{"id":2224,"date":"2012-03-26T09:53:00","date_gmt":"2012-03-26T07:53:00","guid":{"rendered":"https:\/\/rstheme.com\/products\/wordpress\/vulitin\/?p=2224"},"modified":"2020-10-13T10:50:41","modified_gmt":"2020-10-13T08:50:41","slug":"etude-sur-la-colonisation-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2012\/03\/26\/etude-sur-la-colonisation-en-tunisie\/","title":{"rendered":"\u00c9TUDE SUR LA COLONISATION EN TUNISIE &#8211; 1903"},"content":{"rendered":"<h3>DESCRIPTION ET CONSID\u00c9RATIONS G\u00c9N\u00c9RALES<\/h3>\n<h4>Si, comme on l&#8217;a dit avec raison, l&#8217;Alg\u00e9rie est le prolongement de la France, on peut dire \u00e9galement que la Tunisie est l&#8217;annexe naturelle de l&#8217;Alg\u00e9rie.<\/h4>\n<p>Bien que moins \u00e9tendue que sa voisine, sa superficie comprend d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s de 118.000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, soit le quart de la France. Et pourtant sa population, qui comptait cinq millions d&#8217;habitants dans l&#8217;antiquit\u00e9, en atteint \u00e0 peine actuellement 1.500.000 sur lesquels 50.000 europ\u00e9ens, dont 26.000 fran\u00e7ais seulement.<\/p>\n<p>Au point de vue g\u00e9ographique, la Tunisie occupe une position admirable. Commandant \u00e0 la fois Malte et la Sicile, elle poss\u00e8de une longue ligne de c\u00f4tes, avec des golfes plus accessibles que ceux de l&#8217;Alg\u00e9rie, des rades magnifiques comme celle de Bizerte qui pourrait abriter la plus grande flotte du monde et devenir plus tard, entre nos mains, le Toulon de la France Africaine.<\/p>\n<p>Elle a des terres fertiles et salubres. Ce fut autrefois la plus riche Province riveraine de la M\u00e9diterran\u00e9e. On l&#8217;avait appel\u00e9e le grenier de Rome. C&#8217;est l\u00e0 que fleurit Carthage, dont notre \u00e9minent romancier Flaubert a \u00e9voqu\u00e9 les splendeurs dans son bel ouvrage de <em>Salambo<\/em>.<\/p>\n<p>Les ruines grandioses, qui couvrent la Tunisie, rappellent l&#8217;importance que ce pays a eue jadis dans l&#8217;histoire du Monde. Ces ruines sont, en m\u00eame temps, un enseignement utile pour les colons qui recherchent des emplacements. En effet, l&#8217;exp\u00e9rience a d\u00e9montr\u00e9 qu&#8217;on peut toujours s&#8217;\u00e9tablir avec confiance partout o\u00f9 on rencontre des traces de bourgades ou d&#8217;habitations romaines qui, g\u00e9n\u00e9ralement, \u00e9taient adapt\u00e9es aux besoins du pays.<\/p>\n<p>Telles contr\u00e9es paraissent st\u00e9riles aujourd&#8217;hui, qui ont \u00e9t\u00e9 fertiles autrefois. C&#8217;est \u00e0 nous \u00e0 recommencer ce qu&#8217;ont fait les Romains, pour leur rendre leur antique prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Les productions de la Tunisie sont des plus vari\u00e9es. La merveilleuse f\u00e9condit\u00e9 de son sol sous la domination Romaine nous dit assez ce qu&#8217;elle peut \u00eatre encore sous l&#8217;impulsion du g\u00e9nie fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 un ciel privil\u00e9gi\u00e9 et partout o\u00f9 il y a de l&#8217;eau, la v\u00e9g\u00e9tation se d\u00e9veloppe aussi riche que celle du Maroc et des parties les plus favoris\u00e9es de la France.<\/p>\n<p>Les for\u00eats, que nous conservons avec soin, couvrent pr\u00e8s de 500.000 hectares dont le revenu annuel s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 trois millions environ. Pr\u00e8s de <em>Zagouhan<\/em>, se trouve une for\u00eat de thuyas de 40.000 hectares d&#8217;un seul tenant.<\/p>\n<p>Sur les plateaux et au centre, se recueille l&#8217;alfa, gramin\u00e9e rampante et vivace, plus belle que celle d&#8217;Alg\u00e9rie. On sait le r\u00f4le important que tient l&#8217;alfa dans la fabrication du papier, surtout en Angleterre.<\/p>\n<p>La vigne a pris, depuis quelques ann\u00e9es, un grand d\u00e9veloppement. Elle produit des vins blancs estim\u00e9s, semblables \u00e0 ceux de la Sicile.<\/p>\n<p>Dans la vall\u00e9e de la <em>Medjerda<\/em>, s&#8217;\u00e9tendent d&#8217;immenses champs de c\u00e9r\u00e9ales, bl\u00e9, orge, ma\u00efs, froment. Mais la Tunisie pourrait en fournir dix fois davantage, si elle avait plus de bras.<\/p>\n<blockquote><p>C&#8217;est \u00e0 cette \u0153uvre patriotique que nous convions nos concitoyens.<\/p><\/blockquote>\n<p>Faire conna\u00eetre les ressources agricoles de la Tunisie, contrebalancer l&#8217;influence italienne longtemps pr\u00e9pond\u00e9rante dans ces contr\u00e9es, en augmentant le peuplement de la colonie par l&#8217;\u00e9l\u00e9ment fran\u00e7ais, chercher surtout \u00e0 y attirer les petits colons dont le travail et l&#8217;\u00e9nergie peuvent, seuls, faire fructifier les efforts des capitalistes qui ont d\u00e9j\u00e0 acquis des vastes domaines dans la R\u00e9gence, cr\u00e9er, en un mot, la d\u00e9mocratie agricole, tel est le but que nous nous sommes propos\u00e9, en \u00e9crivant cet opuscule.