{"id":1406,"date":"2019-01-11T10:02:42","date_gmt":"2019-01-11T10:02:42","guid":{"rendered":"http:\/\/192.168.0.250\/news24\/?p=1406"},"modified":"2020-10-19T12:08:08","modified_gmt":"2020-10-19T10:08:08","slug":"le-passe-romain-denfida-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mehdi.name\/fr\/2019\/01\/11\/le-passe-romain-denfida-en-tunisie\/","title":{"rendered":"Le pass\u00e9 Romain d&#8217;Enfida en Tunisie"},"content":{"rendered":"<p>La Tunisie est la terre des ruines Romaines par excellence. La douceur du climat, la fertilit\u00e9 du sol, la beaut\u00e9 du ciel, la proximit\u00e9 de la Sicile, ces divers motifs avaient d\u00e9termin\u00e9s un grand mouvement vers les deux provinces Romaines, la Zeugitane et la Byzac\u00e8ne qui correspondent \u00e0 la Tunisie actuelle.<\/p>\n<p>Enfida qui repr\u00e9sente la partie la plus riche de la Byzac\u00e8ne avait attir\u00e9 particuli\u00e8rement les colons et les rentiers. Si nous reconstituons son pass\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des empereurs, \u00e0 l&#8217;aide des ruines consid\u00e9rables qui subsistent encore et des Auteurs qui en font mention, nous pouvons y admirer plus de quinze cit\u00e9s anciennes qui renfermaient au moins, chacune d&#8217;elles, dix mille habitants.<\/p>\n<p>Elle avait ses ch\u00e2teaux forts : Battaria dans les montagnes avec ses sources et ses bois, Battaria (Oppidum Battariense) c\u00e9l\u00e8bre dans les fastes de l&#8217;histoire par un de ses \u00e9v\u00eaques Donatistes qui assista au concile de Carthage ; Ulisiperra avec son aqueduc qui allait capter les eaux de El Garzy ; Aggerzel, au pied de Takrouna ; Thac, l&#8217;image la plus parfaite de la ruine, avec ses tours et ses remparts ; Aphrodisium, aujourd&#8217;hui Sidi-Kalifa, dans un site ravissant, \u00e0 une demi-lieue du golfe, Aphrodisium qui montre encore avec orgueil sa porte triomphale dor\u00e9e par les si\u00e8cles, et son temple de V\u00e9nus, Aphrodisium, la ville des riches et des sybarites, pr\u00e8s la quelle s&#8217;\u00e9tendaient les fameux jardins de Grassi, o\u00f9 B\u00e9lisaire fit reposer ses troupes quand il vint combattre les Vandales.<\/p>\n<p>Les Romains venaient en Tunisie pour vivre longtemps et mourir tranquilles ; on y voit des \u00e9pitaphes signalant des existences de cent vingt, cent trente ans ; Enfida \u00e9tait alors la patrie des centenaires.<\/p>\n<p>Pratiques, industrieux, ils avaient tir\u00e9 un excellent parti du pays. Ils avaient trac\u00e9 des routes qui se reliaient aux grandes voies de Carthage \u00e0 Hadrum\u00e8te, aujourd&#8217;hui Sousse, et d&#8217;Hadurm\u00e8te \u00e0 Zaghouan, ils avaient cr\u00e9\u00e9 de beaux jardins aupr\u00e8s de sources, dans les plaines ils avaient \u00e9lev\u00e9 des villes, dans les montagnes des r\u00e9duits fortifi\u00e9s, et sur tout le territoire un grand nombre de fermes. La plus petite maison de paysan, isol\u00e9e dans la plaine, avait son aqueduc couvert qui allait souvent bien loin prendre sur les coteaux l&#8217;eau de source fra\u00eeche et pure.<\/p>\n<p>Les eaux des rivi\u00e8res \u00e9taient capt\u00e9es pour les irrigations ; j&#8217;ai vu des restes de barrages consid\u00e9rables \u00e9tablis pour la d\u00e9rivation des eaux. Aussi ces terres d&#8217;alluvion, naturellement fertiles, bien arros\u00e9es, bien amend\u00e9es par les limons de rivi\u00e8res, donnaient des rendements qui, au dire de Pline, n&#8217;\u00e9taient pas inf\u00e9rieurs au 150 pour 1, fournissaient des prairies et par suite du b\u00e9tail, des grains qu&#8217;on envoyait \u00e0 Rome, des vins qu&#8217;on exp\u00e9diait dans tout l&#8217;Empire, des huiles qui allaient en Egypte. Enfida d&#8217;alors ne comptait pas moins de cent mille habitants.