{"id":1411,"date":"2019-01-11T10:19:38","date_gmt":"2019-01-11T10:19:38","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=1411"},"modified":"2020-10-18T15:57:02","modified_gmt":"2020-10-18T13:57:02","slug":"la-tunisie-francaise-la-ville-de-tunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2019\/01\/11\/la-tunisie-francaise-la-ville-de-tunis\/","title":{"rendered":"La Tunisie fran\u00e7aise: la ville de tunis"},"content":{"rendered":"<p>Tunis la blanche, Tunis la sainte, type encore intact de la ville arabe du Moyen Age. Elle s&#8217;\u00e9tend sur le penchant doux d&#8217;une colline dont la t\u00eate est couronn\u00e9e par la Kasbah (Forteresse). Elle montre ses remparts \u00e9difi\u00e9s par les esclaves, ses fortifications qui remontent \u00e0 Charles-Quint. Elle sort de son manteau blanc ses minarets bruns, \u00e9lanc\u00e9s, fins et gracieux. Elle a ses labyrinthes inextricables, ses bazars s\u00e9par\u00e9s, ses palais myst\u00e9rieux.<\/p>\n<p>On p\u00e9n\u00e8tre dans la cit\u00e9 musulmane par la rue Sidi Morgiani. Sur les c\u00f4t\u00e9s de cette rue, quelques boutiques de marchands europ\u00e9ens, la petite \u00e9glise des Franciscains italiens ; en haut, le coll\u00e8ge Sadiki.<\/p>\n<p>Ce coll\u00e8ge fond\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral Kheir Eddine pour le d\u00e9veloppement de l&#8217;instruction chez les Tunisiens, est aujourd&#8217;hui sous la haute et habile direction d&#8217;un Fran\u00e7ais, arabisant distingu\u00e9, M. Machuel. Un savant modeste, excellent professeur de math\u00e9matiques, M. Eymon, me le fit visiter en d\u00e9tail. Les \u00e9l\u00e8ves sont tous musulmans, l&#8217;instruction y est donn\u00e9e gratuitement ; Kheir Eddine ayant eu le soin d&#8217;affecter \u00e0 l&#8217;entretien du coll\u00e8ge les revenus de plusieurs biens religieux.<\/p>\n<p>Tous les Arabes y apprennent la langue fran\u00e7aise, qu&#8217;ils parlent avec beaucoup d&#8217;\u00e9l\u00e9gance, l&#8217;histoire de la France et de la R\u00e9gence, la g\u00e9ographie, le Coran et les sciences exactes. C&#8217;est dans ce dernier genre d&#8217;\u00e9tudes qu&#8217;ils excellent, et plusieurs d&#8217;entre eux continuent leur \u00e9ducation scientifique pour arriver aux \u00c9coles de Paris.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, riche ou pauvre, qu&#8217;il ait pass\u00e9 ou non par l&#8217;\u00e9cole, le Tunisien est calculateur. J&#8217;ai entendu souvent les meskins (Pauvres) de Tunis r\u00e9capituler dans la soir\u00e9e les principaux chefs de d\u00e9pense de leur journ\u00e9e : deux sous d&#8217;huile, quatre de pain ou l&#8217;inverse suivant leurs besoins.<\/p>\n<p>Le meskin de Tunis est <em>un hamel<\/em> (Portefaix), homme de peine, man\u0153uvre ; il gagne sa vie comme il peut. Il est sobre : un verre d&#8217;eau en se r\u00e9veillant, un peu de galette d&#8217;orge cuite sous la cendre \u00e0 midi, un peu de couscous le soir, forment sa nourriture. Il mange de la viande une fois par an pour la f\u00eate, du mouton. Les l\u00e9gumes lui sont inconnus. Quand il fait chaud il prend pour une caroube (Quatre centimes) deux douzaines de figues d&#8217;Inde. S&#8217;il est gourmet, il ach\u00e8te de l\u2019huile ; s&#8217;il est gourmand un g\u00e2teau. Pour f\u00eater un ami ou lui faire une politesse, il le m\u00e8ne \u00e0 la maison dor\u00e9e du meskin, \u00ab au loukanda Couscous\u00a0\u00bb o\u00f9 on leur sert pour vingt-cinq centimes une grande assiette de couscous perfectionn\u00e9, poivr\u00e9 et piment\u00e9.<\/p>\n<p>Le meskin d\u00e9pense peu pour sa nourriture ; il ne d\u00e9pense rien pour son logement et son habillement. En \u00e9t\u00e9, il a pour tout v\u00eatement une chemise blanche, un pantalon bleu; il dort sur la place publique. En hiver, il se drape dans un burnous grossier et couche dans un hangar sur une natte.<\/p>\n<p>Le meskin a une id\u00e9e fixe. Il aspire \u00e0 devenir employ\u00e9 \u00e0 gages (trente ou quarante francs par mois) comme marmiton, chez les europ\u00e9ens, comme concierge chez les puissants de l&#8217;Islam.