{"id":2202,"date":"2019-01-17T09:29:34","date_gmt":"2019-01-17T08:29:34","guid":{"rendered":"https:\/\/rstheme.com\/products\/wordpress\/vulitin\/?p=2202"},"modified":"2020-11-01T17:01:54","modified_gmt":"2020-11-01T16:01:54","slug":"les-colons-les-residents-etrangers-en-tunisie-en-1880","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2019\/01\/17\/les-colons-les-residents-etrangers-en-tunisie-en-1880\/","title":{"rendered":"LES COLONS, LES R\u00c9SIDENTS \u00c9TRANGERS EN TUNISIE EN 1880"},"content":{"rendered":"<h4>La colonisation<\/h4>\n<p>En ce qui concerne les colons fran\u00e7ais qui voudront s&#8217;\u00e9tablir en Tunisie, nous nous permettrons de leur donner un conseil qui soul\u00e8vera peut-\u00eatre contre nous bien des r\u00e9criminations, mais qui n&#8217;en sera pas moins dict\u00e9 par l&#8217;esprit de v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce conseil sera celui de ressembler le moins possible aux colons alg\u00e9riens en g\u00e9n\u00e9ral. En g\u00e9n\u00e9ral, h\u00e2tons-nous de le r\u00e9p\u00e9ter, car il existe en Alg\u00e9rie d&#8217;honorables exceptions.<\/p>\n<h4>Les colons alg\u00e9riens<\/h4>\n<p>Mais il faut reconna\u00eetre que ceux qui ne rentrent pas dans cette cat\u00e9gorie exceptionnelle sont des personnalit\u00e9s peu agr\u00e9ables, criards, vantards, parlant beaucoup et ne travaillant gu\u00e8re, s&#8217;occupant de politique bien plus que d&#8217;affaires. Leurs allures frappent d&#8217;\u00e9tonnement l&#8217;Europ\u00e9en qui arrive pour la premi\u00e8re fois en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Nous avons pour notre part d\u00e9barqu\u00e9 \u00e0 Philippeville au lendemain des \u00e9lections du 4 octobre 1885. Les murs de la ville \u00e9taient encore tout bariol\u00e9s des proclamations des candidats, des comit\u00e9s ou m\u00eame des simples citoyens qui avaient tenu \u00e0 faire conna\u00eetre leur mani\u00e8re de voir.<\/p>\n<p>On ne peut pas se figurer ce que ces gens-l\u00e0 se sont jet\u00e9s d&#8217;injures \u00e0 la t\u00eate. Ils se sont tout dit. Non contents d&#8217;aller \u00e9plucher la vie politique, les votes et les opinions des candidats ou de leurs amis, ils allaient chercher des arguments dans leur vie priv\u00e9e ou celle des leurs. C&#8217;\u00e9tait un d\u00e9bordement g\u00e9n\u00e9ral d&#8217;invectives et les arcades de la principale rue de Philippeville semblaient autant de feuillets du cat\u00e9chisme poissard.<\/p>\n<p>On comprend du moment que les colons se traitent ainsi entre eux, de quelle fa\u00e7on ils doivent se comporter vis-\u00e0-vis des indig\u00e8nes. Un colon a toujours une canne et il croirait ne pas pouvoir se faire comprendre d&#8217;un Arabe s&#8217;il ne le mena\u00e7ait un peu de son b\u00e2ton en lui commandant quelque chose ou m\u00eame en lui demandant un renseignement. Les colons se plaignent souvent des Arabes, ils ont peut-\u00eatre quelquefois raison, mais ils devraient bien un peu se regarder eux-m\u00eames avant de se plaindre. Il faut que les Arabes aient bien peur de nous ou qu&#8217;ils aient un fond de douceur n&#8217;ont personne n&#8217;a jamais encore parl\u00e9, pour ne pas devenir enrag\u00e9s, au moins quelquefois, \u00e9tant donn\u00e9 la fa\u00e7on dont ils sont trait\u00e9s.<\/p>\n<p>Et dire qu&#8217;il s&#8217;est trouv\u00e9 des \u00e9conomistes tr\u00e8s s\u00e9rieux pour manifester une grande surprise de ce que nous n&#8217;\u00e9tions pas aujourd&#8217;hui plus sympathiques aux indig\u00e8nes qu&#8217;aux premiers jours de l&#8217;occupation. C&#8217;est le contraire qui serait incompr\u00e9hensible.