{"id":2314,"date":"2019-01-17T11:40:51","date_gmt":"2019-01-17T11:40:51","guid":{"rendered":"https:\/\/rstheme.com\/products\/wordpress\/vulitin\/?p=2314"},"modified":"2020-06-05T10:50:50","modified_gmt":"2020-06-05T08:50:50","slug":"voyage-detudes-en-tunisie-10-28-avril-1900","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2019\/01\/17\/voyage-detudes-en-tunisie-10-28-avril-1900\/","title":{"rendered":"Voyage d&#8217;\u00e9tudes en Tunisie (10-28 avril 1900)"},"content":{"rendered":"<p>Au mois d&#8217;avril 1900, M. Ren\u00e9 Millet, R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Tunis, organisait avec le concours du minist\u00e8re de l&#8217;Instruction publique un voyage d&#8217;\u00e9tudes \u00e0 travers la R\u00e9gence. Ap\u00f4tre ardent et convaincu de la colonisation de peuplement en Tunisie, universitaire de c\u0153ur et de tradition, le repr\u00e9sentant de la R\u00e9publique fran\u00e7aise a voulu, cette fois, faire appel aux instituteurs, ces semeurs d&#8217;id\u00e9es, suivant sa propre expression, qui, par leur contact permanent avec nos populations rurales, par l&#8217;influence morale dont ils jouissent, sont plus particuli\u00e8rement qualifi\u00e9s pour faire conna\u00eetre aux cultivateurs pauvres de nos villages les richesses agricoles d&#8217;une possession que la rapidit\u00e9 des moyens de transport met \u00e0 trente heures de notre grand port m\u00e9diterran\u00e9en.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2629\" aria-describedby=\"caption-attachment-2629\" style=\"width: 575px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2629 size-full\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Voyage_d\u00e9tudes_en_Tunisie_1900.jpeg\" alt=\"Voyage d'\u00e9tudes en Tunisie en avril 1900\" width=\"575\" height=\"425\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Voyage_d\u00e9tudes_en_Tunisie_1900.jpeg 575w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Voyage_d\u00e9tudes_en_Tunisie_1900-300x222.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 575px) 100vw, 575px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2629\" class=\"wp-caption-text\"><em>Voyage d&#8217;\u00e9tudes en Tunisie en avril 1900, organis\u00e9 par un M. Ren\u00e9 Millet, r\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Tunis<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>D\u00e9velopper notre influence parmi les populations indig\u00e8nes, \u00e9tablir et r\u00e9pandre le progr\u00e8s et la colonisation, cr\u00e9er un courant commercial entre la m\u00e9tropole et la Tunisie, enfin peupler le sol par nos nationaux en l&#8217;exploitant avec nos capitaux pour aider ainsi \u00e0 l&#8217;accroissement de la richesse nationale, tel doit \u00eatre le but final de notre installation dans la R\u00e9gence ; et on ne saurait le comprendre autrement. C&#8217;est \u00e0 cette t\u00e2che ardue mais \u00e9minemment fran\u00e7aise, que s&#8217;est appliqu\u00e9 depuis six ans M. Ren\u00e9 Millet et qu&#8217;il poursuit sans tr\u00eave ni merci par tous les moyens, avec cette assurance sereine que donne la certitude du succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Une colonie qui, apr\u00e8s moins de dix-huit ans d&#8217;occupation, a su \u00e9quilibrer son budget et faire face \u00e0 toutes ses d\u00e9penses sans rien demander \u00e0 la m\u00e9tropole, qui a cr\u00e9\u00e9 tout un r\u00e9seau de routes, construit pr\u00e8s de 1000 kilom\u00e8tres de chemins de fer, creus\u00e9 et rendu accessibles aux navires de fort tonnage quatre grands ports, qui a quintupl\u00e9 sa production ol\u00e9if\u00e8re et vinicole, qui a donn\u00e9 \u00e0 ses habitants la s\u00e9curit\u00e9 et la justice, n&#8217;est-elle pas un pays d&#8217;avenir, et d\u00e9sesp\u00e9rer de sa fortune, ne serait-ce pas d\u00e9sesp\u00e9rer de la France? Je sais bien que des impatients, \u00e0 qui la critique est facile, ne cessent de r\u00e9p\u00e9ter que les Romains, dans l&#8217;\u0153uvre de colonisation en Afrique, nous sont infiniment sup\u00e9rieurs ; qu&#8217;ils y ont fait \u0153uvre vraiment cr\u00e9atrice et que, tout en nous effor\u00e7ant de les imiter, nous ne les \u00e9galerons jamais.