{"id":251,"date":"2018-12-26T06:57:14","date_gmt":"2018-12-26T05:57:14","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=251"},"modified":"2020-11-07T10:21:55","modified_gmt":"2020-11-07T09:21:55","slug":"la-civilisation-carthaginoise-la-vie-religieuse-artistique-et-intellectuelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2018\/12\/26\/la-civilisation-carthaginoise-la-vie-religieuse-artistique-et-intellectuelle\/","title":{"rendered":"La civilisation carthaginoise: la vie religieuse, artistique et intellectuelle"},"content":{"rendered":"<p>Il est devenu classique, d\u00e9sormais, de distinguer deux phases dans ce domaine : une premi\u00e8re marqu\u00e9e par la pr\u00e9pond\u00e9rance des \u00e9l\u00e9ments orientaux et archa\u00efques et une deuxi\u00e8me pendant laquelle Carthage commence \u00e0 s&#8217;ouvrir largement aux courants d&#8217;influence hell\u00e9nistique.<\/p>\n<h3>Les dieux et les cultes<\/h3>\n<p>Intens\u00e9ment croyants, les Carthaginois adoraient plusieurs divinit\u00e9s organis\u00e9es en un panth\u00e9on aussi riche que complexe. La plupart de leurs dieux bien qu&#8217;originaires de Ph\u00e9nicie, apparaissent fortement marqu\u00e9s par des influences locales et m\u00e9diterran\u00e9ennes diverses. Melqart, patron de Tyr, assimil\u00e9 \u00e0 H\u00e9rakl\u00e8s par les Grecs, \u00e9tait protecteur de Carthage et jouissait d&#8217;un culte important. Eshmoun, dieu gu\u00e9risseur et \u00e9quivalent punique de l&#8217;Esculape latin, \u00e9tait ador\u00e9 dans un majestueux sanctuaire qui fut, au sommet de la colline de Byrsa, le dernier bastion de la r\u00e9sistance punique aux assauts romains de 146 avant J.-C.<\/p>\n<p>Cependant deux divinit\u00e9s finirent par dominer toutes les autres et par r\u00e9gner sur le panth\u00e9on punique : Ba\u00e2l Hammon et Tanit. Il est curieux de noter qu&#8217;elles ne furent l&#8217;objet d&#8217;aucun culte important en Ph\u00e9nicie. Connaissant l&#8217;attachement des Puniques \u00e0 leurs traditions nationales, les historiens de la religion ont propos\u00e9 d&#8217;identifier Ba\u00e2l Hammon \u00e0 El, le p\u00e8re des dieux en Ph\u00e9nicie ; et, dans ce cas, sa par\u00e8dre Elat ou Asherat serait Tanit. On explique le fait que ces deux divinit\u00e9s n&#8217;aient pas \u00e9t\u00e9 ador\u00e9es \u00e0 Carthage sous leur v\u00e9ritable nom par une tendance \u00e0 \u00e9viter de prononcer le nom du dieu, charg\u00e9 d&#8217;une trop grande force sacr\u00e9e et \u00e0 le remplacer par des \u00e9pith\u00e8tes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3188\" aria-describedby=\"caption-attachment-3188\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-3188\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Baal-Hammon-musee-de-Bardo-300x287.jpg\" alt=\"Ba\u00e2l Hammon, mus\u00e9e de Bardo\" width=\"300\" height=\"287\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Baal-Hammon-musee-de-Bardo-300x287.jpg 300w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Baal-Hammon-musee-de-Bardo-1024x980.jpg 1024w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Baal-Hammon-musee-de-Bardo-768x735.jpg 768w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Baal-Hammon-musee-de-Bardo.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3188\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Ba\u00e2l Hammon, mus\u00e9e de Bardo H. 40 cm:<\/strong> Statuette en terre cuite, repr\u00e9sentant le dieu Ba\u00e2l Hammon, d\u00e9couverte dans le sanctuaire n\u00e9opunique \u00e0 Thinissut dans le Cap Bon. Le dieu est assis sur un tr\u00f4ne dont les accoudoirs sont des sphinx. Il est v\u00eatu d&#8217;une longue tunique et coiff\u00e9 d&#8217;une tiare haute laissant d\u00e9gag\u00e9es les boucles de cheveux encadrant le visage dont l&#8217;expression est calme et sereine. Ba\u00e2l Hammon est le seigneur omnipr\u00e9sent, omnipotent, protecteur des hommes et garant de leur prosp\u00e9rit\u00e9. D&#8217;origine punique, il a surv\u00e9cu \u00e0 l&#8217;\u00e9poque romaine sous le culte de Saturne.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Cependant, malgr\u00e9 d&#8217;importants progr\u00e8s dus \u00e0 l&#8217;exploitation litt\u00e9raire des auteurs classiques, aux apports des plus r\u00e9centes trouvailles arch\u00e9ologiques et aux multiples \u00e9tudes actuelles, on n&#8217;est pas encore en mesure de combler certaines lacunes dans notre connaissance de la religion punique. Pour certains Ba\u00e2l Hammon r\u00e9sulterait de la fusion de deux divinit\u00e9s, l&#8217;une ph\u00e9nicienne et l&#8217;autre africaine. Pour d&#8217;autres, son nom serait bien ph\u00e9nicien et signifierait \u00ab Le seigneur des autels \u00e0 parfums \u00bb (Ba\u00e2l signifiant seigneur et Hammon autel \u00e0 encens ou br\u00fble-parfum). A l&#8217;appui de cette deuxi\u00e8me th\u00e8se on peut invoquer le r\u00f4le tr\u00e8s important de l&#8217;offrande d&#8217;encens dans le culte punique et la persistance de cette pratique pour Saturne, successeur de Ba\u00e2l Hammon, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque romaine. Toutefois la racine s\u00e9mitique HMN \u00e9voque la notion de protection et Ba\u00e2l Hammon appara\u00eet comme le dieu protecteur de la cit\u00e9 par excellence. C&#8217;\u00e9tait aussi un dieu solaire, garant de prosp\u00e9rit\u00e9 et de bien-\u00eatre. Malgr\u00e9 la r\u00e9pugnance traditionnelle des S\u00e9mites \u00e0 pr\u00eater \u00e0 leurs divinit\u00e9s des apparences humaines et en d\u00e9pit de l&#8217;absence des types canoniques pr\u00e9cis comme ceux adopt\u00e9s par les Grecs ou les Romains pour leurs dieux, on a pu identifier, avec plus ou moins de certitude, Ba\u00e2l Hammon et m\u00eame Tanit sur certains monuments puniques.<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;une statuette en terre cuite d&#8217;\u00e9poque romaine trouv\u00e9e dans les ruines d&#8217;un sanctuaire de Thinissut pr\u00e8s de Bir Bou Regba, repr\u00e9sente Ba\u00e2l Hammon barbu, assis sur un tr\u00f4ne flanqu\u00e9 de deux sphinx, la t\u00eate coiff\u00e9e d&#8217;une tiare de plumes, la main droite ouverte et lev\u00e9e. Le m\u00eame dieu appara\u00eet sur une st\u00e8le du tophet de Sousse, coiff\u00e9 d&#8217;une tiare conique, tenant une lance et assis sur le tr\u00f4ne aux sphinx face \u00e0 un adorant auquel il semble donner la b\u00e9n\u00e9diction en levant la main droite.<\/p>\n<p>Ba\u00e2l Hammon: C&#8217;est sans doute Ba\u00e2l Hammon aussi qui est repr\u00e9sent\u00e9 sur une bague d&#8217;or trouv\u00e9e \u00e0 Utique, et sur de nombreuses terres cuites de Carthage. C&#8217;est \u00e0 lui seul qu&#8217;on d\u00e9dia les plus anciennes inscriptions sur cippes du tophet de Salammb\u00f4 et il occupa pendant longtemps le premier rang devant sa par\u00e8dre Tanit dite \u00ab Pen\u00e9 Ba\u00e2l \u00bb ou \u00ab face de Ba\u00e2l \u00bb voire \u00ab tenant le r\u00f4le de Ba\u00e2l \u00bb, ce qui semble signifier qu&#8217;elle lui \u00e9tait subordonn\u00e9e \u00e0 l&#8217;origine. D&#8217;ailleurs, en Ph\u00e9nicie, la divinit\u00e9 m\u00e2le a toujours eu la pr\u00e9s\u00e9ance sur la femelle.