<\/p>\n<p>Nous savons bien qu&#8217;il ne pourra jamais s&#8217;op\u00e9rer de fusion s\u00e9rieuse entre les musulmans et les chr\u00e9tiens; mais il est certain, et nous avons entendu affirmer la chose par tous les hommes comp\u00e9tents que nous avons interrog\u00e9s, fonctionnaires ou simples particuliers, eccl\u00e9siastiques, militaires ou civils, que si nous n&#8217;avions pas de grandes chances de nous faire aimer, nous pouvions en avoir de nous faire estimer. Pour arriver \u00e0 ce r\u00e9sultat, il suffisait de deux choses, la dignit\u00e9 et la justice.<\/p>\n<p>Une autre raison qu&#8217;ont les musulmans de n&#8217;avoir pour nous d&#8217;autre consid\u00e9ration que celle qu&#8217;on accorde \u00e0 la pr\u00e9pond\u00e9rance de la force mat\u00e9rielle, et cette raison est peut-\u00eatre la principale, c&#8217;est l&#8217;attitude anti-religieuse de la plupart des colons alg\u00e9riens.<\/p>\n<p>Quels que soient les d\u00e9fauts des musulmans, ils ont une qualit\u00e9 qu&#8217;on ne saurait leur refuser : ils sont profond\u00e9ment religieux. Non seulement pour eux la religion se confond avec la politique, mais encore elle fait tellement partie de l&#8217;existence qu&#8217;ils ne peuvent comprendre un homme sans religion. Pour ceux-l\u00e0 sont r\u00e9serv\u00e9s les ch\u00e2timents les plus s\u00e9v\u00e8res de la <em>djehennah<\/em> o\u00f9 br\u00fble le <em>nar<\/em> (feu \u00e9ternel) et o\u00f9 croissent des arbres affreux parmi lesquels se trouvent les <em>zakoum<\/em> dont les branches portent des t\u00eates de diables au lieu de fruits.<\/p>\n<p>Or, l&#8217;une des caract\u00e9ristiques du colon alg\u00e9rien est son antipathie pour toute religion, quelle qu&#8217;elle soit. Non seulement il n&#8217;est pas pratiquant, mais il ne manque jamais une occasion de manifester sa haine contre toute id\u00e9e religieuse. Un fait pourra donner une id\u00e9e du point o\u00f9 est pouss\u00e9 ce sentiment.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es une commune importante de l&#8217;Alg\u00e9rie avait son \u00e9glise tombant en ruines. Le cur\u00e9 n&#8217;avait pas le premier sou pour faire les r\u00e9parations. Aussi avec son courage habituel, Mgr Lavigerie tenta un effort supr\u00eame et alla trouver le maire pour solliciter de la commune un secours qui perm\u00eet de faire face aux n\u00e9cessit\u00e9s les plus urgentes.<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab Monseigneur, lui r\u00e9pondit nettement le magistrat municipal, mon conseil votera sans h\u00e9siter les fonds que je lui demanderai pour faire d\u00e9molir une \u00e9glise, mais je n&#8217;en obtiendrai jamais un centime pour faire r\u00e9parer celle qui existe. \u00bb<\/p>\n<p>Non seulement le colon alg\u00e9rien est en g\u00e9n\u00e9ral anti-religieux par essence, mais encore il est absolument r\u00e9volutionnaire. Il est peu de contr\u00e9es o\u00f9 la franc-ma\u00e7onnerie et les associations r\u00e9volutionnaires comptent plus d&#8217;adeptes. Il e\u00fbt certainement \u00e9t\u00e9 impossible d&#8217;appliquer la loi sur l&#8217;Internationale en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>On comprend dans ces conditions que le musulman, \u00e0 son antipathie inn\u00e9e pour son vainqueur, ajoute encore un sentiment qui n&#8217;a rien de commun avec l&#8217;estime pour des gens qu&#8217;il voit fouler aux pieds les sentiments qu&#8217;il consid\u00e8re comme devant primer tous les autres.