient \u00eatre forts de leur bon droit et, agissant au sud de l&#8217;Ebre, ils ne violaient d&#8217;aucune mani\u00e8re le trait\u00e9 de 226, sauf si on suppose que l&#8217;Ebre en question n&#8217;est en fait que le Jucar d&#8217;aujourd&#8217;hui, comme on a pu le pr\u00e9tendre sans toutefois le prouver. En tout cas, du c\u00f4t\u00e9 punique il restait encore beaucoup \u00e0 faire pour consolider l&#8217;\u0153uvre de conqu\u00eate de l&#8217;Espagne et achever de forger une force militaire capable de battre Rome. Carthage n&#8217;avait presque pas de flotte. Elle ne souhaitait donc nullement la guerre, mais elle ne pouvait pas non plus ignorer le d\u00e9fi que lui lan\u00e7ait Rome sans compromettre son prestige aux yeux des Espagnols.<\/p>\n<h3>Les victoires d&#8217;Hannibal et ses \u00e9checs<\/h3>\n<p>Les Romains semblaient croire qu&#8217;une rapide campagne sur deux fronts, en Espagne et en Afrique, les d\u00e9barrasserait de la puissance carthaginoise. Rome comptait sur l&#8217;incontestable sup\u00e9riorit\u00e9 de ses forces navales pour op\u00e9rer des d\u00e9barquements en Afrique et en Espagne et assurer des liaisons continuelles avec les troupes en guerre. Les Carthaginois, d\u00e9\u00e7us par le comportement de leur flotte lors de la premi\u00e8re guerre, l&#8217;avaient quelque peu d\u00e9laiss\u00e9e pour reporter tous leurs efforts sur l&#8217;arm\u00e9e de terre. Aussi, Hannibal qui prit l&#8217;initiative d&#8217;imposer la guerre en Italie, fut-il oblig\u00e9 d&#8217;emprunter la voie terrestre malgr\u00e9 les nombreux probl\u00e8mes que cela posait et les risques de perte de temps et d&#8217;hommes que cela comportait. Apr\u00e8s avoir assur\u00e9 ses arri\u00e8res en faisant venir d&#8217;Afrique des troupes destin\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger l&#8217;Espagne contre une \u00e9ventuelle attaque romaine, il envoya de nombreux \u00e9missaires dans le monde celtique en plein \u00e9veil et prit ses dispositions pour utiliser les forces vives de ce monde contre les Romains.<\/p>\n<p>Au printemps de l&#8217;ann\u00e9e 218, il s&#8217;\u00e9branla vers l&#8217;Italie \u00e0 la t\u00eate d&#8217;une arm\u00e9e compos\u00e9e de 50 000 fantassins, 9 000 cavaliers et 37 \u00e9l\u00e9phants. Apr\u00e8s de longs mois d&#8217;une marche p\u00e9nible et pleine d&#8217;emb\u00fbches, il d\u00e9boucha dans la vall\u00e9e du P\u00f4 en septembre 218. Son arm\u00e9e ne comptait plus que 20 000 fantassins, 6 000 cavaliers et 21 \u00e9l\u00e9phants. L&#8217;ampleur des pertes dispense de tout commentaire sur les difficult\u00e9s auxquelles se heurta le grand g\u00e9n\u00e9ral carthaginois. La travers\u00e9e des Alpes eut probablement lieu dans une zone comprise entre le col du petit Saint Bernard et celui du mont Gen\u00e8vre et frappa les esprits depuis l&#8217;antiquit\u00e9. En fait, ce ne fut pas un exploit hors s\u00e9rie et \u00e0 plusieurs reprises des bandes celtiques avaient r\u00e9ussi \u00e0 franchir cette montagne.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3154\" aria-describedby=\"caption-attachment-3154\" style=\"width: 209px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3154 size-medium\" title=\"Buste en bronze: D\u00e9couvert \u00e0 Volubilis en 1944 conserv\u00e9 au mus\u00e9e de Rabat, au Maroc.\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Buste-en-bronze-de-Hannibal-jeune-1-209x300.png\" alt=\"Buste en bronze: D\u00e9couvert \u00e0 Volubilis en 1944 conserv\u00e9 au mus\u00e9e de Rabat, au Maroc.