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3190\" aria-describedby=\"caption-attachment-3190\" style=\"width: 189px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3190 size-full\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Statue-leontocephale-du-musee-de-Bardo.png\" alt=\"Statue l\u00e9ontoc\u00e9phale du \u00ab Genius terrae Africae \u00bb\" width=\"189\" height=\"577\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Statue-leontocephale-du-musee-de-Bardo.png 189w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Statue-leontocephale-du-musee-de-Bardo-98x300.png 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 189px) 100vw, 189px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3190\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Statue l\u00e9ontoc\u00e9phale du \u00ab Genius terrae Africae \u00bb: Sanctuaire de Thinissut (terre cuite, hauteur 1,50 m Mus\u00e9e du Bardo:<\/strong> La d\u00e9esse est repr\u00e9sent\u00e9e avec une t\u00eate de lion et un corps humain. Le mufle, tr\u00e8s saillant, est barr\u00e9 par des moustaches ; les yeux sont \u00e9normes et pro\u00e9minents. La gueule ferm\u00e9e, esquisse un rictus, ce qui donne une expression f\u00e9roce. Le corps est v\u00eatu d&#8217;une longue tunique qui s&#8217;\u00e9vase vers le bas, laissant d\u00e9couverts les pieds nus. D&#8217;abord assimil\u00e9e \u00e0 la d\u00e9esse \u00e9gyptienne Skhmet, cette divinit\u00e9 semble bien \u00eatre le Genius terrae Africae, le g\u00e9nie de la terre d&#8217;Afrique, comme l&#8217;indiquent les trois lettres GTA incis\u00e9es \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re. Elle est l&#8217;illustration de la complexit\u00e9 du syncr\u00e9tisme religieux africain \u00e0 l&#8217;\u00e9poque romaine.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Cependant une curieuse r\u00e9volution spirituelle se produisit \u00e0 Carthage au cours du V<sup>e<\/sup> s. faisant passer Tanit, semble-t-il, au premier rang. Tanit pose encore plus de probl\u00e8mes que Ba\u00e2l Hammon ; son nom est inexpliqu\u00e9 et semble d&#8217;origine libyque si l&#8217;on tient compte du fait que dans les langues berb\u00e8res les noms f\u00e9minins commencent et se terminent par \u00ab t \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>On pensait qu&#8217;elle aussi r\u00e9sultait de la fusion entre une divinit\u00e9 ph\u00e9nicienne qui serait Elat ou Asherat et une d\u00e9esse africaine de la fertilit\u00e9. Devenus agriculteurs, les Puniques auraient par\u00e9 Asherat d&#8217;attributs emprunt\u00e9s \u00e0 la d\u00e9essem\u00e8re dont le culte \u00e9tait alors tr\u00e8s en vogue en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p>Aujourd&#8217;hui ses origines orientales paraissent plus s\u00fbres gr\u00e2ce \u00e0 des documents trouv\u00e9s dans la r\u00e9gion de Sidon. Les Grecs l&#8217;ont identifi\u00e9e avec H\u00e9ra et, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, elle fut ador\u00e9e comme d\u00e9esse de la f\u00e9condit\u00e9 pr\u00e9sidant aux moissons et prot\u00e9geant les accouchements. Son caract\u00e8re chtonien et f\u00e9cond est soulign\u00e9 sur de nombreuses st\u00e8les par la repr\u00e9sentation de grenades, de figues, d&#8217;amandes, de palmiers, de colombes, de poissons.<\/p>\n<p>La lune figure aussi parmi ses nombreux symboles, car Tanit \u00e9tait \u00e9galement ador\u00e9e comme une d\u00e9esse c\u00e9leste. Certaines d\u00e9dicaces la qualifient de \u00ab m\u00e8re \u00bb et de \u00ab dame \u00bb ; elles \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement ainsi con\u00e7ues : \u00ab \u00c0 la M\u00e8re, \u00e0 la Dame, \u00e0 Tanit Pen\u00e9 Ba\u00e2l&#8230; \u00bb. Nous ne disposons d&#8217;aucune inscription nous permettant d&#8217;identifier d&#8217;une mani\u00e8re s\u00fbre une Tanit repr\u00e9sent\u00e9e par une statue ou figur\u00e9e sur une st\u00e8le ou un cippe.<\/p>\n<p>On croit cependant reconna\u00eetre l&#8217;image de la d\u00e9esse sur un certain nombre de monuments. On l&#8217;a repr\u00e9sent\u00e9e en femme pressant ses seins, en femme nue et ail\u00e9e, en d\u00e9esse assise sur un tr\u00f4ne dont les accoudoirs \u00e9taient sculpt\u00e9s en forme de sphinx. Ce dernier type a surv\u00e9cu jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque romaine et on a trouv\u00e9 dans les sanctuaires de Thinissut et d&#8217;El Kenissia, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9esse, des sphinx avec des seins accentu\u00e9s et portant les bretelles crois\u00e9es de la d\u00e9esse m\u00e8re pour rappeler le caract\u00e8re chtonien de Tanit. Cependant, notre divinit\u00e9 \u00e9tait plus couramment repr\u00e9sent\u00e9e par des symboles dont le plus c\u00e9l\u00e8bre est le \u00ab signe dit de Tanit \u00bb.<\/p>\n<p>C&#8217;est g\u00e9n\u00e9ralement un triangle surmont\u00e9 d&#8217;une barre horizontale et d&#8217;un disque sugg\u00e9rant la silhouette d&#8217;une divinit\u00e9 b\u00e9nissante. Quant au \u00ab signe de la bouteille \u00bb, symbole assez fr\u00e9quent de Tanit, il repr\u00e9senterait d&#8217;une mani\u00e8re sch\u00e9matique une silhouette f\u00e9minine \u00e0 la poitrine et au bassin accentu\u00e9s. Les Carthaginois adoraient \u00e9galement de nombreuses autres divinit\u00e9s comme Astart\u00e9 (Aphrodite), Reschef (Apollon), Shadrapa (Bacchus), Yam (Pos\u00e9idon) et Haddad (Ar\u00e8s). Il faut enfin signaler les larges emprunts que les Puniques firent \u00e0 l&#8217;Egypte et la popularit\u00e9 dont jouirent certaines divinit\u00e9s \u00e9gyptiennes comme Isis, Osiris et B\u00e8s dans le monde carthaginois. De m\u00eame les d\u00e9esses grecques D\u00e9m\u00e9ter et Cor\u00e9, introduites dans la m\u00e9tropole punique en 396 avant J.-C., furent l&#8217;objet d&#8217;un culte fervent. Les divinit\u00e9s libyques \u00e9taient sans doute pr\u00e9sentes \u00e0 Carthage.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3191\" aria-describedby=\"caption-attachment-3191\" style=\"width: 187px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3191 size-full\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Deesse-nourriciere-Musee-du-Bardo.jpg\" alt=\"D\u00e9esse nourrici\u00e8re - Mus\u00e9e du Bardo\" width=\"187\" height=\"376\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Deesse-nourriciere-Musee-du-Bardo.jpg 187w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Deesse-nourriciere-Musee-du-Bardo-149x300.jpg 149w\" sizes=\"auto, (max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3191\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>D\u00e9esse nourrici\u00e8re &#8211; Mus\u00e9e du Bardo (1,18 m x 55 cm x 51 cm):<\/strong> Cette statue en terre cuite provient du sanctuaire de Thinissut, pr\u00e8s de Bir Bou Regba, qui a fourni un ensemble abondant de statuettes, dont celles de Ba\u00e2l Hammon et de la d\u00e9esse \u00e0 t\u00eate de lion. La d\u00e9esse Nutrix est assise, coiff\u00e9e d&#8217;un bonnet et v\u00eatue d&#8217;une tunique : elle offre le sein \u00e0 l&#8217;enfant \u00e9tendu sur ses genoux. Le sanctuaire d&#8217;o\u00f9 ces objets de culte proviennent est dat\u00e9 du d\u00e9but de l&#8217;empire et repr\u00e9sente la persistance des cultes des divinit\u00e9s puniques aupr\u00e8s des populations rurales.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>La religion punique \u00e9tait servie par un clerg\u00e9 nombreux, fortement organis\u00e9 et dont les membres se recrutaient parmi les familles aristocratiques les plus renomm\u00e9es. De nombreuses femmes ont \u00e9t\u00e9 investies de dignit\u00e9s religieuses. Bien que jouissant d&#8217;un grand prestige, les pr\u00eatres n&#8217;ont jamais form\u00e9 de caste ni pr\u00e9tendu exercer quelque influence politique importante. Ils ne semblent pas non plus, avoir dispos\u00e9 d&#8217;attributions en mati\u00e8re de justice, d&#8217;instruction, de surveillance des m\u0153urs ou de direction des consciences. Attach\u00e9s aux temples, ils se contentaient de c\u00e9l\u00e9brer le culte et de pr\u00e9sider aux c\u00e9r\u00e9monies religieuses et aux sacrifices.