<\/p>\n<p>Un vieux ch\u00e9rif disait un jour \u00e0 un haut dignitaire de l&#8217;\u00e9glise catholique auquel il ne manquait jamais quand il le rencontrait de t\u00e9moigner les sentiments les plus vifs d&#8217;estime et de v\u00e9n\u00e9ration&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab Vous en savez plus que nous sur les choses de la terre, mais nous valons mieux que vous, parce que nous sommes plus pr\u00e8s de Dieu. \u00bb<\/p>\n<p>Maintenant quelle est la cause de cette allure particuli\u00e8re du colon alg\u00e9rien au point de vue religieux ? Nous allons essayer de l&#8217;exposer, parce qu&#8217;elle n&#8217;est pas 1res connue d&#8217;abord et qu&#8217;ensuite elle pourra servir \u00e0 expliquer bien des choses, soit dans le pass\u00e9, soit dans l&#8217;avenir.<\/p>\n<p>Pendant les premi\u00e8res ann\u00e9es de la conqu\u00eate, la majeure partie des Fran\u00e7ais qui vinrent s&#8217;\u00e9tablir en Alg\u00e9rie ne se recrut\u00e8rent pas, comme on peut le penser, dans l&#8217;\u00e9lite de la population. On conna\u00eet trop notre caract\u00e8re et nos habitudes pour qu&#8217;il soit n\u00e9cessaire d&#8217;insister sur ce point.<\/p>\n<p>L&#8217;Alg\u00e9rie n&#8217;\u00e9tait donc habit\u00e9e, pour la plus grande partie, que par des d\u00e9class\u00e9s, quand arriva la r\u00e9volution de f\u00e9vrier, suivie \u00e0 bref d\u00e9lai de l&#8217;insurrection de juin.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral La morici\u00e8re eut \u00e0 cette \u00e9poque la malheureuse id\u00e9e de d\u00e9porter en Afrique un bon nombre des insurg\u00e9s. Il cr\u00e9a ainsi dans la colonie un premier foyer de radicalisme que vinrent entretenir et compl\u00e9ter les d\u00e9portations qui suivirent le coup d&#8217;Etat de 1851.<\/p>\n<p>Il en r\u00e9sulta que la plupart des d\u00e9port\u00e9s s&#8217;\u00e9tablissant ensuite dans le pays convertirent bon nombre d&#8217;anciens colons \u00e0 leurs doctrines, sans m\u00eame avoir besoin pour r\u00e9ussir de faire do grands efforts de propagande. L&#8217;Alg\u00e9rie devint ainsi peu \u00e0 peu la proie de l&#8217;esprit r\u00e9volutionnaire le plus ardent, et depuis nombre d&#8217;ann\u00e9es les corps \u00e9lus ne se recrutent que parmi les personnalit\u00e9s officiellement connues pour \u00eatre imbues des th\u00e9ories les plus radicales et les plus anti-religieuses.<\/p>\n<p>Plus tard, apr\u00e8s la guerre de 1870-71, il fut encore question de colonisation par voie administrative et de nouveaux villages furent \u00e9tablis, surtout dans le but de cr\u00e9er des situations aux Alsaciens-Lorrains qui ayant opt\u00e9 pour la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise cherchaient un asile sur les terres de la m\u00e8re-patrie.<\/p>\n<p>L&#8217;amiral de Gueydon qui gouvernait alors l&#8217;Alg\u00e9rie et qui \u00e9tait pourtant un homme de haute valeur eut une id\u00e9e malheureuse. Au lieu de cr\u00e9er des villages occup\u00e9s uniquement par les nouveaux arriv\u00e9s, il imagina des villages mixtes peupl\u00e9s moiti\u00e9 par d&#8217;anciens colons, moiti\u00e9 par les \u00e9migrants.<\/p>\n<p>Qu&#8217;arriva-t-il ? Ce qu&#8217;on aurait pu facilement pr\u00e9voir. Ce ne furent pas les nouveaux arrivants qui convertirent leurs anciens \u00e0 des id\u00e9es, plus mod\u00e9r\u00e9es, mais bien les anciens qui entra\u00een\u00e8rent les autres dans les voies du radicalisme. Aujourd&#8217;hui on ne saurait plus gu\u00e8re faire de diff\u00e9rence entre les uns et les autres.<\/p>\n<p>On comprend que dans ces conditions les indig\u00e8nes n&#8217;aient pour les colons ni affection ni respect. Nous ne pouvons donc que conseiller aux Fran\u00e7ais qui iront s&#8217;\u00e9tablir en Tunisie de ne pas imiter leurs voisins et pr\u00e9d\u00e9cesseurs : la Tunisie, la France et eux-m\u00eames ont tout \u00e0 gagner \u00e0 cette mani\u00e8re de proc\u00e9der.