\" width=\"209\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Buste-en-bronze-de-Hannibal-jeune-1-209x300.png 209w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Buste-en-bronze-de-Hannibal-jeune-1.png 619w\" sizes=\"(max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3154\" class=\"wp-caption-text\"><em>Buste en bronze: D\u00e9couvert \u00e0 Volubilis en 1944 conserv\u00e9 au mus\u00e9e de Rabat, au Maroc.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>La principale difficult\u00e9 de l&#8217;entreprise r\u00e9sidait dans le double fait qu&#8217;il s&#8217;agissait cette fois-ci de faire traverser les Alpes \u00e0 une arm\u00e9e flanqu\u00e9e de cavalerie et de train d&#8217;\u00e9quipages au moment o\u00f9 les premi\u00e8res chutes de neige rendaient la marche particuli\u00e8rement meurtri\u00e8re et de faire face \u00e0 l&#8217;hostilit\u00e9 des tribus montagnardes qui ne cess\u00e8rent de harceler les troupes d&#8217;Hannibal. Mais celui-ci avait accept\u00e9 tous les risques en vue de r\u00e9aliser son plan qui \u00e9tait d&#8217;\u00e9viter de se heurter aux arm\u00e9es romaines avant d&#8217;avoir atteint l&#8217;Italie du Nord o\u00f9 Rome n&#8217;avait pas encore bien affermi son installation et o\u00f9 il \u00e9tait susceptible de trouver de nombreux alli\u00e9s contre ses adversaires. D\u00e8s que les Romains r\u00e9alis\u00e8rent la gravit\u00e9 de la situation, ils annul\u00e8rent leur exp\u00e9dition en Afrique et se content\u00e8rent d&#8217;envoyer une arm\u00e9e en Espagne afin de couper Hannibal de ses r\u00e9serves en hommes et en richesses puis ils essay\u00e8rent d&#8217;arr\u00eater la progression d&#8217;Hannibal en Italie du Nord. Ils subirent un premier \u00e9chec \u00e0 l&#8217;ouest du Tessin, en d\u00e9cembre, puis se firent \u00e9craser sur la Tr\u00e9bie, perdant les trois quarts des forces qu&#8217;ils avaient engag\u00e9es dans la bataille.<\/p>\n<p>Cet \u00e9clatant succ\u00e8s et l&#8217;exploitation qu&#8217;il en fit par une habile propagande valurent \u00e0 Hannibal le ralliement de nombreux Gaulois de la Cisalpine. Les Romains abandonn\u00e8rent \u00e0 leurs rivaux la plaine du P\u00f4 tout en d\u00e9cidant de leur d\u00e9fendre l&#8217;acc\u00e8s de l&#8217;Italie centrale \u00e0 l&#8217;abri de l&#8217;Apennin. Hannibal franchit p\u00e9niblement cette cha\u00eene, y laissant bon nombre de ses soldats et la presque totalit\u00e9 de ses \u00e9l\u00e9phants puis, laissant sur sa gauche l&#8217;arm\u00e9e romaine, il se dirigea vers P\u00e9rouse. Bient\u00f4t, les l\u00e9gions adverses command\u00e9es par Elaminius se lanc\u00e8rent \u00e0 ses trousses, le poursuivant sans rel\u00e2che et surveillant de tr\u00e8s pr\u00e8s ses mouvements.<\/p>\n<p>Hannibal finit par s&#8217;engager dans un \u00e9troit d\u00e9fil\u00e9 s\u00e9parant le lac de Trasim\u00e8ne et les collines dominant ce lac. Il campa \u00e0 la sortie de ce passage alors que les Romains campaient \u00e0 son entr\u00e9e pour passer la nuit. Mais le lendemain de ce jour, au petit matin du 21 juin 217, alors qu&#8217;un \u00e9pais brouillard recouvrait le paysage, Hannibal, qui avait auparavant embusqu\u00e9 ses hommes sur les hauteurs et laiss\u00e9 les Romains s&#8217;engager largement dans l&#8217;insidieux couloir, fit soudainement barrage avec ses cavaliers en avant et en arri\u00e8re des colonnes romaines en marche pendant que ses autres troupes, d\u00e9valant des hauteurs se pr\u00e9cipitaient sur l&#8217;ennemi l&#8217;attaquant de toutes parts.