<\/p>\n<h3>Les \u00ab Tophets \u00bb et les pratiques fun\u00e9raires<\/h3>\n<p>La r\u00e9putation faite aux Carthaginois de pratiquer largement les sacrifices humains, avait suscit\u00e9 l&#8217;horreur et la r\u00e9volte de leurs contemporains grecs et romains. Ces pratiques \u00e9taient connues chez certains peuples de l&#8217;ancien Orient qui les jugeaient n\u00e9cessaires pour s&#8217;attirer la faveur des dieux. On croyait couramment en Orient que le roi, en particulier, poss\u00e9dait une sorte d&#8217;\u00e9nergie sacr\u00e9e indispensable \u00e0 la vie de la communaut\u00e9. Il \u00e9tait donc n\u00e9cessaire qu&#8217;il se sacrifi\u00e2t lui-m\u00eame, au bout d&#8217;un certain nombre d&#8217;ann\u00e9es de r\u00e8gne, pour communiquer \u00e0 la nature l&#8217;\u00e9nergie qu&#8217;il d\u00e9tenait. Il assurait ainsi, par la r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence des forces naturelles, salut et prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 sa patrie. C&#8217;est dans ce sens qu&#8217;il faut peut-\u00eatre interpr\u00e9ter le geste l\u00e9gendaire d&#8217;Elissa se jetant dans le feu. Les successeurs de la c\u00e9l\u00e8bre reine de Carthage n&#8217;ont pas d\u00fb \u00e9chapper \u00e0 cette terrible exigence selon certains.<\/p>\n<p>Cependant, peu \u00e0 peu, une mystique nouvelle fit substituer au roi une autre victime. Celle-ci devait \u00eatre aussi proche que possible du d\u00e9dicant, donc g\u00e9n\u00e9ralement son fils, qu&#8217;il offre tout en \u00e9tant cens\u00e9 se sacrifier lui-m\u00eame. Lorsque le r\u00e9gime monarchique disparut de Carthage et fut remplac\u00e9 par la R\u00e9publique, les membres du S\u00e9nat se trouv\u00e8rent dans l&#8217;obligation de sacrifier leurs fils a\u00een\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement en bas \u00e2ge. D&#8217;ailleurs cette pratique se serait \u00e9tendue petit \u00e0 petit \u00e0 tous les nobles et m\u00eame aux masses populaires, au fur et \u00e0 mesure que les institutions se d\u00e9mocratisaient. Les sacrifices rev\u00eataient un caract\u00e8re particuli\u00e8rement imp\u00e9rieux en cas de d\u00e9faites militaires ou de catastrophes quelconques.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3192\" aria-describedby=\"caption-attachment-3192\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3192\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Pretre-carthaginois-Musee-de-Carthage-205x300.png\" alt=\"Pr\u00eatre carthaginois - Mus\u00e9e de Carthage\" width=\"300\" height=\"439\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Pretre-carthaginois-Musee-de-Carthage-205x300.png 205w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Pretre-carthaginois-Musee-de-Carthage-700x1024.png 700w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Pretre-carthaginois-Musee-de-Carthage.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3192\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Pr\u00eatre carthaginois &#8211; Mus\u00e9e de Carthage:<\/strong> Ce couvercle d&#8217;ossuaire repr\u00e9sente un pr\u00eatre carthaginois sous les traits d&#8217;un vieillard couch\u00e9 sur le dos, la t\u00eate reposant sur un coussinet. Il porte une barbe fournie et un bandeau lui serre les cheveux. Le corps est v\u00eatu d&#8217;une tunique ample et longue. Sur l&#8217;\u00e9paule gauche, passe une large \u00e9pitoge qui est probablement un insigne sacerdotal. La main droite est lev\u00e9e en geste d&#8217;adoration, la main gauche tient la cassolette \u00e0 encens. Cet ossuaire, sarcophage de dimension r\u00e9duite, est l&#8217;imitation du fameux grand sarcophage du pr\u00eatre qui a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 dans la m\u00eame n\u00e9cropole \u00e0 Carthage. Fin du IV<sup>e<\/sup> &#8211; d\u00e9but du III<sup>e<\/sup> s.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>On estimait que la charge du sacr\u00e9 sur la ville s&#8217;\u00e9tait affaiblie, et on sacrifiait les enfants pour revigorer les dieux protecteurs de la patrie. C&#8217;\u00e9tait aussi une fa\u00e7on de confesser ses fautes aux dieux et de les expier. En 310, nous raconte Diodore de Sicile, alors que Agathocle poursuivait la conqu\u00eate de leur territoire, les Puniques prirent conscience de la gravit\u00e9 de la situation, attribu\u00e8rent leurs revers \u00e0 la col\u00e8re des dieux et d\u00e9cid\u00e8rent de se racheter en sacrifiant deux enfants choisis dans les familles les plus nobles. Trois cents autres citoyens offrirent volontairement leurs enfants probablement parce qu&#8217;ils avaient mauvaise conscience.<\/p>\n<p>La description par Diodore de cette c\u00e9r\u00e9monie au cours de laquelle tous ces enfants, pr\u00e9alablement \u00e9gorg\u00e9s ou \u00e9touff\u00e9s, furent livr\u00e9s aux flammes, inspira \u00e0 Flaubert son c\u00e9l\u00e8bre chapitre, \u00ab Moloch \u00bb, dans \u00ab Salammb\u00f4 \u00bb. Il semble qu&#8217;on sacrifiait souvent aussi pour faire cesser la s\u00e9cheresse ou promouvoir la fertilit\u00e9. Nombreuses sont les st\u00e8les o\u00f9 figurent des symboles de fertilit\u00e9 et de f\u00e9condit\u00e9 comme le palmier, l&#8217;olivier, le grenadier, ou encore certains animaux. Partant du principe que les dieux ont droit \u00e0 une part de tous les produits, on a pu penser aussi qu&#8217;en leur offrant le premier-n\u00e9 des enfants, on pourrait jouir plus tranquillement du reste de la prog\u00e9niture. Pour donner \u00e0 l&#8217;acte toute sa valeur, on exigeait des parents d&#8217;assister au sacrifice de leurs enfants.<\/p>\n<p>Ces sacrifices, mentionn\u00e9s par quelques textes seulement, ont \u00e9t\u00e9 rendus plausibles par la d\u00e9couverte, notamment \u00e0 Carthage et \u00e0 Sousse, de tophets ou enceintes sacr\u00e9es, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur desquelles les Puniques enterraient leurs enfants. A l&#8217;origine, ce nom de tophet a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par la Bible \u00e0 un endroit pr\u00e9cis de la banlieue de J\u00e9rusalem o\u00f9 les Isra\u00e9lites faisaient des sacrifices humains. Le tophet de Carthage se d\u00e9veloppa autour et au-dessus d&#8217;un monument primitif constitu\u00e9 par un d\u00e9p\u00f4t contenant de la c\u00e9ramique \u00e9g\u00e9enne du VIII e s. et prot\u00e9g\u00e9 par une chapelle. On pense qu&#8217;il y avait \u00e0 cet endroit m\u00eame un tombeau de roi ou de h\u00e9ros dont le culte aurait subsist\u00e9 pendant longtemps.<\/p>\n<p>En tout cas on a cru que c&#8217;est dans ce tophet que, pendant pr\u00e8s de six si\u00e8cles, les Carthaginois avaient \u00e9gorg\u00e9, br\u00fbl\u00e9 et enterr\u00e9 leurs enfants. Flaubert avait d\u00e9crit ces c\u00e9r\u00e9monies sanglantes \u00e0 sa mani\u00e8re, cherchant ostensiblement, \u00e0 \u00e9pouvanter le lecteur : \u00ab Ees bras d&#8217;airain allaient plus vite. Ils ne s&#8217;arr\u00eataient plus&#8230; Ees victimes, \u00e0 peine au bord de l&#8217;ouverture, disparaissaient comme une goutte d&#8217;eau sur une plaque rougi\u00e8 et une fum\u00e9e blanche montait dans la grande couleur \u00e9carlate. Cependant l&#8217;app\u00e9tit du dieu ne s&#8217;apaisait pas. Il en voulait toujours. Afin de lui en fournir davantage, on les empila sur ses mains avec une grosse cha\u00eene par-dessus qui les retenait \u00bb. Comme on peut le voir, Flaubert a enti\u00e8rement l\u00e2ch\u00e9 la bride \u00e0 son imagination.