<\/p>\n<p>Si nous avions l&#8217;espoir de recueillir quelques adh\u00e9rents parmi nos lecteurs, nous serions heureux d&#8217;avoir apport\u00e9 notre modeste contingent aux \u00e9tudes plus compl\u00e8tes de ceux qui, comme nous, ont visit\u00e9 la Tunisie, et qui ont cherch\u00e9 \u00e0 mettre en relief les avantages de cette belle colonie dont la prosp\u00e9rit\u00e9 s&#8217;est accrue si rapidement sous le protectorat fran\u00e7ais.<\/p>\n<h3>TOPOGRAPHIE HYDROGRAPHIE ET CONFIGURATION DU SOL<\/h3>\n<p>La Tunisie est une continuation tr\u00e8s adoucie de l&#8217;Alg\u00e9rie sur laquelle elle a de grands avantages. A l&#8217;encontre de sa voisine, les montagnes tunisiennes sont, pour la plupart, de longues rampes \u00e0 pentes douces ou des pyramides isol\u00e9es qui se d\u00e9tachent dans la plaine comme le Zaghouan au milieu des terres planes et fertiles.<\/p>\n<p>La r\u00e9gion des hauts plateaux y occupe une place beaucoup moindre qu&#8217;en Alg\u00e9rie. Les vall\u00e9es sont partout plus larges que dans la colonie voisine. La r\u00e9gion du littoral baign\u00e9e de deux c\u00f4t\u00e9s par la mer, y est beaucoup plus \u00e9tendue.<\/p>\n<p>Au point de vue de l&#8217;hydrographie, la Tunisie a l&#8217;avantage d&#8217;\u00eatre arros\u00e9e par l&#8217;un des plus grands cours d&#8217;eau du bassin m\u00e9diterran\u00e9en, la <em>Medjerda<\/em>. Son cours est de 365 kilom\u00e8tres, dont 265 en Tunisie. Son principal affluent est <em>l&#8217;Oued-Melleg<\/em>. Tous deux r\u00e9unis arrosent la plaine de la <em>Dakhla<\/em>, vaste bassin de 750 kilom\u00e8tres carr\u00e9s.<\/p>\n<p>Alors que le quart seulement de l&#8217;Alg\u00e9rie peut \u00eatre exploit\u00e9 par une agriculture se rapprochant de celle de l&#8217;Europe, la moiti\u00e9 de la Tunisie se pr\u00eate \u00e0 une exploitation r\u00e9guli\u00e8re et intensive du sol. La seule partie qui y soit impropre est la d\u00e9pression m\u00e9ridionale form\u00e9e par la r\u00e9gion des Chotts ou lacs sal\u00e9s et le d\u00e9sert qui l&#8217;entoure.<\/p>\n<p>Le territoire tunisien peut donc offrir \u00e0 nos colons une \u00e9tendue utilisable qui \u00e9gale la moiti\u00e9 de celle qu&#8217;ils peuvent f\u00e9conder en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<h3>CONDITIONS CLIMAT\u00c9RIQUES ET SANITAIRES<\/h3>\n<p>Au point de vue du climat, la situation n&#8217;est pas moins satisfaisante. La Tunisie, dont les vall\u00e9es sont largement ouvertes aux brises marines, jouit d&#8217;une temp\u00e9rature plus r\u00e9guli\u00e8re, plus douce et moins s\u00e8che que sa voisine de l&#8217;Ouest. Les pluies y sont plus abondantes et plus r\u00e9guli\u00e8res. Quant aux chaleurs, elles sont tr\u00e8s supportables pour l&#8217;Europ\u00e9en. L&#8217;hiver est d&#8217;une douceur inconnue m\u00eame dans le midi de la France. Du temps des Romains la r\u00e9putation de salubrit\u00e9 de ce pays \u00e9tait absolue. S\u00e9n\u00e8que disait que ses compatriotes n&#8217;y mouraient que de vieillesse.<\/p>\n<p>Du reste, les statistiques militaires, les plus r\u00e9centes, ont \u00e9tabli que les entr\u00e9es des soldats \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital sont bien moindres en Tunisie qu&#8217;en Alg\u00e9rie ou m\u00eame qu&#8217;en France.<\/p>\n<h3>CULTURE DU SOL<\/h3>\n<p>Les ressources de la Tunisie pour la culture sont vari\u00e9es et abondantes. Le sol, suivant les diverses parties du pays, se pr\u00eate \u00e0 toutes les productions : Les c\u00e9r\u00e9ales, la vigne, l&#8217;\u00e9l\u00e8ve du b\u00e9tail, la sylviculture, l&#8217;olivier, l&#8217;oranger, le mara\u00eechage, l&#8217;arboriculture, r\u00e9ussissent parfaitement dans la r\u00e9gion du Nord et du Centre.<\/p>\n<figure id=\"attachment_2686\" aria-describedby=\"caption-attachment-2686\" style=\"width: 450px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2686\" src=\"http:\/\/mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Portrait_de_Hadi_Abdelfeth_ben_Youssef-769x1024.jpeg\" alt=\"Portrait de Hadi Abdelfeth ben Youssef : 1936\" width=\"450\" height=\"599\" srcset=\"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Portrait_de_Hadi_Abdelfeth_ben_Youssef-769x1024.jpeg 769w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Portrait_de_Hadi_Abdelfeth_ben_Youssef-225x300.jpeg 225w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Portrait_de_Hadi_Abdelfeth_ben_Youssef-768x1023.jpeg 768w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Portrait_de_Hadi_Abdelfeth_ben_Youssef-30x40.jpeg 30w, https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/Portrait_de_Hadi_Abdelfeth_ben_Youssef.jpeg 