{"id":1465,"date":"2019-01-12T04:34:49","date_gmt":"2019-01-12T04:34:49","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=1465"},"modified":"2020-10-18T15:29:35","modified_gmt":"2020-10-18T13:29:35","slug":"la-tunisie-francaise-le-golf-de-carthage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2019\/01\/12\/la-tunisie-francaise-le-golf-de-carthage\/","title":{"rendered":"La Tunisie fran\u00e7aise: le golf de Carthage"},"content":{"rendered":"<p>En partant pour L&#8217;Afrique, un savant me demanda des fossiles ; un autre plus aimable, des fleurs ; un ami, des vieux meubles.<\/p>\n<p>Seule, la s\u0153ur de ma m\u00e8re, Madame de Blowitz, femme d&#8217;esprit et de c\u0153ur qui go\u00fbte vivement les correspondances de son mari et qui aime La Bruy\u00e8re, me demanda des portraits.<\/p>\n<p>J&#8217;ai suivi le conseil de ma tante. J&#8217;ai laiss\u00e9 aux rochers leurs fossiles, aux prairies leur parure, aux marchands leurs bibelots, et je me suis attach\u00e9 dans mon long s\u00e9jour en Tunisie \u00e0 peindre avec exactitude, sinon avec talent, quelques figures fran\u00e7aises int\u00e9ressantes, quelques types indig\u00e8nes curieux \u00e0 esquisser, quelques silhouettes de villes et de fermes.<\/p>\n<p>Ces tableaux et ces esquisses forment ce livre.<\/p>\n<p>Dans un premier ouvrage, j&#8217;ai signal\u00e9 l\u2019\u00e9croulement d&#8217;un puissant Empire, le Maroc, du fait d&#8217;un Gouvernement corrompu.<\/p>\n<p>Dans cette nouvelle \u00e9tude, je constate le rel\u00e8vement d&#8217;un autre grand \u00c9tat africain, la Tunisie, sous l&#8217;action civilisatrice de la France.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: center;\">LE GOLFE DE CARTHAGE<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s avoir franchi le cap de Sidi Bou Sa\u00efd, le navire p\u00e9n\u00e8tre dans la rade de la Goulette, au c\u0153ur de l&#8217;ancien golfe de Carthage.<\/p>\n<p>On se trouve en pr\u00e9sence d&#8217;un splendide panorama. Sur les bords de cette mer immense et paisible, s&#8217;\u00e9l\u00e8vent en amphith\u00e9\u00e2tre : les coteaux de Gorb\u00e8s, les montagnes hardiment d\u00e9coup\u00e9es de l&#8217;Hammam, l&#8217;Enf, les cimes alti\u00e8res du Bou Kernein et du Djebel Ressas, avec leurs teintes sombres et enchanteresses ; le lac bleu de El Bahira au fond duquel se d\u00e9tachent les blanches murailles de Tunis ; les bastions de La Goulette et les citernes de Carthage, au milieu des jardins verdoyants des palais musulmans.<\/p>\n<p>Si l&#8217;\u0153il du voyageur est vivement frapp\u00e9 par les beaut\u00e9s incomparables du Golfe, combien son esprit est-il encore plus vivement impressionn\u00e9 par les souvenirs qu&#8217;il rappelle !<\/p>\n<p>L\u00e0 s&#8217;\u00e9tendait la Carthage punique qui, avec ses 700,000 habitants, ses Suff\u00e8tes, sa marine et sa puissance, a balanc\u00e9 un moment la fortune de Rome. Dans son vieux <em>cothon<\/em>, port aujourd&#8217;hui ensabl\u00e9, Hannon s&#8217;\u00e9tait embarqu\u00e9 six si\u00e8cles avant notre \u00e8re et avait, dans son immortel p\u00e9riple, tourn\u00e9 la Mauritanie Tingitane (Le Maroc) et atteint la Guin\u00e9e ; R\u00e9gulus, victime de la foi jur\u00e9e, y avait abord\u00e9 pour recevoir la mort ; Annibal en \u00e9tait parti pour conqu\u00e9rir l&#8217;Italie.