<\/p>\n<p>Il a fait du sacrifice une c\u00e9r\u00e9monie tellement horrible que beaucoup de savants ont eu de la r\u00e9pugnance \u00e0 y croire jusqu&#8217;\u00e0 la d\u00e9couverte des tophets. Pendant longtemps, les savants ont cru que les Puniques sacrifiaient au dieu Moloch ; en fait il a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 que le mot Molk, tr\u00e8s fr\u00e9quent sur les st\u00e8les, d\u00e9signe le sacrifice lui-m\u00eame et non une divinit\u00e9 quelconque. Seuls Ba\u00e2l Hammon et Tanit ont \u00e9t\u00e9 concern\u00e9s par les monuments votifs du tophet. Les cendres des enfants br\u00fbl\u00e9s en leur honneur \u00e9taient recueillies dans des vases et enterr\u00e9es dans le tophet \u00e0 des emplacements marqu\u00e9s par des cippes et des st\u00e8les. Quand tout l&#8217;espace se remplissait et que la place venait \u00e0 manquer, on remblayait tout et on passait \u00e0 un niveau sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le tophet est, ainsi, fait de couches superpos\u00e9es de terre, d&#8217;urnes et d&#8217;ex-votos. Fouiller un tel monument, c&#8217;est fatalement le d\u00e9truire. Cependant dans le cas de Carthage, les arch\u00e9ologues ont r\u00e9ussi \u00e0 laisser quelques buttes t\u00e9moins qui montrent aux visiteurs l&#8217;\u00e9volution du tophet. C&#8217;est ainsi qu&#8217;au fur et \u00e0 mesure qu&#8217;on passe des couches inf\u00e9rieures aux couches sup\u00e9rieures, on voit des sortes de sarcophages en gr\u00e8s stuqu\u00e9 succ\u00e9der \u00e0 de v\u00e9ritables petits dolmens ; puis apparaissent les urnes directement enfouies dans le sol. Les monuments votifs suivent \u00e9galement une \u00e9volution int\u00e9ressante.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3198\" aria-describedby=\"caption-attachment-3198\" style=\"width: 600px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3198\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Le-tophet-sanctuaire-de-Tanit-et-Baal-Hammon-a-Salambo-Tunis-300x200.jpg\" alt=\"Le tophet, sanctuaire de Tanit et B\u00e2al Hammon \u00e0 Salambo - Tunis\" width=\"600\" height=\"399\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Le-tophet-sanctuaire-de-Tanit-et-Baal-Hammon-a-Salambo-Tunis-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Le-tophet-sanctuaire-de-Tanit-et-Baal-Hammon-a-Salambo-Tunis-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Le-tophet-sanctuaire-de-Tanit-et-Baal-Hammon-a-Salambo-Tunis-768x511.jpg 768w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Le-tophet-sanctuaire-de-Tanit-et-Baal-Hammon-a-Salambo-Tunis.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3198\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Le tophet, sanctuaire de Tanit et B\u00e2al Hammon \u00e0 Salambo &#8211; Tunis:<\/strong> Vue sur une partie du tophet de Salammb\u00f4, situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 des ports antiques de Carthage ; on y voit, au fond d&#8217;une d\u00e9pression creus\u00e9e par les fouilles, un groupe de cippes assembl\u00e9s, conserv\u00e9s en place. C&#8217;est ce qui appara\u00eet aujourd&#8217;hui d&#8217;un lieu sacr\u00e9 entre tous de l&#8217;\u00e9poque punique, d\u00e9couvert fortuitement en 1921. L&#8217;endroit a fait l&#8217;objet de plusieurs fouilles par divers sp\u00e9cialistes mais les interpr\u00e9tations restent encore ouvertes : lieu de sacrifices sanglants ou simplement n\u00e9cropole d&#8217;enfants ?<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Au VI<sup>e<\/sup> s. on a utilis\u00e9 des cippes en gr\u00e8s sculpt\u00e9 imitant des temples \u00e9gyptiens ou pr\u00e9sentant l&#8217;aspect d&#8217;un tr\u00f4ne portant un ou plusieurs b\u00e9tyles. A la fin du Ve s. c&#8217;est l&#8217;influence grecque qui commence \u00e0 se manifester \u00e0 travers des cippes pilastres coiff\u00e9s de chapiteaux doriques ou ioniques. Enfin dans les couches sup\u00e9rieures, on adopte les ob\u00e9lisques et surtout les st\u00e8les. Celles-ci portent g\u00e9n\u00e9ralement des inscriptions et un d\u00e9cor grav\u00e9 repr\u00e9sentant des motifs religieux ou prophylactiques : pr\u00eatre portant l&#8217;enfant destin\u00e9 au sacrifice, animaux, mat\u00e9riel cultuel, symboles et attributs divins, signes de Tanit et de la bouteille etc&#8230;. Plus tard, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque n\u00e9o-punique, on substitue des animaux aux victimes humaines en indiquant que c&#8217;\u00e9tait \u00ab anima pro anima, sanguine pro sanguine, vita pro vita \u00bb (\u00e2me pour \u00e2me, sang pour sang et vie pour vie).<\/p>\n<p>Il semble cependant que ce sacrifice de substitution ou \u00ab Molchomor \u00bb attest\u00e9 par les st\u00e8les de N&#8217;gaous (en Alg\u00e9rie), ne soit qu&#8217;une partie d&#8217;un rite plus complexe qui vise essentiellement \u00e0 obtenir une naissance. Aujourd&#8217;hui, de nombreux savants commencent \u00e0 se demander si l&#8217;on peut continuer \u00e0 voir en ces tophets des espaces de \u00ab meurtres sacr\u00e9s \u00bb en l&#8217;honneur des dieux. D\u00e9j\u00e0, au moment de la d\u00e9couverte du sanctuaire de Carthage, un \u00e9minent historien, Charles Saumagne, avait r\u00e9agi contre les interpr\u00e9tations abusives des arch\u00e9ologues et du public en \u00e9crivant : \u00ab l&#8217;imagination du public que hante le souvenir de Flaubert a promptement dramatis\u00e9 la d\u00e9couverte : ces enfants, a-t-on dit et \u00e9crit aussit\u00f4t, ce sont les victimes des cruels holocaustes que Carthage offrait \u00e0 Moloch. Voil\u00e0 un pas qu&#8217;il est imprudent et grave de franchir \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re&#8230; Nos nerfs s&#8217;irritent et r\u00e9agissent \u00e0 l&#8217;id\u00e9e que rituellement des m\u00e8res ont pu livrer au feu un enfant pour acqu\u00e9rir des m\u00e9rites \u00bb.<\/p>\n<p>La prudence s&#8217;impose d&#8217;autant plus que ces pratiques ont \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es essentiellement par Diodore de Sicile et Plutarque, auteurs connus pour leur hostilit\u00e9 envers Carthage alors que d&#8217;autres \u00e9crivains anciens parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres et les mieux renseign\u00e9s sur la m\u00e9tropole punique comme H\u00e9rodote, Thucydide, Polybe, Tite-live n&#8217;ont fait aucune allusion \u00e0 ce genre de sacrifices. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, les analyses faites au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, si elles ont confirm\u00e9 la pr\u00e9sence dans les urnes d&#8217;ossements calcin\u00e9s d&#8217;enfants tr\u00e8s jeunes morts-n\u00e8s ou morts en tr\u00e8s bas \u00e2ge, ne permettent gu\u00e8re de savoir si ces enfants ont \u00e9t\u00e9 incin\u00e9r\u00e9s apr\u00e8s une c\u00e9r\u00e9monie de sacrifice ou au terme d&#8217;une mort naturelle.<\/p>\n<p>Enfin on a constat\u00e9 que les tombes d&#8217;enfants dans les n\u00e9cropoles de Carthage \u00e9taient, sinon totalement absentes, du moins d&#8217;une raret\u00e9 extr\u00eame alors que la mortalit\u00e9 infantile \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e. Face \u00e0 tous ces arguments d&#8217;\u00e9minents savants ont propos\u00e9 de consid\u00e9rer le tophet comme un cimeti\u00e8re d&#8217;enfants morts de mani\u00e8re naturelle mais pr\u00e9matur\u00e9e et vou\u00e9s de ce fait aux dieux supr\u00eames de Carthage. Les st\u00e8les votives consacreraient une soumission \u00e0 la volont\u00e9 divine et en m\u00eame temps un appel \u00e0 ces divinit\u00e9s pour jouir du restes de la prog\u00e9niture et b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;autres naissances.<\/p>\n<p>Les pratiques fun\u00e9raires \u00e9taient fort diverses. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale on inhuma les morts avant le Ve s. puis, \u00e0 partir de cette \u00e9poque et sous l&#8217;influence grecque, on commen\u00e7a \u00e0 les incin\u00e9rer. Au d\u00e9but, les tombes \u00e9taient de vastes chambres dont l&#8217;entr\u00e9e \u00e9tait bloqu\u00e9e par une dalle et les morts \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9pos\u00e9s dans des sarcophages de bois ou de pierre, s&#8217;ils ne gisaient \u00e0 m\u00eame le sol. On utilisa ensuite les puits fun\u00e9raires o\u00f9 \u00e9taient enterr\u00e9s un, deux ou plusieurs morts. Enfin, dans les derniers temps, on eut recours \u00e0 des mausol\u00e9es pour les morts illustres. On employa aussi de nombreux sarcophages en marbre dont les couvercles portaient parfois une ornementation d&#8217;un grand int\u00e9r\u00eat iconographique.