{"id":1864,"date":"2019-01-15T12:02:06","date_gmt":"2019-01-15T11:02:06","guid":{"rendered":"https:\/\/rstheme.com\/products\/wordpress\/vulitin\/?p=1864"},"modified":"2020-11-01T17:02:18","modified_gmt":"2020-11-01T16:02:18","slug":"snoussya-el-mahdi-au-soudan-marc-fournel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2019\/01\/15\/snoussya-el-mahdi-au-soudan-marc-fournel\/","title":{"rendered":"Le Snoussya et El-Mahdi au Soudan au yeux de Marc Fournel"},"content":{"rendered":"<h4>Les Snoussya<\/h4>\n<p>La confr\u00e9rie des Snoussya a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1835 par Si-Mohammed-ben-Ali-ben-\u00e8s-Snoussi, qui vint au monde en Alg\u00e9rie, pr\u00e8s de Mostaganem, en 1792. C&#8217;\u00e9tait un marabout qui avait la pr\u00e9tention de descendre du Proph\u00e8te. Apr\u00e8s de nombreux voyages et des fortunes diverses, SiSnoussi arriva \u00e0 la Mecque, o\u00f9 il jeta les bases de son enseignement. Il fut bient\u00f4t en butte aux pers\u00e9cutions des autorit\u00e9s. Oblig\u00e9 de quitter la ville sainte, il se r\u00e9fugia en Cyr\u00e9na\u00efque, o\u00f9 il fonda une premi\u00e8re zaouia \u00e0 El-Be\u00efda.<\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu son influence s&#8217;\u00e9tendit dans le nord de l&#8217;Afrique et le nombre de ses zaouia augmenta rapidement. Cette extension r\u00e9veilla les haines qu&#8217;il avait d\u00e9j\u00e0 suscit\u00e9es \u00e0 la Mecque, et vers 1855, le cheikh Snoussi, qui \u00e9tait devenu un personnage consid\u00e9rable, transporta le centre de son enseignement dans l&#8217;oasis deDjer-Boub, au sudouest et \u00e0 trois journ\u00e9es de marche de l&#8217;oasis de Syouah. Il y fonda une zaouia qui fut bient\u00f4t la p\u00e9pini\u00e8re d&#8217;un nombre consid\u00e9rable de ses adeptes, qu&#8217;il envoya comme missionnaires dans tout le centre de l&#8217;Afrique. Il mourut en 1859, apr\u00e8s avoir op\u00e9r\u00e9 d&#8217;innombrables conversions \u00e0 l&#8217;islamisme dans tout le nord du continent africain, et avoir affili\u00e9 \u00e0 son ordre tous ou presque tous les chefs soudaniens, depuis la Tripolitaine jusqu&#8217;au Ouada\u00ef, dont le sultan s&#8217;est proclam\u00e9 son disciple. Si-Snoussi est enterr\u00e9 \u00e0 Djer-Boub. Son tombeau est devenu un lieu de p\u00e8lerinage si important, qu&#8217;on nomme aujourd&#8217;hui cette oasis plac\u00e9e en plein d\u00e9sert, Mekka-el-Seghira, la Petite-Mecque.<\/p>\n<p>Si-Snoussi laissa sa succession \u00e0 son fils Cheickh-el-Mahdi, qui \u00e9tait bien jeune au moment o\u00f9 il perdit son p\u00e8re, mais qui trouva dans les hommes remarquables que ce dernier avait r\u00e9unis autour de lui, des conseillers et des appuis qui lui permirent de poursuivre, quelques ann\u00e9es plus tard, l\u2019\u0153uvre entreprise, \u0153uvre immense et telle, qu&#8217;il ne s&#8217;en est peut-\u00eatre pas encore pr\u00e9sent\u00e9e de semblable depuis l&#8217;\u00e9tablissement de l&#8217;Islam.<\/p>\n<p>Cheikh-el-Mahdi est le v\u00e9ritable chef des Snoussya, mais il est second\u00e9 dans sa mission par son fr\u00e8re Si-Mohammed Ch\u00e9rif, qui est comme lui un homme d&#8217;une intelligence exceptionnelle. Si-Mohammed Ch\u00e9rif est plus particuli\u00e8rement charg\u00e9 de la direction de la zaouia de Djer-Boub. El-Mahdi reste le grand directeur politique g\u00e9n\u00e9ral, assist\u00e9 de son conseil.