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s les Romains sont venus les Vandales, puis les Byzantins, et enfin les Arabes au VIIIe si\u00e8cle. Ces derniers mettant tout \u00e0 feu et \u00e0 sang, d\u00e9truisant les villes qu&#8217;ils trouvaient sur leur passage, br\u00fblant les arbres, faisant sauter les ponts, opprimant les populations Berb\u00e8res catholiques, et les contraignant \u00e0 embrasser l&#8217;Islam, saccageant tout, ne faisant aucun travail d&#8217;entretien, laissant tout tomber en ruines, sans organisation, avec un gouvernement despotique, inintelligent et impuissant \u00e0 r\u00e9primer les r\u00e9voltes, ont amen\u00e9 ce riche pays dans la situation lamentable ou on pouvait le voir en 1881, lorsque nous y sommes venus pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Les montagnes en grande partie d\u00e9nud\u00e9es ; les sources obstru\u00e9es, les jardins disparus ; les eaux devenues sauvages, mal dirig\u00e9es, changeant chaque ann\u00e9e de lit et emp\u00eachant ainsi les cultures ; les canaux rompus ou ensabl\u00e9s ; fort peu de constructions ; des terres mal travaill\u00e9es sans assolements ; des engins de travail grossiers ; les puits eux-m\u00eames bouch\u00e9s ; une population agricole mis\u00e9rable, peu abondante, se faisant une guerre intestine continuelle ; tel \u00e9tait le triste aspect du riche domaine d&#8217;Enfida.<\/p>\n<p>Les populations qui l&#8217;habitaient et qui l&#8217;habitent encore appartiennent \u00e0 deux grandes familles : les tribus nomades des plaines, les Ouled Sa\u00efd, les fflahdba, les Nelfatta, les Souassi, les Zlass, les Trabelsi et les tribus s\u00e9dentaires de Djeradou, de Takrouna et de Z\u00e9riba, qui vivent dans leurs villages de la vie des Kabyles, avec lesquels ils doivent avoir la m\u00eame origine.<\/p>\n<p>La tribu la plus importante est celle des Ouled Sa\u00efd, qui vit depuis plusieurs si\u00e8cles sur le domaine de l&#8217;Enfida.<\/p>\n<p>Marmol<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> d\u00e8s le XVIe si\u00e8cle en fait mention : \u00ab Les Ouled Sa\u00efd errent entre Tunis et Kairouan et vont jusqu&#8217;au d\u00e9sert, composent une infinit\u00e9 de villages, entrent au service des rois pour de l&#8217;argent, sont tr\u00e8s puissants ; quelques-uns vont faire le commerce jusqu&#8217;au pays des n\u00e8gres, ils sont plus de cinquante mille hommes de combat, presque tous \u00e0 pied. \u00bb<\/p>\n<p>Schaw, chapelain anglais (1743), qui a laiss\u00e9 un livre remarquable sur la Tunisie, dit \u00e9galement que la plaine de Hammamet \u00e0 Herglah est cultiv\u00e9e par les Ouled Sa\u00efd.<\/p>\n<p>Alphonse Rousseau les cite dans Les Annales Tunisiennes et Pellissier dans sa description de la R\u00e9gence (1853) leur consacre le passage suivant : \u00ab Les Ouled Sa\u00efd furent une des tribus qui lutt\u00e8rent avec le plus d&#8217;acharnement contre la domination turque ; ils ne comptent plus que cinq cents cavaliers ; la tradition rapporte que les Maltais, dont l\u2019origine arabe est incontestable, descendent des Ouled Sa\u00efd.<\/p>\n<p>Les Ouled Sa\u00efd, comme le mentionne Rousseau, se subdivisent en six fractions : \u00ab Les Ouled Daoud au nord de Sidi Bou Ali et de l&#8217;enchir Zembra, les Ouled Aoun \u00e0 l&#8217;ouest, les Ouled Amar vers Satour, les Ouled Messaoud vers Bir Hajar, les Ouled Abdallah au sud de Takrouna et les Ouled Tiba, pr\u00e8s de l&#8217;Oued Boul. \u00bb<\/p>\n<p>Comme aux si\u00e8cles pass\u00e9s, leur plus grand bonheur est la bataille ; quand ils n&#8217;ont pas de motifs s\u00e9rieux, ils s&#8217;en cr\u00e9ent ; quand le combat s\u00e9rieux est impossible, ils ont le combat pour rire, la fantasia. Ils ont conserv\u00e9 les qualit\u00e9s distinctives de leur race : l&#8217;hospitalit\u00e9, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le respect de la foi jur\u00e9e, l&#8217;honn\u00eatet\u00e9 dans les rapports commerciaux. Au moment de l&#8217;occupation fran\u00e7aise, les Ouled Sa\u00efd qui avaient d\u00e9j\u00e0 lou\u00e9 des terres d&#8217;Enfida aux nouveaux propri\u00e9taires prirent une part active \u00e0 l&#8217;insurrection, et apr\u00e8s une ou deux batailles, o\u00f9 ils furent vaincus compl\u00e8tement, partirent pour la Tripolitaine.<\/p>\n<p>L&#8217;aman donn\u00e9, ils revinrent \u00e0 l&#8217;Enfida et eurent pour premier soin de venir payer leurs fermages, bien que toute trace de comptabilit\u00e9 e\u00fbt disparu.