<\/p>\n<p>Ses revenus augmentant, le meskin devient alors plus exigeant, plus amoureux du confortable ; il demande un lit \u00e0 son ma\u00eetre et, n&#8217;en connaissant pas l&#8217;usage, il place le traversin sous ses pieds ; il ach\u00e8te un poignard, une ceinture de flanelle, un saindouk, petite caisse en bois avec gros cadenas pour y serrer ses v\u00eatements de rechange ; il arbore le turban, met quelques poivrons de plus dans son couscous, boit un verre d&#8217;huile \u00e0 chaque repas et fait l&#8217;acquisition de bol\u00e9ras, pantoufles jaunes, qu&#8217;il a bien soin de porter sous son bras et de ne jamais chausser, de peur de les user.<\/p>\n<p>Les meskins sont fr\u00e9quents \u00e0 Tunis ; les employ\u00e9s y sont plus rares.<\/p>\n<p>D\u00e8s la rue Sidi Morgiani commencent les bazars de la ville. Il y a le bazar des \u00e9toffes, celui des parfums, celui des armes. Tous les magasins renfermant le m\u00eame article sont r\u00e9unis dans un m\u00eame quartier.<\/p>\n<p>Ces rues \u00e9troites, tortueuses, couvertes d&#8217;une toiture l\u00e9g\u00e8re, sont bord\u00e9es \u00e0 droite et \u00e0 gauche d&#8217;\u00e9choppes microscopiques tenues par les Maures.<\/p>\n<p>Les marchands de Tunis descendent des Andalous ; ils sont bien v\u00eatus, doux, gras, eff\u00e9min\u00e9s, fort habiles pour la vente. Ils n&#8217;ont pas de devanture \u00e9clatante et ignorent la r\u00e9clame ; ils se tiennent gravement dans leur boutique, se contentant d&#8217;\u00e9taler, dans un espace fort \u00e9troit, leurs riches tissus et leurs beaux tapis. Les tapis seuls ont du m\u00e9rite et sont du pays. Les armes de luxe, les cuivres ouvr\u00e9s, les burnous m\u00eames, sont souvent de provenance \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n<p>Un de mes amis, fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9, voulut envoyer \u00e0 sa famille quelques souvenirs de Tunis ; il fit l&#8217;acquisition d&#8217;une \u00e9p\u00e9e, d\u2019un br\u00fble-parfum et d&#8217;un burnous.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9p\u00e9e venait de Beyrouth ; le br\u00fble-parfum de Perse ; le burnous de Lyon.<\/p>\n<p>Cependant le Tunisien est artiste et il a instinctivement le talent de manier les couleurs. Il m\u00e9lange le rouge, le blanc, le vert, le noir, les nuances les plus vives, les plus tranch\u00e9es, les plus dissemblables avec un go\u00fbt tr\u00e8s s\u00fbr, sans jamais heurter l&#8217;\u0153il.<\/p>\n<p>On peut constater cette remarquable aptitude dans leurs \u00e9toffes, dans leur pavage en mosa\u00efques, dans leur habillement. II est regrettable que la religion leur d\u00e9fende de figurer l&#8217;homme ou les animaux dans leurs dessins, car ils seraient devenus des peintres de m\u00e9rite. Cette d\u00e9fense a amen\u00e9 chez le Tunisien un engourdissement de l&#8217;\u0153il bizarre. Quand on lui montre un tableau, une photographie, il ne reconnait jamais le sujet, il le regarde en sens contraire, et demande si c&#8217;est un lion quand c&#8217;est un homme, une femme quand c&#8217;est un paysage.<\/p>\n<p>Les habitants du Sud de la R\u00e9gence, qui ont toujours pass\u00e9 pour h\u00e9r\u00e9tiques, enfreignent le Coran et peignent le chameau sur leurs couvertures de laine. Un triangle repr\u00e9sente la bosse, deux barres les jambes, un losange la t\u00eate, le tout en rouge; un fond de laine blanche signifie les p\u00e2turages de l&#8217;oasis.