<\/p>\n<p>Dans le monde musulman, El-Mahdi jouit d&#8217;un immense prestige. Son nom, Son \u00e2ge, le pr\u00e9sentent comme devant \u00eatre le Mahdi qui, d&#8217;apr\u00e8s d&#8217;anciennes pr\u00e9dictions, doit r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le monde et le soumettre tout entier \u00e0 la loi du Koran. Ces pr\u00e9dictions fixent une \u00e9poque qui se rapporte \u00e0 celle o\u00f9 nous vivons. De plus, El-Mahdi passe pour poss\u00e9der certaines marques d\u00efstinctives, indiqu\u00e9es par la proph\u00e9tie comme devant se retrouver chez celui qui sera d\u00e9sign\u00e9 pour cette mission. Ses partisans assurent qu&#8217;il porte entre les deux \u00e9paules le signe noir, rond, qui existait \u00e0 la m\u00eame place chez Mo\u00efse, chez J\u00e9sus-Christ et chez Mahomet.<\/p>\n<p>El-Mahdi entretient soigneusement ces bruits. Il ne se montre presque jamais en public. On raconte que les p\u00e8lerins les plus consid\u00e9rables ne sont pas m\u00eame admis en sa pr\u00e9sence. Ils sont re\u00e7us, soit par son fr\u00e8re, soit par un moqaddem que l&#8217;on a choisi \u00e0 cet effet, parce qu&#8217;il pr\u00e9sente certains traits de ressemblance ext\u00e9rieure avec le cheikh.<\/p>\n<p>A ceux qui parviennent \u00e0 le voir, El-Mahdi n&#8217;adresse que quelques paroles pieuses et les entrevues ne durent que peu de minutes. La proph\u00e9tie relative au \u00ab Ma\u00eetre de l&#8217;heure \u00bb dit que le Mahdi annonc\u00e9 doit avoir le bras droit assez long pour que la main tombe au-dessous du genou. Quand El-Mahdi consent \u00e0 recevoir un p\u00e8lerin, il garde toujours sa main droite dans sa poitrine, pour laisser supposer au visiteur qu&#8217;il remplit la condition impos\u00e9e par la proph\u00e9tie.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, il faut une pers\u00e9v\u00e9rance dont peu de gens sont capables pour p\u00e9n\u00e9trer jusqu&#8217;au Cheikh-el-Snoussi. Le visiteur est promen\u00e9 pendant des semaines enti\u00e8res de zaouia en zaouia, et soumis \u00e0 une surveillance rigoureuse pour que les chefs snoussya soient bien certains de la puret\u00e9 de sa doctrine et aussi de ses v\u00e9ritables intentions vis-\u00e0-vis du Mahdi.<\/p>\n<p>Avant d&#8217;examiner quelles sont les forces actuelles des Snoussya, disons quelques mots de leur doctrine, dans laquelle la politique et la religion sont si \u00e9troitement m\u00eal\u00e9es, qu&#8217;elles ne forment qu&#8217;un ensemble.<\/p>\n<p>Nous avons dit que le but constant de l&#8217;Islam avait \u00e9t\u00e9 la constitution de l&#8217;Imamat universel, c&#8217;est-\u00e0-dire la th\u00e9ocratie panislamique. Le chef doit \u00eatre le pr\u00eatre, et par pr\u00eatre les musulmans entendent celui qui domine tous les autres par sa saintet\u00e9 personnelle et sa connaissance approfondie des livres saints, de leurs commentateurs et de la tradition.