<\/p>\n<p>Menteurs \u00e0 leurs heures, ils sont voleurs \u00e0 d&#8217;autres ; avares et prodigues \u00e0 la fois, ils d\u00e9pensent leurs \u00e9conomies d&#8217;une ann\u00e9e en un seul jour pour la fantasia ; pr\u00eats \u00e0 donner leur vie pour leurs h\u00f4tes, comme je pourrai en citer un exemple personnel plus loin, ils ont l&#8217;imagination enfantine, croient aux g\u00e9nies et aux sorciers, croient surtout \u00e0 l&#8217;argent et \u00e0 la force, et en cela les Ouled Sa\u00efd ont encore d&#8217;autres parents que les Maltais.<\/p>\n<p>Vivant principalement sous la tente dans les plaines de l&#8217;Oued Boul et de Lagger; travaillant au moment des labours et des r\u00e9coltes ; se reposant le reste du temps; laissant \u00e0 leurs femmes les soins du m\u00e9nage, la fabrication du beurre et du couscoussou ; leurs tentes en poil de chameau sont rang\u00e9es en cercle avec les troupeaux au centre et les chevaux attach\u00e9s au piquet sur les bords. Ils dressent leur campement une ann\u00e9e pr\u00e8s d&#8217;un lac, une autre pr\u00e8s d&#8217;un puits, mais ils reviennent toujours dans la r\u00e9gion des cimeti\u00e8res o\u00f9 reposent les cendres des anc\u00eatres ; ils passent la journ\u00e9e \u00e0 entendre des contes merveilleux et se plaisent \u00e0 narrer leurs exploits dans leurs anciens combats contre les Zlass.<\/p>\n<p>Les Ouled Sa\u00efd et les Zlass ont eu leur guerre de cent ans; on voit dans la r\u00e9gion des puits du Menzel des centaines de maisons d\u00e9molies, qui \u00e9taient autrefois les demeures des Zlass. Ces derniers, vaincus par les Ouled Sa\u00efd, n&#8217;existent plus qu&#8217;en faible minorit\u00e9- sur le territoire de l&#8217;Enfida, et se sont retir\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 de la Djebebina.<\/p>\n<p>\u00ab Connais-tu, me faisait un Ca\u00efd des Ouled Sa\u00efd, le motif de notre guerre et de notre haine ? Un Zlass, au si\u00e8cle dernier, a os\u00e9 demander en mariage une Sa\u00efdienne, et les parents de la jeune fille y ont consenti, les mis\u00e9rables ! Nous les avons chass\u00e9s honteusement, et depuis ce temps nous sommes en guerre ; car il ne sera jamais dit qu&#8217;une Sa\u00efdienne aura \u00e9pous\u00e9, du consentement de la tribu, un Zlass. \u00bb<\/p>\n<p>Dans certaines villes industrielles de France j&#8217;ai pu observer deux aristocraties rivales ; les laines et les vins ; dans les plaines de l&#8217;Enfida j&#8217;en ai trouv\u00e9 deux autres : les Ouled Said et les Zlass.<\/p>\n<p>Les tribus des Trabelsi vivent surtout du c\u00f4t\u00e9 des Souatirs; elles sont originaires de la Tripolitaine, et pour ce les Trabelsi se croient tous cousins germains du grand Turc (La Tripolitaine rel\u00e8ve de la Turquie).<\/p>\n<p>Les Neffata, originaires de Gafsa, habitent les environs de Dar-El-Bey; plus pratiques que les autres, ils sont employ\u00e9s par la Soci\u00e9t\u00e9 aux travaux des vignes et des oliviers, au fauchage des pr\u00e9s et aux routes.<\/p>\n<p>Les Mahdba, originaires de Sfax, sont \u00e9tablis \u00e0 l&#8217;Enfida dans la r\u00e9gion d&#8217;Aphrodisium et de Ain Hallouf depuis un si\u00e8cle ; ils ont de grands troupeaux de ch\u00e8vres et de moutons, et font sonner bien haut le nom de leur anc\u00eatre, le Cheikh Sidi Mahdeb.<\/p>\n<p>Tout autre est la population des villages. Leurs habitants, vivant dans des maisons bien b\u00e2ties, couvertes en terrasses portant une croix bleue sur le front qui d\u00e9note une origine chr\u00e9tienne, restent perch\u00e9s sur leurs hauteurs inaccessibles, dont les versants couverts de cactus gigantesques, ne laissent qu&#8217;un chemin p\u00e9nible, \u00e0 rampe raide, garni de quartiers de rochers sur les bords, pr\u00eats \u00e0 \u00eatre roul\u00e9s sur les assaillants en cas de guerre.<\/p>\n<p>Ils sont en g\u00e9n\u00e9ral riches, d\u00e9pensent peu, cultivent les terres pr\u00e8s de leur village, arrachent l&#8217;alfa<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, travaillent les oliviers dont ils extraient une bonne huile. Chacun de ces villages \u00e0 son prestige.