<\/p>\n<p>A ceux-l\u00e0 je r\u00e9pondrai bri\u00e8vement que Rome a mis pr\u00e8s de cinq si\u00e8cles pour amener le pays \u00e0 cet \u00e9panouissement de civilisation dont les vestiges \u00e9pars nous frappent encore d\u2019\u00e9tonnement ; qu&#8217;entre les indig\u00e8nes et nous il y a des antagonismes religieux que l&#8217;antiquit\u00e9 ne connaissait pas ; qu&#8217;enfin Rome, dans l&#8217;expansion de sa puissance coloniale en Tunisie, ne rencontrait ni opposition, ni hostilit\u00e9, ni d\u00e9nigrements syst\u00e9matiques. L\u00e0, qu&#8217;on y prenne garde, est la diff\u00e9rence et l\u00e0 est le v\u00e9ritable danger. Oublie-t-on donc que nous sommes en pays de protectorat, et que nous devons proc\u00e9der avec tact et prudence ? Oublie-t-on que Tunis est \u00e0 une nuit de bateau de <em>Palerme<\/em> ; que <em>Pantellaria<\/em> est \u00e0 quelques heures de la Goulette ; que les Italiens des provinces m\u00e9ridionales, les Siciliens notamment, ont toujours consid\u00e9r\u00e9 la Tunisie comme un patrimoine national l\u00e9gu\u00e9 par leurs anc\u00eatres, et que, ne pouvant y venir aujourd&#8217;hui par droit de conqu\u00eate, ils y p\u00e9n\u00e8trent par infiltration ?<\/p>\n<figure id=\"attachment_2631\" aria-describedby=\"caption-attachment-2631\" style=\"width: 556px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2631 size-full\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Voyage_d\u00e9tudes_en_Tunisie_1900_img.jpeg\" alt=\"Visite des \u00e9coles \u00e0 Sfax, lors du voyage d'\u00e9tudes en Tunisie en avril 1900\" width=\"556\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Voyage_d\u00e9tudes_en_Tunisie_1900_img.jpeg 556w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Voyage_d\u00e9tudes_en_Tunisie_1900_img-300x175.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 556px) 100vw, 556px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2631\" class=\"wp-caption-text\"><em>Visite des \u00e9coles \u00e0 Sfax, lors du voyage d&#8217;\u00e9tudes en Tunisie en avril 1900<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>A ceux qui seraient tent\u00e9s de nie taxer d&#8217;exag\u00e9ration, je dirais que depuis moins d&#8217;un an des syndicats puissamment arm\u00e9s pour la lutte, disposant de capitaux \u00e9normes, ont achet\u00e9 \u00e0 l&#8217;ouest de Tunis, sur la route du Kef, pour y faire des centres de peuplement avec leurs compatriotes, plus de 5000 hectares de terres meubles ou \u00e0 demi d\u00e9frich\u00e9es ; seul qu&#8217;un bateau a amen\u00e9 l\u00e0, en un seul voyage, 125 familles siciliennes dont la journ\u00e9e de travail est tarif\u00e9e \u00e0 1fr. 50, 2 francs par t\u00eate; que, sur la route de Zaghouan, ces m\u00eames syndicats ont acquis 8500 hectares et 4700 sur la route du cap Bon.<\/p>\n<p>Une seule soci\u00e9t\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pens\u00e9 2 millions 500 000 francs pour allotir ces divers immeubles et les mettre en rapport. Si l&#8217;on ajoute que plusieurs de ces immenses domaines occupent des points strat\u00e9giques et que bien des doutes circulent sur l&#8217;\u00e9tat civil des nouveaux colons, on conclura qu&#8217;en adressant un appel aux paysans fran\u00e7ais et aux colons m\u00e9tropolitains, \u00e0 quelque classe sociale qu&#8217;ils appartiennent, M. le R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral ne fait