<\/p>\n<h4>La population<\/h4>\n<p>La Tunisie comprend un nombre d&#8217;habitants au sujet desquels certains g\u00e9ographes, pour lesquels l&#8217;univers n&#8217;a plus de secrets, donnent des renseignements excessivement pr\u00e9cis. Nous ne sommes point aussi avanc\u00e9s et notre h\u00e9sitation se comprendra quand on saura que l&#8217;administration tunisienne elle-m\u00eame, est incapable de dire combien d&#8217;habitants compte la ville de Tunis \u00e0 25.000 pr\u00e8s. Les formalit\u00e9s d&#8217;\u00e9tat-civil n&#8217;existant pas, on est oblig\u00e9 de se livrer \u00e0 des calculs approximatifs qui ne reposent sur aucune base s\u00e9rieuse. Tout ce que nous pouvons supposer c&#8217;est qu&#8217;aujourd&#8217;hui les cimeti\u00e8res ayant des gardes, on conna\u00eet ainsi la moyenne quotidienne des d\u00e9c\u00e8s qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve de 12 \u00e0 15 ; on peut donc penser que la ville a de 175 \u00e0 190,000 habitants, mais ce chiffre est absolument hypoth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Ce qui est certain c&#8217;est que la Tunisie pourrait facilement nourrir et enrichir dix fois plus d&#8217;habitants qu&#8217;elle n&#8217;en poss\u00e8de, sinon m\u00eame davantage.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est point ici le lieu de faire une \u00e9tude ethnologique sur la Tunisie, et d&#8217;ailleurs l&#8217;auteur de ce travail manquerait pour cela des connaissances n\u00e9cessaires. Il nous suffira de dire qu&#8217;on retrouve dans la population indig\u00e8ne tous les types qui se rencontrent sur les bords de la M\u00e9diterran\u00e9e, plus des noirs de toutes les familles n\u00e8gres ainsi que les produits les plus divers issus des croisements entre ces races diff\u00e9rentes. La population \u00e9trang\u00e8re y est repr\u00e9sent\u00e9e par 4 \u00e0 5,000 Italiens, 20,000 Maltais, 2,000 Fran\u00e7ais, si nous en exceptons le corps d&#8217;occupation et 50,000 juifs. Nous comprenons les juifs parmi les \u00e9trangers parce qu&#8217;ils nous ont toujours paru \u00eatre des \u00e9trangers dans le pays qu&#8217;ils habitent.<\/p>\n<h4>Les fran\u00e7ais<\/h4>\n<p>La colonie fran\u00e7aise n&#8217;est pas repr\u00e9sent\u00e9e, il faut bien le dire, par un grand nombre d&#8217;individualit\u00e9s de valeur. La majeure partie des Fran\u00e7ais qui r\u00e9sident en Tunisie et plus particuli\u00e8rement dans la capitale y ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s par les hasards d&#8217;une existence mouvement\u00e9e plut\u00f4t que par le d\u00e9sir de se chercher une nouvelle patrie de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Parmi les meilleurs, beaucoup n&#8217;y sont install\u00e9s que provisoirement et s&#8217;y consid\u00e8rent comme dans une sorte d&#8217;exil. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent la plupart des acheteurs de terrains ont \u00e9t\u00e9 bien plus des capitalistes songeant \u00e0 faire un placement avantageux que des \u00e9migrants v\u00e9ritables, partant s&#8217;installer au loin et y transportant leurs p\u00e9nates.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte de cet \u00e9tat de choses que la colonie fran\u00e7aise \u00e0 Tunis n&#8217;a pas l&#8217;importance que nous voudrions lui voir et surtout celle qu&#8217;elle devrait avoir dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat des deux pays. Il se fait cependant un petit mouvement dans le sens d&#8217;une am\u00e9lioration et il serait d&#8217;autant plus d\u00e9sirable que ce mouvement f\u00fbt favoris\u00e9 par l&#8217;administration de la m\u00e8re-patrie que nous avons \u00e0 lutter dans ce pays contre une influence tr\u00e8s forte, tr\u00e8s habile, tr\u00e8s intelligente, celle des Italiens puissamment second\u00e9s par leur gouvernement.