<\/p>\n<p>C&#8217;est le matin vers les dix heures que r\u00e8gne dans les bazars la plus grande animation ; le riche y coudoie le meskin ; le campagnard qui arrive de l&#8217;int\u00e9rieur, le teint br\u00fbl\u00e9, la t\u00eate couverte d&#8217;un immense chapeau de paille, se rend au march\u00e9 des selles ; le Marocain de passage va acheter un cierge pour l&#8217;apporter, en souvenir de son p\u00e8lerinage, sur la tombe d&#8217;un saint v\u00e9n\u00e9r\u00e9 ; le citadin se rend au bazar des parfums ; le dellali (Crieur public), s&#8217;avance annon\u00e7ant le dernier prix des ench\u00e8res; le juif au turban noir (Le Juif n&#8217;a pas le droit de porter au turban les couleurs du Proph\u00e8te : le vert qui est consacr\u00e9 aux Sh\u00e9riffs ou descendants de Mahomet, le blanc qui est r\u00e9serv\u00e9 aux simples Musulmans), \u00e0 la longue barbe n\u00e9glig\u00e9e, jette un coup d&#8217;\u0153il sur les objets de bonne prise. Quelques servantes voil\u00e9es font les provisions de bouche. A midi, les rues sont vides, les magasins ferm\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme au temps de L\u00e9on l&#8217;Africain, les parfumeurs sont les derniers \u00e0 fermer boutique ; il se trouve toujours, en effet, quelque mari galant en retard qui d\u00e9sire apporter un flacon d&#8217;essence de rose ou de jasmin \u00e0 la pauvre recluse du logis. Les parfumeurs, plus calmes encore que les autres marchands, sont assis gravement au milieu de leurs extraits, la figure p\u00e2le, jaunet prenant le ton blafard des cierges qui les encadrent. Si on n&#8217;entendait quelques chiffres de piastres sortir par moments de leurs bouches impassibles, on les prendrait facilement pour des momies embaum\u00e9es. Seuls, l&#8217;apr\u00e8s-midi, les selliers, les tanneurs et les cordonniers continuent leurs travaux ainsi que les menuisiers.<\/p>\n<p>Les selles de Tunis jouissent d&#8217;une grande r\u00e9putation. Les \u00e9triers larges sont souvent en argent massif; le pommeau de la selle en saillie allong\u00e9e est recouvert, ainsi que le corps de la selle, de riches tapis. Les selliers de Tunis sont de haute lign\u00e9e et, loin de d\u00e9roger, en s&#8217;occupant de ces travaux manuels, ils y gagnent gloire et profit.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s des bazars, dans des ruelles courbes et \u00e9troites, se trouvent les palais des grands seigneurs tunisiens, les logements des bourgeois et des riches marchands musulmans.<\/p>\n<p>Les rues n&#8217;ont pas de nom, les maisons sont priv\u00e9es de num\u00e9ros. Les indications que l&#8217;on vous donne pour y parvenir sont toujours des plus vagues. J&#8217;avais \u00e0 voir Si Abd-Ed-Selem qui habite le c\u0153ur de la cit\u00e9 arabe ; je demandai mon chemin aux passants ; ils me r\u00e9pondaient : \u00ab Continue dans cette direction, dans quelques minutes tu tourneras \u00e0 droite, puis \u00e0 gauche ; tu te trouveras en face d&#8217;une porte verte o\u00f9 il y a un n\u00e8gre, c&#8217;est la demeure de Si Abd-Ed-Selem. \u00bb Apr\u00e8s bien des t\u00e2tonnements, apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 \u00e0 bien des portes vertes et avoir interpell\u00e9 bien des n\u00e8gres, je trouvai la maison du personnage.<\/p>\n<p>L&#8217;ext\u00e9rieur du palais \u00e9tait s\u00e9v\u00e8re ; aucune fen\u00eatre sur la rue ; les apparences \u00e9taient modestes ; j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 agr\u00e9ablement surpris en voyant les beaut\u00e9s de l&#8217;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>L&#8217;antichambre, o\u00f9 se tiennent debout les domestiques, donne acc\u00e8s dans une cour o\u00f9 prennent jour les salons et les chambres. La cour est carr\u00e9e, elle est pav\u00e9e en marbre. Les murailles sont recouvertes, jusqu&#8217;\u00e0 la corniche, de carreaux verniss\u00e9s, orn\u00e9s de dessins anciens. Sur les c\u00f4t\u00e9s, de belles colonnes en marbre blanc supportent des arcades mauresques, gr\u00e2cieuses et l\u00e9g\u00e8res. A une extr\u00e9mit\u00e9, une fontaine encadr\u00e9e de pierres en mosa\u00efques.<\/p>\n<p>A droite, l&#8217;appartement des femmes ; en face, le logement du chef de famille, compos\u00e9 d&#8217;une grande salle, allong\u00e9e, \u00e9troite, dont les murs sont charg\u00e9s d&#8217;arabesques fines et dentel\u00e9es, et dont le plafond est form\u00e9 par des solives apparentes peintes \u00e0 l&#8217;arabe.