<\/p>\n<p>Z\u00e9riba, pr\u00e8s de la grande montagne du Zaghouan, \u00e0 une demi-lieue de la source chaude d&#8217;Hammam-Z\u00e9riba, a ses habitants originaires, \u00e0 leur dire, du Saquia El Hamra, contr\u00e9e fort \u00e9loign\u00e9e de la Tunisie, comprise entre le Drah et le S\u00e9n\u00e9gal. Les gens de Z\u00e9riba sont renomm\u00e9s pour leur laideur, la petitesse de leur taille et de leur esprit, ce qui me parait d\u00fb \u00e0 leurs mariages entre parents depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. L&#8217;adage suivant est en vigueur dans la contr\u00e9e : \u00ab On peut \u00eatre plus lourd que le Zaghouan, on ne peut pas l&#8217;\u00eatre plus qu&#8217;un Z\u00e9ribien \u00bb.<\/p>\n<p>Le cheick du village, petit homme plein d&#8217;artifice, me montra un jour, avec une bien vive satisfaction, un certificat d&#8217;incapacit\u00e9 que lui avait d\u00e9livr\u00e9 un officier Fran\u00e7ais, qui d\u00e9clarait dans cet \u00e9crit, que notre Cheikh \u00e9tait tout-\u00e0-fait remarquable par sa faiblesse d&#8217;esprit. Le Cheikh, qui ne connaissait pas notre langue, me fit observer que ce t\u00e9moignage serait pour ses petits-neveux un pr\u00e9cieux document.<\/p>\n<p>Les fils de Djeradou, forment l&#8217;\u00e9l\u00e9ment artiste du pays. Ils fournissent le personnel des orph\u00e9ons indig\u00e8nes, celui des sorciers et celui des Aissaouas de campagne. Un vendredi matin, le comte Jules de Foucault, l&#8217;intelligent et distingu\u00e9 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 Paris, alors en mission \u00e0 l&#8217;Enfida, me fit assister \u00e0 Djeradou \u00e0 une repr\u00e9sentation d&#8217;Aissaouas.<\/p>\n<p>En haut du village, dans une chambre attenant \u00e0 la Kobba d&#8217;un Santon c\u00e9l\u00e8bre, Abd El Kader, se tenait le chef de la confr\u00e9rie, vieillard respectable, enrobe rose qui caract\u00e9rise sa puissance. Entrent les Aissaouas se donnant le bras. Le Cheikh r\u00e9cite quelques versets du Coran, les fid\u00e8les agitent la t\u00eate, se tenant \u00e9troitement serr\u00e9s dans leurs mouvements d&#8217;avant en arri\u00e8re, ils poussent des cris rauques : Allah ! Allah ! Le cheikh parle plus vite, les physionomies des Aissaouas s&#8217;agitent, leurs mouvements deviennent plus saccad\u00e9s ; ils enl\u00e8vent ch\u00e9chia, burnous, gandourah, chemise et ne gardent que le pantalon serr\u00e9 aux genoux ; le cheikh continue \u00e0 les exhorter ; enfin, apr\u00e8s une heure de pri\u00e8res et d\u2019exclamations ; alors qu&#8217;ils sont arriv\u00e9s au paroxysme de la surexcitation, le cheikh leur crie : \u00ab Allez, d\u00e9vorez ce que vous trouverez. \u00bb Aussit\u00f4t, comme des fauves, les yeux sortant des orbites, les cheveux en d\u00e9sordre, le teint p\u00e2le, le corps anim\u00e9 d&#8217;un mouvement onduleux, ils se pr\u00e9cipitent : les uns sur des morceaux de viande crue, d&#8217;autres sur des tessons de bouteilles ; d&#8217;autres se roulent \u00e0 moiti\u00e9 nus sur des lits de feuilles de cactus vertes \u00e0 pointes nombreuses, longues, aig\u00fces, qui leur entrent dans les chairs de toutes parts, et font monter des hommes sur leur poitrine afin que les \u00e9pines p\u00e9n\u00e8trent plus intimement dans leur corps, \u00e0 l&#8217;effet d&#8217;\u00e9tonner davantage la souffrance.<\/p>\n<p>Les Aissaouas font partie d&#8217;une confr\u00e9rie religieuse diss\u00e9min\u00e9e dans toute l&#8217;Afrique. Leur fondateur est enterr\u00e9 \u00e0 Mequinez (ville du Maroc). Chacun dans cet ordre \u00e0 ses go\u00fbts sp\u00e9ciaux : l&#8217;un pr\u00e9f\u00e8re la viande crue ; l&#8217;autre les scorpions ; celui-ci le verre pil\u00e9 ; celui-l\u00e0 le matelas vert. L&#8217;\u00e9tat nerveux dans lequel ils se trouvent apr\u00e8s leurs mouvements saccad\u00e9s d\u00e9cuple leurs forces, et leur permet d&#8217;endurer impun\u00e9ment la douleur.<\/p>\n<p>Plus doux sont les habitants de Takrouna, pays renomm\u00e9 pour la bont\u00e9 de son miel qui a obtenu une m\u00e9daille d&#8217;or \u00e0 l&#8217;Exposition d&#8217;Anvers. Les abeilles de Takroun ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9es hors concours.