<\/p>\n<p>L&#8217;ensemble de la colonie italienne est en effet bien sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la colonie fran\u00e7aise, non seulement par le nombre mais aussi par la valeur des personnalit\u00e9s.<\/p>\n<h4>Les Italiens<\/h4>\n<p>Les Italiens \u00e0 Tunis comptent parmi eux beaucoup de n\u00e9gociants tr\u00e8s honorables, tr\u00e8s capables, tr\u00e8s intelligents et tr\u00e8s patriotes. Ils viennent d&#8217;organiser une Chambre de commerce italienne et leur consul a eu le tact et l&#8217;habilet\u00e9 de prier le R\u00e9sident fran\u00e7ais de venir l&#8217;installer comme repr\u00e9sentant le gouvernement protecteur. La cr\u00e9ation de cette Chambre de, commerce n&#8217;a eu lieu, nous a-t-on assur\u00e9, que sur le refus d&#8217;admettre dans la Chambre de commerce internationale d\u00e9j\u00e0 existante un nombre plus consid\u00e9rable de membres italiens. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent les rapports ont \u00e9t\u00e9 parfaitement courtois entre les deux Chambres, mais il peut survenir des difficult\u00e9s \u00e9conomiques, des conflits d&#8217;int\u00e9r\u00eat au sujet des articles d&#8217;exportation ou d&#8217;importation, des tarifs de douane, et comme ce sera le gouvernement beylical prot\u00e9g\u00e9 de la France, c&#8217;est-\u00e0-dire la France elle-m\u00eame qui sera appel\u00e9 \u00e0 trancher les diff\u00e9rends, il pourra en r\u00e9sulter des motifs de froissement entre les deux pays.<\/p>\n<p>Nous venons de dire, en effet, que la colonie italienne \u00e9tait tr\u00e8s patriote. A ce titre, on ne saurait \u00eatre surpris qu&#8217;elle ne nous t\u00e9moign\u00e2t pas une bien vive sympathie. Illusions ou esp\u00e9rances, les Italiens ont toujours eu les yeux tourn\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la Tunisie, s\u00e9par\u00e9e de la Sicile par un simple bras de mer et avec laquelle ils ont de temps imm\u00e9morial entretenu d&#8217;importantes relations commerciales. Ce n&#8217;est donc pas sans une secr\u00e8te jalousie qu&#8217;ils nous ont vu mettre la main sur ce pays et on ne doit pas s&#8217;\u00e9tonner de rencontrer chez eux une sorte d&#8217;hostilit\u00e9 sourde bien qu&#8217;envelopp\u00e9e d&#8217;un vernis de courtoisie auquel nous ne saurions nous refuser de rendre hommage.<\/p>\n<h4>Les Anglais<\/h4>\n<p>Les Italiens sont d&#8217;autre part, soutenus dans cette attitude par nos bons amis les Anglais. On sait que les Anglais semblent consid\u00e9rer comme un vol qui leur serait fait, la conqu\u00eate d&#8217;une colonie par d&#8217;autres qu&#8217;eux-m\u00eames. A ce titre, ils ont \u00e9t\u00e9 froiss\u00e9s au plus haut point de nous voir prendre le protectorat de la R\u00e9gence, et, nous ne croyons pas qu&#8217;ils aient laiss\u00e9 passer une seule occasion de nous prouver qu&#8217;ils envisageaient notre pr\u00e9sence \u00e0 Tunis comme leur \u00e9tant absolument d\u00e9sagr\u00e9able. Malheureusement nous sommes moins bien outill\u00e9s dans l&#8217;Afrique septentrionale que les Anglais ou m\u00eame que les Italiens, au point de vue diplomatique, et nous avons eu \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 subir les cons\u00e9quences de cette inf\u00e9riorit\u00e9.