<\/p>\n<p>L&#8217;ameublement est simple : quelques divans, des tapis anciens, de petites glaces qui ornent le tour de la pi\u00e8ce, plusieurs pendules \u00e0 sujets diff\u00e9rents, mais toujours arr\u00eat\u00e9es.<\/p>\n<p>Les pi\u00e8ces sont fra\u00eeches, gr\u00e2ce au mode de construction, au petit nombre d&#8217;ouvertures, \u00e0 l&#8217;\u00e9paisseur des murailles, et, malgr\u00e9 la chaleur de l&#8217;\u00e9t\u00e9, malgr\u00e9 le sirocco, la temp\u00e9rature y est toujours supportable.<\/p>\n<p>Abd-ed-Selem est le petit-fils du Khaznadar, autrefois vizir des Beys, et a h\u00e9rit\u00e9 de ses biens.<\/p>\n<p>Il se l\u00e8ve \u00e0 l&#8217;aube, court la ville la matin\u00e9e enti\u00e8re pour r\u00e9colter les nouvelles politiques et scandaleuses du lieu, rentre \u00e0 onze heures chez lui ; il d\u00e9je\u00fbne seul, jamais avec ses femmes, toujours ayant ses fils ; il d\u00e9je\u00fbne copieusement, car \u00e0 l&#8217;inverse du meskin, Abd-ed-Selem mange souvent et beaucoup : du mouton \u00e0 toutes les sauces, des poulets de diverses fa\u00e7ons, le couscous avec ses nombreux appr\u00eats.<\/p>\n<p>Il passe l&#8217;apr\u00e8s-midi accroupi sur un sofa, la t\u00eate entre les mains, le front pliss\u00e9, l&#8217;\u0153il fixe et inquiet, les nerfs tendus ; vous croyez qu&#8217;Abd-el-Selem m\u00e9dite; non, il dig\u00e8re.<\/p>\n<p>Puissant ou mis\u00e9rable, riche ou pauvre, Abd-el-Selem ou meskin, le Tunisien a ses qualit\u00e9s.<\/p>\n<p>Aimable, doux, d&#8217;une politesse exquise, propre, toujours convenablement v\u00eatu, le Tunisien est \u00e9loquent. Est-ce un talent naturel ? Est-ce une disposition \u00e0 mentir ? une rouerie instinctive ? Toujours est-il qu&#8217;il m\u00eale le vrai et le faux avec une facilit\u00e9 surprenante ; il n&#8217;a jamais d&#8217;avocat, il plaide lui-m\u00eame sa cause et il la plaide bien, il parle longtemps, avec vie et correction. Il a le geste voulu, l&#8217;expression du visage d\u00e9sir\u00e9e, une mimique surprenante, une puissance d&#8217;images incomparable, le mot juste, et toutes les apparences de la conviction. Il vous prouvera, avec des arguments emprunt\u00e9s au Coran et \u00e0 l&#8217;Histoire, qu&#8217;il fait nuit en plein midi, qu&#8217;il fait froid en plein \u00e9t\u00e9, et il le d\u00e9montrera avec le g\u00e9nie de D\u00e9mosth\u00e8ne.<\/p>\n<p>Au demeurant, ses distractions sont nulles. Le Tunisien n&#8217;aime ni la chasse, \u00e0 cause de la fatigue qu&#8217;elle occasionne, ni la p\u00eache, \u00e0 cause des rhumatismes qu&#8217;elle entra\u00eene ; s&#8217;il a une longue course \u00e0 faire, il prend une voiture, ou monte une mule.<\/p>\n<p>La musique du pays est dans l&#8217;enfance ; le th\u00e9\u00e2tre est grossier ; les danses sont obsc\u00e8nes, les po\u00e9sies \u00e9rotiques.<\/p>\n<p>Les habitants mangent avec les doigts. N\u00e9anmoins, placez le Tunisien chez l&#8217;Europ\u00e9en le plus raffin\u00e9, le plus civilis\u00e9, qu&#8217;il soit de haute ou basse caste, qu&#8217;il ait un palais ou une chaumi\u00e8re, il gardera toujours sa place ; il mangera proprement et ne fera aucune observation choquante ; il sera aimable avec les femmes, courtois avec les hommes ; il aura le trait au moment voulu; il ne s&#8217;\u00e9tonnera de rien, il ne sera jamais provincial; ignorant, en g\u00e9n\u00e9ral, il ne dira point de sottise ; il aura toujours un tact parfait et une dignit\u00e9 surprenante.<\/p>\n<p>Sa gr\u00e2ce instinctive le fait draper avec \u00e9l\u00e9gance dans un ka\u00efk de luxe, comme dans un grossier burnous. Il poss\u00e8de, en un mot, \u00e0 un haut degr\u00e9, deux qualit\u00e9s qui en r\u00e9sument bien d&#8217;autres : il n&#8217;est jamais banal et il a du naturel.<\/p>\n<p>Quoique calculateur, le Tunisien n&#8217;est point pr\u00e9cis. Les mesures du pays en sont la preuve. L&#8217;unit\u00e9 de longueur est le draa, la coud\u00e9e, environ un demi-m\u00e8tre ; si le marchand est plus ou moins grand, il vous donne, pour le m\u00eame prix, plus ou moins d&#8217;aunes d&#8217;\u00e9toffes, suivant son bras.