<\/p>\n<p>En deux ou trois heures, 15 000 Romains et leur chef Elaminius furent massacr\u00e9s et noy\u00e9s dans le lac o\u00f9, affol\u00e9s, ils avaient cherch\u00e9 refuge ; 15 000 autres furent faits prisonniers. Presque toute l&#8217;arm\u00e9e romaine a \u00e9t\u00e9 mise hors de combat alors qu&#8217;Hannibal avait perdu \u00e0 peine deux milliers de Gaulois. Les Romains s&#8217;\u00e9taient laiss\u00e9s prendre dans cette sourici\u00e8re qu&#8217;avait con\u00e7ue un Hannibal sup\u00e9rieurement dou\u00e9 sur le plan de la strat\u00e9gie et de la tactique militaire et dot\u00e9 d&#8217;un sens aigu de l&#8217;utilisation des \u00e9l\u00e9ments topographiques et naturels dans l&#8217;accomplissement de ses plans.<\/p>\n<p>Au reste, il n&#8217;allait pas tarder \u00e0 donner un nouvel aper\u00e7u de l&#8217;immensit\u00e9 de son talent guerrier et de l&#8217;\u00e9tonnante vari\u00e9t\u00e9 de ses ressources mentales en mati\u00e8re de conception et de conduite des op\u00e9rations militaires. Au lendemain de Trasim\u00e8ne, le plan d&#8217;Hannibal n&#8217;\u00e9tait pas de tenter d&#8217;assi\u00e9ger Rome bien en s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 l&#8217;abri de ses fortifications mais de s&#8217;engager dans l&#8217;Italie afin de susciter, parmi les peuples alli\u00e9s ou soumis \u00e0 Rome, des r\u00e9voltes qui renforceraient singuli\u00e8rement sa position et feraient du m\u00eame coup le vide autour de sa rivale qu&#8217;il avait d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;\u00e9touffer. D&#8217;ailleurs, \u00e0 la suite de chaque bataille, il avait pris l&#8217;habitude de lib\u00e9rer les prisonniers italiens sans ran\u00e7on afin de les d\u00e9tacher de la cause romaine.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 216, Hannibal avait r\u00e9ussi \u00e0 gagner l&#8217;Apulie et se trouvait pr\u00e8s de Cannes, au sud de l&#8217;Italie, lorsqu&#8217;une imposante arm\u00e9e romaine compos\u00e9e de 80 000 hommes et 6 000 cavaliers l&#8217;y rejoignit. Menant une v\u00e9ritable guerre de nerfs contre ses ennemis, il finit par les exasp\u00e9rer et les amener \u00e0 se battre au jour et \u00e0 l&#8217;endroit choisis par lui. Le 2 ao\u00fbt 216, lorsque la bataille s&#8217;engagea dans la vall\u00e9e de l&#8217;Aufide sur de vastes espaces unis et propices aux \u00e9volutions de la cavalerie, Hannibal eut soin de mettre de son c\u00f4t\u00e9 tous les \u00e9l\u00e9ments naturels : le soleil dardant ses rayons sur les l\u00e9gionnaires et g\u00eanant consid\u00e9rablement leur vue et le vent qui leur fouettait le visage et les aveuglait de ses nuages de poussi\u00e8res.<\/p>\n<p>La bataille, bien d\u00e9crite par les historiens anciens et modernes, se d\u00e9roula selon une man\u0153uvre g\u00e9niale devenue un sujet de m\u00e9ditation classique pour les strat\u00e8ges de tous les temps. Hannibal tint compte, dans la disposition de ses troupes en rang de bataille, aussi bien des diversit\u00e9s ethniques que des diff\u00e9rences de valeur guerri\u00e8re. Les frondeurs bal\u00e9ares plac\u00e9s \u00e0 l&#8217;avant-garde face aux premi\u00e8res lignes du chef romain Varron devaient rapidement se replier sur les ailes apr\u00e8s avoir multipli\u00e9 les escarmouches. Derri\u00e8re cette premi\u00e8re ligne d&#8217;infanterie l\u00e9g\u00e8re \u00e9taient dispos\u00e9s des cavaliers gaulois et espagnols appel\u00e9s \u00e0 attaquer l&#8217;aile droite romaine. Aux extr\u00e9mit\u00e9s \u00e9tait mass\u00e9e l&#8217;\u00e9lite africaine repr\u00e9sent\u00e9e par les escadrons numides.