<\/p>\n<p>Ces principes sont ceux qui forment la base de la doctrine de tous les ordres religieux dont nous avons parl\u00e9. Ce sont ceux qui r\u00e9sument les th\u00e9ories des Soufi, c&#8217;est-\u00e0-dire des sages musulmans. Les Snoussya n&#8217;en pr\u00e9conisent point d&#8217;autres, seulement ils ont organis\u00e9 pour les r\u00e9pandre une propagande qui d\u00e9passe, en effet, tout ce qui s&#8217;est r\u00e9alis\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>En effet, si l&#8217;on prend les \u00e9crits du fondateur de la confr\u00e9rie et d&#8217;apr\u00e8s ce que l&#8217;on sait de l&#8217;enseignement donn\u00e9 dans les zaouia, les Snoussya ne recommandent pas autre chose que la pure doctrine du Koran d\u00e9pouill\u00e9e de toutes les superf\u00e9tations dont on s&#8217;est plu \u00e0 l&#8217;orner jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent. Ils affichent la pr\u00e9tention de ramener les musulmans aux pratiques des premiers si\u00e8cles de l&#8217;Islam, d&#8217;o\u00f9 il r\u00e9sulte qu&#8217;ils reprennent la doctrine de l&#8217;Imamat universel en politique.<\/p>\n<p>Pour arriver aux r\u00e9sultats qu&#8217;ils se proposent, les Snoussya affectent de d\u00e9clarer qu&#8217;ils repoussent tout proc\u00e9d\u00e9 violent. Ils poursuivent leur route, lentement, s\u00fbrement comme des gens certains de parvenir \u00e0, leur but et comme s&#8217;ils \u00e9taient absolument d\u00e9tach\u00e9s&#8217; des choses temporelles.<\/p>\n<p>Cette affectation de ne s&#8217;occuper que des questions exclusivement religieuses est la base m\u00eame de la tactique des Snoussya. Ils ne s&#8217;en sont jamais \u00e9cart\u00e9 et ils ont m\u00eame repouss\u00e9 toutes les avances qui leur ont \u00e9t\u00e9 faites de se m\u00ealer \u00e0 la politique active.<\/p>\n<p>Ainsi, il est officiel qu&#8217;ils ont r\u00e9sist\u00e9 aux propositions qui leur ont \u00e9t\u00e9 faites par le gouvernement allemand de se pr\u00eater \u00e0 un mouvement insurrectionnel contre les Fran\u00e7ais en Alg\u00e9rie. Jamais le Cheikh-el-Mahdi ne voulut voir personnellement l&#8217;agent prussien Gh\u00e9rard Rolhfs, qui cherchait \u00e0 l&#8217;entra\u00eener dans une campagne contre la France. Les Italiens n&#8217;ont pas mieux r\u00e9ussi quand, apr\u00e8s l&#8217;occupation de la Tunisie par les Fran\u00e7ais, ils ont cherch\u00e9 \u00e0 nous susciter des d\u00e9sagr\u00e9ments dans la R\u00e9gence. Les Snoussya ont toujours affect\u00e9 de se tenir en dehors des comp\u00e9titions des nations europ\u00e9ennes, se renfermant, disaient-ils dans leur situation de simples religieux.<\/p>\n<p>Bien plus, ils n&#8217;ont pas voulu intervenir en \u00c9gypte au moment de la manifestation \u00e0 la t\u00eate de laquelle se trouvait Arabi-Pacha. N&#8217;avaientils pas de confiance dans Arabi, ou \u00e9taient-ils pouss\u00e9s par d&#8217;autres motifs ? C&#8217;est ce que nous ignorons, mais leur influence ne s&#8217;est nullement fait sentir en \u00c9gypte \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<p>Nous verrons un peu plus loin quelle a \u00e9t\u00e9 l&#8217;attitude des Snoussya dans le soul\u00e8vement du Soudan ; mais auparavant constatons que, s&#8217;ils se sont toujours tenus \u00e0 l&#8217;\u00e9cart des insurrections de l&#8217;Alg\u00e9rie, les r\u00e9volt\u00e9s, apr\u00e8s leur d\u00e9faite, ont toujours trouv\u00e9 un asile chez eux. En outre, ils ont toujours encourag\u00e9 les musulmans qui vivent sous la domination des chr\u00e9tiens \u00e0 \u00e9migrer et \u00e0 quitter un pays o\u00f9 ils se trouvent dans des conditions religieuses qu&#8217;ils d\u00e9clarent insoutenables pour les bons et vrais croyants.