<\/p>\n<p>L&#8217;unit\u00e9 de volume est le caffis pour les grains, le m\u00e9tal pour les huiles ; mais, il y a un caffis \u00e0 Tunis, un autre tout diff\u00e9rent \u00e0 B\u00e9ja, de m\u00eame pour le m\u00e9tal.<\/p>\n<p>L&#8217;unit\u00e9 de distance est le mille ; mais il y a le mille Marin, le mille Romain, le mille Anglais ; je n&#8217;ai jamais su le mille adopt\u00e9, le Tunisien non plus. Il y a trois distances : grib, pr\u00e8s, depuis une minute jusqu&#8217;\u00e0 une heure de marche ; chouia ba\u00efd, un peu \u00e9loign\u00e9, depuis une heure jusqu&#8217;\u00e0 un jour; ba\u00efd bezzaf, depuis un jour jusqu&#8217;\u00e0 un an.<\/p>\n<p>Il y a aussi trois \u00e2ges ; si le Tunisien est jeune, s&#8217;il n&#8217;a pas de barbe, il est serir, petit; quant les moustaches ont pouss\u00e9, il est l&#8217;ejel, homme; quand la barbe gri- \u2022 sonne il est clle\u00efb, vieux. Ils sont souvent vieux \u00e0 quarante ans. Ils ne savent jamais d&#8217;ailleurs la date de leur naissance; ce qui ne les emp\u00eache pas de vieillir.<\/p>\n<p>Le voyageur Peyssonnel raconte qu&#8217;il avait vu en Tunisie un voiturier qui \u00e9tait n\u00e9 sous le Bey Hussin ; Peyssonnel fit le calcul. Le voiturier avait 108 ans, il allait \u00e0 pied pour laisser reposer dans sa charrette son petit-fils, autre vieillard \u00e2g\u00e9 seulement de 70 ans.<\/p>\n<p>Leurs pr\u00e9noms sont peu vari\u00e9s. Ils s&#8217;appellent tous Ahmed, Mohamed, Ibrahim; s&#8217;ils s&#8217;enrichissent, s&#8217;ils deviennent propri\u00e9taires, s&#8217;ils sont munis d&#8217;une charge honorifique, ils embellissent et arrondissent le nom primitif, et y ajoutent le nom du p\u00e8re et du grand-p\u00e8re ; s&#8217;ils sont Turcs d&#8217;origine, ils prennent un grade de l&#8217;arm\u00e9e; s&#8217;ils remontent aux Andalous, on est forc\u00e9 de tourner la page pour d\u00e9signer les titres et les noms des anc\u00eatres, qu&#8217;ils ont soin de couper d&#8217;adjectifs louangeurs et de noms d&#8217;arbres productifs: l&#8217;olivier ou l&#8217;oranger.<\/p>\n<p>N&#8217;\u00e9tant pas de quelqu&#8217;un, ils veulent au moins \u00eatre de quelque chose.<\/p>\n<p>Leurs salutations sont compliqu\u00e9es. Il y a une formule en usage le matin, une diff\u00e9rente \u00e0 midi, deux autres apr\u00e8s le d\u00e9jeuner. J&#8217;errais un matin dans les bazars, j&#8217;entends des cris, je me retourne : deux fellahs poussaient des exclamations ; ils se saisissaient les bras ; se regardaient avec fureur ; je voulais les s\u00e9parer pensant qu&#8217;ils allaient se battre : ils se disaient bonjour.<\/p>\n<p>La Cit\u00e9 arabe est tranquille la nuit ; les sergents de ville dorment comme les voleurs, et l&#8217;on peut impun\u00e9ment parcourir le quartier musulman \u00e0 toute heure de la nuit sans armes et sans b\u00e2ton. Mais il faut avoir un fanal. On m&#8217;a dit que la s\u00e9curit\u00e9 r\u00e9gnait \u00e0 Tunis depuis qu&#8217;on y avait peint dans les carrefours dangereux une main rouge, f\u00e9tiche dont les cinq doigts p\u00e9n\u00e8trent dans les yeux de celui qui voudrait faire le mal.<\/p>\n<p>Le Tunisien est religieux et spiritualiste. Tous n&#8217;ex\u00e9cutent pas les prescriptions du Coran \u00e0 la lettre ; mais tous croient \u00e0 l&#8217;existence d&#8217;un Dieu cr\u00e9ateur et \u00e0 l&#8217;immortalit\u00e9 de l&#8217;\u00e2me. Leur paradis futur est sensuel ; il existe dans leur esprit, sous une forme grossi\u00e8re, il est vrai, mais r\u00e9elle. Malgr\u00e9 toute l&#8217;imagination dont ils sont dou\u00e9s, ils se refusent \u00e0 penser que les hommes comme les chiens entreront apr\u00e8s leur mort dans le n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Il y a d&#8217;ailleurs la religion des villes et celle des campagnes. A Tunis les fid\u00e8les vont souvent \u00e0 la mosqu\u00e9e, ils font les ablutions r\u00e9glementaires, mais ils sont plus coulants pour le vin et les viandes d\u00e9fendues. Dans les campagnes, on est moins d\u00e9vot, on va moins \u00e0 la Kobba, on fait moins de g\u00e9nuflexions, mais on ne mange pas de porc et on ne boit pas d&#8217;alcool.