<\/p>\n<p>Les Takrouniens vivent paisiblement dans leur nid d&#8217;aigle; ils font des nattes d&#8217;alfa renomm\u00e9es pour leur dessin, et pendant que les femmes font pa\u00eetre les troupeaux, ou vont puiser, au bas du c\u00f4teau, l&#8217;eau n\u00e9cessaire aux besoins du m\u00e9nage, ils jouent aux \u00e9checs, r\u00e9citent des po\u00e9sies l\u00e9g\u00e8res et montrent dans les beaux jours la lunette du doyen, De l&#8217;observatoire de Takrouna le panorama est sans pareil : devant soi, le clocheton blanc de Dar-El-Bey, qui sort des cactus et des caroubiers; pr\u00e8s de l&#8217;\u00e9glise, la maison d&#8217;administration du Directeur, couverte en terrasses \u00e0 parapets garnis de vases de Nebeul ; le jardin dont on entrevoit les superbes artichauts; le cellier gigantesque dont les foudres ne tuent pas ; plus loin, la mer \u00e9tincelante, agit\u00e9e, dont l&#8217;\u00e9cume vient former un liser\u00e9 blanc sur cette plage de sable; au nord, Hammamet avec ses jardins verdoyants; \u00ab Kassr El menara \u00bb (Mot \u00e0 mot, le ch\u00e2teau de la lumi\u00e8re), ancien mausol\u00e9e, antique phare de mort transform\u00e9 par l&#8217;imagination des Arabes en phare de vie; vers le couchant la masse imposante du Zaghouan, rocher nu, escarp\u00e9, miroitant, et ses ramifications Enfidines, les montagnes de Battaria, couvertes de pins, de thuyas et d&#8217;oliviers sauvages; plus pr\u00e8s, les collines nues, blanch\u00e2tres de El Garzi, la cime sombre de A\u00efn Mdekir ; au sud les plaines immenses de Kondar et de Lagger coup\u00e9es de ravins, s\u00e9par\u00e9es par des haies de cactus. Enfin, au loin, si le temps est clair, on distingue le minaret de la mosqu\u00e9e d&#8217;Okba \u00e0 Kairouan, et la porte de la Kasbah de Sousse. Au pied de Takrouna, les cactus s&#8217;\u00e9talent, se d\u00e9veloppent sur les gr\u00e8s ferrugineux coquillag\u00e9s, dont les parois jaun\u00e2tres montrent en quelques points leurs fossiles, puis les prairies de l&#8217;Oued Boul, o\u00f9 l&#8217;herbe haute, drue, verdoyante, pousse de toutes parts.<\/p>\n<p>Ce que l&#8217;on peut voir m\u00eame sans lunette, du haut du rocher de Takrouna, en dehors du spectacle que pr\u00e9sente le ciel de Tunisie, qui par la vari\u00e9t\u00e9 de ses teintes, les jeux de lumi\u00e8re de son soleil, avait tent\u00e9 les anciens, et avait fait de ce territoire leur pays de pr\u00e9dilection, ce que l&#8217;on peut voir, dis-je, c&#8217;est le mouvement qui anime tous ces environs, morts il y a encore peu d&#8217;ann\u00e9es, c&#8217;est la vie qui \u00e9clate de toutes parts, c&#8217;est le travail intelligent des Fran\u00e7ais qui f\u00e9conde ce pays pour lui rendre sa richesse d&#8217;autrefois.<\/p>\n<p>Les Romains avaient tout d&#8217;abord ex\u00e9cut\u00e9 dans la Byzac\u00e8ne des chemins, des ponts et des barrages. C&#8217;est \u00e9galement de ce c\u00f4t\u00e9 que s&#8217;est port\u00e9e en premier lieu l&#8217;activit\u00e9 de la compagnie colonisatrice de l&#8217;Enfida.<\/p>\n<p>On connait les travaux publics des Arabes. Un jour une ch\u00e8vre trace un sentier ; le lendemain, une vache y passe ; le surlendemain, un voyageur y engage son cheval ; le jour suivant, le sentier de la ch\u00e8vre, sinueux, revenant sur lui-m\u00eame, \u00e9troit, coup\u00e9 d&#8217;arbres est devenu route nationale.<\/p>\n<p>Pour aller d&#8217;un point \u00e0 un autre, en plaine, alors qu&#8217;il n&#8217;y a ni obstacles, ni maison, ni ruisseau, le Tunisien suivra toujours un chemin en lacet ; s&#8217;il est press\u00e9 il ira au galop mais jamais en droite ligne. Cet esprit de fantaisie pr\u00e9side aux destin\u00e9es des ponts musulmans. A l&#8217;\u00e9poque romaine, les ponts relevaient des pontifes, au moyen-\u00e2ge, ils \u00e9taient sous la surveillance des confr\u00e9ries religieuses. Les musulmans ont bien des pontifes, des confr\u00e9ries religieuses et pourtant l&#8217;id\u00e9e de ponts est bien d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e chez eux. Pour s&#8217;en convaincre, on n&#8217;a qu&#8217;\u00e0 consid\u00e9rer le pont dit de Kairouan lanc\u00e9 sur la rivi\u00e8re sud de l&#8217;Enfida, Oued Boghal Ce Q10nUrment n&#8217;est pas un pont isol\u00e9, c&#8217;est toute une famille de ponts, on franchit une arche qui vous m\u00e8ne sur l&#8217;autre rive, on croit aborder, non, une seconde arche vous reconduit sur la rive primitive, une troisi\u00e8me enfin, \u00e9lev\u00e9e par un architecte compatissant vous permet d&#8217;arriver \u00e0 destination.