<\/p>\n<p>On peut, sans crainte de se tromper, attribuer \u00e0 l&#8217;influence des Snoussya, une grande part dans l&#8217;\u00e9migration consid\u00e9rable qui se produisit en Tunisie aussit\u00f4t apr\u00e8s l&#8217;occupation fran\u00e7aise. Plus de deux cent mille Tunisiens pass\u00e8rent \u00e0 cette \u00e9poque en Tripolitaine, et quoi qu&#8217;on en ait dit, ils n&#8217;appartenaient pas tous, bien loin de l\u00e0, \u00e0 des tribus nomades habitu\u00e9es \u00e0 changer de lieu de campement. Il y avait parmi eux des hommes consid\u00e9rables, de riches propri\u00e9taires. Nous n&#8217;en donnerons pour preuve que ce fait que dans plusieurs villes de l&#8217;int\u00e9rieur, les services administratifs de l&#8217;arm\u00e9e d&#8217;occupation ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s dans des maisons abandonn\u00e9es par des dissidents, et ces maisons sont peut-\u00eatre les mieux construites et les plus confortables de ces villes.<\/p>\n<p>Pour augmenter leur influence dans le monde musulman et chercher \u00e0 concentrer \u00e0 leur profit le mouvement des diff\u00e9rentes confr\u00e9ries, les Snoussya ont tent\u00e9 de les rallier autour d&#8217;eux. Leur fondateur affirmait \u00eatre affili\u00e9 \u00e0 quarante congr\u00e9gations chez les saints desquels il allait, d&#8217;ailleurs, chercher des appuis pour ses th\u00e9ories et ses doctrines.<\/p>\n<p>Par cette man\u0153uvre d&#8217;une incontestable habilet\u00e9, les khouan d&#8217;une confr\u00e9rie quelconque peuvent se faire affilier aux Snoussya, non-seulement sans renier aucune de leurs doctrines particuli\u00e8res, mais encore sans m\u00eame changer leurs oraisons sp\u00e9ciales. Seuls les khouan appartenant \u00e0 des congr\u00e9gations ferm\u00e9es, comme celle des tidjanya peuvent \u00e9chapper \u00e0 cette absorption. C&#8217;est la principale raison qui fait prot\u00e9ger les tidjanya par le gouvernement fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Les snoussya peuvent se reconna\u00eetre \u00e0 leur attitude pendant la pri\u00e8re, ils se tiennent les bras crois\u00e9s sur la poitrine, le poignet gauche pris entre le pouce et l&#8217;index de la main droite.<\/p>\n<p>En outre, ils doivent porter leur chapelet et ne pas se le suspendre au cou.<\/p>\n<p>Le dikr ou la r\u00e9citation quotidienne, se compose de quatre formules religieuses dans le genre de celles dont nous avons donn\u00e9 le texte pour les autres confr\u00e9ries et qu&#8217;on r\u00e9p\u00e8te soit quarante, soit cent fois de suite \u00e0 de certains moments de la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>En outre, les prescriptions de l&#8217;ordre interdisent aux adeptes de danser, de chanter, de fumer, de priser et de prendre du caf\u00e9.