<\/p>\n<p>J&#8217;assistais \u00e0 un grand diner officiel o\u00f9 se trouvaient un haut fonctionnaire musulman du gouvernement tunisien et un riche fellah. Le fonctionnaire revint \u00e0 tous les plats ; il prit trois fois du jambon, sous pr\u00e9texte que l&#8217;animal producteur de cette denr\u00e9e avait des ailes; il but deux bouteilles de champagne pr\u00e9tendant que le Proph\u00e8te n&#8217;avait prohib\u00e9 que les vins rouges.<\/p>\n<p>Le fellah ne toucha qu&#8217;au melon, il fit cuire deux \u0153ufs et porta la sant\u00e9 de la France avec de l&#8217;eau fra\u00eeche.<\/p>\n<p>Tous indistinctement font le Ramadan, le car\u00eame des musulmans ; et si quelques grands personnages prennent en cachette le bitter de midi, c&#8217;est l&#8217;exception. Le Ramadan n&#8217;incommode pas le riche qui fait du jour la nuit et de la nuit le jour en ce mois d&#8217;abstinence ; mais il est dur pour le meskin qui malgr\u00e9 la chaleur est forc\u00e9 de travailler sans manger, ni boire, ni fumer de la journ\u00e9e enti\u00e8re ; aussi attend-t-il impatiemment le bruit du canon qui annonce le coucher du soleil pour se pr\u00e9cipiter \u00e0 la fontaine voisine ou sur un morceau de pain (la viande du meskin). Le petit fils des Turs en profite pour allumer sa cigarette.<\/p>\n<p>Tunis, dans les diverses phases de l&#8217;\u00e9poque musulmane, a toujours \u00e9t\u00e9 renomm\u00e9e pour ses fortes \u00e9tudes de jurisprudence. Si elle n&#8217;a pas d&#8217;avocats, si elle n&#8217;a plus de m\u00e9decins ni d&#8217;architectes arabes, elle ne manque pas de juges et de notaires. L&#8217;un de ces derniers, SiMoktar, qui jouit d&#8217;une parfaite r\u00e9putation dans la R\u00e9gence, m&#8217;expliquait un jour la loi de la Cheffaa : Je d\u00e9sire acheter une terre, le prix est fix\u00e9 \u00e0 dix mille piastres ; au moment de signer le contrat, un voisin se pr\u00e9sente et veut exercer le droit de Cheffaa, devenir ma\u00eetre \u00e0 ma place de la terre en question au m\u00eame prix. Il a la pr\u00e9s\u00e9ance parce qu&#8217;il est limitrophe.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la Cheffaa il y a comme correctif la main de la Cheffaa et si le vendeur a eu le soin d&#8217;exclure de la vente autour du domaine une bande de la largeur de la main, le voisin, faute d&#8217;une main, n&#8217;\u00e9tant plus rigoureusement limitrophe, ne peut plus exercer le droit de Cheffaa ; ses pr\u00e9tentions ne sont plus justifi\u00e9es, je deviens alors possesseur l\u00e9gal du territoire d\u00e9sir\u00e9. L&#8217;ancien propri\u00e9taire garde la jouissance de la bande qu&#8217;il peut \u00e0 son gr\u00e9 couvrir d&#8217;eucalyptus ou de faux poivriers.<\/p>\n<p>Toutes ces subtilit\u00e9s de la loi tunisienne, toutes ces roueries l\u00e9gales, me paraissent descendre en droite ligne de la foi punique.<\/p>\n<p>Que de m\u00e9langes en effet dans le san g des Tunisiens ! Que de changements ont subis Tunis et la R\u00e9gence, habit\u00e9es primitivement par les Berb\u00e8res, occup\u00e9es successivement par les Ph\u00e9niciens, les Carthaginois, les Romains, les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Turcs et les Alg\u00e9riens !<\/p>\n<p>Toutes ces races se sont m\u00e9lang\u00e9es, fondues, et il serait difficile de trouver \u00e0 un de ses habitants une origine nette et un sang de race pure.<\/p>\n<p>Ces civilisations ont laiss\u00e9 des traces dans les lois et des souvenirs dans les maisons, La plupart des constructions de Tunis ont \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9es, en effet, avec les mat\u00e9riaux de Carthage, et il n&#8217;est pas rare de voir dans une vo\u00fbte, dans un soubassement, dans une muraille, des inscriptions latines ou des chapiteaux ph\u00e9niciens.