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s rapidement, toute l&#8217;arm\u00e9e apparut dispos\u00e9e sur une seule ligne, pr\u00e9sentant en son milieu une saillie en arc dont la convexit\u00e9 regardait l&#8217;ennemi comme pour le narguer et en provoquer les coups. Le plan d&#8217;Hannibal \u00e9tait de pousser le fougueux et impulsif Varron \u00e0 se jeter de toutes ses forces sur cet insolite front en saillie de l&#8217;arm\u00e9e punique compos\u00e9 essentiellement d&#8217;\u00e9l\u00e9ments gaulois dont il pr\u00e9voyait tout le comportement : apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre d\u00e9fendus rageusement, ils finiraient par se d\u00e9courager et reculer devant l&#8217;ennemi, transformant petit \u00e0 petit le dispositif convexe initialement mis en place en une sorte de poche o\u00f9 se pr\u00e9cipiteraient les Romains avec l&#8217;illusion d&#8217;\u00eatre les plus forts et o\u00f9 ils seraient rapidement envelopp\u00e9s par la cavalerie numide dont Hannibal dirigeait personnellement les mouvements.<\/p>\n<p>Toute la bataille se d\u00e9roula comme s&#8217;il ne s&#8217;agissait que d&#8217;un simple exercice de r\u00e9p\u00e9tition th\u00e9\u00e2trale et J. Carcopino \u00e9crit dans \u00ab Profils de conqu\u00e9rants \u00bb : \u00abLe r\u00e9sultatfut exactement celui qu&#8217;Hannibal avait pr\u00e9vu : en s&#8217;acharnant sur les Gaulois, les Romains s&#8217;\u00e9taient laiss\u00e9s envelopper par les Africains. Coinc\u00e9s entre les volets de la trappe que le Carthaginois leur avait insidieusement pr\u00e9par\u00e9e, les l\u00e9gionnaires, incapables de maintenir leur ordre de bataille, ne pouvaient plus lutter que par groupes incoh\u00e9rents et disloqu\u00e9s d&#8217;avance contre des attaques prononc\u00e9es de tous les c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois, en t\u00eate, en qimte et sur flancs.<\/p>\n<p>La bataille de Cannes \u00e9tait gagn\u00e9e et pour transformer la d\u00e9faite romaine en un d\u00e9sastre sans pr\u00e9c\u00e9dent, Hannibal sonna la charge \u00e0 ses Numides qui, par une conversion de l&#8217;aile droite, accoururent sabrer dans le dos un adversaire d\u00e9sempar\u00e9 \u00bb. Le bilan de la bataille est tr\u00e8s \u00e9loquent et permet d&#8217;appr\u00e9cierle talent militaire et l&#8217;exceptionnelle virtuosit\u00e9 d&#8217;un homme qui, \u00e0 Cannes, alignait \u00e0 peine 40 000 soldats, ce qui repr\u00e9sente la moiti\u00e9 du chiffre des effectifs dont disposaient ses adversaires. Au terme des hostilit\u00e9s de cette journ\u00e9e du 2 ao\u00fbt, 67 000 Romains avaient mordu la poussi\u00e8re et ceux qui, \u00e9chappant au carnage, avaient r\u00e9ussi \u00e0 regagner Cannes ou ses environs \u00e0 la faveur de la nuit furent \u00e0 leur tour cueillis par la cavalerie numide. Seuls quelques dizaines de fuyards devaient r\u00e9ussir avec Varron \u00e0 rejoindre Rome.<\/p>\n<p>Les pertes d&#8217;Hannibal s&#8217;\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 4 800 tu\u00e9s : 3000 Gaulois, 300 Numides et 1 500 Espagnols ou Africains. Commentant cette bataille, J. Carcopino \u00e9crit : \u00ab Jamais encore les principes de l&#8217;\u00e9conomie des forces n &#8216;avaient \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9s avec autant de pr\u00e9cision et de bonheur. Jamais non plus on n &#8216;avait assist\u00e9 \u00e0 une boucherie o\u00f9 l&#8217;arm\u00e9e victorieuse avait \u00e0 ce point \u00e9pargn\u00e9 son sang, tandis que l&#8217;h\u00e9morragie de l&#8217;arm\u00e9e vaincue l&#8217;avait, pour ainsi dire, saign\u00e9 \u00e0 blanc&#8230; l&#8217;admiration de Cannes, chef d&#8217;\u0153uvre des conceptions d&#8217;Hannibal, est