808w\" sizes=\"auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-2686\" class=\"wp-caption-text\"><em>1936 &#8211; Portrait de Hadi Abdelfetteh ben Youssef : vieillard tunisien qui vient de mourir \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 111 ans : il n&#8217;avait jamais quitt\u00e9 Sousse, sa ville natale o\u00f9, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 55 ans, il avait assist\u00e9 \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e des Fran\u00e7ais en 1881<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans la partie enti\u00e8re et m\u00e9ridionale de celle-ci, l&#8217;olivier prend une grande importance qui peut s&#8217;y accro\u00eetre notablement ; dans l&#8217;extr\u00eame sud s&#8217;y ajoute une exploitation qui, confin\u00e9e d&#8217;abord aux mains des indig\u00e8nes, commence \u00e0 passer dans celles des europ\u00e9ens, les plantations de palmiers.<\/p>\n<h3>CEREALES<\/h3>\n<p>A tout Seigneur, tout honneur, commen\u00e7ons d&#8217;abord par les c\u00e9r\u00e9ales. Il faut se rappeler que la Tunisie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9e autrefois le grenier de Rome et que la production des c\u00e9r\u00e9ales y occupait une place importante.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s Varron, le bl\u00e9 donnait cent pour un dans la province proconsulaire d&#8217;Afrique. Les proc\u00e9d\u00e9s de culture anciens paraissent correspondre encore \u00e0 ceux d&#8217;aujourd&#8217;hui. \u2014 La charrue n&#8217;a presque pas chang\u00e9. Il est vrai que la terre, \u00e9tant plus peupl\u00e9e, \u00e9tait plus fum\u00e9e qu&#8217;actuellement.<\/p>\n<p>Mais les rendements fructueux ne se produisent que dans les ann\u00e9es pluvieuses. Il arrive souvent que la r\u00e9colte n&#8217;aboutit pas dans les r\u00e9gions du sud, par suite du d\u00e9faut de pluies. Seulement, les ann\u00e9es extraordinaires font la compensation.<\/p>\n<p>Ici le concours des indig\u00e8nes est indispensable pour obtenir des r\u00e9sultats avantageux. Le m\u00e9tayage, sous une surveillance attentive et une direction intelligente, para\u00eet pouvoir donner des produits plus consid\u00e9rables.<\/p>\n<h3>VIGNE<\/h3>\n<p>Il faut le reconna\u00eetre, c&#8217;est surtout l&#8217;exploitation de la vigne, qui a attir\u00e9 les colons, bien plus que la culture des c\u00e9r\u00e9ales, depuis l&#8217;occupation fran\u00e7aise. Les b\u00e9n\u00e9fices, r\u00e9alis\u00e9s dans cette culture, en Alg\u00e9rie, ont \u00e9t\u00e9 un stimulant puissant et ont d\u00e9termin\u00e9 les capitalistes \u00e0 acheter de grands domaines en Tunisie. D&#8217;apr\u00e8s les derni\u00e8res statistiques officielles, la surface du vignoble tunisien, qui ne comportait pas plus de 1.600 hectares avant 1881, est pass\u00e9e maintenant \u00e0 10.000 hectares environ.<\/p>\n<p>La Tunisie offre un milieu presque partout propice \u00e0 la cr\u00e9ation des vignobles. Elle est m\u00eame plus favorable que l&#8217;Alg\u00e9rie \u00e0 la production du vin. Les terres y sont, d&#8217;ordinaire, plus profondes, les vall\u00e9es plus ouvertes, les pluies plus abondantes, les vents moins dess\u00e9chants. Du reste, l&#8217;exp\u00e9rience acquise apr\u00e8s une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es de culture de la vigne en Tunisie, permet de se prononcer en connaissance de cause.<\/p>\n<p>Les rendements sont abondants, du moins dans les plaines des environs de Tunis et dans les vall\u00e9es et sur les c\u00f4teaux de la Medjerda et ses affluents.<\/p>\n<p>Dans cette r\u00e9gion, les vignes bien cultiv\u00e9es donnent facilement, m\u00eame dans les plus grands vignobles, 60 \u00e0 70 hectolitres \u00e0 l&#8217;hectare : on arrive m\u00eame souvent \u00e0 80 ou 100 hectolitres, mais ce dernier chiffre ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une moyenne pour un grand domaine. Avec de petits rendements, de 30 \u00e0 50 hectolitres \u00e0 l&#8217;hectare, le vin p\u00e8se 12 \u00e0 13 degr\u00e9s : avec les grands rendements 10 \u00e0 11. \u2014 Le vin muscat est excellent. \u2014 Les vins blancs tr\u00e8s bons rappellent ceux de la Sicile. Les vins rouges ne sont pas inf\u00e9rieurs aux vins communs de France ; ils les d\u00e9passeraient plut\u00f4t.<\/p>\n<p>La viticulture, en Alg\u00e9rie, a fait depuis quelques ann\u00e9es de s\u00e9rieux progr\u00e8s qui ont \u00e9t\u00e9 suivis en Tunisie. Les viticulteurs emploient maintenant des appareils perfectionn\u00e9s qui leur permettent de r\u00e9aliser de notables \u00e9conomies sur la main-d\u2019\u0153uvre, tout en obtenant un vin d&#8217;une couleur et d&#8217;un go\u00fbt plus agr\u00e9ables qu&#8217;autrefois.