pas seulement \u0153uvre de patriotisme, il fait, avant tout, \u0153uvre de d\u00e9fense nationale<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est donc point, comme il le dit lui-m\u00eame, une Tunisie \u00ab truqu\u00e9e \u00bb que nous allons visiter, mais une Tunisie vraie, telle que l&#8217;ont faite dix-huit ann\u00e9es d&#8217;administration sous le r\u00e9gime du protectorat. Et M. Ren\u00e9 Millet, qui cossait sur le bout du doigt son arch\u00e9ologie tunisienne, nous dit encore qu&#8217;il entend faire servir le pass\u00e9 au pr\u00e9sent, c&#8217;est-\u00e0-dire nous montrer par l&#8217;exemple ce que les Romains ont fait en Afrique, ce que nous-m\u00eames pouvons et devons faire dans ce pays qu&#8217;ils ont gouvern\u00e9 avant nous, nous faire profiter de leur exp\u00e9rience et de leurs le\u00e7ons, et, en \u00e9tudiant le pass\u00e9, pr\u00e9parer l&#8217;avenir.<\/p>\n<p>La caravane qui r\u00e9pondait \u00e0 l&#8217;invitation de M. le Ministre R\u00e9sident \u00e0 Tunis comptait en tout cent deux membres. Quinze d\u00e9partements y \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s, \u00e0 raison de cinq instituteurs, moins la Marne et l&#8217;Is\u00e8re, qui en avaient six. Le choix a port\u00e9 sur les d\u00e9partements des r\u00e9gions montagneuses, .de ressources agricoles modestes, et o\u00f9 la population indig\u00e8ne s&#8217;expatrie plus facilement : Ari\u00e8ge, Hautes-Alpes, Aveyron, Marne, Is\u00e8re, Creuse, Cantal, Rh\u00f4ne, Loire, Haute-Loire, Bouches-du-Rh\u00f4ne, Savoie, Haute-Savoie, Jura, Haute-Vienne. Avec les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des instituteurs figuraient deux directeurs d&#8217;\u00e9cole normale, neuf inspecteurs primaires, plusieurs professeurs d&#8217;\u00e9coles normales et d&#8217;\u00e9coles primaires sup\u00e9rieures et quatre inspecteurs d&#8217;acad\u00e9mie.<\/p>\n<p>Enfin, par sa pr\u00e9sence au milieu de nous, M. Bayet avait tenu \u00e0 donner une preuve de plus de l&#8217;int\u00e9r\u00eat qu&#8217;il porte \u00e0 tout ce qui touche aux personnes et aux choses de l&#8217;enseignement primaire. En publiant ce compte rendu dans une Revue qui n&#8217;est point lue du grand public, nous avons voulu donner \u00e0 ce travail son v\u00e9ritable caract\u00e8re, qui est avant tout universitaire. Ce sont nos notes r\u00e9sum\u00e9es au jour le jour, \u00e9crites en voiture ou en wagon. 11 n&#8217;est rien dit que nous n&#8217;ayons vu et observ\u00e9 ; c&#8217;est en somme un journal de voyage o\u00f9 tout le monde a collabor\u00e9 et n\u00e9 d&#8217;une pens\u00e9e commune entre des chefs, des coll\u00e8gues et des subordonn\u00e9s qui n&#8217;envisagent que l&#8217;avenir et la richesse de la France.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>CONCLUSION<\/strong><\/p>\n<p>Nous n&#8217;avons pas la pr\u00e9tention d&#8217;avoir d\u00e9couvert la Tunisie. Bien d&#8217;autres et de plus comp\u00e9tents l&#8217;ont d\u00e9crite avant nous, mais ce sont les observations et les l\u2019impressions recueillies en cours de route que nous voulons r\u00e9sumer ici pour en faire profiter ceux qu&#8217;int\u00e9resse le grand probl\u00e8me colonial.<\/p>\n<p>Les Romains, nous l&#8217;avons d\u00e9montr\u00e9, n&#8217;ont point fait de la Tunisie une colonie d&#8217;immigration ; ils n&#8217;ont envoy\u00e9 dans l&#8217;Afrique du Nord que des administrateurs, des fonctionnaires d&#8217;\u00e9lite, il est vrai, mais fort peu de colons. Sous leur domination, la Tunisie resta berb\u00e8re, et par les m\u0153urs, et par la langue, et par la religion. Ce n&#8217;\u00e9tait qu&#8217;une assimilation factice, une imitation du vainqueur par le vaincu mais, sous la toge romaine, les descendants des Liby-Ph\u00e9niciens et des Berb\u00e8res rest\u00e8rent des Africains.