<\/p>\n<p>Les Arabes me vantaient l&#8217;avantage de cette construction qui, par ses contours sinueux, fournit de l&#8217;ombre \u00e0 toute heure au passant. Ce chef-d&#8217;\u0153uvre de l&#8217;art arabe devenait ainsi un pont parasol.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir trac\u00e9 de grandes routes, les avoir bord\u00e9es d&#8217;arbres, apr\u00e8s avoir creus\u00e9 des foss\u00e9s sur leurs c\u00f4t\u00e9s, pour emp\u00eacher en hiver l&#8217;\u00e9miettement du sol, et les avoir empierr\u00e9es aux endroits dangereux ; apr\u00e8s avoir \u00e9difi\u00e9 des ponceaux sur les torrents et lanc\u00e9 des ponts en bois sur les grandes rivi\u00e8res, Mangiavacchi est arriv\u00e9 \u00e0 mettre l&#8217;Enfida en communication normale et carrossable avec la grande voie de Tunis \u00e0 Kairouan et avec le poste militaire de Zaghouan.<\/p>\n<p>Sous peu d&#8217;ann\u00e9es, le chemin de fer de Tunis \u00e0 Sousse qui traverse ce territoire sur une dizaine de lieues, aura au moins trois gares dans le domaine. Pouvant circuler avec s\u00e9curit\u00e9 dans la contr\u00e9e, les Europ\u00e9ens pouvant y venir en voiture, les pens\u00e9es de la Direction se sont port\u00e9es du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;utilisation des rivi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les plaines de l&#8217;Enfida re\u00e7oivent toutes les eaux de la partie montagneuse de la propri\u00e9t\u00e9 ; mais en plus les versants Est du Zaghouan, les massifs de Sidi Zidet, et de Sidi Labed d\u00e9versent leurs eaux dans r Enfida par cinq grandes art\u00e8res, l&#8217;Oued Remel au Nord ; l&#8217;Oued Castiar, l&#8217;Oued Barek et l&#8217;Oued Boul au centre ; l&#8217;Oued l&#8217;Hallem au Sud.<\/p>\n<p>La pluie y tombe par averses en automne et en hiver ; les eaux d\u00e8s le mois de novembre arrivent rapides, group\u00e9es, r\u00e9unies en masse, abondantes et limoneuses, au seuil des c\u00f4teaux \u00e0 la naissance des plaines, pr\u00eates comme autrefois \u00e0 raviner, \u00e0 ensabler, \u00e0 d\u00e9truire, ou \u00e0 croupir dans les bas-fonds. Aujourd&#8217;hui, gr\u00e2ce aux travaux accomplis, aux barrages \u00e9lev\u00e9s aux bons endroits, elles se divisent dans les grands canaux trac\u00e9s sur les lignes de faite qui brisent leur force vive et vont se distribuer r\u00e9guli\u00e8rement dans les champs voisins et enrichir la terre de leur pr\u00e9cieux limon.<\/p>\n<p>D\u00e8s que, comme un coup de pistolet, l&#8217;Oued Boul arrive avec fracas dans la plaine, une commotion s&#8217;empare des cultivateurs qui se pr\u00e9cipitent les uns \u00e0 cheval, les autres \u00e0 pied, aupr\u00e8s des canaux avec des pioches pour \u00e9tendre l&#8217;eau et des poignards pour d\u00e9fendre leur vanne ; ils restent tout un jour et quelques fois plus, les bras en travail, la figure \u00e9panouie, les yeux b\u00e9ants fix\u00e9s sur cette terre qui leur donnera de belles moissons. Il n&#8217;est pas rare en effet de voir les cherab (terres irrigu\u00e9es) donner un rendement de quarante pour un pour le bl\u00e9.<\/p>\n<p>Ces canaux d&#8217;arrosage ont permis, en outre, la cr\u00e9ation de prairies naturelles qui donnent des fourrages renomm\u00e9s dans la R\u00e9gence.<\/p>\n<p>De plus, pour \u00e9viter les inondations, pour rendre aux torrents l&#8217;ancienne r\u00e9gularit\u00e9 de leur r\u00e9gime, on a pris dans les montagnes de l&#8217;Enfida de sages mesures consistant dans un gazonnement sur les coteaux menac\u00e9s, dans des semis d&#8217;arbres, pins d&#8217;alep et thuyas, sur les versants les plus maltrait\u00e9s par les indig\u00e8nes; on a d\u00e9limit\u00e9 le pacage des ch\u00e8vres qui font un mal consid\u00e9rable \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation foresti\u00e8re, et qui avec les incendies ont \u00e9t\u00e9 les deux grandes causes du d\u00e9boisement et par suite de la diminution des sources.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bit des sources est en partie proportionnel au boisement des montagnes ; sur une pente non bois\u00e9e ; non gazonn\u00e9e, es eaux de pluie ravinent et vont imm\u00e9diatement au fond de la vall\u00e9e ; dans le cas contraire, elles filtrent, p\u00e9n\u00e8trent dans le sol, suivent un cours sinueux et alimentent r\u00e9guli\u00e8rement les sources et les fleuves.