<\/p>\n<p>La puissance des Snoussya d\u00e9passe certainement l&#8217;id\u00e9e que peuvent s&#8217;en faire les Europ\u00e9ens. Sans contredit, l&#8217;autorit\u00e9 du Cheikh-el-Mahdi est plus grande aujourd&#8217;hui que celle du Sultan et se fait sentir depuis la Chine jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;Atlantique et jusqu&#8217;au centre de l&#8217;Afrique. Les zaouia o\u00f9 s&#8217;enseigne sa doctrine se comptent par centaines, et plusieurs d&#8217;entre elles constituent des agglom\u00e9rations importantes au milieu desquelles s&#8217;\u00e9l\u00e8vent des monuments de premier ordre. La mosqu\u00e9e de Djer-Boub est d\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bre dans toute l&#8217;Afrique par le luxe des mat\u00e9riaux employ\u00e9s \u00e0 sa construction.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que r\u00e9side le Cheikh-el-Mahdi, c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il re\u00e7oit des renseignements de tous les points du monde musulman et qu&#8217;il dirige le grand mouvement panislamique. Des courriers sp\u00e9ciaux mont\u00e9s sur des meharinhedjin, ces admirables chameaux du d\u00e9sert avec lesquels on peut faire chaque jour plus de cent kilom\u00e8tres pendant une semaine sans les fatiguer, relient Djer-Boub \u00e0 l\u2019\u00c9gypte, \u00e0 la Tripolitaine, \u00e0 Benghazi, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;Afrique. Du Ouada\u00ef, le Cheikh-el-Mahdi pourrait faire sortir en quelques semaines une arm\u00e9e dix fois plus forte et plus ardente que celle qui a \u00e9cras\u00e9 les Anglais et les \u00c9gyptiens dans le Soudan, et on assure que ses zaouia renferment assez d&#8217;armes \u00e0 tir rapide et de munitions pour en faire des troupes redoutables pour une puissance europ\u00e9enne quelconque.<\/p>\n<p>Cheikh-el-Mahdi a un repr\u00e9sentant \u00e0 Paris. C&#8217;est un juif, ou tout au moins le repr\u00e9sentant d&#8217;une maison juive. Il est tenu, par ce moyen, au courant de tous les mouvements de la politique fran\u00e7aise et europ\u00e9enne. Gr\u00e2ce \u00e0 ce m\u00eame agent, il fait acheter en Europe les objets dont il pense avoir besoin. Nous croyons savoir qu&#8217;en 1885, il a notamment fait faire l&#8217;emplette \u00e0 Paris d&#8217;une superbe tente qui lui a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9e \u00e0 DjerBoub.<\/p>\n<p>Si l&#8217;influence des Snoussya est consid\u00e9rable dans le monde musulman, elle est absolue dans la portion de l&#8217;Afrique septentrionale qui ob\u00e9it ou est cens\u00e9e ob\u00e9ir au Sultan deConstantinople. En 1884 ou 1885, le gouvernement d&#8217;YldyzKiosk s\u00e9para la Tripolitaine en deux gouvernements distincts, celui de la Tripolitaine et celui de la Cyr\u00e9na\u00efque. C&#8217;est dans ce dernier que se trouve l&#8217;oasis de Djer-Boub, mais le v\u00e9ritable souverain n&#8217;est pas le Sultan, mais bien le Cheikh-el-Mahdi.<\/p>\n<p>Le gouverneur turc de Benghasi, qui \u00e9tait en 1885 un fonctionnaire du nom de Hadji-RachidPacha, \u00e9tait affili\u00e9 aux snoussya et pratiquait dans la plus large mesure le pr\u00e9cepte des khouan, \u00ab ob\u00e9is \u00e0 ton cheikh avant tout autre souverain. \u00bb<\/p>\n<p>Tous les membres du Conseil administratif de Benghasi sont dans le m\u00eame cas. Par un dernier reste de condescendance, la justice se rend encore \u00e0 Benghasi au nom du Sultan de Constantinople, mais \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la ville, le nom du Sultan a disparu et les magistrats ne prononcent que d&#8217;apr\u00e8s le Coran et la Sunna.