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des Italiens se trouvent les Maltais. Ceux-ci, comme nous l&#8217;avons dit, sont au nombre d&#8217;une vingtaine de mille et forment la majorit\u00e9 de la population europ\u00e9enne. Le Maltais s&#8217;acclimate facilement en Tunisie dont le climat a beaucoup de rapport avec celui de son pays d&#8217;origine qu&#8217;on dirait un morceau d&#8217;Afrique perdu ai milieu de la M\u00e9diterran\u00e9e. Sobre, ardent au travail, \u00e9conome, le Maltais fait tous les m\u00e9tiers et arrive \u00e0 se cr\u00e9er une sorte d&#8217;aisance facile \u00e0 obtenir, du reste, pour des gens qui n&#8217;ont que peu de besoins. Presque tous de condition inf\u00e9rieure, ils n&#8217;ont d&#8217;autre influence que celle qui r\u00e9sulte de leur nombre et de leur caract\u00e8re turbulent, mais cette influence n&#8217;est pas moins \u00e0 consid\u00e9rer.<\/p>\n<p>Les Maltais sont de fervents catholiques. S&#8217;ils n&#8217;ont pour les Fran\u00e7ais qu&#8217;une sympathie relative, ils professent par contre une v\u00e9n\u00e9ration qui va jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;enthousiasme pour l&#8217;\u00e9minent archev\u00eaque de Cartilage, Mgr. Lavigerie. Dire quelle est la popularit\u00e9 du respectable pr\u00e9lat dans le monde maltais, serait se faire taxer d&#8217;exag\u00e9ration par tous ceux qui n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 m\u00eame de s&#8217;en rendre compte \u00e0 Tunis ou m\u00eame \u00e0 Malte.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, on se souvient qu&#8217;il se produisit un attentat contre la vie de la reine Victoria. Mgr Lavigerie se rappela que les Maltais \u00e9taient sujets de sa Gracieuse Majest\u00e9 et pour s&#8217;associer au sentiment de <em>loyalty<\/em> qui se manifesta d vivement \u00e0 ce moment dans tout le monde britannique, il fit c\u00e9l\u00e9brer un service solennel d&#8217;actions de gr\u00e2ce pour remercier Dieu d&#8217;avoir pr\u00e9serv\u00e9 les jours de la reine. Il n&#8217;est pas possible de d\u00e9peindre l&#8217;enthousiasme que cette mesure suscita parmi cette population si ardemment catholique.<\/p>\n<h4>Les juifs<\/h4>\n<p>Il nous reste \u00e0 parler des juifs. C&#8217;est assez d\u00e9licat. La providence a fait de la Tunisie un pays privil\u00e9gi\u00e9 au point de vue des gros animaux nuisibles. On n&#8217;y rencontre, en effet, ni lions, ni tigres, ni panth\u00e8res. Sauf quelques hy\u00e8nes, quelques chacals et quelques chats sauvages, on n&#8217;y voit jamais de carnassiers dangereux. Les reptiles venimeux eux-m\u00eames y sont inconnus. Sinon peut-\u00eatre tout \u00e0 fait dans le sud, o\u00f9 il y a quelques serpents dangereux, on ne trouve en Tunisie que de grosses couleuvres inoffensives, qui sont au dire des habitants parfaitement comestibles. Les scorpions m\u00eames, assez communs en Alg\u00e9rie, ne s&#8217;y trouvent qu&#8217;exceptionnellement. A ce point de vue la R\u00e9gence peut passer pour un pays b\u00e9ni de Dieu.<\/p>\n<p>Mais il faut croire que le diable qui cherche toujours \u00e0 d\u00e9former les rouvres du Cr\u00e9ateur a voulu prendra sa revanche. Voyant que la Tunisie ne comptait aucun animal nuisible il y envoya le juif.<\/p>\n<p>Le juif n&#8217;est pas le seul fl\u00e9au de la Tunisie, il n&#8217;est peut-\u00eatre m\u00eame pas le principal, mais les habitants doivent pourtant regretter de ne pouvoir le changer contre un assortiment complet d&#8217;animaux f\u00e9roces. Il tient la Tunisie entre ses doigts crochus et on se demande comment ce malheureux pays pourra faire pour \u00e9chapper \u00e0 son \u00e9treinte.