aujourd&#8217;hui celle de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p>Il y a soixante ans, en Allemagne, cette bataille \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme le mod\u00e8le encore in\u00e9gal\u00e9 de la victoire int\u00e9grale, celle qui par l&#8217;encerclement complet de l&#8217;ennemi, non seulement le bat mais le supprime \u00bb. En 1914 encore, pr\u00e9cise J. Carcopino, les Allemands devaient essayer la m\u00eame tactique d&#8217;enveloppement inspir\u00e9 du mod\u00e8le de Cannes. C&#8217;est au lendemain de Cannes que Maharbal, un des officiers carthaginois sugg\u00e9ra la marche sur Rome.<\/p>\n<p>Hannibal, refusant l&#8217;op\u00e9ration, se vit adresser la fameuse r\u00e9plique : \u00ab Les dieux n&#8217;ont pas tout donn\u00e9 au m\u00eame homme Hannibal ! tu sais vaincre mais tu ne sais pas profiter de la victoire \u00bb. En fait Hannibal avait de s\u00e9rieuses raisons de rejeter le projet. Il n&#8217;\u00e9tait pas arm\u00e9 pour une guerre de si\u00e8ge qui risquait d&#8217;\u00eatre longue, peu rentable pour ses mercenaires et de se d\u00e9rouler au sein d&#8217;une r\u00e9gion tout \u00e0 fait hostile. Rome \u00e9tait solidement fortifi\u00e9e et ses habitants c\u00e9l\u00e8bres pour leur farouche r\u00e9sistance \u00e0 tout envahisseur. N&#8217;\u00e9tait-il pas pr\u00e9f\u00e9rable, dans ces conditions, d&#8217;exploiter militairement et politiquement les succ\u00e8s obtenus puis, de conqu\u00eate en conqu\u00eate, de proc\u00e9der \u00e0 l&#8217;isolement total puis \u00e0 la r\u00e9duction de Rome.<\/p>\n<p>Les premiers lendemains de Cannes confirm\u00e8rent nettement la fa\u00e7on de voir d&#8217;Hannibal : impressionn\u00e9s par l&#8217;ampleur de sa victoire, de nombreux alli\u00e9s firent d\u00e9fection \u00e0 Rome et ralli\u00e8rent ses rangs. Capoue, la deuxi\u00e8me grande ville d&#8217;Italie, ouvrit ses portes pour accueillir le triomphateur. Fort de cet appui et de celui des peuples de l&#8217;Apulie, du Samnium, de la Lucanie et du Bruttium, Hannibal n&#8217;attendait plus que l&#8217;arriv\u00e9e des renforts pour forcer le destin. Gr\u00e2ce \u00e0 son habilet\u00e9 diplomatique, il fit de Philippe V de Mac\u00e9doine un pr\u00e9cieux alli\u00e9 dispos\u00e9 \u00e0 lui apporter son concours. M\u00eame en Sicile, l&#8217;influence de Carthage se d\u00e9veloppa consid\u00e9rablement apr\u00e8s la mort de Hi\u00e9ron.<\/p>\n<p>La situation \u00e9tait en tous points favorable, mais seule l&#8217;arriv\u00e9e rapide des renforts pouvait permettre \u00e0 Hannibal d&#8217;en tirer des avantages d\u00e9cisifs. Cependant deux facteurs importants allaient peser lourdement dans la balance de la guerre et ruiner les plans d&#8217;Hannibal. L&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 de la flotte punique et l&#8217;incapacit\u00e9 notoire de son amiral Bomilcar emp\u00each\u00e8rent Carthage et Philippe V d&#8217;envoyer des renforts en Italie et mirent fin \u00e0 l&#8217;influence carthaginoise en Sicile. Deux diversions hardies op\u00e9r\u00e9es par les Romains \u00e0 quelques ann\u00e9es d&#8217;intervalle, allaient s&#8217;av\u00e9rer efficaces : la conqu\u00eate de l&#8217;Espagne par P. Corn\u00e9lius Scipion et la d\u00e9faite et la mort d&#8217;Hasdrubal qui volait au secours de son fr\u00e8re, achev\u00e8rent presque de sonner le glas pour Hannibal qui ne pouvait plus compter sur aucun secours ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Sur un autre plan, les Romains avaient peu \u00e0 peu r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9tablir