<\/p>\n<p>Les fastes de la M\u00e9tropole Chr\u00e9tienne ne sont pas moins \u00e9clatants. C&#8217;est \u00e0 Carthage que Saint-Augustin enseigna la rh\u00e9torique, que tonna Tertullien, que fut martyris\u00e9 son illustre \u00e9v\u00eaque Saint-Cyprien. A Carthage, si\u00e8ge du Primat d&#8217;Afrique, se tint un concile des 700 \u00e9v\u00eaques africains.<\/p>\n<p>Carthage aujourd&#8217;hui fran\u00e7aise rappelle \u00e0 la France l&#8217;histoire de ses glorieux enfants : Saint-Louis, mort de son d\u00e9vouement h\u00e9ro\u00efque sur un lit de cendres, \u00e0 l&#8217;endroit m\u00eame o\u00f9 la fable a plac\u00e9 le b\u00fbcher de Didon ; Saint-Vincent-de-Paule qui, deux ann\u00e9es captif volontaire en Tunisie, devait, par sa charit\u00e9, toucher le c\u0153ur des Musulmans.<\/p>\n<p>La Cit\u00e9 punique d\u00e9mantel\u00e9e et abandonn\u00e9e pendant des si\u00e8cles pr\u00e9sente n\u00e9anmoins des restes int\u00e9ressants de son antique splendeur : de grandes citernes, des vestiges de temples, des colonnes, des inscriptions relev\u00e9es et \u00e9tudi\u00e9es par nos savants.<\/p>\n<p>A proximit\u00e9 des ruines de Carthage, au pied de la colline Saint-Louis, s&#8217;\u00e9tend pr\u00e8s de la mer la ville de La Goulette, qui sert aujourd&#8217;hui de port \u00e0 la grande cit\u00e9 de Tunis. Un chemin de fer, qui tourne le lac El Bahira, relie les deux villes distantes de quatre lieues.<\/p>\n<p>En d\u00e9barquant \u00e0 La Goulette, un an avant l&#8217;occupation fran\u00e7aise, je vis tout d&#8217;abord, errant dans les rues, un for\u00e7at qui tra\u00eenait ses cha\u00eenes avec orgueil, c&#8217;\u00e9tait le plus ancien gal\u00e9rien de la R\u00e9gence ; on l&#8217;avait surnomm\u00e9 le doyen du bagne.<\/p>\n<p>Puis un moulin \u00e0 vent, qui ne marchait pas, malgr\u00e9 la brise.<\/p>\n<p>Enfin Si Sferaoui, haut fonctionnaire tunisien. On l&#8217;appelait \u00e0 La Goulette : Amiral. Je demandai \u00e0 Si Sferaoui o\u00f9 \u00e9taient ses b\u00e2timents : \u00ab A la campagne, \u00bb me r\u00e9pondit-il finement.<\/p>\n<p>Je revis Si Sferaoui quelque temps apr\u00e8s dans l&#8217;int\u00e9rieur du pays, on l&#8217;appelait alors : G\u00e9n\u00e9ral. Je le questionnai sur ses soldats. &#8211; Ses soldats \u00e9taient dans leurs foyers. &#8211;<\/p>\n<p>La Tunisie d&#8217;avant le Protectorat est dans ce tableau : une machine sans m\u00e9canicien, un gal\u00e9rien vaniteux, un Amiral G\u00e9n\u00e9ral sans flotte et sans soldats.<\/p>\n<p><strong><em>Ludovic Campou &#8211; Paris, 20 mai 1887.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>DU M\u00caME AUTEUR : &#8220;Un Empire qui croule&#8221; (le Maroc contemporain) 1886.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En partant pour L&#8217;Afrique, un savant me demanda des fossiles ; un autre plus aimable, des fleurs ; un ami, des vieux meubles. Seule, la s\u0153ur de ma m\u00e8re, Madame de Blowitz, femme d&#8217;esprit et de c\u0153ur qui go\u00fbte vivement les correspondances de son mari et qui aime La Bruy\u00e8re, me demanda des portraits. 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