<\/p>\n<p>Cette lutte pour le progr\u00e8s a suscit\u00e9 une louable \u00e9mulation parmi les colons. Nos compatriotes du Nord de la France, qui ont apport\u00e9 en Alg\u00e9rie leurs qualit\u00e9s natives d&#8217;\u00e9nergie et de pers\u00e9v\u00e9rance dans le travail, se sont distingu\u00e9s, notamment par leur ing\u00e9niosit\u00e9 en appliquant \u00e0 la viticulture des proc\u00e9d\u00e9s employ\u00e9s dans la fabrication de la bi\u00e8re.<\/p>\n<p>C&#8217;est ainsi que M. Brame, de Fouka, second\u00e9 par M. Lecq, le savant inspecteur d&#8217;agriculture \u00e0 Alger, ont imagin\u00e9 de refroidir le mo\u00fbt du vin au moyen de r\u00e9frig\u00e9rants, tels que ceux dont on se sert dans les brasseries du Nord.<\/p>\n<p>Cet appareil, qui s&#8217;est r\u00e9pandu rapidement en Alg\u00e9rie, fonctionne \u00e9galement en Tunisie, et rend les plus grands services aux viticulteurs, car il r\u00e9sout, de la fa\u00e7on la plus satisfaisante, le probl\u00e8me redout\u00e9 de la vinification dans les pays chauds.<\/p>\n<p>La renomm\u00e9e que la Tunisie s&#8217;\u00e9tait acquise autrefois pour la production des c\u00e9r\u00e9ales, s&#8217;\u00e9tendait aussi \u00e0 la culture de la vigne. Si elle \u00e9tait le grenier de Rome, elle en \u00e9tait aussi la cave ou le cellier. On trouve dans divers auteurs, et notamment dans Pline, des renseignements sur les m\u00e9thodes suivies par les Romains dans la culture de la vigne. Ces renseignements sont encore utiles \u00e0 consulter.<\/p>\n<p>En somme, malgr\u00e9 la baisse qui s&#8217;est produite sur les vins depuis plusieurs ann\u00e9es, la culture de la vigne permet encore aux colons qui peuvent disposer d&#8217;un certain capital, de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices appr\u00e9ciables.<\/p>\n<h3>\u00c9LUE DU BETAIL<\/h3>\n<p>Les colons qui ne disposent que de capitaux limit\u00e9s, qui redoutent de les aventurer, et qui se contentent de perspectives born\u00e9es, peuvent se mettre \u00e0 produire du b\u00e9tail, aussi bien des b\u0153ufs que des moutons. La mise de fonds et les frais d&#8217;entretien sont peu consid\u00e9rables. En effet, on peut laisser, dans ce cas, presque toute la terre inculte, n&#8217;en d\u00e9fricher qu&#8217;une faible partie. &#8216;On n&#8217;a besoin que de quelques hangars et de quelques surveillants. On assure que cette industrie rapporte aux hommes entendus 10 \u00e0 15 pour cent des capitaux engag\u00e9s.<\/p>\n<h3>ORANGERS<\/h3>\n<p>Les orangeries exigent beaucoup d&#8217;eau, beaucoup de capital, et beaucoup de temps ; ce n&#8217;est gu\u00e8re qu&#8217;au bout de huit ou dix ans qu&#8217;elles sont en production ; et si on tient compte de tous les int\u00e9r\u00eats et de tous les frais, on trouve qu&#8217;elles ont co\u00fbt\u00e9 alors entre cinq et huit mille francs l\u2019hectare. \u2014 Il est vrai qu&#8217;elles peuvent rapporter annuellement un millier de francs.<\/p>\n<h3>OLIVIERS<\/h3>\n<p>L&#8217;olivier, lui non plus, ne donne pas vite de grands produits p\u00e9cuniaires. Toutefois, depuis la baisse des vins, il a repris faveur en Tunisie qui semble \u00eatre son pays d&#8217;\u00e9lection. La culture de l&#8217;olivier peut et doit tenir une place importante dans notre agriculture coloniale. Les derni\u00e8res statistiques accusaient pour la R\u00e9gence un total g\u00e9n\u00e9ral de 15 millions de pieds.<\/p>\n<h3>DATTIERS<\/h3>\n<p>L&#8217;exploitation des dattiers dans le Sud prend \u00e9galement un grand d\u00e9veloppement depuis le percement des puits art\u00e9siens. Elle rapporte, selon les esp\u00e8ces, entre deux et dix francs par arbre. Seulement, il faut s&#8217;armer d&#8217;une longue patience, car il s&#8217;\u00e9coule dix \u00e0 douze ans avant la p\u00e9riode de production.<\/p>\n<h3>CULTURES MARAICHERES, LES JARDINS<\/h3>\n<p>Les jardins, tels que l&#8217;entend en Tunisie le fisc, sont les propri\u00e9t\u00e9s cultiv\u00e9es avec arrosage, soit par des canalisations amenant l&#8217;eau de rivi\u00e8re, soit \u00e0 l&#8217;aide de puits, dans la presqu&#8217;\u00eele du cap Bon et \u00e0 Sfax ; ces jardins paient un imp\u00f4t foncier sp\u00e9cial dit m&#8217;radja ; leurs produits sont soumis en outre \u00e0 des taxes municipales nombreuses au moment de leur mise en vente.<\/p>\n<p>Les jardins les plus renomm\u00e9s se trouvent dans les environs de Tunis, la Mannouba, l&#8217;Ariana et la Marsa ; dans la presqu&#8217;\u00eele du cap Bon, enfin dans toute la banlieue de Sfax.<\/p>\n<p>Cette culture intensive des fruits de toute esp\u00e8ce est presque monopolis\u00e9e par les Siciliens et les Maltais qui sont tr\u00e8s endurants et tr\u00e8s travailleurs. Nos colons fran\u00e7ais n&#8217;ont pas la m\u00eame r\u00e9sistance physique et sont beaucoup plus sujets aux fi\u00e8vres si fr\u00e9quentes dans les jardins.