<\/p>\n<p>J&#8217;ai vu pr\u00e8s de Battaria plusieurs aqueducs aboutissant \u00e0 des sources qui ont conserv\u00e9 leur ancien nom romain, mais qui ont perdu leur eau, du fait du d\u00e9boisement.<\/p>\n<p>Il ne reste en effet en ce lieu que de rares bouquets de thuyas ou de ch\u00eanesli\u00e8ges. Le thuya est un bois d&#8217;un grain fin et homog\u00e8ne qui se conserve merveilleusement et fournit \u00e0 l&#8217;\u00e9b\u00e9nisterie ces bois de placage de nuances riches et vari\u00e9es qui chez les Romains atteignaient des prix fabuleux.<\/p>\n<p>On a capt\u00e9 les sources gazeuses de ElGarzi, assaini les marais de Battaria, et remis en \u00e9tat \u00e0 l&#8217;usage des indig\u00e8nes les bains chauds d&#8217;Hammam-Zeriba. Ce site de l&#8217;Hammam-Zeriba est sauvage. Le ravin, o\u00f9 se pr\u00e9cipitent en cascade les eaux froides du torrent qui se m\u00ealent aux eaux chaudes de l&#8217;Hammam, coup\u00e9 par des barrages naturels pr\u00e9historiques, \u00e9tale les lauriers-rose dans son lit, sur ses bords des lentisques sombres, et montre avec orgueil, aupr\u00e8s de la coupole arabe, son Portique romain encore debout.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s des sources, pr\u00e8s des prairies, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9es des maisons de gardes, pour la surveillance et au besoin pour l&#8217;abri des troupeaux. L&#8217;am\u00e9lioration de la nourriture a amen\u00e9 de sensibles perfectionnements dans la race bovine. Les vaches sont de petite taille, mais \u00e0 t\u00eate fine, bien conform\u00e9es et pr\u00e8s de terre. Les moutons donnent aussi de grands revenus, malgr\u00e9 les \u00e9pizooties qui enl\u00e8vent certaines ann\u00e9es pr\u00e8s de la moiti\u00e9 du troupeau. Le mouton de Tunis \u00e0 grosse queue qui fournit aux gourmets musulmans un morceau de choix pour le couscoussou, donne une laine estim\u00e9e dans le pays.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9unir et souder ces divers \u00e9l\u00e9ments, pour constituer un centre effectif, la Direction de l&#8217;Enfida a \u00e9tabli un march\u00e9 qui se tient tous les lundis \u00e0 Dar-El-Bey.<\/p>\n<p>Le dimanche soir, les marchands arrivent ainsi que les cultivateurs; les uns apportent de Tunis des \u00e9toffes, des miroirs, des bougies, du henn\u00e9 pour teindre les ongles, du Khol (de l&#8217;antimoine) pour faire briller les yeux; les Kairouanais montent des tentes o\u00f9 ils \u00e9talent leurs tapis; les Nebeli exp\u00e9dient leurs poteries ; les Soussi les provisions de bouche; les paysans, leur bl\u00e9, leur orge, leur millet; les jardiniers leurs fruits; les \u00e9leveurs am\u00e8nent les b\u0153ufs, les maquignons leurs chevaux. Cette foule bariol\u00e9e, active et remuante, se porte aussi vers la boutique du sorcier qui fait ses tours et montre, non des grosses femmes, mais des serpents; et vers le caf\u00e9 indig\u00e8ne o\u00f9 l&#8217;on donne aux montagnards pour quelques centimes un grand verre d&#8217;eau de seltz qui r\u00e9sume pour eux la quintessence de la civilisation.<\/p>\n<p>Les transactions s&#8217;op\u00e8rent, les dettes s&#8217;acquittent, les pr\u00eats se contractent, et la vie agricole prend ainsi chaque semaine une nouvelle extension. D\u00e9veloppant, en les perfectionnant, les cultures des c\u00e9r\u00e9ales chez les Arabes, augmentant la production de la viande par celle des fourrages, la Compagnie a fait appel aux Europ\u00e9ens, Proven\u00e7aux et Siciliens pour la plantation de la vigne.<\/p>\n<p>Le vignoble de Dar-El-Bey, agrandi chaque ann\u00e9e, ne couvre pas moins aujourd&#8217;hui de trois cents hectares ; il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli sur des terres d&#8217;alluvion, argilo-sableuses en plaine. Les champs d\u00e9barrass\u00e9s des jujubiers sauvages, dont les racines s&#8217;\u00e9tendaient fort loin et fort bas, ont \u00e9t\u00e9 labour\u00e9s, hers\u00e9s et d\u00e9fonc\u00e9s par des charrues braban\u00e7onnes, dont l&#8217;attelage compos\u00e9 de vingts mulets, faisait mentir par son ardeur le proverbe de la Camargue qui dit que : \u00ab Les mules m\u00eames reconnaissent quand elles travaillent pour les Soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res. \u00bb La plantation des ceps originaires d&#8217;Alg\u00e9rie s&#8217;est effectu\u00e9e \u00e0 la barre \u00e0 mine, suivant le mode en usage en Sicile, qui consiste \u00e0 faire un trou profond, \u00e0 y engager le cep, \u00e0 y verser de l&#8217;eau avant de le recouvrir de terre.