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte de cette influence des Snoussya que la ferveur religieuse est pouss\u00e9e \u00e0 Benghasi jusqu&#8217;\u00e0 ce point, qu&#8217;\u00e0 de certains moments la circulation y serait dangereuse pour les chr\u00e9tiens. La France poss\u00e8de dans cette ville perdue au milieu de l&#8217;Islam un vice-consul, M. Eug\u00e8ne Ricard, un des hommes qui connaissent le mieux l&#8217;Afrique et les musulmans. Quelle que soit l&#8217;estime, bien justifi\u00e9e du reste, dont il est l&#8217;objet de la part des indig\u00e8nes, sa qualit\u00e9 de chr\u00e9tien l&#8217;oblige parfois \u00e0 rester de longues semaines sans se montrer en public, pour ne pas risquer d&#8217;amener une manifestation de la part de quelques-uns de ces croyants fanatis\u00e9s revenant d&#8217;un, p\u00e8lerinage \u00e0 la Petite-Mecque, et allant porter les paroles du nouveau proph\u00e8te aux quatre coins du monde musulman.<\/p>\n<p>Lorsque les Europ\u00e9ens apprirent le soul\u00e8vement des musulmans du Soudan, il circula \u00e0 ce moment dans les journaux une foule d&#8217;histoires qui ne prouvaient absolument que la fertilit\u00e9 de l&#8217;imagination des \u00e9crivains qui les avaient invent\u00e9es.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, on ne sait pas encore au juste ce qui a \u00e9t\u00e9 la cause d\u00e9terminante de ce mouvement, et les Anglais eux-m\u00eames qui n&#8217;ont pas cependant m\u00e9nag\u00e9 l&#8217;argent pour se renseigner, n&#8217;ont pu recueillir que des documents absolument contradictoires.<\/p>\n<p>Nous n&#8217;avons pas la pr\u00e9tention d&#8217;en savoir beaucoup plus long que les autres, aussi nous bornerons-nous \u00e0 raconter ce que nous savons.<\/p>\n<p>Mohammed-Achmed, qu&#8217;on a appel\u00e9 le Mahdi du Soudan, appartenait \u00e0 la secte de Qaderya, \u00e0 laquelle sont affili\u00e9es beaucoup de musulmans \u00e9gyptiens et en particulier presque tous les mariniers du Nil. Apr\u00e8s ses premiers succ\u00e8s dans le Fezzan, quelques marabouts du pays profitant de l&#8217;approche du moment d\u00e9sign\u00e9 par les proph\u00e9ties arabes pour l&#8217;apparition du Moul-elS\u00e2a (le ma\u00eetre de l&#8217;heure), qui doit venir r\u00e9tablir l&#8217;empire musulman, cherch\u00e8rent \u00e0 lui attribuer ce r\u00f4le providentiel.<\/p>\n<p>Il est probable, bien que nous n&#8217;en ayons pas la preuve \u00e9crite et que nous soyons oblig\u00e9s en cela de nous contenter des renseignements oraux qui nous ont \u00e9t\u00e9 fournis,que les chefs de certains ordres religieux musulmans, jaloux de l&#8217;influence toujours, grandissante du Cheikh-el-Snoussi ne furent pas f\u00e2ch\u00e9s de voir se dresser devant lui, dans cette Afrique o\u00f9 il semblait r\u00e9gner en ma\u00eetre, un rival qui pourrait ruiner son influence.<\/p>\n<p>Quoi qu&#8217;il en soit, les premiers succ\u00e8s de Mohammed Achmed ne furent pas vus d&#8217;un tr\u00e8s bon \u0153il par le grand conseil de Djer Boub. Les Snoussya se tinrent longtemps sur la r\u00e9serve. Il y eut ensuite des pourparlers, des discussions et finalement sans le reconna\u00eetre pour le Mahdi et encore moins pour leMoul el S\u00e2a, les snoussya voulurent bien conc\u00e9der \u00e0 Mohammed Achmed le titre de \u00ab Ch\u00e9rif du Soudan \u00bb, mais sans vouloir aller au-del\u00e0.