<\/p>\n<p>Les facilit\u00e9s croissantes que donnent les relations de plus en plus rapides entre la France et la Tunisie ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 sensiblement le commerce des primeurs en Tunisie. Il est donc ais\u00e9 de pr\u00e9voir que les jardins vont s&#8217;\u00e9tendre et que les colons trouveront dans ce genre de culture une r\u00e9mun\u00e9ration de nature \u00e0 provoquer l&#8217;accroissement de leur immigration.<\/p>\n<h3>CULTURE FORESTI\u00c8RE<\/h3>\n<p>A la flore fruiti\u00e8re, il importe d&#8217;ajouter la flore foresti\u00e8re qui constitue une des principales richesses de la Tunisie. A toutes nos essences d&#8217;arbres croissant en France, tels que les ormes, saules, fr\u00eanes, dont on trouve en Tunisie les plus beaux sp\u00e9cimens, on peut joindre une foule d&#8217;essences indig\u00e8nes, susceptibles de fournir aux industries du b\u00e2timent et du meuble les meilleurs bois. Tels sont le jujubier, l&#8217;olivier, le citronnier, le myrte, le caroubier, le gen\u00e9vrier, le thuya, le ch\u00e8ne z\u00e9en, le ch\u00eane li\u00e8ge, dont les diff\u00e9rents groupements couvrent plus de 500.000 hectares et assurent trois fois par an, des gains consid\u00e9rables aux adjudicataires de leurs coupes.<\/p>\n<p>Un jardin d&#8217;essai, \u00e0 l&#8217;instar de celui d&#8217;Alger, cr\u00e9\u00e9 dans les environs de Tunis par le Protectorat, tient \u00e0 la disposition des colons, \u00e0 des prix modiques, les diff\u00e9rentes essences d&#8217;arbres fruitiers et forestiers dont il peut chaque ann\u00e9e, fournir plus de 100.000 pieds.<\/p>\n<h3>INDUSTRIES DIVERSES<\/h3>\n<p>Certes, la culture du sol tiendra toujours le premier rang, mais il est \u00e9galement n\u00e9cessaire que certaines industries, tout au moins accessoires et primitives, s&#8217;implantent et s&#8217;\u00e9tendent sur ce sol d&#8217;Afrique.<\/p>\n<p>Nous citerons les huileries, les minoteries, les tanneries, les savonneries, malteries, qui ont d\u00e9j\u00e0 pris un grand d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>Toutes les industries extractives surtout peuvent avoir de l&#8217;avenir. Les carri\u00e8res abondent dans le nord de la R\u00e9gence. La chaux, le pl\u00e2tre, le marbre, la terre \u00e0 brique, les fabriques de ciment, les tuileries, la fabrication de carreaux de couleur unis ou \u00e0 dessins, peut-\u00eatre aussi de quelques tissus, tapis, objets d&#8217;ornementation et de d\u00e9coration, peuvent, avec le temps, se constituer et fournir de nombreux d\u00e9bouch\u00e9s \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 de nos compatriotes.<\/p>\n<p>Ainsi, depuis quelques ann\u00e9es, des pl\u00e2tri\u00e8res, fours \u00e0 chaux, et fabriques de ciment se sont fond\u00e9es et ont substitu\u00e9 les proc\u00e9d\u00e9s modernes et un outillage perfectionn\u00e9 \u00e0 la vieille routine arabe.<\/p>\n<p>Ces \u00e9tablissements, quand ils sont situ\u00e9s \u00e0 la campagne, deviennent un petit centre qui peut attirer quelques commer\u00e7ants et m\u00e8me quelques cultivateurs europ\u00e9ens, des mara\u00eechers, par exemple, qui obtiennent un d\u00e9bit local de leurs produits.<\/p>\n<h3>MINES<\/h3>\n<p>Enfin, les ressources mini\u00e8res de la Tunisie nous paraissent devoir \u00eatre plus importantes que celles de l&#8217;Alg\u00e9rie. Non seulement, comme nous l&#8217;avons dit plus haut, elle abonde en chaux, pl\u00e2tre, marbre, etc., mais aussi elle contient d&#8217;\u00e9normes gisements de phosphate, principalement dans la r\u00e9gion de Gafsa. Il n&#8217;est pas besoin de faire ressortir l&#8217;importance de ces produits au point de vue agricole.<\/p>\n<p>Au lendemain de l&#8217;occupation, on a conc\u00e9d\u00e9 les mines de fer de Tabarka, d&#8217;une part \u00e0 la grande Compagnie de Mokta-el-Hadid, et, de l&#8217;autre, \u00e0 un comit\u00e9 d&#8217;\u00e9tudes dit de Tabarka. La Soci\u00e9t\u00e9 royale Asturienne, qui est une des compagnies mini\u00e8res les plus florissantes du monde, a obtenu la concession des mines de zinc de Sidi-Ahmet. Ces Soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, qui emploient un personnel nombreux, rendent, en outre, \u00e0 la colonie de grands services, en \u00e9tablissant, sans aucune subvention, des voies ferr\u00e9es, qui, tout en assurant l&#8217;\u00e9coulement de leurs produits, sont aussi ouvertes au public.<\/p>\n<h3>P\u00caCHERIES<\/h3>\n<p>Il convient \u00e9galement de ne pas oublier une autre richesse naturelle qui peut contribuer au d\u00e9veloppement de la Tunisie, ce sont ses p\u00eacheries.<\/p>\n<p>La Tunisie, \u00e9chancr\u00e9e de tous c\u00f4t\u00e9s par la mer ne compte pas moins de 1.300 kilom\u00e8tres de c\u00f4tes qui sont tr\u00e8s abondantes en poissons divers.