<\/p>\n<p>L&#8217;incin\u00e9ration, particuli\u00e8rement r\u00e9pandue \u00e0 Carthage \u00e0 l&#8217;\u00e9poque hell\u00e9nistique surtout, n&#8217;\u00e9tait pas courante ailleurs. En dehors de la m\u00e9tropole et notamment dans le Sahel et le Cap Bon, l&#8217;inhumation des morts dans des hypog\u00e9es creus\u00e9s dans le rocher \u00e9tait de r\u00e8gle. Des puits \u00e0 escalier permettaient d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 une ou deux chambres fun\u00e9raires am\u00e9nag\u00e9es dans les parois. Parmi les rites les plus fr\u00e9quents on peut noter l&#8217;application sur les morts de l&#8217;ocre rouge rappelant la couleur du sang et se fixant sur les os apr\u00e8s la d\u00e9composition des chairs. De m\u00eame on remarque la pratique de l&#8217;enterrement en position lat\u00e9rale contract\u00e9e dite f\u0153tale et caract\u00e9ris\u00e9e par une flexion compl\u00e8te des membres inf\u00e9rieurs, obtenue sans doute par un ligotage pr\u00e9alable du cadavre, position rappelant l&#8217;origine de la vie et augurant pour le d\u00e9funt d&#8217;un renouveau vital. Ces pratiques rel\u00e8vent de traditions libyennes.<\/p>\n<p>En revanche, dans les tombes \u00e0 inhumation de Carthage et d&#8217;Hadrum\u00e8te, fortement marqu\u00e9es par le sceau de la Ph\u00e9nicie, les squelettes sont toujours allong\u00e9s sur le dos. Les chambres fun\u00e9raires contenaient parfois un mat\u00e9riel tr\u00e8s riche ; mais g\u00e9n\u00e9ralement il \u00e9tait constitu\u00e9 d&#8217;objets courants comme Les, poteries, diverses,, les statuettes, les amulettes etc. Il est possible que les Puniques aient cru en la survie des morts. Nos informations \u00e0 ce sujet sont trop vagues et nous ne pouvons que demeurer dans le domaine des hypoth\u00e8ses. En tout cas il n&#8217;y a rien eu de comparable \u00e0 ce qui se passait en Egypte ancienne o\u00f9 l&#8217;on vouait un v\u00e9ritable culte aux morts.<\/p>\n<p>Au total, si la religion de Carthage contient certains \u00e9l\u00e9ments emprunt\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00c9gypte ou \u00e0 l&#8217;Afrique, elle subit aussi l&#8217;influence de l&#8217;hell\u00e9nisme qui connut un rayonnement exceptionnel dans tout le bassin m\u00e9diterran\u00e9en \u00e0 partir du IVe s. Comme l&#8217;a montr\u00e9 G.-Ch. Picard, le mysticisme hell\u00e9nistique offrait des perspectives beaucoup plus consolantes que la religion de Carthage dans la mesure o\u00f9 des divinit\u00e9s comme Dionysos, Aphrodite et D\u00e9m\u00e9ter apparaissaient plus humaines, plus secourables, servies, par des pr\u00eatres qui ne sont pas des fonctionnaires d\u00e9sign\u00e9s par la cit\u00e9, mais le plus souvent des mages et des po\u00e8tes errants qui forment des thiases ouverts \u00ab aux \u00e9trangers, aux esclaves, \u00e0 tous les isol\u00e9s qui fourmillent dans les grandes villes hell\u00e9nistiques en marge de cadres sociaux r\u00e9guliers&#8230; leur seul espoir est, qu&#8217;en une autre vie, un thiase \u00e9ternel, transport\u00e9 dans les hauteurs du ciel, leur fera go\u00fbter sans terme les joies de ces orgies \u00bb.<\/p>\n<p>Carthage, ville cosmopolite par excellence, accueille largement ces cultes aux perspectives si myst\u00e9rieuses et si douces. En tout cas il est certain que les Puniques import\u00e8rent de Sicile pour le rendre officiel le culte de D\u00e9m\u00e9ter et Cor\u00e9, divinit\u00e9s agraires, et de Dionysos, assimil\u00e9 \u00e0 Shadrapa, et dont les symboles ne tard\u00e8rent pas \u00e0 appara\u00eetre sur les st\u00e8les du tophet associ\u00e9s \u00e0 ceux de Ba\u00e2l Hammon et de Tanit. De m\u00eame, Hannibal para\u00eet ouvert aux influences grecques si l&#8217;on se r\u00e9f\u00e8re au pacte qu&#8217;il passa avec Philippe V de Mac\u00e9doine au lendemain de Cannes.<\/p>\n<h3>La vie artistique et intellectuelle<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des destructions et des pillages syst\u00e9matiques subis par Carthage en 146 avant J.-C. et qui ont priv\u00e9 les historiens d&#8217;une masse de documents susceptibles de mener \u00e0 une bonne connaissance de la civilisation punique, on est en mesure, aujourd&#8217;hui, gr\u00e2ce aux nouvelles d\u00e9couvertes et aux progr\u00e8s des recherches et des \u00e9tudes, d&#8217;apporter d&#8217;importants \u00e9clairages sur la vie intellectuelle et artistique de cette grande m\u00e9tropole africaine. Le r\u00f4le de celle-ci, sans \u00eatre tout \u00e0 fait comparable, \u00e0 celui de la Gr\u00e8ce ou de Rome, n&#8217;en est pas moins consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des liens \u00e9troits et multiformes nou\u00e9s avec la plupart des pays du monde antique, Carthage devint un v\u00e9ritable creuset des civilisations de l&#8217;\u00e9poque. Nantie d&#8217;un pr\u00e9cieux legs oriental, elle a notamment r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9velopper un art fait de cr\u00e9ations propres et d&#8217;emprunts \u00e0 un riche r\u00e9pertoire m\u00e9diterran\u00e9en. L&#8217;architecture punique demeure relativement mal connue du fait des destructions d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es et de l&#8217;expansion de l&#8217;urbanisme romain au d\u00e9triment des \u00e9difices ant\u00e9rieurs. Toutefois, les fouilles de Carthage et surtout de Kerkouane ont \u00e9t\u00e9 d&#8217;un apport consid\u00e9rable dans ce domaine. Elles ont montr\u00e9 que dans ces deux villes, les trames urbaines proc\u00e9daient de plans g\u00e9om\u00e9triques, rigoureux et \u00e9taient agrement\u00e9es de vastes places aux fonctions \u00e9conomiques, sociales et politiques.<\/p>\n<p>\u00c0 l&#8217;int\u00e9rieur de ces espaces, les \u00e9difices priv\u00e9s et \u00e0 un degr\u00e9 bien moindre publics, commencent \u00e0 \u00eatre mieux connus. Les maisons s&#8217;ordonnaient toujours autour d&#8217;une cour centrale, parfois agr\u00e9ment\u00e9e d&#8217;un p\u00e9ristyle, et flanqu\u00e9es, c\u00f4t\u00e9 rue, de boutiques et d&#8217;ateliers. \u00c9quip\u00e9es de citernes et de puits, elles disposaient d&#8217;\u00e9l\u00e9ments de confort comme les baignoires assez \u00e9labor\u00e9es de Kerkouane. De leur c\u00f4t\u00e9, les temples \u00e9taient sans podium ni pronaos mais organis\u00e9s autour d&#8217;une cour, avec ou sans portiques, et comprenant au fond une cella principale et deux cellae lat\u00e9rales. Ces sanctuaires \u00e0 enclos favorisaient le d\u00e9roulement de processions adapt\u00e9es au rituel liturgique de la religion punique. Ce type de maison et de temple surv\u00e9cut \u00e0 la destruction de Carthage et se maintint dans le pays \u00e0 l&#8217;\u00e9poque romaine et m\u00eame beaucoup plus tard.<\/p>\n<p>La m\u00eame p\u00e9rennit\u00e9 devait caract\u00e9riser les modes et les mat\u00e9riaux de construction en vogue \u00e0 l&#8217;\u00e9poque punique : notamment les techniques de la brique crue et du pis\u00e9 avec coffrage en bois et de Yopus africanum, proc\u00e9d\u00e9 caract\u00e9ristique du pays qui consistait \u00e0 conforter les murs en moellons par des harpes pos\u00e9es verticalement \u00e0 \u00e9gale distance les unes des autres.<br \/>De nombreux autres documents fournissent de pr\u00e9cieux compl\u00e9ments d&#8217;information sur l&#8217;architecture et l&#8217;art puniques. Il s&#8217;agit de centaines de cippes et de st\u00e8les \u00e0 caract\u00e8re architectural et des exvoto en forme de petites chapelles d\u00e9pos\u00e9es par les fid\u00e8les dans les temples et qui sont con\u00e7ues \u00e0 l&#8217;image \u00e0e ceux-ci.