<\/p>\n<p>L&#8217;\u0153uvre accomplie par Rome fut donc surtout une \u0153uvre \u00e9conomique, administrative et politique : ce ne fut point, au vrai sens du mot., une \u0153uvre coloniale. Les grands capitalistes, les manieurs d&#8217;argent romains qui contribu\u00e8rent au d\u00e9veloppement des richesses culturales de la Byzac\u00e8ne, de la vall\u00e9e du Bagradas et des autres parties de la Tunisie, ne quitt\u00e8rent pas l&#8217;Italie, et le colon romain, le colon avec sa famille, fit d\u00e9faut.<\/p>\n<p>L&#8217;impulsion maitresse donn\u00e9e aux grandes entreprises, aux travaux d&#8217;hydraulique, \u00e0 l&#8217;\u00e9rection des monuments publics, des temples, des amphith\u00e9\u00e2tres vint de Rome ; ce fut Rome qui envoya ses ing\u00e9nieurs, ses architectes, qui prit la direction effective de toutes ces constructions colossales, dont les vestiges couvrent encore le sol tunisien, mais l&#8217;ouvrier, l&#8217;agriculteur, le t\u00e2cheron qui coop\u00e9r\u00e8rent \u00e0 cette pouss\u00e9e de civilisation, \u00e0 cette expansion de toutes les forces vives du pays, \u00e9taient des Berb\u00e8res, des autochtones, en un mot, et quand le concours de la ville ma\u00eetresse leur manqua quelques si\u00e8cles plus tard, l&#8217;\u0153uvre fut promptement compromise et an\u00e9antie.<\/p>\n<p>Ces champs immenses, ces for\u00eats d&#8217;oliviers qui alimentaient Rome, transform\u00e9s en jach\u00e8re, ne servirent plus qu&#8217;\u00e0 la p\u00e2ture des troupeaux. Ce qui explique la fragilit\u00e9 et le peu de dur\u00e9e de l&#8217;\u0153uvre du gouvernement imp\u00e9rial, c&#8217;est que l&#8217;\u00e9l\u00e9ment romain ne fut ni assez en force, ni assez en nombre pour faire souche, pour prendre racine dans le pays, s&#8217;y maintenir contre les envahisseurs de toutes races, et pour assurer la continuit\u00e9 de l&#8217;\u0153uvre entreprise.<\/p>\n<p>Le danger dans lequel sombra, dans le nord de l&#8217;Afrique, la civilisation romaine, est pour notre politique coloniale un avertissement qu&#8217;il ne faut pas perdre de vue. Pour cela, il est n\u00e9cessaire que la M\u00e9tropole forme des agriculteurs et que ces agriculteurs viennent en Tunisie se rendre compte par eux-m\u00eames des r\u00e9sultats obtenus. Ils reconna\u00eetront les conditions particuli\u00e8rement avantageuses que pr\u00e9sente la colonisation agricole dans la R\u00e9gence : bon march\u00e9 des terrains, abondance et modicit\u00e9 de la main-d&#8217;\u0153uvre, la vari\u00e9t\u00e9 des cultures et l&#8217;assurance de trouver pour ses produits des d\u00e9bouch\u00e9s, soit en France, soit dans les pays \u00e9trangers, sans avoir \u00e0 redouter un exc\u00e8s de production qui avilit les prix.<\/p>\n<p>Ils y apprendront que ces bons terrains de la Tunisie n\u00b0 1 et n\u00b0 2, comme les d\u00e9signe M. Saurin, vendus de 150 \u00e0 200 francs l&#8217;hectare, sont \u00e9galement propices \u00e0 la vigne et aux c\u00e9r\u00e9ales; que ni cette vigne ni cette terre ne paieront d&#8217;imp\u00f4t foncier; qu&#8217;ils pourront fabriquer chez eux tout l&#8217;alcool qu&#8217;ils voudront, sans crainte d&#8217;avoir la visite d&#8217;un agent de la r\u00e9gie, et qu&#8217;ils pourront vivre sur ce sol plus \u00e9conomiquement qu&#8217;en France et avec leurs enfants qui n&#8217;auront qu&#8217;un an de service militaire \u00e0 faire en prenant l&#8217;engagement de s&#8217;y fixer.