<\/p>\n<p>D\u00e8s la troisi\u00e8me feuille chaque hectare a fourni pr\u00e8s de vingt hectolitres d&#8217;un vin fort, riche en alcool, qui se rapprocherait du Bourgogne. Et l&#8217;on compte dans quatre ans arriver \u00e0 une production de dix mille hectolitres. Le vin de l&#8217;Enfida se vend \u00e0 Tunis au prix moyen de quarante francs. Toutes les pr\u00e9cautions ont \u00e9t\u00e9 prises dans la construction des chais pour arriver \u00e0 y maintenir une temp\u00e9rature inf\u00e9rieure \u00e0 23 degr\u00e9s.<\/p>\n<p>Le cellier avec ses foudres, ses pressoirs, ses murs \u00e9pais, sa double toiture est bien le temple de Bacchus du XIX&#8221; si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Une ville romaine a pass\u00e9 dans les fondations ; on parle d&#8217;entamer le ch\u00e2teau Byzantin de Chegarnia pour la distillerie. Les souvenirs de B\u00e9lisaire serviront ainsi \u00e0 conserver la vieille eau-de-vie.<\/p>\n<p>La tonnellerie, la forge, les hangars, les magasins et la cit\u00e9 agricole des ouvriers vignerons, compl\u00e8tent ce gros village de Dar-El-Bey qui sous peu d&#8217;ann\u00e9es sera une petite ville, et qui arbore le dimanche avec orgueil le drapeau de la France, en m\u00eame temps que la cloche appelle les fid\u00e8les \u00e0 la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Le vin est le grand avenir de l&#8217;Enfida, et les succ\u00e8s obtenus ne sont pas faits pour r\u00e9duire \u00e0 n\u00e9ant les esp\u00e9rances con\u00e7ues a son sujet.<\/p>\n<p>Outre son domaine propre cultiv\u00e9 \u00e0 ses frais et par son personnel, la Compagnie colonisatrice a vendu une partie du territoire \u00e0 des Europ\u00e9ens, auxquels elle pr\u00eate ses celliers et auxquels elle laisse une grande latitude pour le paiement des terres, qui ne s&#8217;effectue qu&#8217;apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Elle a essay\u00e9, mais sans succ\u00e8s, du syst\u00e8me des avances en argent aux Maltais. Ces derniers trouvaient bien des pr\u00e9textes pour se reposer et pour ne pas tirer un parti avantageux des terrains qui leur avaient \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, ces divers r\u00e9sultats obtenus montrent ce que peut faire en Tunisie sous le Protectorat de la France, le capital fran\u00e7ais intelligemment employ\u00e9 dans une grande exploitation agricole.<\/p>\n<p><strong><em>Ludovic Campou \u2013 Paris, 20 mai 1887.<\/em><\/strong><br \/>\n<strong><em>DU M\u00caME AUTEUR : \u201cUn Empire qui croule\u201d (le Maroc contemporain) 1886.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Marmol, n\u00e9 \u00e0 Grenade, suivit Charles Quint en Afrique, assista \u00e0 la prise de Tunis, fut fait prisonnier et resta sept ans en captivit\u00e9 chez les Arabes ; il alla jusqu&#8217;au Saquia El Hamra, aux Confins de la Guin\u00e9e. Il a laiss\u00e9 une description de l&#8217;Afrique fort int\u00e9ressante, qui a \u00e9t\u00e9 traduite en fran\u00e7ais par d&#8217;Ablancourt (1667).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Quoique courte, l&#8217;alfa de l&#8217;Enfida par sa finesse est tr\u00e8s-appr\u00e9ci\u00e9e \u00e0 Sousse. Elle est exp\u00e9di\u00e9e en Angleterre, o\u00f9 elle sert \u00e0 la fabrication du papier ; chaque tonne d&#8217;alfa donne la moiti\u00e9 de son poids en papier. \u00a0Selon M. Jus, le papier de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure que fournit l&#8217;alfa, ne serait qu&#8217;une de ses moindres applications. La p\u00e2te d&#8217;alfa \u00e9tant solide, incombustible, inaccessible aux insectes pourrait servir \u00e0 la confection des v\u00eatements et des briques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Tunisie est la terre des ruines Romaines par excellence. 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