une situation lourdement compromise apr\u00e8s Cannes. Au lendemain de la d\u00e9faite, le S\u00e9nat romain soucieux de relever le moral des citoyens, n&#8217;h\u00e9sita pas \u00e0 accueillir Varron, vaincu et fugitif, en le f\u00e9licitant de n&#8217;avoir pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de la R\u00e9publique. S&#8217;appuyant sur des alli\u00e9s fid\u00e8les en Italie centrale, les Romains s&#8217;impos\u00e8rent d&#8217;immenses sacrifices et inaugur\u00e8rent une nouvelle tactique de guerre personnifi\u00e9e par la temporisation de Fabius dit Cunctator (le temporisateur) qui d\u00e9sormais refusait tout engagement rang\u00e9 avec Hannibal et s&#8217;\u00e9vertuait \u00e0 harceler les troupes puniques, \u00e0 tenter des coups de main contre ceux qui s&#8217;\u00e9taient ralli\u00e9s aux Carthaginois.<\/p>\n<p>Hannibal n&#8217;avait pas suffisamment de troupes pour d\u00e9fendre toutes ses nouvelles positions \u00e0 la fois. Capoue, tomb\u00e9e entre les mains de ses adversaires, fut ch\u00e2ti\u00e9e de sa d\u00e9fection avec la derni\u00e8re cruaut\u00e9, et cela constitua un exemple qui ne manqua pas d&#8217;impressionner tous les alli\u00e9s italiens d&#8217;Hannibal. Bient\u00f4t l&#8217;exp\u00e9dition carthaginoise commen\u00e7a \u00e0 tourner \u00e0 l&#8217;aventure ; et, pour pr\u00e9cipiter le cours des \u00e9v\u00e9nements, les Romains op\u00e9r\u00e8rent une deuxi\u00e8me diversion : sous l&#8217;impulsion de Scipion, surnomm\u00e9 l&#8217;Africain apr\u00e8s sa victoire, on d\u00e9cida de porter la guerre en Afrique afin d&#8217;obliger Hannibal \u00e0 quitter l&#8217;Italie et d&#8217;\u00e9liminer Carthage comme grande puissance m\u00e9diterran\u00e9enne. Scipion avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli des contacts en Espagne avec des princes numides qui lui avaient promis leur concours.<\/p>\n<p>Mais Syphax, roi des Massyles, \u00e9pousa entre temps une fille de l&#8217;aristocratie carthaginoise et du m\u00eame coup devint l&#8217;alli\u00e9 de Carthage. Quant \u00e0 Massinissa, roi des Massyles, il demeurait bien fid\u00e8le \u00e0 Scipion, mais il avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 de son royaume par Syphax et menait une vie de proscrit tenant le maquis et nourrissant l&#8217;espoir que l&#8217;invasion romaine lui permettrait de recouvrer son royaume. Il sera d&#8217;un concours fort pr\u00e9cieux pour Scipion. Celui-ci d\u00e9barqua en Afrique en 204. Les Carthaginois et Syphax rat\u00e8rent l&#8217;occasion de le cueillir \u00e0 son d\u00e9barquement et ne profit\u00e8rent pas de ses premi\u00e8res difficult\u00e9s, lui laissant le temps de s&#8217;installer dans le pays et d&#8217;y fortifier ses positions. Bient\u00f4t, avec le concours de Massinissa, il r\u00e9ussit \u00e0 infliger de cuisante d\u00e9faites \u00e0 ses adversaires. Hannibal fut rappel\u00e9 de toute urgence d&#8217;Italie. Apr\u00e8s avoir franchi la mer sans encombre, il d\u00e9barqua \u00e0 \u00c9epti Minus (Lemta). Il leva quelques recrues \u00e0 la h\u00e2te puis livra bataille \u00e0 Scipion pr\u00e8s de Zama, dont l&#8217;emplacement pr\u00e9cis vient d&#8217;\u00eatre connu. Scipion, gr\u00e2ce \u00e0 Massinissa, disposait d&#8217;une cavalerie numide dont l&#8217;absence se fit cruellement sentir dans les rangs d&#8217;Hannibal qui ne put \u00e9viter la d\u00e9faite. Celui-ci conseilla \u00e0 sa patrie de faire la paix.