<\/p>\n<p>Le gouvernement du Protectorat a pr\u00e9par\u00e9 les cadres de notre domaine colonial ; c&#8217;est \u00e0 nous de les remplir, en amenant dans ces terres immenses, dont le morcellement s&#8217;op\u00e8re de jour en jour, des colons \u00e9prouv\u00e9s, ayant des aptitudes bien marqu\u00e9es et l&#8217;exp\u00e9rience de la terre, soit comme valets de ferme, soit comme m\u00e9tayers, soit comme stagiaires colons. Mais il ne faut pas que ce soient l\u00e0 des p\u00e9r\u00e9grins, des h\u00f4tes de passage ; il faut qu&#8217;ils se fixent dans le pays, qu&#8217;ils y fassent souche, qu&#8217;ils fondent des agglom\u00e9rations rurales, comme dit M. Saut-in, o\u00f9 l&#8217;on voie \u2022 de loin le clocher de l&#8217;\u00e9glise et la poste-\u00e9cole, des centres, en un mot, analogues \u00e0 nos \u00ab cit\u00e9s ouvri\u00e8res \u00bb install\u00e9es pr\u00e8s des grandes usines, o\u00f9 le colon trouvera \u00e0 s&#8217;approvisionner des denr\u00e9es alimentaires les plus indispensables, o\u00f9 il pourra faire r\u00e9parer son outillage d&#8217;exploitation, o\u00f9 il pourra vivre de la vie sociable et avoir des compagnons de labeur qu&#8217;il entretiendra de ses r\u00e9coltes et de la patrie lointaine.<\/p>\n<p>Sans doute il y a dans le mouvement de colonisation un progr\u00e8s incontestable quand on constate que, de 708 Fran\u00e7ais, qui habitaient la Tunisie en 1880, il y en avait 10 030 en 1891, 16 532 en 1896 et actuellement 21 000 environ. Mais, malgr\u00e9 une augmentation annuelle que je ne m\u00e9connais point, devons-nous nous tenir pour satisfaits de ce chiffre quand, d&#8217;autre part, la colonie d&#8217;immigrants \u00e9trangers en Tunisie compte pr\u00e8s de 90 000 sujets, dont 65 \u00e0 70 000 Italiens, et que chaque bateau apporte de nouveaux renforts ? Pour contre balancer l&#8217;influence du dehors qui s&#8217;exerce \u00e0 notre d\u00e9triment, il faut par tous les moyens faciliter la p\u00e9n\u00e9tration fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Il faut ne pas h\u00e9siter \u00e0 faire appel aux capitaux fran\u00e7ais pour les grands travaux d&#8217;utilit\u00e9 publique qui doivent parachever l&#8217;\u0153uvre commenc\u00e9e ; il faut construire des voies de p\u00e9n\u00e9tration, comme celles qu&#8217;exploite actuellement le \u00ab B\u00f4ne-Guelma \u00bb, de mani\u00e8re \u00e0 faciliter l&#8217;installation de nos compatriotes dans les r\u00e9gions encore peu ouvertes, de communications difficiles, et donner un d\u00e9bouch\u00e9 aux produits de la &#8216;culture indig\u00e8ne. En outre, il y a l\u00e0 un excellent moyen d&#8217;appuyer la colonisation, car la plupart, des employ\u00e9s et des agents de la Compagnie viendront en Tunisie avec leurs familles, prendront go\u00fbt au pays o\u00f9 ils se fixeront et contribueront \u00e0 propager l&#8217;influence fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>La France a encore un autre devoir \u00e0 remplir vis-\u00e0-vis de la R\u00e9gence c&#8217;est d&#8217;accorder \u00e0 la plupart de ses produits la plus large franchise douani\u00e8re que la loi de 1890 n&#8217;a d\u00e9termin\u00e9 que d&#8217;une fa\u00e7on incompl\u00e8te. Comme l&#8217;a d\u00e9montr\u00e9 excellemment M. Fallot, il faut que la M\u00e9tropole \u00e9tablisse en faveur des produits tunisiens un tarif minimum sp\u00e9cial, car le tarif minimum actuel est trop \u00e9lev\u00e9; il en r\u00e9sulte que la plupart des produits qui pourraient trouver en France un placement avantageux ne d\u00e9passent pas 22 p. 100, alors que les denr\u00e9es qui b\u00e9n\u00e9ficient du tarif minimum, comme le bl\u00e9, l&#8217;avoine, l&#8217;orge, l&#8217;huile, le vin, prennent le chemin de la M\u00e9tropole, \u00e0 ce point que l&#8217;exportation du vin tunisien en France repr\u00e9sente 99 p. 100 de la r\u00e9colte. Nous avons donn\u00e9 un aper\u00e7u sommaire du r\u00f4le qui incombait \u00e0 la M\u00e9tropole dans le parach\u00e8vement de son action en mati\u00e8re agricole et \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Pourque \u0153uvre colonisatrice soit compl\u00e8te, il nous reste \u00e0 