<\/p>\n<p>Le poisson est \u00e0 tr\u00e8s bon march\u00e9 dans la R\u00e9gence ; on y a pour un franc ce qui co\u00fbterait en France cinq \u00e0 six francs. Avec des services r\u00e9guliers et rapides, l&#8217;exportation du poisson frais \u00e0 Marseille et ailleurs, on pourrait obtenir des p\u00eacheries tunisiennes une dizaine de millions par an.<\/p>\n<h3>MAIN D&#8217;\u0152UVRE<\/h3>\n<p>La main d&#8217;\u0153uvre est abondante et \u00e0 bon march\u00e9. Voisine de la Sicile et de Malte, la Tunisie trouve dans la population de ces \u00eeles un contingent de travailleurs qui va sans cesse s&#8217;accroissant.<\/p>\n<p>Les indig\u00e8nes eux-m\u00eames, Arabes ou Berb\u00e8res, calmes, dociles, adonn\u00e9s par go\u00fbt aux travaux agricoles, fournissent aux colons de pr\u00e9cieux ouvriers qui se contentent d&#8217;un salaire de 1 fr. 50 \u00e0. 2 francs, sans nourriture, alors que les Italiens co\u00fbtent 2 fr. 50 \u00e0 3 francs.<\/p>\n<p>Pour les travaux faciles comme la cueillette des olives et la vendange, on trouve des femmes, des enfants et m\u00eame des hommes depuis 0 fr. 60 jusqu&#8217;\u00e0 1 fr. 20 par jour.<\/p>\n<p>Le b\u00e9tail est g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 bon march\u00e9, comme aussi les chevaux et b\u0153ufs de labour. Le meilleur cheval s&#8217;y ach\u00e8te 500 francs et moins, le b\u0153uf 300 fr. la paire, et tous deux ont des qualit\u00e9s d&#8217;endurance qui les rendent sup\u00e9rieurs \u00e0 nos meilleures b\u00eates de trait.<\/p>\n<h3>VOIES DE COMMUNICATIONS<\/h3>\n<p>La construction du r\u00e9seau des routes a march\u00e9 tr\u00e8s lentement jusqu&#8217;en 1892. C&#8217;est \u00e0 peine si on construisait soixante kilom\u00e8tres de routes par an.<\/p>\n<p>Depuis 1892, on a consacr\u00e9 \u00e0 la construction des routes un cr\u00e9dit de trois millions et on a ouvert \u00e0 la circulation 500 kilom\u00e8tres.de voies nouvelles. Mais le r\u00e9seau actuel de la Tunisie, qui ne comprend que 1.200 kilom\u00e8tres, est tout \u00e0 fait insuffisant. Sur les quinze stations du chemin de fer de Tunis \u00e0 la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne, deux seulement ont plus de dix kilom\u00e8tres de chemins empierr\u00e9s qui leur am\u00e8nent les produits de l&#8217;int\u00e9rieur ; deux autres en poss\u00e8dent chacune huit \u00e0 dix kilom\u00e8tres ; et les onze qui restent n&#8217;en ont pas.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00c9tat s&#8217;\u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 le droit de racheter les voies ferr\u00e9es de la Compagnie Bone-Guelma, \u00e0 partir de 1902. \u2014 L&#8217;opinion publique esp\u00e9rait que le Gouvernement aurait profit\u00e9 de cette occasion pour rester le ma\u00eetre absolu et imposer \u00e0 la Compagnie l&#8217;obligation de cr\u00e9er des voies secondaires dont la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9montr\u00e9e.<\/p>\n<p>Cet espoir ne s&#8217;est pas compl\u00e9tement r\u00e9alis\u00e9. \u2014 Toutefois, la loi du 1&#8243; mai 1902 a autoris\u00e9 le Gouvernement Tunisien \u00e0 emprunter 40 millions pour la construction des lignes de chemins de fer.<\/p>\n<h3>CONCESSIONS ET ACHATS DE TERRES<\/h3>\n<p>Avant m\u00eame que notre pavillon f\u00fbt plant\u00e9 en Tunisie, quelques fran\u00e7ais, de situation modeste, aimant le climat et le sol de l&#8217;Afrique, se sentant plus libres dans la Tunisie ind\u00e9pendante que dans notre Alg\u00e9rie si strictement r\u00e9glement\u00e9e et administr\u00e9e, avaient cr\u00e9\u00e9 quelques domaines ruraux. Au lendemain de l&#8217;occupation, les capitalistes fran\u00e7ais afflu\u00e8rent. Les achats de terres se firent avec entrain. En 1884, le premier R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral, M. Cambon, dont on ne saurait trop faire l&#8217;\u00e9loge, annon\u00e7ait que nos compatriotes avaient d\u00e9j\u00e0 acquis 40.000 hectares par des transactions libres avec des indig\u00e8nes. On peut dire en ce moment que plus de 700.000 hectares ont \u00e9t\u00e9 acquis par des europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>Les terres disponibles ne manquent pas en Tunisie. On peut les diviser en trois cat\u00e9gories principales :<\/p>\n<p><strong>1\u00b0<\/strong> Le domaine public appartenant \u00e0 l&#8217;Etat repr\u00e9sent\u00e9 par le Bey. Beaucoup de ces biens avaient \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s jadis \u00e0 des favoris du bey qui se les \u00e9taient appropri\u00e9es. D\u00e8s 1891, le Gouvernement fran\u00e7ais, d&#8217;accord avec le Bey, fit reconna\u00eetre une grande partie de ces terres domaniales dont la Direction de l&#8217;Agriculture p\u00fbt faire la remise, \u00e0 des conditions faciles, aux colons d&#8217;origine fran\u00e7aise d\u00e9sireux de les acqu\u00e9rir.