<\/p>\n<p>Les st\u00e8les et les cippes du tophet de Carthage d\u00e9notent au d\u00e9but une grande fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&#8217;h\u00e9ritage oriental puis, \u00e0 partir du IVe s., ils portent la marque d&#8217;emprunts fait \u00e0 l&#8217;archa\u00efsme grec, avec un penchant pour le style \u00e9olien. L&#8217;ordre ionique ne conna\u00eetra une certaine vogue qu&#8217;au IIIe s. et caract\u00e9risera notamment le d\u00e9cor architectural des portiques circulaires du port de guerre de Carthage. Cependant le mod\u00e8le r\u00e9duit de temple le plus suggestif de l&#8217;art monumental de la m\u00e9tropole punique demeure le \u00ab na\u00efskos \u00bb de Thuburbo Majus, chapelle en miniature d\u00e9di\u00e9e en ex-voto \u00e0 D\u00e9m\u00e9ter (expos\u00e9 au mus\u00e9e du Bardo). Comme pour l&#8217;architecture, destructions et pillages limitent consid\u00e9rablement le champ des connaissances sur la sculpture punique.<\/p>\n<p>Cependant deux documents donnent une haute id\u00e9e du niveau atteint dans ce genre d&#8217;activit\u00e9 artistique. Il s&#8217;agit de deux grands sarcophages mis au jour dans la n\u00e9cropole dite de SainteMonique \/ Sa\u00efda \u00e0 Carthage et dont les couvercles sont d\u00e9cor\u00e9s de deux personnages en haut-relief remarquables par leur grande finesse d&#8217;ex\u00e9cution et leur puissant int\u00e9r\u00eat iconographique. De leur c\u00f4t\u00e9, les st\u00e8les dont les canons diff\u00e8rent de ceux de l&#8217;art classique, sont int\u00e9ressantes dans la mesure o\u00f9 elles sont le reflet d&#8217;un savoir-faire authentiquement populaire.<\/p>\n<p>D&#8217;une grande simplicit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque archa\u00efque, elles s&#8217;ornent du fameux \u00ab signe dit de Tanit \u00bb au Ve s. Des transformations majeures interviennent, un si\u00e8cle plus tard : adoption d&#8217;un mat\u00e9riau plus dense et plus dur, mieux adapt\u00e9 \u00e0 la sculpture, et d&#8217;un nouveau profil avec un fronton triangulaire et des registres s\u00e9par\u00e9s par des oves et des perles ; la d\u00e9dicace occupe le milieu de la st\u00e8le et le registre inf\u00e9rieur, encadr\u00e9 de colonnes \u00e0 chapiteaux \u00e9oliques, est orn\u00e9 de motifs v\u00e9g\u00e9taux, animaux ou religieux. Vers le milieu du III e s., le d\u00e9cor incis\u00e9 remplace le relief et l&#8217;art de la st\u00e8le atteint son apog\u00e9e avec notamment le buste d&#8217;un \u00e9ph\u00e8be en chlamyde au visage particuli\u00e8rement expressif, grav\u00e9 au trait ainsi que la st\u00e8le du pr\u00eatre \u00e0 l&#8217;enfant qui d\u00e9note une grande ma\u00eetrise artistique.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3193\" aria-describedby=\"caption-attachment-3193\" style=\"width: 400px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3193\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Masque-grimacant-Trouve-a-Carthage-Musee-du-Bardo-256x300.png\" alt=\"Masque grima\u00e7ant Trouv\u00e9 \u00e0 Carthage Mus\u00e9e du Bardo\" width=\"400\" height=\"470\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Masque-grimacant-Trouve-a-Carthage-Musee-du-Bardo-256x300.png 256w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Masque-grimacant-Trouve-a-Carthage-Musee-du-Bardo-872x1024.png 872w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Masque-grimacant-Trouve-a-Carthage-Musee-du-Bardo-768x902.png 768w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Masque-grimacant-Trouve-a-Carthage-Musee-du-Bardo.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3193\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Masque grima\u00e7ant Trouv\u00e9 \u00e0 Carthage H 18cm Mus\u00e9e du Bardo:<\/strong> Masque grima\u00e7ant, en terre cuite. Les yeux et la bouche sont \u00e9vid\u00e9s. Des sillons griff\u00e9s parcourent le visage tandis que des pastilles pos\u00e9es sur le front figurent des verrues. Tout ceci pour accro\u00eetre la laideur du masque. D\u00e9pos\u00e9 dans la tombe, il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 effrayer les mauvais esprits.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>La m\u00eame ma\u00eetrise peut se constater dans l&#8217;ex\u00e9cution des hachettes-rasoirs, objets rituels fr\u00e9quents dans des tombes \u00e0 partir de la fin du VIL s. et dont l&#8217;usage et la destination sont \u00e9nigmatiques \u2014 peut-\u00eatre les utilisait-on pour des toilettes sacr\u00e9es \u2014 mais qui ne manquent ni d&#8217;originalit\u00e9 ni de finesse. Leur d\u00e9cor, incis\u00e9 et grav\u00e9, puise son inspiration aussi bien dans le r\u00e9pertoire oriental et \u00e9gyptien que classique. Ainsi le dieu Melqart, fr\u00e9quemment repr\u00e9sent\u00e9 sur ce genre d&#8217;objets, est-il tant\u00f4t figur\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re orientale qui le fait appara\u00eetre debout sur un podium, au dessus d&#8217;une fleur de lotus, v\u00eatu d&#8217;une longue tunique, coiff\u00e9 d&#8217;une tiare ou d&#8217;un bonnet conique et tenant une hache, soit autant d&#8217;\u00e9l\u00e9ments d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents sur une st\u00e8le des environs d&#8217;Alep du IX<sup>e<\/sup> s. avant J.-C., et tant\u00f4t \u00e9voqu\u00e9 en \u00ab Herakl\u00e8s \u2014 Melqart \u00bb avec la d\u00e9pouille ou la t\u00eate de lion et la massue, selon un mod\u00e8le inspir\u00e9 des monnaies grecques. Des motifs v\u00e9g\u00e9taux, animaux et divers ornent \u00e9galement ces hachettesrasoirs. Dans le domaine de la tabletterie, sculpteurs et graveurs rivalis\u00e8rent d&#8217;habilet\u00e9 pour fabriquer toutes sortes d&#8217;objets en os ou en ivoire destin\u00e9s \u00e0 un usage utilitaire ou d\u00e9coratif : \u00e9pingles \u00e0 cheveux, peignes, bracelets, boites \u00e0 fard, charni\u00e8res, manches de miroir, statuettes, plaquettes entrant dans la composition de frises d\u00e9coratives, masques et taslimans etc.<\/p>\n<p>Souvent, artisans et artistes donnent libre cours \u00e0 leur propre imagination pour ex\u00e9cuter des \u0153uvres originales, mais on note aussi une grande fid\u00e9lit\u00e9 aux traditions \u00e9gyptiennes et orientales qui se prolonge jusqu&#8217;\u00e0 la fin de l&#8217;\u00e9poque punique. C&#8217;est ainsi qu&#8217;on a trouv\u00e9 dans une maison tardive de la colline de Byrsa une plaquette repr\u00e9sentant en relief une sc\u00e8ne d&#8217;offrande o\u00f9 un personnage pr\u00e9sente \u00e0 une d\u00e9esse debout sur un sphinx un vase et un \u00e9pi, mod\u00e8le s&#8217;inscrivant tout \u00e0 fait dans la tradition orientale. Que l&#8217;objet soit un bien de famille ancien ex\u00e9cut\u00e9 depuis des si\u00e8cles et pieusement conserv\u00e9 ou tout simplement une r\u00e9alisation de la fin de l&#8217;\u00e8re carthaginoise, il ne t\u00e9moigne pas moins d&#8217;un attachement \u00e0 la tradition orientale.<\/p>\n<p>Cet attachement est confirm\u00e9 par les r\u00e9centes fouilles fran\u00e7aises des tombes de la colline de Byrsa qui ont permis la mise au jour d&#8217;un ensemble d&#8217;objets en ivoire dont notamment des \u00e9l\u00e9ments de plaquettes ajour\u00e9es ayant pour motif principal un cervid\u00e9 \u00e9voluant au milieu d&#8217;un enroulement v\u00e9g\u00e9tal de palmettes et de volutes. Ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 Carthage au milieu du VIP s. avant J.-C., ces objets avaient \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9s d&#8217;exemplaires de Nimrud et de Chypre. Ils faisaient partie du mobilier fun\u00e9raire d&#8217;un artisan qui avait tenu \u00e0 conserver dans sa tombe des morceaux d&#8217;ivoire bruts et des pi\u00e8ces finies qui t\u00e9moignent de son activit\u00e9 artistique.