<\/p>\n<p>Tunis a plusieurs belles mosqu\u00e9es ; celle de Sidi Mahr\u00e8s avec ses cinq coupoles blanches, celle des Oliviers avec ses portiques et ses arcades \u00e9l\u00e9gantes. Leur entr\u00e9e est encore aujourd&#8217;hui interdite aux Chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Tunis est encore la ville la plus importante des R\u00e9gences et du Maroc ; elle a h\u00e9rit\u00e9 de la fortune de Carthage, Sa situation sur le Golfe, sa proximit\u00e9 de l&#8217;Europe, sa position centrale sur la M\u00e9diterran\u00e9e, en font une cit\u00e9 vivante et grandiose. Moins vaste que les villes de Fez et de Maroc (Fez et Maroc sont les deux Capitales de l&#8217;Empire du Maroc), elle est beaucoup plus peupl\u00e9e que ces derni\u00e8res et elle ne contient pas moins de 125,000 habitants, dont 100,000 Musulmans environ.<\/p>\n<p>Aux pieds de la Cit\u00e9 arabe s&#8217;\u00e9tendent le Quartier franc, les faubourgs Bab Dzira et Bab Souika, habit\u00e9s par les Maltais, les Italiens et les Juifs.<\/p>\n<p>Les Maltais sont depuis longtemps \u00e0 Tunis. Chaque ann\u00e9e il leur arrive de nouveaux fr\u00e8res qui abandonnent leur \u00eele inculte. Ils sont tous tr\u00e8s religieux et ont des familles fort nombreuses. Leur langue d\u00e9rive \u00e0 la fois de l&#8217;italien et de l&#8217;arabe, ce qui leur permet de comprendre les divers idiomes parl\u00e9s \u00e0 Tunis. Ils s&#8217;entendent d&#8217;ailleurs fort bien avec les Musulmans et sont tr\u00e8s honn\u00eates dans les rapports commerciaux.<\/p>\n<p>Ceux de la classe inf\u00e9rieure sont charretiers dans leur jeunesse; apr\u00e8s avoir parcouru les grandes routes de la R\u00e9gence avec leurs arabas, charrettes grossi\u00e8res \u00e0 deux roues, qui, gr\u00e2ce \u00e0 leur rusticit\u00e9, peuvent gravir les rampes les plus escarp\u00e9es et franchir les torrents les plus rapides, ils viennent, hommes m\u00fbra et exp\u00e9riment\u00e9s, prendre leur retraite comme cochers \u00e0 Tunis o\u00f9 en gens mieux \u00e9lev\u00e9s ils conduisent dans les carrosses les riches Tunisiens.<\/p>\n<p>Les Maltais de bonne famille sont courtiers en bestiaux et savent appr\u00e9cier avec beaucoup d&#8217;exactitude le poids mort ou vif d&#8217;un animal. D&#8217;autres sont propri\u00e9taires aux environs de la ville et se livrent \u00e0 la culture mara\u00eech\u00e8re.<\/p>\n<p>La population italienne est consid\u00e9rable \u00e0 Tunis ; elle comprend des banquiers et des n\u00e9gociants, des cultivateurs et des ouvriers.<\/p>\n<p>La plupart de ces derniers sont Siciliens.<\/p>\n<p>Sobre, le Sicilien donne une grande somme de travail; peu exigeant pour la nourriture, il vit avec huit sous par jour: quatre de pain, un d&#8217;oignon, trois de fromage ; il boit du vin quand on lui en offre et prend seulement chaque dimanche, au sortir de la messe, du raki (Liqueur obtenue par la distillation des figues). Il \u00e9conomise et, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es de labeurs,<\/p>\n<p>il s&#8217;\u00e9tablit fermier dans la R\u00e9gence ou retourne dans ses montagnes de Palerme et y ach\u00e8te une vigne.<\/p>\n<p>Le Sicilien a pour distraction la musique ; il se repose le soir des fatigues de la journ\u00e9e en chantant quelque m\u00e9lop\u00e9e du pays, en s&#8217;accompagnant sur une mandoline grossi\u00e8re. Il est beau h\u00e2bleur, a une puissante faconde, ne parle pas l&#8217;arabe, ce qui ne l&#8217;emp\u00eache point de tenir de grands discours dans sa langue natale aux Musulmans.