accomplir ce que, clans sa politique \u00e9go\u00efste, Rome a n\u00e9glig\u00e9 de faire, et ce qu&#8217;on lui a reproch\u00e9 de n&#8217;avoir point fait : je veux parler de la conqu\u00eate morale des indig\u00e8nes. M. Gaston Boissier a \u00e9crit l\u00e0-dessus de bien belles pages, et il en arrive \u00e0 cette conclusion : c&#8217;est que, dans le cataclysme qui a boulevers\u00e9 l&#8217;Afrique du Nord, dans cette m\u00eal\u00e9e des peuples o\u00f9 sombra la civilisation romaine, c&#8217;est l&#8217;\u00e9l\u00e9ment berb\u00e8re qui a surv\u00e9cu, et, au lieu d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9, c&#8217;est lui qui a submerg\u00e9 les autres. Et il ajoute : Il y a l\u00e0 pour nous un enseignement \u00e0 retenir.<\/p>\n<p>C&#8217;est assez dire que si, manquant \u00e0 son devoir, le gouvernement imp\u00e9rial se d\u00e9sint\u00e9ressa absolument du progr\u00e8s moral des individus, de l&#8217;\u00e9volution intellectuelle et sociale des Berb\u00e8res et des Liby-Pli\u00e9nieiens, s&#8217;il n\u00e9gligea de d\u00e9montrer aux habitants de l&#8217;Afrique du Nord l&#8217;excellence de sa civilisation et la sup\u00e9riorit\u00e9 de ses coutumes sur leurs usages traditionnels, nous avons, nous, surtout en pr\u00e9sence des convoitises et des agissements du dehors, \u00e0 faire p\u00e9n\u00e9trer plus avant notre influence dans les milieux indig\u00e8nes, \u00e0 nous attacher leurs sympathies, pour que notre \u0153uvre de colonisation, enfon\u00e7ant ses racines au c\u0153ur m\u00eame du sol, n&#8217;ait rien d&#8217;artificiel, d&#8217;instable ou d&#8217;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>Nous consid\u00e9rons comme une utopie de croire qu\u2019il ne soit jamais possible de S&#8217;assimiler, au sens propre du mot, les indig\u00e8nes, mais nous pouvons agir plus profond\u00e9ment sur eux par l&#8217;\u00e9cole, et par nos ma\u00eetres, qui sont les agents les plus qualifi\u00e9s de l&#8217;influence fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>A ce point de vue, la marche en avant est ind\u00e9niable, t\u00e9moin la statistique comparative des \u00e9l\u00e8ves qui, fr\u00e9quentent les \u00e9coles publiques et priv\u00e9es de la R\u00e9gence. Il y a dix ans 80, le chiffre des \u00e9l\u00e8ves \u00e9tait de 10 745, soit 7 109 gar\u00e7ons et 3 636 filles.<\/p>\n<p>En 1898, nous avons 10 705 gar\u00e7ons et 0 530 filles, au total 10&nbsp;241 \u00e9l\u00e8ves, ce qui, pour une p\u00e9riode de moins de dix ans, donne une augmentation de 5 500 \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p>Enfin, dans ce m\u00eame laps de temps, le nombre des \u00e9coles, qui \u00e9tait en 1890 de 77, est pass\u00e9 \u00e0 113, et dans 40 environ d&#8217;entre elles, l&#8217;instituteur est en m\u00eame temps charg\u00e9 du service t\u00e9l\u00e9graphique. Nous avons tenu, en terminant, \u00e0 bien mettre en relief ces chiffres si suggestifs et qui d\u00e9montrent surabondamment que les indig\u00e8nes deviennent de plus en plus accessibles \u00e0 notre influence, puisqu&#8217;ils envoient leurs enfants de plus en plus nombreux dans nos \u00e9coles<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Il y a donc un grand progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9 au point de vue de la colonisation, qui ne doit pas viser seulement \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration mat\u00e9rielle des populations indig\u00e8nes, \u00e0 la sauvegarde de leurs int\u00e9r\u00eats agricoles, commerciaux et \u00e9conomiques, mais qui doit \u00eatre avant tout une conqu\u00eate morale, une fusion, une union, qui ne peut s&#8217;op\u00e9rer que par la p\u00e9n\u00e9tration mutuelle des protecteurs et des prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Grenoble, 1<sup>er<\/sup> juin 1900<\/strong><br \/>\n<strong>R. REY<\/strong><br \/>\n<em>Agr\u00e9g\u00e9 d&#8217;histoire, Inspecteur d&#8217;Acad\u00e9mie \u00e0 Grenoble<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ce travail \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 imprim\u00e9 quand e paru l&#8217;article si suggestif du Temps (6 ao\u00fbt MO) sur l&#8217;invasion italienne en Tunisie.