<\/p>\n<p>En outre, provenant du m\u00eame secteur et datant de la m\u00eame \u00e9poque, une plaquette en ivoire figurant un personnage masculin et un autre f\u00e9minin dans une attitude d&#8217;adoration du disque solaire, d\u00e9notent une influence \u00e9gyptisante nette qui est \u00e9galement pr\u00e9sente \u00e0 travers les peignes ouvrag\u00e9s qui apparaissent d\u00e8s le VIP s. avant J.-C. Parmi ceux-ci, les mod\u00e8les grav\u00e9s les plus anciens semblent rattachables \u00e0 la tradition ornementale syro-palestinienne, quoique produits \u00e0 Carthage, voire au sud de l&#8217;Espagne. Cependant, il convient de souligner que cet attachement \u00e0 l&#8217;Orient n&#8217;a jamais exclu l&#8217;ouverture la plus large \u00e0 toutes sortes d&#8217;autres influences m\u00e9diterran\u00e9ennes. Carthage s&#8217;est \u00e9galement illustr\u00e9e par une production d&#8217;excellente facture dans le domaine de la c\u00e9ramique.<\/p>\n<p>Ce sont surtout les terres cuites et en premier lieu les masques qui se d\u00e9tachent de l&#8217;ensemble du travail des potiers. Les plus anciens parmi ces masques ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s dans un contexte fun\u00e9raire datable de la fin du VIII e s. avant J.-C. ou du d\u00e9but du VII e : h\u00e9rit\u00e9s de Ph\u00e9nicie et diffus\u00e9s par Carthage, ils sont tant\u00f4t de type n\u00e9gro\u00efde avec une bouche tordue, tant\u00f4t grotesques avec un visage grima\u00e7ant et fortement rid\u00e9. Plac\u00e9s dans les tombes, ils sont cens\u00e9s prot\u00e9ger les morts contre les d\u00e9mons. \u00c0 partir du VIe s. avant J.-C., on commence \u00e0 fabriquer \u00e9galement des masques pleins ou \u00ab protom\u00e9s \u00bb o\u00f9 la bouche et les yeux ne sont gu\u00e8re perfor\u00e9s. Les cheveux et la barbe sont figur\u00e9s par de petits cercles grav\u00e9s.<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque apparaissent des \u00ab protom\u00e9s \u00bb caract\u00e9ris\u00e9s par une barbe allong\u00e9e et creus\u00e9e en son milieu par une sorte de sillon. Parall\u00e8lement \u00e0 ces types masculins, sont produits des mod\u00e8les f\u00e9minins de belle facture. Les uns ont une allure \u00e9gyptienne notamment par leur klaft, les autres, tout en demeurant fid\u00e8les \u00e0 l&#8217;Orient dans leur sch\u00e9ma de base, ne comportent pas moins des traits emprunt\u00e9s \u00e0 l&#8217;art grec archa\u00efque ; enfin une troisi\u00e8me cat\u00e9gorie est dite \u00ab rhodienne \u00bb tellement elle para\u00eet apparent\u00e9e \u00e0 des sp\u00e9cimens fabriqu\u00e9s \u00e0 Rhodes d\u00e8s le VI<sup>e<\/sup> s. avant J.-C. et diffus\u00e9s dans tout le monde grec.<\/p>\n<p>Ces \u00ab protom\u00e9s \u00bb, parfois retouch\u00e9s au sortir du moule, sont souvent rehauss\u00e9s de peinture. Le peintre et le d\u00e9corateur interviennent \u00e9galement pour orner des figurines de terre cuite repr\u00e9sentant des \u00ab d\u00e9esses enceintes \u00bb de tradition orientale, des statuettes de style \u00e9gyptisant \u00ab d&#8217;une raideur de momie \u00bb et d&#8217;autres o\u00f9 commence \u00e0 se sentir l&#8217;influence ionienne. Le mod\u00e8le le plus repr\u00e9sentatif de cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie est la \u00ab d\u00e9esse au tympanon \u00bb caract\u00e9ris\u00e9e par des traits moins fig\u00e9s, une chevelure trait\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re grecque et des v\u00eatements qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l&#8217;Orient, tout comme le tympanon que la d\u00e9esse serre contre sa poitrine.<\/p>\n<p>L&#8217;influence grecque se fait de plus en plus nette avec l&#8217;introduction du culte de D\u00e9m\u00e9ter \u00e0 Carthage \u00e0 partir de 396 avant J.-C. De nombreuses figurines sont alors produites, repr\u00e9sentant la d\u00e9esse soit assise sur un tr\u00f4ne soit en \u00ab kernophoros \u00bb, portant sur la t\u00eate un br\u00fble-parfum. D&#8217;autres divinit\u00e9s comme Ba\u00e2l Hammon et Tanit surtout ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9es. Une place \u00e0 part doit \u00eatre faite \u00e0 une grande statuette de d\u00e9esse de 0,33 m de haut richement d\u00e9cor\u00e9e, bien conserv\u00e9e et donnant une id\u00e9e assez pr\u00e9cise de la parure f\u00e9minine \u00e0 Carthage. De nombreuses autres statuettes figurant des musiciennes, des danseuses et des acteurs pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat documentaire et esth\u00e9tique certain.<\/p>\n<p>Il est, toutefois, \u00e0 noter que l&#8217;influence grandissante du monde grec, ne parvint pas \u00e0 effacer l&#8217;attachement aux mod\u00e8les h\u00e9rit\u00e9s de l&#8217;Orient. Jusqu&#8217;\u00e0 la veille de sa disparition, Carthage continua \u00e0 d\u00e9corer ses moules dits \u00e0 g\u00e2teaux de la palmette ph\u00e9nicienne, de l&#8217;ibis ou de l&#8217;\u0153il \u00ab oudja \u00bb. Par ailleurs, consid\u00e9r\u00e9s comme de v\u00e9ritables pionniers dans l&#8217;art de fa\u00e7onner le verre, les Carthaginois s&#8217;illustr\u00e8rent par une production aussi riche que diversifi\u00e9e dans ce domaine ainsi que par une qualit\u00e9 artistique remarquable. Leur ma\u00eetrise des divers proc\u00e9d\u00e9s de fabrication se constate dans toutes sortes d&#8217;amphorettes, d&#8217;\u0153nocho\u00e9s, d&#8217;aryballes et d&#8217;alabastres, inspir\u00e9s de prototypes grecs et servant de vases \u00e0 parfum ou \u00e0 fard.<\/p>\n<figure id=\"attachment_3196\" aria-describedby=\"caption-attachment-3196\" style=\"width: 580px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-3196 size-full\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Maison-dhabitation-de-Kerkouane.png\" alt=\"Maison d'habitation de Kerkouane\" width=\"580\" height=\"386\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Maison-dhabitation-de-Kerkouane.png 580w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/Maison-dhabitation-de-Kerkouane-300x200.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 580px) 100vw, 580px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-3196\" class=\"wp-caption-text\"><em><strong>Maison d&#8217;habitation de Kerkouane:<\/strong> La photographie montre des alignements de colonnes reposant sur des bases carr\u00e9es au-dessus d&#8217;un sol b\u00e9tonn\u00e9, en bordure du rivage. Ce sont les restes d&#8217;une cour entour\u00e9e de portiques : c&#8217;est le type dit \u00ab maison \u00e0 p\u00e9ristyle \u00bb dont la formule fut diffus\u00e9e tout autour de la M\u00e9diterran\u00e9e. La construction en \u00e9tait soign\u00e9e : le plan \u00e9tait carr\u00e9 ou rectangulaire; les murs, aujourd&#8217;hui aras\u00e9s, \u00e9taient construits en moellons recouverts d&#8217;un cr\u00e9pis stuqu\u00e9.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Leur d\u00e9cor en filets concentriques se transformant parfois en ondulations ou en bandes de chevrons est rehauss\u00e9 de couleurs chatoyantes o\u00f9 le jaune, le blanc et le turquoise se d\u00e9tachent sur fond bleu, noir ou brun. Le m\u00eame souci esth\u00e9tique se remarque dans les masques pendentifs en miniature fortement \u00ab typ\u00e9s \u00bb et fid\u00e8les au fond artistique oriental avec leurs visages au teint blanc, jaune ou bleu, leurs yeux \u00e9carquill\u00e9s, leurs sourcils abondants et leurs barbes en forme de tortillons. Ils semblent repr\u00e9senter des divinit\u00e9s puniques appel\u00e9es \u00e0 prot\u00e9ger les vivants qui les portent dans des colliers et les morts aupr\u00e8s desquels on les d\u00e9posait. Le verre servait \u00e9galement \u00e0 fabriquer toutes sortes d&#8217;animaux et de volatiles, ainsi que de grosses perles polychromes, des clochettes, des grappes de raisin et divers autres \u00e9l\u00e9ments de colliers.