<\/p>\n<h3>L&#8217;effacement de Carthage et la fin d&#8217;Hannibal<\/h3>\n<p>Au printemps 201, la paix fut sign\u00e9e. Carthage devait payer une indemnit\u00e9 de 10 000 talents \u00e9chelonn\u00e9s sur 50 ans et livrer ses \u00e9l\u00e9phants et sa flotte \u00e0 l&#8217;exception d&#8217;une dizaine de navires. Elle conservait son territoire africain mais laisserait \u00e0 Massinissa les territoires qui lui appartenaient ou avaient appartenu \u00e0 ses anc\u00eatres. Carthage en outre ne devait plus faire la guerre hors d&#8217;Afrique et, en Afrique m\u00eame, elle ne pouvait la faire qu&#8217;avec l&#8217;accord de Rome. Ce trait\u00e9 sonnait le glas de Carthage en tant que puissance m\u00e9diterran\u00e9enne ; elle perdait sa place sur le plan international, ses moyens et sa libert\u00e9 d&#8217;action tant sur le plan ext\u00e9rieur qu&#8217;int\u00e9rieur. C&#8217;est \u00e0 peine si elle disposait d&#8217;une certaine autonomie pour la conduite de ses affaires int\u00e9rieures.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3155\" aria-describedby=\"caption-attachment-3155\" style=\"width: 500px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3155 size-full\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Paysage-de-la-region-de-Zama-Regia-a-Siliana-en-Tunisie-1.jpg\" alt=\"Paysage de la r\u00e9gion de Zama R\u00e9gia \u00e0 Siliana en Tunisie\" width=\"500\" height=\"281\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Paysage-de-la-region-de-Zama-Regia-a-Siliana-en-Tunisie-1.jpg 500w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Paysage-de-la-region-de-Zama-Regia-a-Siliana-en-Tunisie-1-300x169.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3155\" class=\"wp-caption-text\"><em>Vaste plaine autour de Zama, en Tunisie centrale. C&#8217;est dans cette r\u00e9gion qu&#8217;eut lieu la bataille d\u00e9cisive entre Rome et Carthage, entre Scipion et Hannibal, deux grands capitaines \u00e0 la t\u00eate de deux grandes arm\u00e9es. 80 000 fantassins et 10 000 cavaliers s&#8217;y affront\u00e8rent. La d\u00e9faite de Carthage en 202 av. J.-C. marque la fin de la deuxi\u00e8me guerre punique<\/em>.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le premier probl\u00e8me s\u00e9rieux qui se posa \u00e0 Carthage au lendemain de la paix \u00e9tait le payement de l&#8217;indemnit\u00e9 de guerre. Or le gouvernement aristocratique multiplia les pratiques de corruption, allant jusqu&#8217;\u00e0 d\u00e9tourner au profit de ses membres l&#8217;argent destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre vers\u00e9 \u00e0 Rome. M\u00e9contentes, les masses populaires tir\u00e8rent Hannibal de la retraite o\u00f9 il s&#8217;\u00e9tait confin\u00e9 d\u00e8s l&#8217;ann\u00e9e 200 et le port\u00e8rent au pouvoir en l&#8217;\u00e9lisant suff\u00e8te en 196. Hannibal frappa durement les concussionnaires, mit fin aux malversations et assainit les finances publiques. Il tenta en m\u00eame temps de r\u00e9organiser la constitution carthaginoise par des r\u00e9formes tendant \u00e0 briser l&#8217;omnipotence de l&#8217;aristocratie et \u00e0 introduire plus de d\u00e9mocratie dans la vie politique de la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Soutenus par le peuple, ses efforts faillirent \u00eatre couronn\u00e9s de succ\u00e8s, mais l&#8217;aristocratie plus soucieuse de ses privil\u00e8ges que des int\u00e9r\u00eats r\u00e9els de l&#8217;\u00e9tat, d\u00e9non\u00e7a \u00e0 Rome son action r\u00e9volutionnaire, l&#8217;accusant de surcro\u00eet de pr\u00e9parer une nouvelle guerre de revanche. Hannibal, conscient de la versatilit\u00e9 des foules qui le soutenaient et d\u00e9sireux, semble-t-il, d&#8217;\u00e9viter \u00e0 son pays de nouvelles \u00e9preuves, pr\u00e9f\u00e9ra s&#8217;enfuir.