<\/p>\n<table style=\"border-collapse: collapse; width: 100%;\">\n<tbody>\n<tr>\n<td style=\"width: 50%;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> En 1800, il y avait dans les \u00e9coles publiques et priv\u00e9es de la Tunisie une population scolaire ainsi r\u00e9partie par nationalit\u00e9&nbsp;:<\/td>\n<td style=\"width: 50%;\">En 1898-1899 : 1260 enfants indig\u00e8nes que nous avons gagn\u00e9s en moins de 10 ans:<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 50%;\">Isra\u00e9lites&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3&nbsp;733<br \/>\nFran\u00e7ais&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1 494<br \/>\nItaliens&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1&nbsp;730<br \/>\nMaltais&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1 394<br \/>\nMusulmans&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 2 471<br \/>\nDivers&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; 169<\/td>\n<td style=\"width: 50%;\">Musulmans&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3&nbsp;731<br \/>\nIsra\u00e9lites&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 4&nbsp;530<br \/>\nItaliens&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3&nbsp;289<br \/>\nFran\u00e7ais&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 3&nbsp;062<br \/>\nMaltais&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 1&nbsp;502<br \/>\nDivers&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 251<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td style=\"width: 50%;\"><strong>Total&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 10 991<\/strong><\/td>\n<td style=\"width: 50%;\"><strong>Total&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; 16 365<\/strong><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>Source:<\/strong> <em>gallica.bnf.fr \/ Bibliotheque nationale de France<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au mois d&#8217;avril 1900, M. Ren\u00e9 Millet, R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Tunis, organisait avec le concours du minist\u00e8re de l&#8217;Instruction publique un voyage d&#8217;\u00e9tudes \u00e0 travers la R\u00e9gence. Ap\u00f4tre ardent et convaincu de la colonisation de peuplement en Tunisie, universitaire de c\u0153ur et de tradition, le repr\u00e9sentant de la R\u00e9publique fran\u00e7aise a voulu, cette fois, faire&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2628,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"video","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,84],"tags":[],"class_list":["post-2314","post","type-post","status-publish","format-video","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-history","post_format-post-format-video"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2314","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2314"}],"version-history":[{"count":21,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2314\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2651,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2314\/revisions\/2651"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2628"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2314"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2314"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2314"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}