<\/p>\n<p>Enfin, il convient de rappeler le grand attachement des Carthaginois aux amulettes et aux bijoux. L\u00e0 encore, l&#8217;influence de l&#8217;Egypte et de l&#8217;Orient est pr\u00e9pond\u00e9rante comme on peut le voir \u00e0 travers ces amulettes multiformes o\u00f9 apparaissent souvent l&#8217;\u0153il \u00ab Oudja \u00bb, l&#8217;uraeus, le dieu Ptah-Pat\u00e8que, B\u00e8s et Anubis ou les scarab\u00e9es et scarabo\u00efdes et autres motifs constituant des talismans cens\u00e9s prot\u00e9ger les vivants et surtout les morts. Les bijoux en or, en argent ou en pierres pr\u00e9cieuses se r\u00e9f\u00e8rent tant\u00f4t \u00e0 l&#8217;Egypte avec des motifs classiques d&#8217;uraei, de croissants lunaires ou de disques solaires tant\u00f4t \u00e0 la Ph\u00e9nicie avec les boucles d&#8217;oreilles en \u00ab nacelle \u00bb, les bracelets en or tress\u00e9, ou les perles avec d\u00e9cor en filigrane.<\/p>\n<p>Des \u00e9l\u00e9ments ph\u00e9nicisants sont \u00e9galement pr\u00e9sents sous forme de fleur de lotus, de palmette et d&#8217;arbre de vie sur des coquilles d&#8217;\u0153ufs d&#8217;autruche retrouv\u00e9es en abondance dans les n\u00e9cropoles et qui sont g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9cor\u00e9es d&#8217;un visage aux yeux immenses destin\u00e9s \u00e0 veiller sur le mort, soit de motifs inspir\u00e9s du monde animal ou v\u00e9g\u00e9tal. Si tous les \u00e9l\u00e9ments qui viennent d&#8217;\u00eatre \u00e9voqu\u00e9s montrent que Carthage a \u00e9t\u00e9 d&#8217;un apport consid\u00e9rable \u00e0 la vie artistique du monde antique, les donn\u00e9es deviennent moins nombreuses quand il s&#8217;agit de mesurer l&#8217;importance de son r\u00f4le sur le plan intellectuel. Sa fin dramatique a \u00e9t\u00e9, comme on le sait, \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;incendie de ses biblioth\u00e8ques et au pillage et \u00e0 la dispersion de ses manuscrits.<\/p>\n<p>Affirmer, comme on n&#8217;a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 le faire, que les Puniques \u00e9taient essentiellement des commer\u00e7ants et des hommes d&#8217;affaires peu enclins aux activit\u00e9s intellectuelles, est une attitude peu objective que m\u00eame les donn\u00e9es incompl\u00e8tes qui nous sont parvenues dans ce domaine, permettent de nuancer consid\u00e9rablement. Il suff\u00eet de rappeler, \u00e0 cet \u00e9gard, que les Carthaginois ont h\u00e9rit\u00e9 de leurs anc\u00eatres ph\u00e9niciens l&#8217;alphabet qu&#8217;ils ont eu le m\u00e9rite de diffuser en M\u00e9diterran\u00e9e occidentale. Le punique, sans supplanter tout \u00e0 fait les langues autochtones, connut une tr\u00e8s large diffusion sur toute l&#8217;\u00e9tendue de l&#8217;empire carthaginois et dans ses zones d&#8217;influence. Il devint la langue officielle des royaumes numides et maures qui l&#8217;utilis\u00e8rent pour les l\u00e9gendes de leurs monnaies.<\/p>\n<p>L&#8217;influence de l&#8217;alphabet punique sur le libyque fut \u00e9galement consid\u00e9rable. Mais l&#8217;apport punique d\u00e9passait largement ce niveau de base pour s&#8217;\u00e9tendre \u00e0 d&#8217;autres domaines de la vie spirituelle comme l&#8217;avait not\u00e9 saint Augustin qui affirmait que les livres puniques \u00e9taient pleins de science et de sagesse \u00ab comme le rapportent les docteurs les plus savants \u00bb. Scipion Emilien en avait offert une bonne partie aux princes numides, apr\u00e8s la chute de Carthage. Les auteurs grecs et latins y puis\u00e8rent de nombreux renseignements sur le Maghreb antique et notamment sur les campagnes militaires d&#8217;Hannibal d\u00e9crites par ses deux professeurs grecs Sosylos et Sil\u00e9nos. De m\u00eame, Salluste y trouva de quoi enrichir sa Guerre de ]ugurtha en donn\u00e9es diverses ethnographiques et historiques.<\/p>\n<p>Cependant, l&#8217;\u0153uvre carthaginoise la plus remarquable, dans l&#8217;\u00e9tat actuel de nos connaissances, demeure l&#8217;ouvrage de Magon qui est un trait\u00e9 d&#8217;agronomie en vingt-huit livres consacr\u00e9s \u00e0 l&#8217;agriculture et \u00e0 l&#8217;\u00e9levage et contenant des recommandations techniques qui ont d\u00fb contribuer largement \u00e0 \\a prosp\u00e9rit\u00e9 des campagnes carthaginoises. L&#8217;agronome latin Columelle consid\u00e9rait Magon comme le p\u00e8re de la science rurale. Ses travaux faisaient alors autorit\u00e9 chez les Grecs et les Romains et leur r\u00e9putation d\u00e9passait de loin celle de tous les \u00e9crits antiques en la mati\u00e8re au point que le S\u00e9nat romain d\u00e9cida de les traduire en latin en d\u00e9pit de l&#8217;existence, \u00e0 Rome, d&#8217;un ouvrage semblable compos\u00e9 par Caton.<\/p>\n<p>Ce livre fut v\u00e9ritablement un classique dont les enseignements ne se limit\u00e8rent pas \u00e0 la seule antiquit\u00e9 selon le grand historien du Maghreb ancien, St\u00e9phane Gsell qui a \u00e9crit : \u00ab Si l&#8217;on avait le texte de Magon, l&#8217;on constaterait sans doute aussi que ses enseignements s&#8217;\u00e9taient transmis . aux Arabes par l&#8217;interm\u00e9diaire des g\u00e9opolitiques, peut-\u00eatre aussi par d&#8217;autres trait\u00e9s grecs, traduits en syriaque, en persan et en arabe \u00bb. On peut signaler aussi un autre Carthaginois, Hasdrubal, qui parvint \u00e0 une certaine notori\u00e9t\u00e9 intellectuelle \u00e0 Ath\u00e8nes et qui, en 129 avant J.-C., se hissa sous le nom grec de Clitomaque, \u00e0 la t\u00eate de l&#8217;Acad\u00e9mie d&#8217;Ath\u00e8nes. Ville cosmopolite, largement ouverte au grand commerce, Carthage \u00e9tait un haut lieu de brassage social et culturel et ses habitants \u00e9taient polyglottes.<\/p>\n<p><strong><em>Extrai du livre \u201cHISTOIRE G\u00c9N\u00c9RALE DE LA TUNISIE: Tome I (<\/em><\/strong><strong><em>Khaled Belkhoja, <\/em><\/strong><strong><em>Abdelmajid Ennabli, <\/em><\/strong><strong><em>Ammar Mahjoubi, <\/em><\/strong><strong><em>H\u00e9di Slim)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"http:\/\/carthaginoise\">La civilisation carthaginoise: les instruments de la puissance<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est devenu classique, d\u00e9sormais, de distinguer deux phases dans ce domaine : une premi\u00e8re marqu\u00e9e par la pr\u00e9pond\u00e9rance des \u00e9l\u00e9ments orientaux et archa\u00efques et une deuxi\u00e8me pendant laquelle Carthage commence \u00e0 s&#8217;ouvrir largement aux courants d&#8217;influence hell\u00e9nistique. Les dieux et les cultes Intens\u00e9ment croyants, les Carthaginois adoraient plusieurs divinit\u00e9s organis\u00e9es en un panth\u00e9on aussi&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3194,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,6,84],"tags":[140,88,132,91],"class_list":["post-251","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts-musique","category-culture","category-history","tag-carthage","tag-histoire","tag-religion","tag-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/251","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=251"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/251\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3210,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/251\/revisions\/3210"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3194"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=251"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=251"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=251"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}