<\/p>\n<p><strong>2\u00b0<\/strong> Les biens <em>Habbouss<\/em> ou biens des congr\u00e9gations religieuses dont l&#8217;ensemble atteignait, lors de l&#8217;occupation, le quart de la superficie de la R\u00e9gence. L&#8217;administration fran\u00e7aise a obtenu du gouverneur Beylical la vente annuelle et la location d&#8217;une partie de ces biens pour faciliter la colonisation.<\/p>\n<p><strong>3\u00b0<\/strong> On distingue enfin, en Tunisie, la propri\u00e9t\u00e9 purement priv\u00e9e ou <em>Melk<\/em>, que le propri\u00e9taire, Arabe, Berb\u00e8re, ou colon, tient \u00e0 la disposition des acheteurs. Les \u00e9migrants ou les colons, qui d\u00e9sirent acheter des terres en Tunisie, peuvent, d&#8217;ailleurs, se procurer tous les renseignements utiles, en s&#8217;adressant, soit \u00e0 l&#8217;office colonial, \u00e0 Paris, soit \u00e0 la Direction de l&#8217;Agriculture, \u00e0 Tunis. Chaque ann\u00e9e, cette administration publie et envoie, sur simple demande, un bulletin des propri\u00e9t\u00e9s domaniales \u00e0 vendre, contenant le plan du domaine, la situation, les voies de communication, son \u00e9tendue, son aspect, l&#8217;indication de l&#8217;\u00e9tat du sol et des cultures auxquelles il est propre, le r\u00e9gime des eaux et le prix \u00e0 l&#8217;hectare.<\/p>\n<h3>IMMATRICULATION DES TERRES<\/h3>\n<p>L&#8217;achat des terres \u00e9tait, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;occupation, soumis \u00e0 de grandes incertitudes, ce qui entra\u00eenait une propri\u00e9t\u00e9 pr\u00e9caire, en raison des coutumes locales. D\u00e8s son arriv\u00e9e sur le sol de la R\u00e9gence, le colon se trouvait aux prises avec mille obstacles r\u00e9sultant de cette incertitude de la propri\u00e9t\u00e9. Il n&#8217;en est plus ainsi aujourd&#8217;hui, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;initiative \u00e9clair\u00e9e de M. Cambon, une loi immobili\u00e8re relative \u00e0 l&#8217;immatriculation fonci\u00e8re garantit maintenant les possesseurs de terres contre tout m\u00e9compte. Aussi, les europ\u00e9ens n&#8217;ach\u00e8tent plus que des propri\u00e9t\u00e9s immatricul\u00e9es<\/p>\n<h3>PEUPLEMENT FRAN\u00c7AIS ET CONCLUSION<\/h3>\n<p>Si la population rurale fran\u00e7aise est si peu nombreuse en Tunisie, c&#8217;est que, presque nulle part le sol n&#8217;a \u00e9t\u00e9 morcel\u00e9. On n&#8217;y trouve que le domaine moyen de cent \u00e0 trois cents hectares, le grand vignoble de 40 \u00e0 400 hectares, le domaine g\u00e9ant de 1.000 \u00e0 100.000 hectares.<\/p>\n<p>Il faut que l&#8217;initiative priv\u00e9e fasse en Tunisie ce travail de morcellement et de cr\u00e9ation de centres qui a peupl\u00e9 l&#8217;Alg\u00e9rie. Si les grands propri\u00e9taires comprennent la n\u00e9cessit\u00e9 de morceler leurs immenses domaines, si, d&#8217;autre part, les cultivateurs fran\u00e7ais sont assur\u00e9s de r\u00e9ussir, en s&#8217;\u00e9tablissant en Tunisie comme salari\u00e9s, m\u00e9tayers ou fermiers, le pays se couvrira bient\u00f4t de milliers de petites exploitations habit\u00e9es par nos compatriotes. Et ainsi se r\u00e9alisera l&#8217;union du capital et de l&#8217;\u00e9migrant au grand profit de l&#8217;\u0153uvre du peuplement fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les agronomes alg\u00e9riens les plus distingu\u00e9s s&#8217;accordent \u00e0 reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9 des petites exploitations. On fait sa fortune, disent-ils, sur dix hectares abondamment et r\u00e9guli\u00e8rement fum\u00e9s, tandis qu&#8217;on se ruine sur cent hectares mal entretenus.<\/p>\n<p>En somme, nous pouvons le dire sans \u00eatre tax\u00e9 d&#8217;exag\u00e9ration : de jeunes Fran\u00e7ais, de 25 \u00e0 35 ans, entreprenants, durs au travail, qui voudraient s&#8217;installer en Tunisie, ont toute chance d&#8217;y accro\u00eetre leur capital en 12 ou 15 ans, m\u00eame de le doubler ou le tripler, tout en vivant convenablement. Mais, c&#8217;est \u00e0 la condition de payer de leur personne et de ne pas imiter ces amateurs et ces oisifs qui regardent faire leurs ouvriers pendant quelques heures par jour et qui croient que la t\u00e2che d&#8217;un propri\u00e9taire consiste uniquement \u00e0 donner quelques ordres, \u00e0 chasser, et \u00e0 recevoir. Il faut des caract\u00e8res bien tremp\u00e9s et \u00e9nergiques qui se consid\u00e8rent comme les premiers travailleurs de leur domaine.<\/p>\n<blockquote><p>Nous demandons que le Gouvernement adopte nettement comme programme politique en Tunisie \u00ab\u00a0la Colonisation par les Fran\u00e7ais. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Si on veut coloniser avec de jeunes Fran\u00e7ais actifs et d\u00e9j\u00e0 acclimat\u00e9s \u00e0 la Tunisie, au lieu d&#8217;embarquer pour la France, le jour de leur lib\u00e9ration, les soldats du corps d&#8217;occupation au nombre de 4.000 environ chaque ann\u00e9e, ne pourrait-on pas, d&#8217;abord, composer ce corps d&#8217;occupation des jeunes gens de France qui le demanderaient, puis leur laisser \u00e0 la lib\u00e9ration la facult\u00e9 de b\u00e9n\u00e9ficier de leur retour aux frais de l&#8217;\u00c9tat pendant plusieurs ann\u00e9es ! De cette mani\u00e8re ceux qui seraient tent\u00e9s de s&#8217;\u00e9tablir en Tunisie en auraient le loisir.<\/p>\n<p>Ne pourrait-on pas aussi accorder de semblables facult\u00e9s aux jeunes soldats ayant fait leur cong\u00e9 en Alg\u00e9rie et qui seraient d\u00e9sireux de s\u00e9journer en Tunisie avant de revenir en France ?<\/p>\n<p>Ne pourrait-on pas enfin donner le passage gratuit aux familles des cultivateurs qui demanderaient \u00e0 venir s&#8217;\u00e9tablir en Tunisie ?<\/p>\n<p>L&#8217;important est de cr\u00e9er un courant d&#8217;immigration continu. L&#8217;initiative priv\u00e9e ne peut y suffire. Le concours de l&#8217;\u00c9tat et des corps \u00e9lectifs est indispensable pour atteindre ce but \u00e9minemment patriotique.<\/p>\n<p>Chacun comprendra la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;appeler et de fixer, en Tunisie comme en Alg\u00e9rie, une population rurale d&#8217;origine Fran\u00e7aise, assur\u00e9e, sinon de faire fortune eu quelques ann\u00e9es, du moins de vivre \u00e0 l&#8217;aise par des exploitations agricoles o\u00f9 les c\u00e9r\u00e9ales, l&#8217;olivier, la vigne, l&#8217;\u00e9levage se compl\u00e9teront et s&#8217;assureront r\u00e9ciproquement contre les risques climat\u00e9riques in\u00e9vitables.<\/p>\n<p>Cette population deviendra elle-m\u00eame une richesse nouvelle, une cause d&#8217;activit\u00e9 normale pour le commerce des villes ; elle favorisera l&#8217;exploitation des ressources naturelles du sol et la prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, tout en fortifiant l&#8217;union intime de la Tunisie et de la France.<\/p>\n<p>Qu&#8217;il nous soit permis, en terminant, de dire que, depuis l&#8217;av\u00e8nement du nouveau Bey, son Altesse Abou-Hamed-Hedi, la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Tunisie se d\u00e9veloppe de jour en jour.<\/p>\n<p>La haute intelligence et les qualit\u00e9s sup\u00e9rieures qui distinguent ce prince, la popularit\u00e9 l\u00e9gitime dont il est entour\u00e9, son Administration \u00e0 la fois ferme et \u00e9clair\u00e9e, le concours loyal et d\u00e9vou\u00e9 qu&#8217;il pr\u00eate au Gouvernement Fran\u00e7ais, tout contribue \u00e0 lui assurer l&#8217;estime g\u00e9n\u00e9rale et la reconnaissance de nos nationaux. Aussi, dans son r\u00e9cent voyage en Tunisie, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, M. Loubet, s&#8217;est plu \u00e0 lui rendre, au nom de la France, un \u00e9clatant t\u00e9moignage de sympathie.<\/p>\n<p><strong>Auteur\u00a0: Robert Wastelier du Parc<\/strong><br \/>\n<em>Propri\u00e9taire viticulteur \u00e0 Rouiba (Alg\u00e9rie)<\/em><br \/>\n<em>Lieutenant de r\u00e9serve au 1er zouave<\/em><br \/>\n<em>Lille &#8211; imprimerie L. Danel &#8211; 1903<\/em><\/p>\n<p><strong>Source: gallica.bnf.fr \/ Biblioth\u00e8que nationale de France<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DESCRIPTION ET CONSID\u00c9RATIONS G\u00c9N\u00c9RALES Si, comme on l&#8217;a dit avec raison, l&#8217;Alg\u00e9rie est le prolongement de la France, on peut dire \u00e9galement que la Tunisie est l&#8217;annexe naturelle de l&#8217;Alg\u00e9rie. Bien que moins \u00e9tendue que sa voisine, sa superficie comprend d\u00e9j\u00e0 pr\u00e8s de 118.000 kilom\u00e8tres carr\u00e9s, soit le quart de la France. Et pourtant sa&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2690,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,84,96],"tags":[102,100,101,88,103,104,91],"class_list":["post-2224","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-culture","category-history","category-litterature-coloniale","tag-coloniale","tag-colonisation","tag-france","tag-histoire","tag-occupation","tag-terre","tag-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2224","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2224"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2224\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2696,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2224\/revisions\/2696"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2690"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2224"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2224"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2224"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}