<\/p>\n<p>Le juif tunisien n&#8217;exerce pour ainsi dire aucun autre m\u00e9tier que celui de manieur d\u2019argent ; mais aussi ce m\u00e9tier, comme il le conna\u00eet et comme il le pratique ! Qu&#8217;il lave les Bou-Koufa (pi\u00e8ces d&#8217;or du pays) dans une dissolution d&#8217;acide pour en enlever quelques milligrammes, qu&#8217;il agiote sur la valeur de la piastre, une monnaie de compte qui n&#8217;existe pas en r\u00e9alit\u00e9 et qui \u00e0 ce titre permet de sp\u00e9culer \u00e0 son aise, qu&#8217;il pr\u00eate \u00e0 la petite semaine ou qu&#8217;il prenne la ferme des imp\u00f4ts, on le trouve toujours et partout. Toujours et partout, \u00e2pre au gain, dur comme son anc\u00eatre Shylock, il tire de ce peuple le plus clair de ce que lui laisse l&#8217;administration.<\/p>\n<p>C&#8217;est un grand malheur pour la Tunisie que les capitaux fran\u00e7ais soient g\u00e9n\u00e9ralement entre les mains de gens ignorants. Ceux qui les d\u00e9tiennent jouent gros jeu sur les valeurs al\u00e9atoires ou se laissent piper par des aventuriers qui viennent leur prendre leur argent en leur promettant des b\u00e9n\u00e9fices usuraires dans des placements fantastiques \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger. Ils ne savent pas qu&#8217;aux portes de la France il est un pays o\u00f9 quand on pr\u00eate de l&#8217;argent \u00e0 dix pour cent sur les meilleures garanties, on est consid\u00e9r\u00e9 comme un petit manteau bleu, comme un de ces \u00eatres de qui les \u00ab hommes d\u2019affaires \u00bb disant : \u00ab voil\u00e0 un gar\u00e7on qui va se ruiner par sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 les capitalistes fran\u00e7ais sauront cela, les juifs tunisiens auront v\u00e9cu; les seize, dix-huit, vingt et trente pour cent qu&#8217;ils demandent aux emprunteurs passeront dans le domaine de la l\u00e9gende et comme ils sont pour la plupart incapables de rien produire, ils quitteront le pays. Je puis affirmer sans crainte d&#8217;\u00eatre d\u00e9menti par aucun habitant de la Tunisie que personne ne les regrettera.<\/p>\n<h4>Les m\u0153urs<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s avoir parl\u00e9 des indig\u00e8nes et des Europ\u00e9ens, il serait peut-\u00eatre naturel d&#8217;\u00e9tudier quelles sont les m\u0153urs des uns et des autres. C&#8217;est un sujet sur lequel nous croyons plus prudent de passer sans nous arr\u00eater.<\/p>\n<p><strong><em>Auteur: Marc Fournel <\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Extrait de son livre: La Tunisie &#8211; le christianisme &amp; l&#8217;Islam dans l&#8217;Afrique septentrionale &#8211; 1880<br \/>\n<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Source: https:\/\/gallica.bnf.fr &#8211; Biblioth\u00e8que nationale de France<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La colonisation En ce qui concerne les colons fran\u00e7ais qui voudront s&#8217;\u00e9tablir en Tunisie, nous nous permettrons de leur donner un conseil qui soul\u00e8vera peut-\u00eatre contre nous bien des r\u00e9criminations, mais qui n&#8217;en sera pas moins dict\u00e9 par l&#8217;esprit de v\u00e9rit\u00e9. Ce conseil sera celui de ressembler le moins possible aux colons alg\u00e9riens en g\u00e9n\u00e9ral&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2831,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[84,96],"tags":[100,111,113,112,91],"class_list":["post-2202","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-history","category-litterature-coloniale","tag-colonisation","tag-colons","tag-etrangers","tag-juifs","tag-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2202"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2202\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2832,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2202\/revisions\/2832"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2831"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}