<\/p>\n<p>Les Juifs, au nombre de vingt mille \u00e0 Tunis, sont petits banquiers, changeurs, usuriers, marchands d&#8217;antiquit\u00e9s r\u00e9centes, courtiers, interm\u00e9diaires dans les affaires entre les Musulmans et les Chr\u00e9tiens ; ils parlent tous la langue arabe et \u00e9crivent indiff\u00e9remment en h\u00e9breu ou en arabe. Ils sont moins dou\u00e9s pour les travaux agricoles, et sont surtout aptes au maniement de l&#8217;argent. Ils ne sont point honnis et m\u00e9pris\u00e9s comme au Maroc ; ils vivent en bonne intelligence avec les Europ\u00e9ens et les Musulmans. Leurs familles sont nombreuses. Leurs femmes ont beaucoup d&#8217;embonpoint, elles sont fort belles en g\u00e9n\u00e9ral; le type a conserv\u00e9 la puret\u00e9 des filles d&#8217;Isra\u00ebl, mais la vie lui fait d\u00e9faut. Les Juifs suivent fort religieusement les prescriptions de leur culte ; ils ne mangent que des viandes orthodoxes, d\u00e9pensent peu, gagent sur tout et font rapidement fortune. Leurs rabbins jouissent d&#8217;une grande influence. Malgr\u00e9 leur go\u00fbt pour les affaires, les Juifs s&#8217;abstiennent le samedi de tout travail manuel ou de comptabilit\u00e9 ; ils se refusent m\u00eame \u00e0 recevoir l&#8217;argent et passent la journ\u00e9e \u00e0 la synagogue, chez eux ou au caf\u00e9, exer\u00e7ant leur activit\u00e9 intellectuelle au jeu d&#8217;\u00e9checs.<\/p>\n<p>Il y a trois dimanches \u00e0 Tunis : le vendredi des Musulmans, le samedi des Juifs et le dimanche des Chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Les citadins vont les jours f\u00e9ri\u00e9s au Bardo, palais des Beys, Versailles des Louis XIV au petit pied de la R\u00e9gence, aux jardins d&#8217;orangers de la Manouba o\u00f9 beaucoup de Musulmans ont leur maison de campagne, au village de l&#8217;Ariana sur la route de Carthage. Les uns vont en voiture, ce sont les riches ; les autres \u00e0 pied, ce sont les meskins ; d&#8217;autres se contentent de faire le tour des remparts et d&#8217;aller admirer le coucher du soleil, ce sont les artistes.<\/p>\n<p>En dehors de l&#8217;enceinte de la vieille Tunis se d\u00e9veloppe la nouvelle ville fran\u00e7aise, divis\u00e9e par une grande art\u00e8re, l&#8217;avenue de la Marine, qui s&#8217;\u00e9tend depuis Bab Bahr, la porte de la Cit\u00e9 arabe, jusqu&#8217;aux b\u00e2timents de la douane construits pr\u00e8s du lac El Bahira. La ville est saine, et la pr\u00e9sence du lac ne donne lieu \u00e0 aucun miasme ; l&#8217;air y est pur et la brise du golfe vient le soir, en \u00e9t\u00e9, rafra\u00eechir les habitants. Les rues sont larges, bien pav\u00e9es, bien entretenues. Les maisons sont hautes, grandes et bien b\u00e2ties. Depuis l&#8217;occupation le terrain y a acquis une grande valeur et chaque jour on construit de nouveaux \u00e9difices. L&#8217;initiative fran\u00e7aise s&#8217;est donn\u00e9e jour ; elle a \u00e9lev\u00e9 un beau march\u00e9, des h\u00f4tels confortables pour les voyageurs, de grandes maisons de cr\u00e9dit ; elle a trac\u00e9 de nombreux jardins et des squares. L&#8217;ancien aqueduc, dit d&#8217;Antonin, qui allait capter les eaux des sources du Zaghouan et du Dj oukar a plus de soixante lieues de la cit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli par des ing\u00e9nieurs habiles \u00e0 l&#8217;effet de fournir \u00e0 la ville une eau fra\u00eeche et abondante.<\/p>\n<p>Les communications r\u00e9guli\u00e8res et fr\u00e9quentes, par Bateaux \u00e0 vapeur, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tablies avec la M\u00e9tropole ; le service des Postes et T\u00e9l\u00e9graphes a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9, de grands magasins ont \u00e9t\u00e9 mont\u00e9s, et la nouvelle Tunis pr\u00e9sente tous les avantages et tous les agr\u00e9ments d&#8217;une ville europ\u00e9enne.<\/p>\n<p>Au milieu de l&#8217;avenue de la Marine on aper\u00e7oit deux grandes constructions r\u00e9centes : la Cath\u00e9drale .et la R\u00e9sidence, ce sont les deux maisons de la France.<\/p>\n<p><strong><em>Ludovic Campou &#8211; Paris, 20 mai 1887.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>DU M\u00caME AUTEUR : &#8220;Un Empire qui croule&#8221; (le Maroc contemporain) 1886.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tunis la blanche, Tunis la sainte, type encore intact de la ville arabe du Moyen Age. 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