<\/p>\n<p>Pendant plusieurs ann\u00e9es il parcourut l&#8217;Orient, cherchant \u00e0 pousser \u00e0 la guerre contre Rome, les souverains de divers pays. Mais la haine implacable des Romains le poursuivit partout et, en 181, il pr\u00e9f\u00e9ra se suicider en Bithynie plut\u00f4t que de tomber entre les mains de ses adversaires. Ce fut incontestablement l&#8217;un des plus grands hommes de l&#8217;antiquit\u00e9. Les Romains, ses pires ennemis, ne purent s&#8217;emp\u00eacher d&#8217;exprimer leur admiration devant certaines de ses qualit\u00e9s.<\/p>\n<p>Ses dons de chef et d&#8217;entra\u00eeneur d&#8217;hommes constituent un sujet d&#8217;\u00e9tonnement pour tout le monde. Tite-Live \u00e9crivait : \u00ab Hannibal, pendant 16 ans qu&#8217;il lutta contre les Romains en Italie, n&#8217;accorda aucun cong\u00e9 \u00e0 ses troupes&#8230; Il les garda constamment sous sa main sans que le moindre trouble \u00e9clat\u00e2t entre elles ou contre lui. Pourtant son arm\u00e9e \u00e9tait compos\u00e9e de gens q appartenaient, non seulement \u00e0 des peuplades, mais \u00e0 des races tr\u00e8s diverses.<\/p>\n<p>Il avait avec lui des Libyens, des Ib\u00e8res, des Ugures, des Ph\u00e9niciens, des Italiens, des Grecs entre lesquels n&#8217;existaient aucune communaut\u00e9 de lois, de m\u0153urs, de langues, aucun lien naturel. Il eut l&#8217;habilet\u00e9 de plier \u00e0 la m\u00eame pens\u00e9e des hommes si diff\u00e9rents malgr\u00e9 les vicissitudes de la guerre et les caprices de la fortune&#8230; Jamais il ne fut en butte \u00e0 un complot. Jamais il ne fut trahi par ses compagnons d&#8217;armes \u00bb.<\/p>\n<p>Il y a en histoire peu de noms aussi prestigieux que celui d&#8217;Hannibal qui devint rapidement un h\u00e9ros d&#8217;\u00e9pop\u00e9e, chant\u00e9 depuis l&#8217;antiquit\u00e9. Hommes politiques, historiens, philosophes parlent de lui en termes tr\u00e8s admiratifs. Montesquieu l&#8217;appelle \u00ab le colosse de l&#8217;antiquit\u00e9 \u00bb ; Thiers \u00ab l&#8217;homme \u00e0 qui Dieu dispensa tous les dons de l&#8217;intelligence \u00bb ; Michelet \u00ab la plus formidable machine de guerre de l&#8217;antiquit\u00e9 \u00bb ; Napol\u00e9on \u00ab le plus grand capitaine du monde \u00bb. Gsell \u00e9crivait : \u00ab aucun homme de guerre, sauf Napol\u00e9on, n&#8217;a \u00e9t\u00e9 plus favoris\u00e9 de dons qui s&#8217;excluent : l&#8217;imagination, le jugement et la volont\u00e9 \u00bb. Enfin, Dodge l&#8217;appelle \u00ab le p\u00e8re de la strat\u00e9gie \u00bb.<\/p>\n<p><strong><em>Extrai du livre \u201cHISTOIRE G\u00c9N\u00c9RALE DE LA TUNISIE: Tome I (<\/em><\/strong><strong><em>Khaled Belkhoja, <\/em><\/strong><strong><em>Abdelmajid Ennabli, <\/em><\/strong><strong><em>Ammar Mahjoubi, <\/em><\/strong><strong><em>H\u00e9di Slim)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<h2><a href=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/2018\/12\/31\/formation-de-lempire-carthaginois-et-conflit-avec-les-grecs\/\">Formation de l\u2019empire carthaginois et conflit avec les Grecs<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Barcides en Espagne et le d\u00e9clenchement de la guerre La premi\u00e8re guerre punique et la r\u00e9volte des mercenaires ont fait appara\u00eetre Amilcar Barca comme un grand strat\u00e8ge doubl\u00e9 d&#8217;un habile politicien, c&#8217;est-\u00e0-dire comme l&#8217;homme providentiel indispensable au r\u00e9tablissement de la puissance carthaginoise. 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