<\/p>\n<p>Il faut croire que Mohammed Achmed f\u00eet sa soumission et consentit \u00e0 cet arrangement, car en 1885 nous voyons les Snoussya beaucoup plus sympathiques au mouvement soudanien sans pourtant se prononcer d&#8217;une fa\u00e7on cat\u00e9gorique.<\/p>\n<p>Cependant, en avril 1885, une sorte de concile (hadra) auquel assistaient des cheikh Qaderya, Snoussya, Chadelya et des membres influents d&#8217;autres confr\u00e9ries religieuses se r\u00e9unirent \u00e0 Siouth et y proclam\u00e8rent la d\u00e9ch\u00e9ance du kh\u00e9dive d&#8217;Egypte.<\/p>\n<p>On comprend l&#8217;\u00e9motion que la nouvelle de cette d\u00e9cision causa dans le gouvernement anglo\u00e9gyptien qui fit tout son possible pour emp\u00eacher qu&#8217;elle se r\u00e9pand\u00eet. Des troupes furent envoy\u00e9es en toute h\u00e2te avec mission de s&#8217;emparer des cheikh, mais autant aurait valu saisir le sable, et quand on arriva, on ne trouva plus rien.<\/p>\n<p>Dans ces conditions on peut s&#8217;expliquer comment la nouvelle de la. mort de Mohammed Achmed n&#8217;a pas arr\u00eat\u00e9 le mouvement de l&#8217;invasion de l&#8217;Egypte par les musulmans. Pour la plus grande partie d&#8217;entre eux Mohammed Achmed n&#8217;\u00e9tait pas le v\u00e9ritable Mahdi. Ceux qui qnt persist\u00e9 \u00e0 croire \u00e0 sa mission ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tromp\u00e9s en apprenant sa mort. \u00ab Il para\u00eet bien que ce n&#8217;\u00e9tait pas le v\u00e9ritable Mahdi, puisqu&#8217;il n&#8217;a pas r\u00e9ussi. \u00bb Tel fut le raisonnement des musulmans et il n&#8217;en fut plus question.<\/p>\n<p>Depuis ce moment il n&#8217;y a plus qu&#8217;un Mahdi, celui de Djer-Boub, et nous le r\u00e9p\u00e9tons, sa puissance morale et mat\u00e9rielle est de celles avec lesquelles doivent compter les gouvernements europ\u00e9ens. Il est bien certain qu&#8217;en ce moment le Cheikh Si-Snoussi ne songe pas \u00e0 porter la guerre en Europe, mais toutes les nations qui sont en contact avec l&#8217;Islam doivent surveiller avec soin ce danger qui se l\u00e8ve dans les d\u00e9serts de la Cyr\u00e9na\u00efque.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re les Snoussia en effet se trouvent deux cents millions d&#8217;hommes, deux cents millions de croyants qui au fond partagent toutes leurs doctrines sur l&#8217;interpr\u00e9tation stricte du Coran et en faveur de l&#8217;Imamat universel, c&#8217;est-\u00e0-dire du monde soumis \u00e0 la th\u00e9ocratie musulmane.<\/p>\n<p><strong><em>Auteur: Marc Fournel <\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>Extrait de son livre: La Tunisie \u2013 le christianisme &amp; l\u2019Islam dans l\u2019Afrique septentrionale \u2013 1880<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Source: https:\/\/gallica.bnf.fr \u2013 Biblioth\u00e8que nationale de France<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Snoussya La confr\u00e9rie des Snoussya a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e en 1835 par Si-Mohammed-ben-Ali-ben-\u00e8s-Snoussi, qui vint au monde en Alg\u00e9rie, pr\u00e8s de Mostaganem, en 1792. 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